Magie visuelle et acrobatie à Briare

Magie visuelle et acrobatie à Briare

 Kumo-noir-et-blanc Briare, 6.000 habitants, à l’Est d’Orléans, connue, depuis le XIXe siècle pour son usine d’émaux, et récemment devenue une  capitale de la navigation de plaisance, possède, chef-d’œuvre architectural auquel participa Gustave Eiffel   le très célèbre  canal de Briare,(1896) qui traverse la Loire sur quelque sept cent mètres.
Et, depuis deux ans, Briare, un peu à l’écart de l’agglomération  a accueilli STARS, un grand studio de cinéma, préparations d’événementiels et spectacles, créé et dirigé par Bruno Limoge, homme aussi discret qu’efficace.
Très bien équipé avec projecteurs  asservis, l’endroit est  transformable en salle et scène d’une ouverture d’une quinzaine de mètres, pouvant accueillir quatre cent personnes…

Avec l’appui de l’Atelier, une association dirigée par Vincent Fregeai qui a pour but de créer des événements culturels, et d’Artefake, un association  partenaire  artistique,  qui regroupe des magiciens,  a donc été créée la première édition d’Illusions magiques: un cabaret avec, en alternance, des numéros d’acrobatie  et de magie, ainsi que  des chansons de jazz par un trio de chanteuses  pour quelque trois cent spectateurs.
Avec remise d’un  Trophée à un magicien,  d’un prix consistant en une semaine de résidence de travail à Stars pour un autre magicien, et enfin d’un Trophée  du public destiné à un circassien.
Sébastien Fourie a  inauguré la soirée avec un numéro de magie connu, dit de cordes, qui, très au point sur le plan technique, souffrait cependant d’une esthétique assez faible. Suivit le numéro de  jeunes et brillants acrobates, encore élèves de l’Ecole du cirque de Chalon, Anaïs Albisetti et Pedro Consciencia. Avec portés et divers sauts périlleux : rapidité, souplesse, force et virtuosité, et donc avec, à la base, un sacré travail physique mais aussi mental: le moindre dérapage pouvant être catastrophique…. Certains moments rappelant des merveilleux dessins de tombe égyptienne quelques deux mille ans avant J.C.  L’acrobatie moderne, on l’oublie souvent, remontant aux plus anciennes traditions méditerranéennes ou chinoises.
Le deuxième magicien, dernier champion du monde donc hors concours: Yann Frisch, lui aussi très jeune, fait preuve d’une d’une virtuosité telle qu’il est impossible de suivre le mouvement de petites pommes sur une table noire. Comme si notre rapport à l’objet en devenait, d’un seul coup, profondément modifié.
mamSuivit un numéro plus classique  de tissus aériens,  de Béatrice Esterle. Et après entracte, où trois jeunes femmes ont chanté des airs de jazz, un « solo à prétention magique » de Raymond Raymondson, celui d’un  clown qui rate presque tous ses tours. Mais, faute d’une mise en scène correcte et de gags suffisamment travaillés, ce solo reste peu efficace.
Mavara project #4  de Chiara Marese, est un travail sur corde molle. Un voyage en soi-même, comme semble en témoigner la figure de petite fille qu’elle a contre son épaule et avec laquelle elle évolue avec une belle virtuosité. Promenade  souvent émouvante et gracieuse, mais soutenue par une bande-son faite de bruits de la rue,  chuchotements et paroles en sicilien, donc qui nous échappe un peu.
Dernier numéro de magie actuelle, à mi-chemin entre art visuel, acrobatie et théâtre d’ombres, Kumo (nuage en japonais) de Romain Lalire. Vêtu d’une longue robe noire, il glisse sur la scène avec une virtuosité exemplaire, tout en jonglant avec une grosse boule de verre, pendant que son ombre se projette sur l’écran, parfois accompagnée d’autres ombres sur écran. Impressionnant, et sans doute le numéro le plus poétique.
  Enfin, un numéro de trapèze classique avec la même acrobate, Béatrice Esterle, toujours au-dessus du public  et sans filet, accompagnée par l’une des chanteuses, avec l’Ave Maria  de Charles Gounod. Le spectacle était “animé“ par un  Monsieur Loyal, très maquillé, en queue de pie rouge à paillettes dorées, pantalon noir et chaussures vernies, comme sorti tout droit d’un film de Federico Fellini, et auquel Gary Yann servait un peu de faire-valoir. Se présentant comme animateur et producteur de spectacles, il a souvent parlé de sa longue carrière, “ autrefois danseur à l’Opéra de Paris puis danseur soliste à l’Opéra de Nice “, récitant un poème de son cru  à  Béatrice Esterle. Et  évoquant une France « dirigée par un gland ». Comme un théâtre dans le théâtre!
Pathétique, mais pas grave
. Le public était  visiblement heureux d’être là ensemble, attentif à ces formes  artistiques du corps, plus qu’à un théâtre de texte. Le cabaret est un forme  de spectacle qui n’a cessé d’évoluer, avec des hauts et des bas depuis plus d’une centaine d’années  mais qui semble avoir retrouvé ici, le temps d’un soir, une belle jeunesse et un public populaire. Ce qui n’est pas si fréquent…
Le prix du public alla au couple d’acrobates, et le jury attribua la résidence  à Sébastien Fourie, pour poursuivre son travail, et le Trophée à Romain Lafire, ce qui lui donne une reconnaissance professionnelle très utile…
A l’évidence, Vincent Fregeai, Bruno Limoge et leurs équipes ont bien réussi leur coup, (un grand panneau affichait complet!) et n’ont aucune inquiétude à avoir pour une seconde édition, mais… de grâce, avec un autre Monsieur Loyal.

