Conversations ou le voyage d’Ulysse de Primo Levi

Conversations ou Le Voyage d’Ulysse d’après Conversations avec Primo Levi de Ferdinando Camon, adaptation de Gérard Cherqui et Dominique Lurcel.

 Primo Levi  Le récit de Primo Levi, Si c’est un homme, a été publié et lu dans le monde entier, au vingtième siècle, et il faut souhaiter qu’il ne soit pas oublié au vingt-et-unième. Parce qu’il n’est pas seulement le récit méticuleux d’une année au Lager –Primo Levi prend soin d’employer le terme qui replace le crime dans sa géographie et dans son histoire-, c’est aussi l’analyse du fonctionnement et des effets de la perversion nazie, qui détruit l’Homme en tout homme, les prisonniers, les bourreaux et les témoins.
  Difficile de résumer la parole de Primo Levi, tant elle est dense et précise : sa discipline d’ingénieur-chimiste lui a sauvé la vie dans le camp (associée à quelques coups de chance qu’il relate, non sans ironie), mais aussi à son retour. «Personne ne nous croira» : c’était sa hantise, sa certitude. Il a pourtant écrit ce livre, édité d’abord de façon confidentielle, puis, quand l’opinion a été capable de le recevoir, largement diffusé ensuite.
L’écrivain Ferdinando Camon, plus jeune que lui, a raconté à nouveau l’implacable et absurde organisation du camp, par exemple, la future usine de produits chimiques reconstruite sans cesse, entre deux bombardements, par des Sisyphes mourant de faim de froid; il a, aussi et surtout, dit l’humiliation et la dégradation systématique des hommes.

  Ferdinand Camon cherche à comprendre, questionne avec discrétion, fait part, brièvement de ses pensées. Primo Levi, réfléchi, soucieux d’exactitude dans le souvenir comme dans la formulation, pèse ses réponses  dont l’humour n’est pas absent.
On aurait pu se contenter de lire ces entretiens (publiés chez Gallimard). Ce qu’apportent ici les voix est vital : il fallait que ce texte passe par une respiration, par d’infimes mouvements des corps. Une mise en scène démonstrative n’aurait aucun sens. Eric Cenat et Gérard Cherqui ont trouvé le juste niveau de présence nécessaire, le minimum et le maximum de ce qu’un comédien doit apporter à cette conversation ; ils se font les passeurs vivants de cette parole, préservant sa qualité concrète, singulière.
On n’ira pas chercher au Théâtre Essaïon des prouesses de mise en scène, mais écouter une voix précieuse, généreuse, au-delà de la mémoire des camps.

 Christine Friedel

 Théâtre Essaïon, les lundi et mardi à 19h 30, jusqu’au 26 mai.


Archive pour mai, 2015

Lento

 

Lento, conception et interprétation d’Olli Vuorinen et Luis Sartori do Vale

 

   cienuua_hd02maria-sandellLe spectacle était passé avec un grand succès aux Hivernales de Caen (voir Le Théâtre du Blog).  Sur le plateau, une forêt noire de ballons clairs gonflés à l’hélium se tiennent à hauteur d’homme, retenus au sol par un fil doté d’un aimant, comme des tiges de fleurs ployant sous le vent.  Avec souplesse et de beaux réflexes acrobatiques, Olli Vuorinen, un grand finlandais, d’apparence nonchalante, jongle et manipule en artiste chevronné les objets et la vie qui se faufile, et Luis Sartori do Vale, un  artiste et acrobate brésilien se fraient agilement un chemin parmi tous ces ballons, avec le désir de créer un lien fort avec le public, et ont choisi de travailler avec ces ballons ludiques et  populaires.
  Ces grands enfants  jouent sur la fragilité et la maîtrise, le risque, l’échec et la réussite. Comment en découdre avec l’existence ? Ce qu’on croyait solide, tenu et retenu, échappe parfois et ce que l’on considérait comme fragile, résiste étrangement. On peut tout faire avec un ballon : jouer de la musique, comme défier les lois de la gravité, s’amuser avec l’apesanteur, tenter de s’envoler dans les hauteurs et finir par se laisser emporter par un souffle plus fort que soi.
 On peut aussi éprouver  l’évanescence des choses quand le ballon éclate dans les mains.  Rien n’est acquis, tout est à recommencer. Un couteau menaçant en caresse la surface lisse ,avant de le percer méchamment,  après qu’il ait résonné de manière très musicale.
Ce spectacle poétique et onirique incline au voyage par-delà la mémoire et les souvenirs, le passé et le présent, les projets d’avenir et les rêves récurrents, Olli Vuorinen, et Luis Sartori do Vale courent, glissent, ondulent, tombent, rampent puis se relèvent pour sauter encore. Comme les elfes des contes pour enfants, ils  arrivent puis disparaissent, insaisissables comme la vie qui va et s’enfuit.   

