Livres et revues

La Vie comme au théâtre de Florence Delay

la-vie-comme-au-theatre-de-florence-delay-1019372282_MLLes  écrivains font partie de la famille de Florence Delay qui les évoque, comme s’ils étaient ses intimes, par-delà les années et les siècles. L’académicienne, à travers ces bribes autobiographiques d’une vie de création enthousiaste, immédiatement inscrite dans son temps, se sent proche entre autres, d’Alfred de Musset :« Il me semble avoir connu ce blond aux yeux pâles, maigre, alcoolique, désastreux, merveilleux, dont j’aurais pu certains jours me dire la sœur ou la mère, comme Georges qu’il aima, et qui l’aima, au point de couper ses cheveux et de les lui envoyer en cadeau de rupture. » La vie ne quitte jamais l’idée même du rêve.
Florence Delay met en parallèle Alfred de Musset et Gérard de Nerval, tous deux fils des guerres de l’Empire  et sous dépendance de l’alcool, buvant pour vivre une autre vie. L’amoureuse des auteurs  (poésie, roman, théâtre) associe Alfred de Musset à Robert Desnos qui écrivent à vingt-six ans, leur Confession d’un enfant du siècle. Robert Desnos, enfant du XXe siècle,  privilégie la double vie, ce dont souffrait Alfred de Musset, lui, en se dédoublant.
La narratrice se souvient avec émotion et clarté, d’une enfance radieuse: Mademoiselle Jeanne organisait un spectacle chaque année dans son  lycée où elle faisait danser toutes les élèves : «Elle a donné à des générations de filles, un port et une façon de tenir au sol par les demi-pointes, et surtout d’ouvrir les bras. Personne ne peut devenir bon, s’il ne sait ouvrir les bras, les mains. »
Mettre en scène des spectacles scolaires, et d’amateurs comme de professionnels, répéter, être comédienne sur un plateau ou cinéma: cela a toujours eu la part belle dans la vie de cette  jeune fille qui n’en poursuit pas moins ses études. Mais les aventures sont au rendez-vous, tel un voyage au LSD proposé par un ami,Pierre Clémenti,  un des comédiens de la Nouvelle Vague,.
Inspectée le surlendemain pour l’obtention de son CAPES pratique, concours qui précèdera sa réussite à l’agrégation l’année suivante, elle est victime d’une remontée d’acide, une absence de quelques minutes que l’on prendra comme un symptôme particulièrement aigu d’émotion : « Je vois soudain entrer par la porte fermée un grand oiseau bleu qui vole à travers la classe si bleu, si beau, que je le suis en silence des yeux jusqu’à ce qu’il s’échappe par la porte fermée. L’apparition me stupéfie… »
Pour Antoine Vitez, en qui Florence Delay voit un maître, l’École est le plus beau théâtre du monde,  dont l’enseignement n’a ni commencement ni fin. Resurgit chez sa disciple une image inoubliable, celle que tous les spectateurs qui ont pu voir à Chaillot en 1981, le Faust de Goethe où le metteur en scène et acteur, sortait absolument nu d’une malle, ne sachant plus rien ni de sa vie ni de son corps, malgré connaissances, expériences et sagesse accumulées…
L’aventure du Graal Théâtre en compagnie de Jacques Roubaud est aussi évoquée : «C’est Jacques qui s’aventure dans la forêt des textes. Nous avons désormais plusieurs pays, plusieurs langues, plusieurs siècles à embrasser. » Une seule branche ne réussira pas à recréer la forêt, et les deux amis s’accordent le temps d’écrire dix pièces. Il leur faut sans cesse choisir, parmi les aventures et les chevaliers. Reviennent alors à l’esprit des formes et des couleurs, des joies et des peines, des robes portées dans la vie, des costumes de théâtre, des guirlandes de vêtements qui se balancent comme des chansons qu’on n’oublie pas.
On suit avec un grand plaisir le chemin d’une existence dévolue à l’écriture, à la lecture et au spectacle vivant mais aussi à la vie des jours qui passent: croisements, rencontres, partages et amitiés, une famille que l’on recrée.
Un manifeste existentiel.