Philippe du Vignal

Cabaret du 28 mars à Briare.


Archive pour avril, 2015

Le 20 novembre

Le 20 novembre, texte de Lars Norén, traduit du suédois par Katrin Ahlgren,  mise en scène d’Alexandre Zeff

photo 1Dans la pièce du dramaturge suédois, un jeune homme de  dix-huit  ans, qui s’apprête à commettre un massacre dans son lycée, expose préalablement les raisons de cet acte fou : « Si j’arrive pas à trouver un sens à la vie/je vais de toute façon trouver un sens/à la mort. »
En novembre 2006, Sebastian Bosse a tiré sur une trentaine de personnes  au lycée technique d’Emsdetten en Westphalie, qu’il a blessée avant de se donner la mort. La pièce, écrite à partir de son journal intime,  a été créée par Anne Tismer de la Shaubühne de Berlin, et  fait référence, à travers le monologue de cet apprenti meurtrier, au massacre – quinze morts et de nombreux blessés – commis sept ans auparavant, par deux jeunes élèves du lycée Columbine à Littleton (Etats-Unis) en 1999.
On retrouve chez ces jeunes gens,  la même attirance pour les jeux-vidéo de guerre et une fascination pour les armes à feu qu’ils réussissent à se procurer. Nous n’égrènerons pas la liste noire des divers attentats suicidaires depuis 2006, comme ce jeune Norvégien qui fit un carnage en 2011 sur l’île d’Utoeya, tuant et blessant des étudiants militants du parti des jeunes travaillistes. Ni ceux du marathon à Boston en 2013. Le procès du survivant des deux  frères Tsarnaev qui s’étaient enfuis après le dépôt des bombes,  a d’ailleurs lieu en ce moment.
Ni l’attentat meurtrier à Paris de Charlie-Hebdo et du magasin casher à Vincennes au début de cette année, ni celui de Copenhague, et  du musée Bardo à Tunis, ni celui des nombreuses victimes de Gharissa au Kenya. Depuis l’écriture de la pièce, s’est imposée, dans un paysage déjà instable et furieux, la donne tragique d’un terrorisme djihadiste planétaire.
Raisons économiques et sociales, raisons personnelles, familiales ou religieuses:l  n’en manque pas aux jeunes gens, fragiles blés en herbe, pour éprouver le dégoût d’une existence au rabais et sans avenir : « Je serai une espèce d’enculé de raté pour le reste de ma vie/ Quand on sait qu’on sera jamais heureux dans sa vie/ et que toutes les bonnes raisons pour ça, se multiplient/ d’un jour à l’autre/ il reste/ rien d’autre/que de quitter cette vie de merde/que j’ai pas demandée/Je l’ai pas demandée/Ça suffit maintenant »
Le locuteur, pourtant issu pourtant d’une famille de classe moyenne,  se sait «anormal» sans être misérable, selon les règles d’une société coercitive qui bannit «les punks, les sans-abri, les losers, les gothics, les pédés, les gouines, les objecteurs de conscience, les Tziganes, les Turcs, les Arabes et cetera… ».  Et l’école, selon lui, s’en prend aux plus jeunes, en leur révélant leur différence et leur solitude, à l’écoute de ces «foutus médias capitalistes qui dictent à la majorité, ce qui est cool ». L’écriture sans concession de Lars Norén, rapide, sèche, est à la mesure d’un jeune au fusil,  bombes et cocktails Molotov à la ceinture, qui n’attend pas de réponse : «T’as une idée…T’es allé voir…Vous vous retrouvez dans une guerre… »
Alexandre Zeff  a confié le rôle  du futur terroriste  à Camille de Sablet, à la silhouette androgyne de femme-enfant, qui s’y investit avec cœur, grondant d’une belle voix rauque, tempêtant, interpellant le public et allant à sa rencontre dans les gradins, le prenant à témoin et exigeant une réponse.
Or, celui qui ne parle qu’avec lui-même, ne communique pas avec les autres. Un espace d’eau rougie figure les meurtres sanglants qui auront été perpétrés : la comédienne marche dans l’eau, ou se tient au-dessus, perchée sur une balançoire. Cette scénographie, esthétiquement chargée, donne à la forme une importance baroque qu’elle ne devrait pas  avoir: des mèches allumées en guise de cierges autour d’un catafalque imaginaire,  un costume d’ado, fantôme qui se balance sur un cintre, des effluves de musiques lointaines: c’est un contre-sens par rapport au propos radical de Lars Norén qui paraît aujourd’hui déjà réducteur , ou incomplet,  vu la multiplication des terrorismes actuels.