   Marionnettistes nés, ces inventeurs d’une expérience sensorielle singulière, privilégient la douceur et l’écoute, de l’autre et de soi, à travers la perte programmée des tensions et des entraves à la paix intérieure, militant sagement pour le poids léger d’une existence pleine et entière.
Un plaisir.

 Véronique Hotte

 Le spectacle s’est joué au Théâtre de la Cité Internationale, du 24 avril au 7 mai. Et en tournée

Murmures des murs

urlMurmures des murs, conception et mise en scène de Victoria Thierrée-Chaplin

  C’est un spectacle créé en 2011 par  la conceptrice qui a  imaginé avec Jean-Baptiste Thierrée de magnifiques et savoureux spectacles, depuis 1971 déjà, avec Le Cirque Bonjour devenu ensuite Le Cirque imaginaire puis Le Cirque invisible. Avec, à chaque fois, un mélange étonnant de grâce et de poésie.
   Sur la grande scène du Rond-Point, une jeune femme est assise parmi des cartons de déménagement; un jeune homme arrive pour lui signifier qu’elle doit partir. Un flot de poussière blanche tombe des cintres. Elle emballe  ses chaussures, un  parapluie et un vase qu’elle doit casser pour qu’il entre dans le carton trop petit. Elle prend soin de ne pas oublier de s’emballer elle-même, entre dans un carton puis  ressort intacte d’un autre carton quelques mètres plus loin.
  On la voit aussi enlever soigneusement plusieurs couches de papier peint comme autant de mémoires anciennes d’un passé révolu. Les références à l’art contemporain, notamment à Supports/Surfaces et à Jacques Villeglé sont évidentes.  Puis brutale surprise : une sorte de monstre l’enlace presque amoureusement puis la serre pour la manger..
 Il y a aussi, montées sur patiences (et circulant un peu trop souvent!)  de charmantes maisons vénitiennes peintes sur toile, vétustes et poétiques avec un petit balcon où, très gracieuse, Aurélia Thierrée arrive comme enchantement, avant de revenir encore plus vite par la porte d’entrée. Elle danse aussi le tango et esquisse quelques pas de claquettes.
 Bref, on l’aura compris, il y a des images souvent réussies,  avec de l’acrobatie et de la magie dans l’air. C’est un travail d’une précision absolue, parfaitement synchronisé qui doit beaucoup aux techniciens du plateau et auquel participent de bons comédiens comme Jaime Martinez et Antonin Maurel.  Mais  il manque tristement le fil rouge d’une solide dramaturgie à ce spectacle sans paroles. N’est pas Bob Wilson (celui des années 70) qui veut, et il ne suffit pas d’entasser de belles images pour faire sens…
Bizarrement, ce n’est pas Victoria mais Aurélia qui parle dans la note d’intention et à la question: “ Victoria Thierrée-Chaplin signe la mise en scène et les costumes…Quelles sont vos autres influences, vos autres sources d’inspiration?” La comédienne  semble alors botter en touche et ne répond pas vraiment: “C’est très (trop) personnel comme question. Victoria pourrait y répondre mieux que moi”. Mais alors,  qui fait quoi dans ce spectacle, alors  que Victoria en est indiquée comme la conceptrice? Comprenne qui pourra…
On reste donc sur sa faim, surtout quand on a vu juste avant Nous sommes pareils à des crapauds ( voir Le Théâtre du Blog). A vous de décider mais on vous aura prévenu: le compte n’y est pas. Dommage…

 Philippe du Vignal

 Théâtre du Rond-Point 2 bis avenue Franklin-Roosevelt 75008 Paris jusqu’au 23 mai à 21 heures.

