Britney’s Dream

Britney’s Dream, texte et mise en scène d’Alexandra Flandrin

 Britney La comédienne franco-américaine, va d’une langue à l’autre et se glisse avec ironie dans la peau de la sulfureuse glamour chanteuse Britney Spears, poupée glamour en short et petits hauts. Chorégraphies ravissantes, incroyables costumes moulants en tissu synthétique, effets vidéo vertigineux, et ballet de lumières dû à Alexandre Dujardin : le spectacle est un raout de couleurs et un concert de sons pop aux couleurs scintillantes flashy, rose, turquoise, doré. Paroles et danse chaloupée au millimètre  sont en accord avec un magma d’images irréelles, entre spots publicitaire et jingles.
  La capacité vocale réelle de Britney Spears paraît en effet dépendante des nombreux effets  spéciaux créés pour plaire à ses fans. L’importance du marketing semblant inversement proportionnelle à la qualité du travail. Pour le bonheur immédiat et illusoire d’un public d’adolescents… Mais la machine à fabriquer des starlettes tourne à vide, laissant sur le bord de la route les âmes les plus sensibles qui deviennent les rebuts d’une société qu’ils ont embrassée sans compter et qui les a dévorées.
Ces objets manipulés par les médias et les  boîtes de communication de l’audio-visuel cherchant à créer le dernier avatar d’une nouvelle star célébrissime et une promesse de fortune sur les ondes, sont des produits n’existant qu’à peine. Britney raconte ainsi qu’elle est « heureuse d’être Britney, mais perdue dans les affres de la célébrité, elle se demande qui elle est. » Prisonnière des drogues, elle sombrera dans un vide qui la conduit vers la dépression, la maladie et la folie. Un cauchemar où elle ne se reconnaît plus ni elle-même, ni reconnaît le monde. Réduite à l’apparence d’un fantôme, ange ou démon, elle brûle sa vie sur les planches et n’a plus d’existence réelle, persuadant l’auditoire qu’elle possède une joie de vivre et un bonheur indéfectibles : « Happy, happy, happy life ».
La petite fille qui a toujours voulu devenir une star – les petits garçons rêvent de football -, incarne  une  réussite paradoxale jusqu’à l’échec. Alexandra Flandrin a aussi écrit les paroles des chansons sur une musique  de David Georgelin;  impressionnante dans la transfiguration et l’incarnation de ce personnage, elle danse ,arpente la scène avec bonne humeur, s’amuse et chante micro tout près du visage, incarnant cette marionnette facétieuse et glamour, mimant la starlette dont elle se moque.
Elle se vêt et se dévêt avec grâce, ne perdant pas un instant ; souple, ondoyante, infatigable sous un maquillage outrancier, et coiffée d’une perruque en cheveux synthétiques.

Un beau voyage plein d’effroi au pays des illusions dont on ne revient qu’avec amertume.

 Véronique Hotte

 Spectacle joué au Théâtre Paris-Villette, les 27 et 28 mai à 20h30

 


Archive pour 29 mai, 2015

La Maison de Bernarda Alba

La Maison de Bernarda Alba de Federico García Lorca, traduction de Fabrice Melquiot, mise en scène de Lilo Baur

 