 Véronique Hotte

 Théâtre-Studio Alfortville, du 6 au 18 avril. Tél : 01 43 76 86 56 www.theatre-studio.com

Le texte de la pièce est publié aux éditions de l’Arche.

Don Juan revient de guerre

Don Juan revient de guerre, texte d’Ödön von Horváth, traduction de René Zahnd et Hélène Mauler, mise en scène de Jacques Osinski

 

p206021_2Don Juan n’est plus ce qu’il était, quand il revient de guerre – la Grande Guerre  – dans une Allemagne qui, sur le plan politique et social, est effondrée, et dont l’inflation est sans issue.
Le pays connaît l’état humiliant de ceux qui, vaincus, ont encore à verser une dette de guerre, coincés dès lors entre petits trafics, marché noir et donc enrichissement rapide des profiteurs. Ainsi, à la vision dégradée d’un Etat,  correspondent les années folles de 1919 à 1923, une période d’ivresse où chacun tente de s’aveugler, ou, au contraire, de se trouver librement, initiant certains avant-gardismes prophétiques. C’est à cette époque qu’Ödön von Horváth, trois ans avant d’être tué en 1938 par la chute d’une branche sur les Champs-Elysées, inscrit ce drame.
Entre jours blafards et fêtes nocturnes, le citoyen, bourgeois, ouvrier ou sans emploi,  et les femmes, aussi, tentent d’oublier une misère noire quotidienne. Dom Juan, lui, soldat lassé de l’expérience militaire – une déception personnelle et collective -, revient dans un monde bouleversé par la crise où les hommes sont absents: tués au front, ou morts de la grippe espagnole.
Ödön von Horváth, Hongrois de langue allemande, défini par les nazis comme «auteur dégénéré», réfugié d’abord à Vienne, revient sur le passé d’un pays fourvoyé. Écrite pour un protagoniste masculin et trente-cinq rôles féminins, cette pièce chorale laisse apparaître une figure qui n’est qu’une ombre, une marionnette  de héros déchu,  au milieu de présences féminines, gagnées par une volonté absolue de vivre. Refusant les règles d’un monde désormais révolu, ce sont les femmes qui prennent les affaires en main, mais pas Don Juan qui pensait être devenu un autre. L’ancien séducteur espérait retrouver celle qu’il avait abandonnée avant la guerre.
Fantasme, rêve d’un gamin qui restera à jamais immature, mensonge qu’on se fait à soi-même, afin de survivre, en reprenant petitement assise sur des bases plus solides… Mais ce souhait se heurte à la réalité de la Mort à laquelle Don Juan le désinvolte ne s’est pas préparé. Entre-temps, cet infidèle retombe dans ses faiblesses anciennes, multipliant les conquêtes, se laissant séduire, alors qu’il n’est, dans l’âme, qu’un vaincu terrassé.
Jacques Osinski a su  recréer avec esprit ces temps moribonds. Si ce n’est la grand-mère âcre et autoritaire de la disparue (Jean-Claude Frissung), la fille cadette (Agathe Le Bourdonnec) de la logeuse (Caroline Chaniolleau), Don Juan, l’homme à femmes, ne rencontre que des victimes qui tombent sous son charme: soubrettes, serveuses, filles légères, villageoises, dames distinguées ou indignes. Noémie Develay-Ressiguier, Delphine Hecquet et Alice Le Srat  assument tous ces  personnages.
Mais, aussi nombreuses soient toutes ces femmes, le chemin mènera l’égoïste à  une mort incontournable, touché à son tour par les trahisons de l’existence. Don Juan est incarné par Alexandre Steiger, à l’étrangeté hésitante.
Christophe Ouvrard a imaginé une scénographie avec des lieux privés comme la chambre du malade hospitalisé, l’appartement de la logeuse et  le salon de la grand-mère, ou bien des endroits  publics:  un  café,  un cabaret, ou un chemin neigeux la nuit dans une forêt:  Don Juan est hagard, pris de vitesse dans un monde qui évolue à présent sans lui.