Nous sommes pareils à ces crapauds

capauds

Nous sommes pareils à ces crapauds qui… conception d’Ali et Hèdi Thabet, de et avec Mathurin Bolze, Laida Aldaz Arrieta, Hèdi Thabet, direction musicale de Sofyna Ben Youssef
et  Ali, conception et interprétation de Mathurin Bolze et Hèdi Thabet

  La première partie de ce spectacle est inspirée par une phrase du poème d’Henri Michaux Feuillet d’Hypnos, Fureur et mystère, (1948): “Nous sommes pareils à ces crapauds qui dans l’austère nuit des marais s’appellent et ne se voient pas, ployant à leur cri d’amour toute la fatalité de l’univers…”
Sur scène, quelques chaises, des gros lampadaires de tôle suspendus pour ces deux pièces.  Nous sommes pareils à des crapauds est la dernière création (2013) d’Ali et Hèdi Thabet,  Mathurin Bolze, Artémis Stavidri et Sofyna Ben Youssef : voix, guitare, accordéon, violon et bouzouki,  le fameux luth.  Au programme:  musique populaire tunisienne mais aussi et  surtout le très fameux rébétiko grec né dans les années 1920, né dans les quartiers pauvres, au Pirée et dans les grandes villes grecques, où habitaient des réfugiés d’Aise mineure et  des émigrés de l’intérieur venus des îles fuir la misère à Athènes. Musique et paroles quelque peu sulfureuses, méprisées d’abord, puis même interdites par les autorités…
Les premières images sont déjà sublimes: un couple, lui en costume noir strict et, elle, en longue robe blanche de mariée marchent en rond, suivis par un homme unijambiste qui, régulièrement, coince d’un coup de béquille la traîne de la robe. Provoquant comme un arrêt sur image. Dans un silence total, puis accompagné par les musiciens tunisiens et grecs Stefanos Filos, Ioannis Niarchos, Hidhla Taghoui et Siofyann Nen Youssef qui chante  et les dirige aussi.
En une série d’images à la fois somptueuses et poétiques, sans un seul mot, tout est dit du couple, de la fusion des corps, des amours difficiles voire impossibles, de la jalousie mais aussi de la tendresse entre le mari et l’amant, et de la séparation, et de la nostalgie…
De ces deux frères belgo-tunisiens, Ali Thabet est passé par le Centre national des arts du cirque et a collaboré avec entre autres avec Philippe Découflé et Josef Nadj. Hèdi Thabet, lui, est ancien élève de l’Ecole de cirque de Bruxelles où il a pratiqué à la fois, l’acrobatie et le jonglage. Mais il a dû être amputé d’une jambe à la suite d’un cancer à dix-huit ans, ce qui ne l’empêche pas de danser magnifiquement, même parfois sans ses béquilles!
Hèdi Thabet, majestueux, imposant de force et de légèreté, et ses deux complices: Mathurin Bolze et Laida Aldaz Arrieta ont une présence en scène tout à à fait exceptionnelle de vérité. Ce qui frappe aussi pendant ces trente minutes, c’est l’accord rare, parfait entre ce trio de comédiens-acrobates-danseurs  et les musiciens. Même si on ne comprend pas les paroles, sauf par instants; à l’heure des musiques enregistrées, c’est un rare et vrai bonheur…
Le spectacle est bien rodé sans doute, mais quel rythme et quelle expression du corps tout entier, quelle unité de jeu! Ici, rien n’est laissé au hasard: tout est à la fois d’une grande humilité, d’une intelligence poétique et d’une précision scénique exceptionnelles, y compris dans le choix des lumières d’Ana Samoilovich. Et  cela fait du bien, surtout après avoir subi la veille cette chose affligeante de prétention, créée d’après une phrase de Spinoza par Denis Génoun à Chaillot  (voir Le Théâtre du Blog) qui ferait bien d’aller voir ce spectacle  où l’on sait faire parler les corps.
Après un intermède musical d’une quinzaine de minutes tout aussi réjouissant, est présentée Ali, pièce réalisée en 2008 et interprétée par Mathurin Bolze et par Hèdi Thabet, qui entre un peu en résonance avec la première, et qui lui est très liée  dans la conception comme dans  la réalisation. Il s’agit de deux personnages en miroir,  tous les deux avec des béquilles, et qui dansent à n’en plus finir. Dans un sorte de curieux ballet où il est aussi question d’amour et de fraternité, toujours sans paroles et accompagnés par les musiciens.
Le public a fait aux sept artistes une ovation amplement méritée. Cela se passe en France à Paris, interprété par des Belges/Tunisiens, une Basque, des Grecs et des Tunisiens… Bref, on ne vous le dira pas trois fois: si vous avez envie d’oublier un moment les sinistres histoires des fichiers de M. Ménard, maire de Béziers qui, en mars dernier, avait fait mettre en berne les drapeaux  de sa ville pour l’anniversaire des accords d’Evian, et de savoir à quoi ressemble l’Europe et la Méditerranée d’aujourd’hui, ne ratez surtout pas ce spectacle au Rond-Point, ou quand il sera en tournée. Comme dit le vieux proverbe cantalien, il fait chaud au cœur, et du bien par où cela passe…

 Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point à Paris jusqu’au 23 mai à 18h 30,  relâche les 8,9, 10, 14, 18 et 19 mai. Et à la Filature de Mulhouse du 7 au 9 octobre; à l’Allan, Scène nationale de Montbéliard les 8 et 9 décembre; au Carreau de Forbach le 21 janvier….

Bourlinguer

Bourlinguer de Blaise Cendrars, mise en scène de Darius Peyamiras

 

 IMG_7931Il fallait la puissance tellurique d’un Jean-Quentin Châtelain pour porter haut et fort la prose vigoureuse de L’Homme à la main coupée. Darius Peyamiras a choisi d’adapter à la scène, Bourlinguer (1948) pour son acteur fétiche, avec lequel il créa l’inoubliable Mars, d’après le roman de Fritz Zorn, en 86. Blaise Cendrars, l’écrivain aventurier type, avant de parcourir le monde, avait passé une partie de son enfance hors de sa Suisse natale, à Naples, au gré de la carrière professionnelle mouvementée d’un père instable.
Dans Gênes, l’un des onze récits  de Bourlinguer, il retrouve ces lieux, imaginant un personnage venu s’échouer, tel une loque, sur les hauteurs de la baie de Naples, dans ce «paysage grandiose mais trop vu», espérant, comme le Kim  de Rudyard Kipling, y renaître. «Mais il ne faut jamais revenir au jardin de son enfance qui est un paradis perdu» .

Car, si le narrateur fuit le présent, avec, pour tout bagage, une «épine creuse du bazar d’Ispahan» passée en contrebande, encore plus douloureux sera le voyage qu’il entreprend, sur les traces de la petite Elena, sa compagne de jeu, avec laquelle il partait à la chasse aux escargots dans la calade. Dans ce cabotage lumineux au cœur des ténèbres, entre rage et nostalgie, il évoque des moments heureux, d’autres tragiques : Leone son chien jaune, «trop gai et gambadeur», la terrifiante folle du quartier, la beauté d’Elena et sa mort prématurée, celle de son chien aussi. Les odeurs les couleurs, les bruits, ceux de la nature comme ceux des hommes, peuplent ce  roman-poème. `
Immobile, pieds nus dans un rond de lumière, planté au centre du plateau comme un chêne tourmenté, un taureau dans l’arène, Jean-Quentin Châtelain pénètre la prose de  Blaise Cendrars sculpte chaque phrase, chaque mot, leur conférant une concrétude hallucinée. Comme s’il réinventait, en les parcourant lui-même, les méandres de ce récit mythique, troisième volume de ces Mémoires. «J’ai vécu et maintenant j’écris», précise Blaise Cendrars dans ce qu’il donne pour une tentative de comprendre le monde, et lui-même. «Je voudrais savoir qui je suis», revendique-t-il, car «déchiffrer en soi-même la signature de choses», serait pour lui l’essence de la poésie. «Le monde est ma représentation », disait Schopenhauer, son maître à penser.
Et, c’est dans cet univers, entre fiction et réalité, que nous entraîne ce spectacle. Invitation à bourlinguer encore et encore, il nous incite à lire ou relire ce merveilleux poète au nom de feu et de cendre.

 Mireille Davidovici

 Le Grand Parquet, 35 rue d’Aubervilliers, jusqu’au 31 mai. T. : 01 40 05 01 50.