620400158.2Federico García Lorca entre enfin au répertoire de la Comédie-Française, avec La Maison de Bernarda Alba, dernier volet de sa trilogie rurale destinée à être jouée par sa compagnie dans les villages espagnols. Il venait de terminer cette pièce en 1936, quand il fut sauvagement assassiné par des miliciens franquistes. L’écrivain s’en prend avec virulence aux traditions rétrogrades d’une société dont les femmes sont victimes dans cette pièce, qui, longtemps interdite  dans son pays, garde aujourd’hui toute son actualité dans de nombreuses parties du monde.
 » C’est une souffrance d’être née femme », constate Amelia, enfermée comme ses quatre sœurs dans la maison familiale.  » Même nos yeux ne nous appartiennent plus », renchérit Magdalena. Leur mère, l’implacable veuve Bernarda Alba, soucieuse du qu’en-dira-t-on, entend garder ses filles loin du regard des hommes, pendant huit ans, en signe de deuil, comme le veut la coutume andalouse des années 30.
Les servantes s’agitent: on prépare les noces de l’aînée, Augustias, avec le sémillant Pepe le Romano dont les cinq filles de Bernarda se disputent l’amour. Adela, la plus jeune, est elle « la vraie fiancée du Romano »,  et la nuit, rejoint « le plus beau gars du village », après qu’il ait fait sa cour officielle à Augustias : « C’est à son argent qu’il en veut. Elle est vieille et flétrie (…) mais c’est la seule femme riche de la maison ». « Je ne veux pas faner, se révolte Adela , mon corps sera à qui je voudrai », et la voilà, virevoltant parmi les plumes, dans sa robe d’anniversaire verte, tache lumineuse au milieu des habits sombres des autres .
La mise en scène de Lilo Baur joue astucieusement sur les effets de couleurs et sur l’opposition dedans/dehors. Le haut mur noir qui clôt l’espace matriarcal, devient, selon l’éclairage, une paroi à claire-voie aux découpes ouvragées, laissant entrevoir le monde extérieur : un cortège funèbre, un chœur de joyeux moissonneurs qui lutinent des filles aux mœurs légères, une foule en furie lapidant une jeune fille, mère infanticide.
À mi-hauteur de ce haut mur noir, s’ouvrent les fenêtres où les jeunes filles en chemise blanche guettent, le soir venu, le passage de Pepe, ombre silencieuse rodant autour du gynécée. Subrepticement, Adela le retrouve pour un corps à corps dansé, muet et passionné.
Du dehors, parviennent des ragots, colportés par les domestiques et la rumeur du village : aboiement de chiens, hennissement d’un étalon en chaleur dans la cour… Autant de sonorités qui renforcent l’impression  d’étouffement, de refoulement sexuel, imposés aux jeunes recluses. Un huis-clos malsain qui, va tourner au  tragique. La vivacité et le franc parler des servantes (Claude Mathieu et Elsa Lepoivre) contrastent avec la sécheresse abrupte de Bernarda (Cécile Brune) ; la fraîcheur et la spontanéité d’Adeline d’Hermy qui interprète Adelia offrent un juste contrepoint au jeu des autres actrices, chacune très juste dans son personnage.
La pièce révèle ici son efficacité dramatique et toute sa force poétique, grâce à la traduction de Fabrice Melquiot qui lui donne un sérieux coup de jeune. Le spectacle séduit par son intelligence et sa sobriété, la beauté fonctionnelle de la scénographie d’Andrew D. Edwards, et l’interprétation sans apprêt des comédiennes.
Federico García Lorca est ici très bien servi !

 Mireille Davidovici

Comédie-Française/salle Richelieu jusqu’au 25 juillet (en alternance). T. : 0 825 10 1680 – www.comedie- francaise.fr

 

Marylin, Confession inachevée

Marylin, Confession inachevée, de Ben Hecht, en collaboration avec Marylin Monroe, adaptation de Stéphanie Sphyras, traduction française de Jeanne Hérisson, images de Milton Greene, mise en scène de Benoît Nguyen Tat

 marylin« La pièce s’inscrit dans le projet transmédia Up to date Marilyn. À travers une installation, une pièce de théâtre, un site internet  et deux  séries,  ce projet propose une relecture du mythe Marilyn».
Avec des  photos  de  Milton Greene, récemment restaurées, et une adaptation bien ficelée d’une remarquable fausse autobiographie de l’actrice, My Story by Marylin Monroe par Ben Hecht (1876-1964) .