 Véronique Hotte

 Athénée Théâtre Louis Jouvet, du 2 au 18 avril. T : 01 53 05 19 19

 

Que seul un chien

Que seul un chien de Claudine Galea, mise en scène de Brigitte Barilley

« Bucarest budapest chicago damas erice île rousse Ishinomaki isla negra jérusalem kiev kyoto », ces noms s’affichent sur un drap blanc, tendu en fond de scène, unique décor pour ce monologue à plusieurs voix qui s’articule en trois mouvements. On distingue les dires d’une femme, « la fille sur les planches » : insatiable voyageuse, elle s’adresse aux siens qui lui manquent ; elle évoque ses désirs et ses plaisirs, la solitude, la lassitude, le vide…
 On entend la plainte d’une ménagère « la femme assise», captive de son foyer, qu’elle va déserter du jour au lendemain, abandonnant mari et enfants… Puis la fille de la fugitive donnera le fin mot de l’histoire : elle retrace l’existence de sa mère à travers les photos éparses, remisées à la cave, avant sa disparition, et tente de la retrouver dans l’unique image reçue de l’absente, épinglée  sur un mur de sa chambre d’enfant : un arbre vert, un mur bleu… On n’y voit pas le chien qui était là lors de la prise de vue…
Catherine Salvini se saisit avec bonheur de ce poème dramatique, incisif, lapidaire, au rythme lancinant, et  elle assemble pour nous les morceaux d’un puzzle, que la mémoire recompose à l’infini. Elle nous guide dans le kaléidoscope des photos projetées. Images et souvenirs ne coïncident pas toujours, tel ce chien qui donne à la pièce son titre énigmatique.
La mise en scène combine finement texte et images ; de petits films rythment le voyage dans l’espace et dans la mémoire. Sans volonté d’illustration, des photos surgissent aussi par salves, sur l’écran blanc du drap. Plissé ce drap évoque aussi ceux des lits d’hôtels désertés à la hâte;  c’est un écran vierge où défile une vie racontée en plusieurs versions; puis il recouvrira l’espace, linceul de l’oubli.   
  La pièce de Claudine Galea trouve ici son expression à la fois orale et plastique dans cette belle réalisation qui met en valeur une écriture nerveuse et ciselée.

 Mireille Davidovici

Théâtre des Déchargeurs,  T : 01 42 36 00 50 , jusqu’au 11 avril.  www.lesdechargeurs.fr

La pièce est publiée aux éditions Espaces 34.

 

 

Hinkemann

Hinkemann d’Ernst Toller,  traduction d’Huguette et René Radrizzani, adaptation et mise en scène de Christine Letailleur

hinkerman_les_deux_elis_car«Comment l’homme, que la guerre a châtré, verrait-il la vie, l’homme sain n’est-il pas frappé de cécité ? (… ) Quelques minutes plus tard, j’écris le récit de mon drame Hinkemann », dit Ernst Toller  exposant ainsi la genèse et le sujet de sa pièce, écrite  en 1922, dans les geôles allemandes, où il est purge cinq ans de peine.
Pacifiste militant, il a été condamné pour sa participation à la République des Conseils de Bavière. « Cette putain de guerre », « la peste de l’humanité », il l’a vécue. Parti au front à vingt-et-un ans, il appartient comme Eugen Hinkemann, à une génération sacrifiée. Son héros est un homme empêché, mutilé, châtré, au sens propre du terme, par un éclat d’obus français. (Hinkemann signifie l’homme qui boite).
Sa blessure lui va droit à l’âme et lui interdit à jamais le bonheur ; même dans la société nouvelle, et  «l’humanité raisonnable», annoncées par ses camarades socialistes, il se sent seul. « Je suis un homme perdu, un pantin (…) Eugen ridicule (…)», dit-il, à Grete, sa femme, dès la première scène.
 «Je suis jeune et déjà vieille, je suis vivante et déjà morte(…)  Eugen, il n’est plus du tout un homme», se plaint-elle à Paul Großhahn, l’ami de son mari… qui sera bientôt son amant. Sans argent, sans travail, Eugen devient une bête de foire: pour quelques marks, et la plus grande joie du public assoiffé de sensationnel,  il décapite, avec ses dents, des souris et des rats vivants. Sous le regard de Grete, apprendra-t-il de Paul ; « Et elle riait », ment Paul, pour enfoncer le clou.  Ainsi évolue ce sombre drame, jusqu’au pire, sur fond de crise sociale, révoltes, répressions et pogromes antisémites.
Grand maître de l’expressionniste allemand, l’auteur manie habilement la plume mais n’hésite pas à accumuler, souvent ad nauseam, le sordide, voire à s’enliser dans un pessimisme noir. Pour dénoncer la bestialité triomphante de ses contemporains, il use de nombreuses références animalières : du chardonneret aveugle, aux rongeurs du Forain, des chiens en rut dans les rues, au «joli petit papillon» qu’était Grete, avant que ses mains ne se muent en  «crapauds baveux» et que son âme à lui ne ressemble à «l’aile brisée d’une alouette»…
Chrstine Letailleur a choisi la sobriété pour traiter cette avalanche de malheurs. L’élégant décor gris souris d’Emmanuel Clolus est vide mais  animé par des découpes lumineuses au sol,  et les protagonistes, comme perdus dans l’immensité nocturne, errent dans le clair-obscur  qui amplifie leurs ombres portées. Les barreaux de la fenêtre s’allongent en barreaux de cage, ou de prison, allusion à celle de l’écrivain autant qu’à la solitude  où son héros se trouve enfermé.
Une coursive, en fond de scène, figure la rue, l’espace public où passent les silhouettes inquiétantes du nazisme naissant, et on entend les rumeurs colportées par un vendeur de journaux à la criée :  «Pogrome en Galicie ! Mille juifs brûlés vifs ! », phrase qui fit scandale à la première de la pièce en Allemagne.
La baraque foraine ouvre ses rideaux rouges pour déverser les boniments scabreux du Forain, et ses quolibets à l’égard de son « homme-ours allemand », rendant encore plus triste l’ambiance délétère générale.
Stanislas Nordey, en Hinkemann, donne âme plus que corps à son personnage. «Christine Letailleur ne nous demande pas de restituer un quelconque jeu expressionniste, dit-il. Son travail de direction d’acteurs consiste à essayer de conserver la fable dans une approche plus intériorisée, plus retenue des personnages [...]»  Allant dans ce sens, il adopte le lyrisme d’un clairvoyant de mauvais augure. « L’homme est seul, alors s’ouvre un abîme qui s’appelle sans espoir (…) Les hommes continueront à tuer, à lapider l’esprit, à souiller la vie, toujours( …) » prophétise-t-il dans son monologue final.
Les autres personnages sont interprétés avec la même rigueur : Charline Grand  est une Grete toute en nuances, au-delà du rôle ingrat et un peu caricatural de «gretchen» que lui attribue l’auteur. Richard Sammut joue un jeune tombeur de dames déluré, sans trop appuyer sur le côté coq de village, (Großhahn, en allemand: grand coq).
L’esthétique du décor et des lumières, l’intelligence de l’interprétation, le bon dosage de la bande-son offrent une contrepoint à cette peinture sombre d’un monde malade, qui résonne encore avec notre actualité. La metteuse en scène a tiré le meilleur parti de cette œuvre, belle certes, mais parfois un peu lourde; les deux heures dix du spectacle n’engendrent pourtant aucune lassitude.
A voir donc, sans hésitation.