Light Bird

Light Bird chorégraphie et  mise en scène de Marilén Iglesias-Breuker et Luc Petton

 IMG_0447C’est grâce au phénomène d’empreinte que Luc Petton et son équipe ont réussi à construire un spectacle autour des grues de Mandchourie. Konrad Lorenz, fondateur de l’éthologie, a découvert le mécanisme de l’imprégnation, en remarquant que l’oison, à peine sorti de son œuf, s’attache au premier être vivant rencontré. Il définit ainsi ce phénomène : «Un processus d’acquisition qui lie le comportement à un objet déterminé (…) «Une propriété remarquable de l’empreinte, précise-t-il, est qu’elle se rapporte toujours à l’espèce, et non pas à l’individu dont émane le stimulus imprégnant».
  Cette qualité a permis à Luc Petton, ornithologue amateur dès l’enfance, d’induire avec ses danseurs  ce  phénomène avec six grues de Mandchourie, de deux générations différentes. Il avait utilisé le même processus avec des cygnes, pour  Swan. La grue est l’objet d’une grande attention en Asie, et a inspiré nombres de contes et légendes; ses parades amoureuses sont connues du grand public grâce aux documentaires animaliers. Malgré tout, elle reste un animal sauvage et chaque représentation est différente car l’interaction  avec l’homme peut, ou non,  se produire.
   Pour Luc Petton, sur scène avec un jeune danseur, deux danseuses coréennes et le musicien: «Danser avec les oiseaux implique une disposition à l’imprévisible. Les interprètes ont développé une aptitude à l’aléatoire, tout en restant vigilant à la trame du spectacle. La composition est à la fois structurée et entrouverte.» Le spectacle en quatre parties, s’ouvre sur un très beau solo tout en délicatesse, où une danseuse évoque, sans les imiter, les mouvements des oiseaux,  avant d’être rejointe par les autres artistes.
Puis, nous découvrons les deux couples de jeunes grues. La troisième séquence redonne place aux humains qui dansent sur un sol étrange, mouvant, composé de peaux. Pour finir, un couple, âgé de presque deux ans, « joue » avec les cinq danseurs, en particulier avec Luc Petton.
Le soir de la première, l’interaction avec les quatre jeunes oiseaux s’est révélée difficile ; un peu sur la défensive, ressentant sans doute la présence d’un très nombreux public, ils ont préféré nous gratifier de belles envolées plutôt que d’entrer en relation avec les danseurs. Une des grues, postée en sentinelle, testait la solidité du filet qui la séparait du public. Les deux autres, plus âgées, ont préféré «entrer en interaction», non sans une certaine résistance, avec Luc Petton plutôt qu’avec les autres artistes. C’est la part d’imprévu qui donne de la valeur à ce spectacle original.
  La veille, à la répétition générale, les oiseaux, plus calmes, s’étaient au contraire révélés pleins de curiosité à l’égard des danseurs, donnant à voir de belles images tendres et poétiques. Le chorégraphe et Marilén Iglesias-Breuker ont collaboré avec Eric Bureau, conseiller pour les oiseaux du réalisateur Jacques Perrin,  et cette  aventure va se poursuivre jusqu’en Corée en 2016.
  Cette expérience peu courante sur scène est à découvrir: ces grues vont  disparaître  par suite de la modification de leur biotope. Allez leur rendre hommage, elles sont, d’une certaine façon, nos ancêtres…

Jean Couturier

Théâtre National de Chaillot du 5 au 13 mai.                       

Aux Corps perdus

guenoun2_1Aux Corps perdus, mise en scène de Denis Guenoun

 

Une pensée de Spinoza : «Nul ne sait ce que peut un corps», ou, plus précisément : «ce que peut le corps, personne, jusqu’à présent, ne l’a déterminé» (ce qui est déjà plus subtil) sert de tremplin au  spectacle. Ce corps, ces corps-là, ce sont les comédiens-danseurs, sur scène, et les spectateurs. Pas de tromperie : nous n’assisterons pas à une leçon de philosophie.
La représentation, puisque représentation il y a, commence par un propos de Nietzsche, dit en allemand et surtitré en français. Il s’étonne de trouver cinq points de doctrine qui le lient fraternellement à Spinoza, dont celui du déterminisme absolu et de la non-existence du mal. Ce à quoi, son aîné solitaire n’est pas en position de répondre. Ensuite, sans paroles, le spectacle, car spectacle il y a, se déroule en cinq séquences, ou actes, ou actions) : se lever, se laver, fuir, fêter et déclarer.
IMG_0443Ça se gâte! Les comédiens danseurs, tous beaux, habiles et engagés, se livrent à  un jeu qu’autrefois on appelait «expression corporelle», soutenus ou surchargés par des bruits de guerre ou des musiques sur-expressives, faites pour entraîner mécaniquement l’émotion (les affects spinoziens ?).

