Dakh Daugthers

Dakh Daughters,  conception et direction artistique  de Vlad Troisktyi

 

« Je serai un bateau sur la mer de mes rêves », chantaient , en anglais, les Dakh Daughters sur la place Maïdan, à Kiev, reprenant un tube des années 90, My Sea. C’était en 2013, et leur groupe n’avait qu’un an. Elles en ont tiré un clip, et depuis, ont très souvent joué en Ukraine puis en Europe., On a pu aussi les voir en 2014 aux Théâtre des Bouffes du Nord à Paris  et au Festival des vieilles charrues.
Nina, Ruslana, Tetyana, Solomiia, Anna et Natalka, sont les filles du Théâtre Dakh, du nom de la compagnie dont elles sont issues et fondée à  Kiev par Vlad Troisktyi. 
Certaines jouent d’ailleurs dans La maison des chiens, présentée aussi au Monfort,  avant leur récital (voir Le Théâtre du Blog). L’une d’elles vient d’un groupe de rock, une autre du cabaret, une troisième est danseuse… Grimées, déguisées et pétulantes, elles présentent un Cabaret Freak composite, avec jeux de scène burlesques et répertoire éclectique qui va des chants populaires ukrainiens aux  chansons pop des années 80 ; de la poésie aux chansons réalistes, du rap chanté en français au métal martelé en allemand.
Elles arrangent les morceaux à leur sauce avec des mélodies traditionnelles à l’accordéon, du rock aux claviers et guitares, et des rythmes orientaux à la darbouka…
Chacune joue de tous les instruments, et les utilise surtout comme percussions  avec des tempos variés. Cordes stridentes ou frappées, tambours battants et piano forte. Le spectacle est fragile musicalement (elles sont moins instrumentistes que performeuses), mais, quand elles chantent avec un spectre vocal très étendu, elles passent sans encombre du grave à l’aigu. Leurs voix s’entremêlent dans des sonorités complémentaires, parfois  intentionnellement  discordantes.
L’énergie ne leur fait pas défaut. Ni la rage de chanter, crier, protester, revendiquer mais aussi rire et aimer. Aimer rire : malgré la noirceur de certaines paroles, humour et fantaisie sont au rendez-vous. Elle sont de  cinq à sept, c’est selon; elles jonglent aussi avec  les langues et adaptent à leur manière des textes de l’américain Charles Bukowski, du grand poète ukrainien Taras Chevtchenko mort en exil, ou encore, avec Rozy Donbass, le sonnet 35 de William Shakespeare : « No more be grieved at that / which thou hast done / Roses have thorns and silver fountains mud » (N’aie plus de chagrin pour ce que tu as fait/ Les roses ont des épines, les sources argentées, de la boue… ).
 Elles parlent aussi d’une «guerre civile» entre l’amour et la haine… qui renvoie certainement à Donetsk, surnommée la ville au million de roses. Dans Je ne veux pas travailler, chanson des Pink Martini,  on entend en effet : «Déjà, j’ai connu le parfum de l’amour /Un million de roses /N’embaumeraient pas autant.»
Sous leurs allures de clowns, derrière le caractère disparate de leur répertoire, leur choix de textes n’a donc rien d’innocent. Certes, on peut préférer certains morceaux à d’autres, moins réussis. Mais elles varient souvent leur répertoire…
Les ambiances qu’elles créent sur scène par leur mimique et leur présence affirmée sont soutenues et rythmées par une installation vidéo élaborée où défilent paysages désolés, usines, rues tristes et ruines, extraits de Metropolis, ou projections d’images colorées style pop art… Un accompagnement tantôt nostalgique, tantôt survitaminé, contrasté,  comme leur spectacle.
«Dans ce monde perdu, je préfère de vivre seule (…) tous mes rêves sauvages, je ne les donnerai à personne, c’est ma mer. » 
My sea, leur tube de Maïdan, clôt leur concert; elles sont devenues des figures de la résistance, « comme les Pussy Riot, la bonne musique en plus», dit Vlad Troitskyi. On peut écouter leurs chansons sur Internet. En attendant de les voir au festival d’Avignon dans un concert qu’apprécieront ceux qui aiment les shows percutants.

 Mireille Davidovici

 Spectacle présenté à Paris, au Théâtre Monfort à Paris XVème, dans le cadre du festival le Standard Idéal de la MC93/Bobigny. Et du 13 au 25 juillet au festival d’Avignon : Théâtre du Chêne Noir et à La Manufacture.

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