Mireille Davidovici

Théâtre de la Colline, jusqu’au 19 avril, T:  01 44 62 52 53
La pièce est publiée à l’Avant-Scène.

A lire en complément le passionnant journal d’Ernst Toller : Une Jeunesse en Allemagne, Éditions l’Âge d’Homme, 1974

Dancefloor Memories

Dancefloor Memories de Lucie de Pauw, mise en scène d’Hervé Van der Meulen  

les-acteurs-francais-de-la-comedie-francaise-christian-gonon-et-elsa-lepoivre-au-studio-theatre-a-paris-le-24-mars-2015_5314425Ils sont trois à valser dans l’ovale d’une piste de bal. Les blancs nuages peints sur le parquet se reflètent dans trois miroirs inclinés, en fond de scène, et  les acteurs semblent évoluer, d’un pas glissant, sur un ciel de traîne.
Mais pour Pierre, la fête est finie. Il a la mémoire qui flanche, malgré l’amour de Marguerite, sa femme, qui tente de la lui rafraîchir par des post-it, petit cailloux blancs dans un quotidien qui se brouille au fil de temps. « Diagnostic : je viens d’apprendre que  je vais crever à petit feu (…) que, dans trois ans cinq ans dix ans, on nous fera manger à la petite cuillère, un rosbif qu’on oubliera de mâcher, qu’un jour on oubliera de sucer la moelle (…) », dit Pierre. Un troisième larron entre dans la danse : Gary. Une nouvelle vie s’annonce pour Marguerite et son amant américain, une course contre le temps pour les vieux jeunes amoureux, tandis que, pour Pierre, le compte à rebours a commencé …
  Dancefloor Memories résulte d’un appel à projet pour une pièce radiophonique, sur le thème de l’infidélité. D’où sa forme : trois voix qui s’entrecroisent, se répondent ou pas . Sa construction en cinq mouvements évoque une musique de chambre avec ses variations rythmiques et ses motifs récurrents. La toute jeune auteure, Lucie de Pauw, déploie une écriture pointilleuse et dynamique,  composée d’une suite d’instantanés, où se mêlent souvenirs du passé et événements du présent. Cette fluidité spatio-temporelle confère au spectacle une légèreté de bon aloi, qui dédramatise la lente disparition de Pierre. Le trio amoureux a quelque chose d’intemporel, et la douceur des amours fanées.
  Hervé Van der Meulen, metteur en scène et comédien, qui dirige par ailleurs le Studio d’Asnières, a confié la pièce à des interprètes qui n’ont pas l’âge des rôles, sans leur demander de composer des personnes âgées. « Le fait que nos trois acteurs soient entre deux âges, dit-il, permet de travailler sur une histoire du corps, de leur corps, du poids des années qui commence à se dessiner, du chemin déjà parcouru, et de celui à parcourir encore. »
Hervé Pierre, excellent comme toujours, campe un brave père de famille aux allures de grand nounours un peu poupin. Elsa Lepoivre, elle,  a le charme discret de la bourgeoisie, et la grâce fragile d’une jeune fille. La chorégraphie,  assurée par Jean-Marc Hoolbecq, place la danse au centre de la mise en scène. « Comme le titre de la pièce l’indique, dit-il, ils ont pratiqué le dancefloor une grande partie de leur vie. Des choses sont donc dites à travers les corps qui ne sont peut-être pas dites avec des mots. »
  Tout est ici réuni pour faire de Dancefloor Memories une comédie légère, sur un texte d’une gravité sereine qui laisse filtrer les angoisses en sourdine. Il parle de gens vieux, mais peut très bien s’adresser à un public jeune. Tout le monde se pose des questions sur la fin de vie,  et a été plus ou moins confronté à la maladie d’Alzheimer.  