L’épisode se laver donne l’occasion d’un beau jeu mutuel, à deux, à trois, avec une magnifique danse sur sol mouillé, glissante, musclée, joyeuse… Il y a aussi sur scène une vidéo bien vivante, heureuse quand elle capte de très gros plans, une boucle de ceinture qui en dit long sur le corps, par exemple.
Et puis ? Et puis, pas grand-chose, surtout quand arrive le texte. Bien sûr, ce que l’on déclare, c’est de l’amour. Dire au spectateur, « toi, je t’aime, ton corps, etc… » ne suffit pas. Le public sait très bien quand l’acteur l’aime : quand il va au bout de son travail et lâche ce travail pour quelque chose qu’il ose ne pas maîtriser, quand il traverse la peur. Alors, là, oui, il y a du jeu et de la joie, dans le superbe abandon de l’amour.
Mais cette fois, ça ne passe pas, ça ne s’est pas passé. Le verbe ne se fait pas chair, et la chair ne dit rien. Quelqu’un avait mis cela en théâtre, avec simplicité, c’était Antoine Vitez: Jean-Claude Durand évidait un pain et y glissait son bras: «Ceci est mon corps». Puis il remplissait ce pain creux de vin, et cela donnait une sorte de viande : mangez-moi.

On pense aussi à Jérôme Bel, et à son spectacle Véronique Doisneau (2004). Mettant en scène une danseuse de l’Opéra de Paris, pas une étoile mais  un «sujet» à la veille de sa jeune retraite, dans sa singularité de personne, lui donnant la parole et la danse qu’elle voulait, il l’aimait,  nous la faisait aimer et nous aimait ainsi, sans le dire. Ces souvenirs-là ont une force que n’ont pas trouvée Denis Guénoun et Stanislas Roquette. Attente déçue : nous attendions beaucoup, sans savoir quoi.  Et rien n’est venu nous surprendre en échange : ni du côté du théâtre, ni du côté de la pensée.
Rencontre manquée.

 Christine Friedel

Oui, exactement: une rencontre manquée.  » Le critique, écrivait Denis Guénoun dans le dernier numéro d’hiver de la bonne revue Frictions, devrait tenter de dire pourquoi, et en quoi, par rapport à quels critères, le spectacle regardé et entendu, produit des effets d’attrait et de répulsion. Notre critique ne sait souvent, comme des mondains d’Ancien Régime, que se partager entre pâmoison et ennui. L’ennui n’est pas un discriminant absolu (« on s’ennuie », « c’est trop long », etc).-chacun sait  que l’ennui est une phase constitutive de l’expérience esthétique majeure (sic)….  »
Pâmoison, ennui ? Christine Friedel dit très bien et sans agressivité aucune, nous semble-t-il, pourquoi ces Aux Corps perdus  ne fonctionne pas, même s’il y a, dit-il, passé deux ans. Denis Guénoun qui a créé autrefois de beaux spectacles comme, entre autres, L’Enéide
, reproche aux critiques « de ne pas ruminer  un peu plus », (sic), nous allons donc encore, nous, critiques bovins, en rajouter une (petite) couche.
D’accord, l’ennui n’est pas un discriminant absolu mais, que Denis Guénoun veuille ou non, c’est quand même un discriminant bien réel, et cela dans l’esprit, non pas toujours des critiques mais du public. Pourquoi au soir de la première, cinq spectateurs sont sortis au bout de trente cinq minutes.
Désolé mais ici, côté ennui,  « phase constitutive de l’expérience majeure » selon le metteur en scène,  on est servi!  » Je vois qu’il n’y a pas qu’à la campagne que l’on s’ennuie. » a dit avec  humour après le spectacle, l’un de nos amis, vivant dans une  maison isolée de l’Yonne et qui va donc rarement au théâtre, mais qui était, ancien élève de Gilles Deleuze au lycée, attiré par la note d’intention.
Au fait, pourquoi s’ennuie-t-on autant ici?
1)D’abord, et pendant une bonne demi-heure! A cause d’une expression du corps assez prétentieuse, qui fait furieusement penser à la triste et mauvaise « expression corporelle » des années soixante dans les M.J.C… Denis Guénoun aurait mieux fait de demander de traiter à quelqu’un dont c’est le métier de traiter ce volet du spectacle, plutôt que de s’improviser chorégraphe.
3) A cause d’une musique qui surligne les choses.
2) A cause d’un mode opératoire vidéo, usé jusqu’à la corde et très rarement intéressant (la retransmission en direct et en gros plan, de ce qui se passe sur le plateau.
3) A cause enfin d’un texte assez pauvret, même si on accueille bien cette parole qui apporte enfin un peu de fraîcheur!
Par ailleurs, quand Denis Guénoun dit que les critiques n’ont pas le temps matériel de « pouvoir se cultiver, lire intensément-pas seulement des journaux », qu’il se rassure,du moins quant à ceux du Théâtre du Blog! Nous ne sommes pas parfaits mais nous nous cultivons: nous détestons le parisianisme, nous sommes très curieux, allons souvent en province à l’étranger, surtout en Europe, mais aussi pour certains aux Etats-Unis, au Japon… Nous rencontrons beaucoup de gens de la profession  du spectacle, et d’autres qui n’en sont pas moins intéressants, comme des agriculteurs ou des artisans, nous allons tous voir  les expos importantes, les films récents et lisons beaucoup: des pièces, des romans, de la poésie comme des essais (ou même des bouquins de philo, si, si, c’est vrai!).
Et nous n’avons pas « l’air si régulièrement exaspérés- ou si tristes », simplement, oui, c’est vrai parfois et surtout en fin de saison, nous sommes parfois fatigués par des créations théâtrales ne tiennent pas toujours la promesse de leur note d’intention…
Voilà, c’est dit.

