81 avenue Victor Hugo

81, avenue Victor Hugo, pièce d’actualité n°3, par Olivier Coulon-Jablonka

 

81 avenue Victor HugoQu’est-ce qu’une pièce d’actualité ? Ce dont on parle à un moment donné mais aussi une pièce au présent, en actes. L’actualité du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, ça a toujours été le fil tendu entre la population et le théâtre.
Cette saison, Marie-José Malis lui a donné des couleurs en proposant à trois artistes de construire chacun une «pièce d’actualité» avec les habitants de la ville. Laurent Chétouane, metteur en scène et chorégraphe, avait interrogé quinze spectateurs, Et le théâtre pour vous, c’est quoi ?, en toute liberté et avec quelques risques, avec aussi une jolie ambiguïté due à la ponctuation : « pour vous », c’est-à-dire pour tous, ou « à votre avis ? ».
 Maguy Marin, elle-même descendante d’exilés républicains espagnols, est allée travailler à côté, à Saint-Denis, à la recherche de la petite Espagne, quartier d’exilés économiques, puis politiques après le coup d’état de Franco, où vivent, dans ce qui  subsiste de ce quartier, ces nouveaux exilés qu’on appelle migrants. Aujourd’hui, 81, avenue Victor Hugo, à Aubervilliers, ne pas confondre avec l’avenue du Paris XVIe, met en scène le témoignage de huit sans papiers, parmi les quatre-vingts pour qui le squat de l’ancien Pôle emploi est presque une terre promise, après les expulsions, l’incendie d’un autre squat, le campement dans la boue… Pour un an –jugement rendu-, ils sont à l’abri. Mais après ? Après, reste la solidarité et la lutte qu’ils ont menée.
Avec  Olivier Coulon-Jablonka, et sous l’égide de Kafka (Devant la porte de la loi, dans Le Procès) en prologue, Adama Bamba, Moustapha Cissé, Ibrahim Diallo, Mamadou Diomandé, Inza Koné, Souleyman S., Méité Soualiho, Mohammed Zia, ont eu le courage d’affronter la scène et de témoigner, de dire leur nom, ce qui est très risqué quand on est  sans papiers.
Ce qu’ils nous disent de leur départ de Libye, du Burkina-Faso, du Mali, du Moyen-Orient, de l’argent économisé pour le passage, perdu, volé, des dangers, nous le savons. Le voyage de Turquie jusqu’en France, de frontière en frontière, de question en question : puis-je rester ici ?, nous le connaissons moins.

 Mais surtout, parce qu’ils sont là, sur le plateau, ces huit hommes (Les femmes ne sont pas disponibles, elles s’occupent des enfants , dit l’un d’eux, au débat, mais ceci est une autre histoire…), nous rappellent que la vie quotidienne des sans papiers n’est pas une statistique, mais cell des milliers de personnes empêchées de jouir de leurs droits élémentaires, condamnées à la peur et à l’angoisse quotidienne.
 De même, les milliers de victimes de naufrages en Méditerranée nous choquent bien plus encore, si nous pensons à la vie unique de chacun de ces morts. Le théâtre permet cela : regarder une personne, dans l’effort et le défi de la représentation. Car il s’agit bien de théâtre, dans une mise en scène précise et rythmée, dans une belle confiance réciproque entre la scène et le public.
Les huit hommes présents, pour les quatre-vingt du squat et pour tous les autres, nous font accéder à une beauté unique, qui est aussi leur soutien. On comprend que, devant le succès de 81 avenue Victor Hugo, la pièce soit reprise à l’automne prochain. Cela aurait sans doute fait plaisir à Victor Hugo.

 

Christine Friedel

 

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. T : 01 46 33 16 16  jusqu’au 17 mai le samedi à 18h (représentation suive d’un débat), et le dimanche à 17h30.

 

 

 


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