La Vie de Galilée

Galilée

La Vie de Galilée de Bertolt Brecht, mise en scène de Jean-François Sivadier, collaboration artistique de Nicolas Bouchaud

 

On connaît l’histoire et la fin de l’histoire : le mathématicien et physicien Galilée a vu les lunes de la planète Jupiter et en a déduit cette chose toute simple : la terre tourne. Mais il faut vivre : l’Église n’entend pas que sa toute puissance soit ébranlée, et donc il faut que Galilée se taise, qu’il abjure la raison, que le terre cesse de tourner et redevienne, comme chaque petite âme sur laquelle Dieu veille, le centre du monde créé. J’avoue, je reconnais, je me soumets ! «E pur si muove», (Et pourtant elle tourne).
La pièce avait été mise en scène par la même équipe, il y a  plus de dix ans. Si elle y revient aujourd’hui, c’est que ce grand classique populaire retentit d’un écho particulier. Et d’abord, au premier degré, comme une défense et illustration de la raison. La raison ne désenchante pas le monde, elle est, au contraire, une grâce divine qui le réenchante, l’élargit, le met en mouvement : bonne pensée à voir et à entendre en ces temps complotistes et obscurantistes.

  La liberté d’opinion et d’expression n’est pas non plus une réalité si évidente qu’il soit inutile d’en rappeler l’importance, vitale pour les hommes qui voudraient rester hommes. Mais ce sont là des leçons explicites du texte, du reste à leur juste place : Galilée était aussi pédagogue. Il y a en d’autres, comme, par exemple, celle-ci : pour être savant, on n’en est pas moins homme, avec ses petites faiblesses, comme de s’emparer utilement de la découverte d’un autre, et avec ses besoins : il faut payer le loyer et le laitier…
Bertolt Brecht, en déroulant avec une logique sans faille (la moindre des choses pour un chantre de la raison) les tenants et aboutissants de toute l’affaire, développe avec soin chaque contradiction. Il donne la parole à l’adversaire, l’élite cynique de l’Eglise, qui veut bien entendre parler des observations de Galilée, mais à condition qu’elles restent secrètes et qu’elles n’ébranlent pas l’obéissance (plus que la foi) du peuple, comme le curé de campagne charitable pour qui l’aveuglement aide ses ouailles à tenir  dans leur misère.

Évidemment, Bertolt Brecht, contraint par les nazis à s’exiler, parle de lui-même, et il a été amené à réécrire sa pièce après la guerre, dans une Europe hantée par le spectre du danger atomique. Evidemment, il le fait à sa façon, avec un humour très opérationnel. Comme lui, Jean-François Sivadier, Nicolas Bouchaud et leur équipe ont remis l’ouvrage sur le métier.
La vie, explosive, en mouvement perpétuel, est toujours là. Le plateau est toujours ce nid de surprises dont on s’était régalé : les planches se soulèvent, se construisent, se rangent et se dérangent, fabriquant le théâtre sous nos yeux, dans l’instant, entre les mains des comédiens. Mais le clownerie virtuose et poétique recule un peu devant la politique.
Le ton est-il plus grave, ou les temps sont-ils plus durs ? La vitalité du spectacle semble maintenant plus rangée. Quoi qu’il en soit, cette Vie de Galilée est exemplaire : jouissive, pleine de sérieux et d’invention, cohérente et rigoureuse dans un accord parfait entre propos et trouvailles scéniques. Du beau, du grand théâtre populaire.
On est prévenu: la représentation dure plus de trois heures. Mais c’est du temps bien employé…

 Christine Friedel

 Le Monfort, Paris XV ème à 20h, jusqu’au 21 juin. T : 01 56 08 33 88  

 


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