Mireille Davidovici

Studio-Théâtre de la Comédie-Française  jusqu’au 10 mai ; T.  : 0825 10 1680 – www.comedie-francaise.fr

Dancefloor Memories est publié aux Éditons Koïnè

À noter : on peut voir la maquette de SAS, Théâtre d’opérations et suites cinq étoiles de Lucie Depauw, mise en scène par Guillaume Tarbouriech au  Théâtre 13/Seine, le 7 avril à 12h30 ; entrée libre.  T. : 01 45 88 62 22

Les trois Sœurs

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Les Trois Sœurs d’Anton Tchekhov, traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan, mise en scène de Jean-Yves Ruf

 

Entre bouquets de fleurs et petites lampes, c’est la fête attendrie d’Irina, la benjamine du trio, saluée encore par la présence hésitante du frère Andreï (Pierre Yvon). Juste un an après la mort de leur père relatée par Olga, l’aînée (Géraldine Dupla), jeune professeure de lycée,  à la belle allure: « Il faisait très froid, il neigeait, ce jour-là. Je me disais que je n’y survivrais pas.» Et les voilà maintenant réunies dans la maison familiale d’un chef-lieu, dernière  poste militaire du père, après qu’il ait quitté – promotion oblige- la mythique Moscou,  ville originelle et rêvée des trois sœurs, qui répètent gaiement : «Nous ne sommes pas d’ici.»
Ces drôles d’«étrangères», orphelines de mère, ont reçu, grâce à la volonté paternelle, une éducation moderne et artistique,  dont l’acquisition des langues. La reine du jour est Irina (Elissa Alloula), vivante et enjouée, qui fait virevolter sa robe blanche et soyeuse, telle une Marylin en avance d’un demi-siècle, et qui en est elle-même charmée.
Macha (Lola Felouzi), aussi jolie que mélancolique et taiseuse, souhaite à sa cadette d’être heureuse, et  évoque, non sans tristesse, les fêtes passées et bruyantes, quand elle étaient encore enfants,  avec les officiers; à présent, tout  est désert et sans joie. Mais arrive dans la bourgade, une batterie de jeunes officiers , ui va rompre ce silence pesant de solitude et de nostalgie, et  ils pourraient bien faire tourner la tête de ces jeunes femmes.
Olga n’en reste pas moins seule, prise par ses obligations  au lycée : Macha, elle, qui ne supporte plus le bavardage de son mari, le professeur Koulyguine (Gaël Chaillat), est attirée  par l’éloquent lieutenant-colonel Verchinine (Christophe Brault), malheureux en famille et philosophe à ses heures.
Irina, elle, est courtisée par le major Saliony (Thomas Mardell), provocateur un peu brutal et maladroit, et par le baron Touzenbach (Antonio Troilo), lieutenant-major, qui n’a rien d’un séducteur mais qui possède beaucoup de sagesse.
Quelques mois plus tard, a lieu un grand incendie dans la ville, et Olga et Irina  se sont repliées dans une chambre confinée car leur belle-sœur Natacha (Sarah Pasquier) s’est presque entièrement appropriée la demeure  familiale. Irina, employée au Conseil de la ville, souffre, insatisfaite: «Le temps qui passe, et toujours l’impression qu’on s’éloigne de la vraie vie, de la vie merveilleuse …»
Après bien des malheurs et en reportant à plus tard, la compréhension des souffrances accumulées, la jeune femme, meurtrie par la vie au quotidien, s’oblige à vivre, en dépit de tout : «Demain, je m’en irai toute seule, je commencerai d’enseigner à l’école, et je donnerai toute ma vie à ceux qui, peut-être, en ont besoin. »
La pièce d’Anton Tchekhov, inscrite à une époque charnière, juste avant les bouleversements révolutionnaires qui changeront la face du monde, reste l’expression d’un désenchantement existentiel ; pour les trois sœurs   c’est une douloureuse braderie de toutes leurs attentes, à mesure que les promesses d’avenir s’éloignent de la jeunesse.
Jean-Yves Ruf met délicatement en scène les espoirs de chacune des trois sœurs dans un présent immédiat, à travers l’expression spontanée du bonheur d’être ensemble, en partageant les mêmes souvenirs des peines et des joies. Il y a, sur scène, une teneur presque palpable de ces subtiles et fragiles instants, de cette sensation de vivre et d’être présent, entre sourires entendus et regards complices. Les belles personnes que sont les comédiens cités plus haut, laissent suspendre un temps, ces moments rares et authentiques avant qu’ils ne s’échappent.
Un bel ouvrage scénique, avec sur le plateau, juste un tapis et un canapé de salon, un mobilier de grenier, quelques estrades, et un simple rideau.