 Véronique Hotte

 Collection blanche, Éditions Gallimard

 Cahiers Jean Vilar: Molière parmi les siens

ob_86bca7_cahiers-jean-vilar-118-originalCes Cahiers s’ouvrent sur un beau portrait de Christiane Minazzoli par Thérèse Le Prat, une des comédiennes les plus remarquables du T.N.P. qui nous a récemment quittés, et où elle joua plus de trente rôles. Avec, à côté, une lettre très affectueuses de Jean Vilar  qui «remercie le destin d’avoir associé sa tâche des êtres comme toi ». Comme le dit Jacques Téphany, directeur de la publication, elle fut, avec Philippe Avron, «les deux sourires du blason du T.N.P. toujours attentifs, émouvants, plus que sincères, vrais». 
  Il y a, bien sûr aussi, les notes, aussi claires et précises qu’intelligentes, des mises en scène de Jean Vilar sur so fameux Don Juan qu’il monta, pour la première fois en 1944 au Théâtre La Bruyère,  et qui sera ensuite un des fleurons du T.N.P. à Chaillot et  que ses comédiens  entre autres Monique Chaumette, Daniel Sorano, Jean Vilar, Christiane Minazzoli, Michel Bouquet…)  étaient tous heureux de reprendre, à l’exception de Philippe Noiret qui nous l’avait  confié : il avait deux petits rôles : la statue du Commandeur et La Ramée…
 Il y a aussi, entre autres, dans ce numéro un article de Michel Bataillon, le dramaturge de Roger Planchon; le metteur en scène de Villeurbanne, décédé il y a six ans, monta un remarquable Gorges Dandin; on retrouve ici ses notes de mise en scène mais aussi un de ses textes sur son Tartuffe qui fit date.  Il y a aussi des  articles d’Antoine Vitez,  dont les quatre Molière, en 1978, firent date. Mais aussi de Jean-Pierre Vincent sur Les Fourberies de Scapin avec Daniel Auteuil, en 1990, et de Didier Bezace  sur  L’Ecole des Femmes,  de Jacques Lassalle sur Don Juan qui en réalisa une belle mise en scène avec le grand Andrzej Severyn, trois créations en cette fin du XXe siècle, des plus remarquables qui eurent les honneurs de la Cour d’honneur au festival d’Avignon.
  Un numéro exemplaire et d’une exceptionnelle qualité  à al fois pour ses textes et sa maquette, avec de nombreuses photos de spectacles et de documents, et qui situe montre bien comment les meilleurs metteurs en scène  contemporains français comme Ariane Mnouchkine avec un Tartuffe assez controversé, ou étrangers comme Anatoli Vassiliev n’ont jamais cessé de revenir à Molière, un dramaturge solidement ancré dans son siècle mais qui nous parle encore, et de façon étonnante.

Philippe du Vignal

Cahiers Jean Vilar en vente en librairie et au Festival d’Avignon. 10€

La PEINTURE et son Ombre de Jean-Claude  Schneider

COUV—SCHNEIDER - copieJean-Claude Schneider, poète avec des ouvres comme A travers la Durée, Corde, Dans le tremblement et  il assista Claude Esteban à la rédaction la revue Argile chez Maeght qui publia entre autres des textes de  poètes comme entre autres du côté français: Antonin Artaud, René Char, Jean Daive, Alain Veinstein, Yves Bonnefoy, Philippe Jaccotet de grands étrangers comme Yeats, Fernando Pessoa, Mandelstam mais aussi des peintres: comme Braque, Miro  Zao-Wou Ki, Soulages, Alechinsky, Viera da Silva…Il est aussi le traducteur bien connu d’écrivains allemands, Kleist, Hölderlin, Walser… et de plusieurs essais.
La PEINTURE  et son Ombre rassemble des textes dont certains poétiques  consacrés à  douze  artistes peintres et sculpteurs: Jean Bazaine, Colette Bruschwig, Jean-Pierre Corne, Gilles du Bouchet, Denis Esteban, Alberto Giacometti, Josef  Šima, Nicolas de Staël, Raoul Ubac, Pierre Tal-Coat dont plusieurs, et non  des moindres ont aussi œuvré dans le domaine du théâtre de façon tout à fait remarquable: ainsi, le premier de la série: Jean Bazaine encore jeune, conçut pour le Groupe de Théâtre Antique de la Sorbonne fondé par Roland Barthes en 1935, les décors et costumes des Perses mis en scène par Maurice Jacquemont avec lequel il collabora aussi  par la suite.
Le plus célèbre d’entre eux, Alberto Giacometti créa l’arbre mythique d’En attendant Godot de son ami Samuel Beckett, créé par Roger Blin en 1953. L’artiste suisse fut l’ami de Pierre Tal-Coat qui réalisa aussi nombre de décors, notamment ceux de l’adaptation filmique de L’annonce faire à Marie de Paul Claudel par Alain Cuny quil tourna en 90… à 82 ans. Et Bram van Velde fut aussi un proche compagnon de Samuel Beckett.
Les textes de Jean-Claude Schneider sont d’une analyse très fine, notamment celui consacré à Pierre Tal-Coat,  que nous avions bien connu.  C’est un livre intelligemment écrit  qui permet aussi de redécouvrir des  artistes et   à conseiller à toux ceux qui veulent réfléchir sur les relations qu’entretient l’art et le verbe, mais aussi sur l’espace, la couleur et la lumière au théâtre par le biais de  cette belle réflexion sur la peinture, « dégagée de la gangue du réel ».

Ph. du V.

La PEINTURE et son Ombre est publié à l’Atelier contemporain. 20€

 


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