Bourlinguer

Bourlinguer de Blaise Cendrars, mise en scène de Darius Peyamiras

 

 IMG_7931Il fallait la puissance tellurique d’un Jean-Quentin Châtelain pour porter haut et fort la prose vigoureuse de L’Homme à la main coupée. Darius Peyamiras a choisi d’adapter à la scène, Bourlinguer (1948) pour son acteur fétiche, avec lequel il créa l’inoubliable Mars, d’après le roman de Fritz Zorn, en 86. Blaise Cendrars, l’écrivain aventurier type, avant de parcourir le monde, avait passé une partie de son enfance hors de sa Suisse natale, à Naples, au gré de la carrière professionnelle mouvementée d’un père instable.
Dans Gênes, l’un des onze récits  de Bourlinguer, il retrouve ces lieux, imaginant un personnage venu s’échouer, tel une loque, sur les hauteurs de la baie de Naples, dans ce «paysage grandiose mais trop vu», espérant, comme le Kim  de Rudyard Kipling, y renaître. «Mais il ne faut jamais revenir au jardin de son enfance qui est un paradis perdu» .

Car, si le narrateur fuit le présent, avec, pour tout bagage, une «épine creuse du bazar d’Ispahan» passée en contrebande, encore plus douloureux sera le voyage qu’il entreprend, sur les traces de la petite Elena, sa compagne de jeu, avec laquelle il partait à la chasse aux escargots dans la calade. Dans ce cabotage lumineux au cœur des ténèbres, entre rage et nostalgie, il évoque des moments heureux, d’autres tragiques : Leone son chien jaune, «trop gai et gambadeur», la terrifiante folle du quartier, la beauté d’Elena et sa mort prématurée, celle de son chien aussi. Les odeurs les couleurs, les bruits, ceux de la nature comme ceux des hommes, peuplent ce  roman-poème. `
Immobile, pieds nus dans un rond de lumière, planté au centre du plateau comme un chêne tourmenté, un taureau dans l’arène, Jean-Quentin Châtelain pénètre la prose de  Blaise Cendrars sculpte chaque phrase, chaque mot, leur conférant une concrétude hallucinée. Comme s’il réinventait, en les parcourant lui-même, les méandres de ce récit mythique, troisième volume de ces Mémoires. «J’ai vécu et maintenant j’écris», précise Blaise Cendrars dans ce qu’il donne pour une tentative de comprendre le monde, et lui-même. «Je voudrais savoir qui je suis», revendique-t-il, car «déchiffrer en soi-même la signature de choses», serait pour lui l’essence de la poésie. «Le monde est ma représentation », disait Schopenhauer, son maître à penser.
Et, c’est dans cet univers, entre fiction et réalité, que nous entraîne ce spectacle. Invitation à bourlinguer encore et encore, il nous incite à lire ou relire ce merveilleux poète au nom de feu et de cendre.

 Mireille Davidovici

 Le Grand Parquet, 35 rue d’Aubervilliers, jusqu’au 31 mai. T. : 01 40 05 01 50.

 


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