 Véronique Hotte

 Théâtre Gérard Philipe -CDN de Saint-Denis, jusqu’au 19 avril. T : 01 48 13 70 00

La pièce est publiée chez Babel Actes-Sud),

Solaris

 Solaris, mise en scène et chorégraphie  de Saburo Teshigawara, musique de Dai Fujikura, d’après le roman éponyme de Stanislaw Lem.

IMG_3242Cet opéra en quatre actes, création mondiale jouée seulement deux fois à Paris, illustre le savoir-faire des deux artistes japonais, le compositeur Dai Fujikura, et le chorégraphe aux multiples facettes Saburo Teshigawara à l’initiative du projet, élaboré avec l’autorisation de l’écrivain polonais Stanislaw Lem: «C’est comme si j’hébergeais dix personnes en moi», dit  le metteur en scène. En effet, ici, il a écrit le livret en anglais et réalisé, comme à son habitude, décors,  costumes, lumières, mise en scène et chorégraphie. Les images en 3D du début, projetées dans le silence, ont été conçues par Ulf Langheinrich.
Solaris est une planète recouverte d’un océan. Le psychologue Kris Kelvin y rejoint une station spatiale où réside Snaut, un chercheur.  Lors de ses phases de sommeil, Kris Kelvin retrouve des êtres disparus :  sa défunte épouse Hari et Gibarian, son ami chercheur, qui s’est suicidé. Le metteur en scène a décidé que les personnages seraient représentés par un couple chanteur-danseur, exception faite de Kris Kelvin, dont les états d’âmes sont exprimés par deux chanteurs, l’un sur scène et l’autre en coulisse.  Rihoko Sato, qui a rejoint la compagnie KARAS de Saburo Teshigawara en 1996, danse Hari, et  Saburo lui-même,  interprète Gibarian ;  Nicolas Le Riche incarne Snaut et Vaclav Kunes, danseur du Nederlands Dans Theater, Kelvin. Tous sont très justes dans leurs mouvements.
Chacun des chanteurs est remarquable, avantageusement  accompagné par les musiciens de l’Ensemble Intercontemporain, placé sous la direction d’Erik Nielsen. «J’attends des danseurs, dit  Saburo Teshigawara, des mouvements au-delà des mots et, des chanteurs, des choses qui se développent au-delà des mots et de la voix».L’ensemble de l’œuvre dégage une tonalité esthétique forte, même si la chorégraphie est un peu en retrait par rapport à la partition vocale. Avec cette manière de faire exister des vies virtuelles sur scène, Saburo Teshigawara aura réussi son pari,  et l’accueil très du public a été très chaleureux…

Jean Couturier

Spectacle présenté les 5 et 7 mars au Théâtre de Champs-Elysées. Et les 24 et 26 avril à l’Opéra de Lausanne.

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la Pelle du large

 

La Pelle du Large d’après L’Odyssée d’Homère, mise en scène de  Philippe Genty

la-pelle1Imaginez Ulysse en tire-bouchon aux bras articulés, et ses compagnons de fortune en papillotes aux robes multicolores! Tout ce petit monde navigue d’aventure en aventure, sur un rideau de douche bleu, qui parfois se déchaîne en plis houleux. Les objets trouvés dans une cuisine sont bien commodes pour  incarner les personnages de la plus vieille histoire du monde: batteur à œufs, bassine, gants de vaisselles, éponges et autres ustensiles, ingrédients, fruits et légumes… Tout un petit peuple va s’animer entre les mains agiles des comédiens. (Les mains sont par ailleurs le motif d’une exposition de sculptures de Philippe Genty dans le hall du théâtre).
Et vogue le navire : une pelle, un balai à manche court, un éventail y suffisent, manipulés par les trois acteurs qui se disputent à la fois le rôle d’Ulysse et l’avantage de porter ainsi une passoire sur la tête ; n’est-il pas le chef et le héros ? Mais, par ailleurs,  il y a de quoi faire : les aventures s’enchaînent de Charybde en Scylla. Ils seront Circé au cœur d’artichaut, le Cyclope rond comme une barrique,  un des moutons à la gueule de tomate, la mousseuse Calypso, l’évanescente Pénélope et ses prétendants, et tous les autres, sortis de l’univers homérique.