D’abord; correspondant étranger pour 75 journaux dont The Daily News, puis romancier à succès  avec, notamment Un Juif amoureux, nouvelliste et dramaturge, il fut surtout connu comme scénariste des Nuits de Chicago de Josef von Sternberg, et d’Howard Hawks, Otto Preminger, Henry Hatahaway et Alfred Hitchcock.
  Mais, comme en prévient honnêtement le metteur en scène avant le spectacle, ce sont les débuts de Marylin et sa vie jusqu’à la guerre de Corée qui sont seulement évoqués ici. Norma Jeane Baker, née en 1926,  devenue plus tard la très célèbre Marylin Monroe, est morte en 1962 à 36 ans, sans doute suicidée ou à la suite d’une trop forte dose de somnifères, d’aucuns ont aussi dit assassinée, un an donc avant John Fitzgerald Kennedy qui fut son amant.
Le début de sa vie fut une longue errance ; de père inconnu, abandonnée par sa mère, Marylin fut avec son frère et sa sœur confiée à onze familles d’accueil différentes ! Elle travailla d’abord en usine, avant d’être mariée à 16 ans avec un ouvrier ; elle réussit assez vite à faire la photo de d’une trentaine de couvertures puis devint mannequin en 1945. Elle prend des cours de théâtre, et continue de se teindre en blond.
Elle signe un premier contrat de six mois à la Fox et devient Marilyn Monroe en 47 quand elle joue dans Bagarre pour une blonde et Dangerous Years. En 1948, elle est engagée par la Columbia pour un film musical  Les Reines du music-hall.  Mais c’est un échec, et son contrat n’est pas renouvelé.
 Puis, elle joue dans La Pêche aux trésors des Marx Brothers, grâce à Johnny Hyde, de la William Morris, devenu son agent et amant. Puis dans Quand la ville dort de John Huston, mais, à court d’argent, elle pose nue pour un calendrier,  ce qui contribuera ensuite à sa célébrité. Repérée par Howard Hughes et par Joseph L. Mankiewicz,  elle est engagée pour Eve avec Bette Davis en 1950.
Marilyn négocie un contrat de sept ans avec la Fox  et s’inscrit en art et littérature à l’université de Californie, et en 52,  se marie avec Joe di Maggio, vedette de base-ball. A l’occasion d’un tournage au Japon, elle va chanter en 54 pour les  combattants américains en Corée réunis par milliers fascinés par celle qui accèdera vite au statut de star après Les Hommes préfèrent les blondes, Sept ans de réflexion et Certains l’aiment chaud.
C’est tout cela que raconte dans une petite salle, ce spectacle interprété de façon tout à fait remarquable par Stéphanie Sphyras ; Benoît Nguyen Tat a eu l’intelligence de ne pas lui faire incarner Marylin ; la partie réaliste étant dévolue aux seules photos projetées parfois formidables comme celles prises pendant ses récitals en Corée

Impeccable, elle a une belle présence et Jando Graziani interprète avec intelligence et discrétion les différets interlocuteurs de Marylin.
Cela dit, on ne voit pas bien ce que peuvent apporter les micros HF dans cette histoire, d’autant plus que la petite salle ne peut accueillir qu’une trentaine de spectateurs. On ne voit pas non plus à quoi servent ces praticables que les deux acteurs transportent sans arrêt. Et Benoît Nguyen Tat aurait pu nous épargner ces illustrations un peu naïves du texte par des photos comme si c’était indispensable à la compréhension de son spectacle ; d’une manière générale, cette projection de séries de photos fait mauvais ménage avec le texte et les deux interprètes, qu’elle parasite inutilement.

  En fait, on est assez déçu du voyage et on a l’impression que si Stéphanie Sphyras nous avait révélé le texte de Ben Hecht, seule sur scène, sans micro, sans photos projetées, et sans accompagnement musical, le spectacle « aussi envoûtant que son sujet » (sic) comme le dit la prétentieuse note d’intention! aurait été plus efficace.
En tout cas, malgré cette mise en scène approximative, on écoute avec plaisir cette fausse mais étonnante autobiographie qui nous révèle la vie mouvementée d’une autre Marylin, travailleuse, intelligente, parfois espiègle mais marquée par une enfance difficile et restée psychologiquement très fragile. Elle aurait eu cette année 89 ans…

Philippe du Vignal

Le Local, 18 Rue de l’Orillon, 75011 Paris. Métro Belleville. T: 01 46 39 11 89 jusqu’au 31 mai. http://www.updatemarilyn.com
Confession inachevée, en collaboration avec Marilyn Monroe, de Ben Hecht a été publié  chez Robert Laffont en 2011.

 

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