Nos grands-mères

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Nos Grand-mères, texte de Laurent Dubost, mise en scène de Nathalie Conio-Thauvin

Ce projet est né à la Gare-Franche à Marseille, havre de paix et de création conçu par le metteur en scène Wladislaw Znorko, prématurément disparu il y a  deux ans déjà. Wlad, comme ses proches le nommaient, se nourrissait, pour créer ses spectacles, de sa propre mémoire et de celle de ses artistes. Eternel enfant, réalisateur complet qui manque beaucoup au paysage théâtral, il ne pouvait, comme beaucoup d’artistes, se défaire de son passé.
  Nathalie Conio-Thauvin, en écoutant sa grand-mère russe, Valentina Vavilova, lui raconter la deuxième guerre mondiale, a eu l’idée de faire partager son témoignage;  elle y a est un récit de Jacqueline Auriol, résistante et aviatrice, rapporté par sa petite-fille Rachel. Et d’autres témoignages venus d’Italie,Tunisie et France. Et des entretiens filmés, recueillis auprès de grand-mères dans chaque ville où se joue le spectacle.
  Une représentation de ce spectacle, qui prend à témoin le public, a eu lieu dans une maison, à Ensuès-la-Redonne, près de Marseille, maison qui a elle-même sa propre histoire, celle d’Emile Ricaud. Plusieurs mémoires s’entrechoquent dans ce théâtre documentaire, musical et participatif: au milieu de la représentation, une soupe succulente est  servie aux spectateurs qui, en même temps, assistent aux témoignages filmés de femmes de la région sur plusieurs écrans, et  ensuite, dans la deuxième partie, à des extraits de reportages sur la guerre de 40 sont projetés sur la façade de la maison peuplée de fantômes:  son propriétaire, Emile Ricaud, n’a pas survécu au décès de sa femme, et y est décédé, il y a deux ans. Ses livres d’enfant sont encore là, tout comme ses chaussures près du barbecue. Un de ses livres sert d’accessoire au spectacle…
Wlad écrivait à propos d’un de ses spectacles: «Ce sont des objets à moitié oubliés. Je leur offre une seconde vie pour servir de détonateur à leur mémoire».  Des esprits hantent cette création sensible et touchante qui se révèle être une vraie mise en abyme de la mémoire…

   Nos Grand-mères, c’est aussi  une affaire de famille!  Nathalie Conio y a fait participer sa fille, Maroussia; Luc Thauvin, son mari en a réalisé le volet vidéo  avec Romain Quartier, qui  donne une dimension dramatique à ces récits intimes; sa mère, Irina Valilova, comédienne russe qui, après une longue carrière à Moscou, a travaillé pendant plus de vingt-cinq ans avec Wlad. Et Rachel Auriol, elle,  joue aussi  avec ses enfants et son mari, auteur du texte.
Romain Quartier est interprète sa musique en direct  avec ses partenaires. Une scénographie astucieuse nous fait découvrir ces témoignages à travers les fenêtres d’une maison datant des années soixante-dix. Le spectacle s’adapte à des lieux multiples et a déjà été présenté avec succès à Nohant, dans la maison de George Sand; d’autres demeures, historiques ou non, feront bientôt revivre ces moments douloureux de l’histoire  du XXe siècle. La période actuelle, dénuée de repères, va assez vite en voir disparaître  tous les témoins, et il serait très dommage de les oublier à jamais.
  Nathalie Conio  est prête à repartir sur les routes, à la rencontre d’autres mémoires et d’autres lieux.

Jean Couturier

 Spectacle vu le 9 mai à Ensuès-la-Redonne.

 


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