  L’inventivité de Philippe Genty, comme d’habitude, n’a pas de bornes (voir Zigmund Follies dans  Le Théâtre du blog).  Avec des interprètes qui excellent autant dans la manipulation que dans le jeu scénique, il magnifie les plus humbles objets en leur insufflant une personnalité. Non content de pousser à bout l’imaginaire, il  a aussi écrit  aussi un texte savoureux et ludique où le geste rejoint la parole, où les mots se concrétisent en images. 
Pour ouvrir une bouteille à la mer, il faut un tire-bouchon : notre Ulysse est bien équipé pour le faire; nus, les marins-papillottes deviennent caramel, guimauve et chocolat ; pour construire un pont sans avoir d’argent, il suffit de «faire la manche» et, aussitôt, deux vestes prêtent les leurs, permettant ainsi au héros de franchir le sinistre fleuve Érèbe,  aux confins des Enfers…
Cette trivialité des objets utilisés n’entame en rien les qualités esthétiques du spectacle ; le comique du texte et du jeu, frisant souvent celui du clown, ne tombe jamais dans la vulgarité facile. Sous une voilure bien modeste, certes, mais sans trahir l’original, le spectacle revisite un chef-d’œuvre, pour le plaisir des petits et des grands. Une réussite  à ne pas manquer.

 

Mireille Davidovici

Joué au Grand Parquet en mars,  et ensuite en tournée. À lire aussi : l’autobiographie de Philippe Genty: Paysages intérieurs,  (Actes-Sud), (voir Le Théâtre du blog)

Vanishing point

 Vanishing Point (Les deux Voyages de Suzanne W.), conception, installation et mise en scène de Marc Lainé, musique du groupe Moriarty

 IMG_9289Nous avons été émerveillés par les manifestations du Festival EXIT 15 à la Maison des Arts de Créteil (du 26 mars au 5 avril), généreux éventail d’expositions numériques, avec, dans de petits espaces fermés, vrais enclos de nuit noire, des éblouissements de rais de lumière et rayons fluo colorés à volonté. On a pu aussi y faire son propre cinéma en prenant place sur le siège avant d’une voiture, dans une situation improvisée et filmée, et où l’on devient d’emblée le héros ou l’héroïne d’un vrai film de suspense américain.
 Et au Théâtre National de Chaillot, Vanishing Point, est aussi une installation vidéo, dernier spectacle pimenté de Marc Lainé. C’est un voyage  où  le spectateur reste immobile dans une voiture qui ne bouge pas, et où des panneaux derrière la voiture et sur le côté latéraux laissent défiler à perte de vue, des paysages du grand Nord canadie, le tout étant retransmis sur grand écran,.
Le véhicule semble suivre à l’infini une route enserrée par  les ombres de forêts immenses et menaçantes, avec tempêtes de neige. lieu de l’action  se situant  dans cette  voiture dont Suzanne, la propriétaire (Sylvie Léonard), est une cinquantenaire au solide accent québécois, et à l’humour vaillant. Elle vient de prendre en stop,  après un rêve en forme de cauchemar menant à la mort, un drôle de jeune homme peu causant et un rien indifférent  (Pierre-Yves Cardinal), un Montréalais subtil et typé, brut de décoffrage qui veut se rendre à Waskaganish, une ville du grand Nord.
Le spectacle, porté par la musique interprétée sur scène par le groupe Moriarty, se présente comme une belle équipée fantastique. Le jeune homme est en quête de sa bien-aimée, disparue un jour, et dont il est depuis sans nouvelles. Cet amour, puissant mais cassé net, reste ancré dans son imaginaire  et il ne fait plus la différence entre les différents points d’un espace où l’on peut être en même temps, selon la magie et les rituels des Indiens du grand Nord.

C’est ce que chante avec grâce et sensibilité, la belle disparue (sincère Marie-Sophie Verdane) qui répond malgré elle, à la force de l’appel envahissant de la nature, source à la fois de consolation et d’effroi. Cette épopée à la manière d’une initiation existentielle, se situe au-delà de l’amour. Et la brave Suzanne découvre alors le souffle d’un vent nouveau,  avec ce voyageur si différent d’elle.
On peut concevoir cette aventure comme une sorte d’initiation à une géographie mentale voyageuse, virée fantasmatique à travers des paysages imaginaires sur une musique rock qui convient bien  à cette aventure. La jeune femme mystérieuse,  qui attire les voyageurs en les envoûtant, pourrait bien avoir  affaire avec la Mort dont on ne se départit pas, une fois qu’on l’a approchée.
Un spectacle étrange, plein de charme et d’envoûtement céleste, avec des notes pop.

 Véronique Hotte

 Théâtre National de Chaillot, Paris,   jusqu’au 17 avril.

 

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