Philippe du Vignal

Théâtre National de Chaillot  à 21h, jusqu’au 13 mai . T : 01 53 65 30 00

DeGeneration

DeGeneration chorégraphie et musique d’Hofesh  Shester

  IMG_0448A la première, cette heure de danse intense a soulevé l’enthousiasme du public. Hofesh  Shester a répété avec  de jeunes danseurs durant six semaines, reprenant deux anciennes créations. «Je désirais revenir, dit-il, à quelque chose de plus simple, retrouver en quelque sorte le jus et la saveur des débuts en travaillant d’une façon plus resserrée et calme.»
Un travail fructueux : ses huit  interprètes sont formidables d’énergie, et d’un engagement physique total. Nous reconnaissons ici les caractéristiques du chorégraphe: une bande-son   qui surprend, avec des vibrations de basses dont les pulsations viennent se mêler subtilement à notre rythme cardiaque, afin de nous faire mieux ressentir le mouvement… Et  de remarquables éclairages latéraux qui font osciller les corps entre ombres et lumières. Comme dans  la troisième partie Disappearing Act  qui regroupe tous les danseurs
Trois danseuses  en robe rouge,   et trois  danseurs en costume de ville, donnent une dimension cinématographique aux images de la première partie  Cult. Le plateau du théâtre des Abbesses apparaît alors plus grand tant l’utilisation de l’espace est remarquable.
  On retrouve l’intensité et la précision des gestes d’Hofesh Shester qui, chez lui, sont toujours lourds de sens, notamment dans la deuxième partie, Fragments,  quand un couple de danseurs nous emporte dans son histoire passionnelle, sur la musique de Jean-Sébastien Bach et d’Eric Idle. Un moment à la fois violent, tendre et émouvant, comme tout au long de ce triptyque.
Une belle réussite.

Jean Couturier

Théâtre des Abbesses  jusqu’au 20 mai.    

Ne parle pas aux inconnus

Ne parle pas aux inconnus Contre-courant #2,  direction artistique de Cécile Arthus

20141022_atelier-hip-hop-contre-courants-2-006-1038x576Après la création des Enfants en mai 2013, Oblique Compagnie a lancé  une nouvelle édition du projet Contre-courants, à la fois ambitieux et modeste : soit dresser une sorte de portraits de jeunes européens. Avec cette année, le travail de Sandra  Reinflet, une écrivaine-photographe qui a traversé l’Europe dans tous les sens. « L’important, dit-elle,  n’est pas la destination, mais le chemin »
Elle et une copine, ont parcouru en stop les routes d’Athènes à Helsinki, soit un périple de 3.300 kms. But de l’opération : récolter les témoignages de jeunes Européens  à qui elle a demandé: quelles frontières, quelles limites avez-vous déjà dépassées. 

À partir de ces paroles fraîchement rassemblées,  une trentaine de jeunes de Thionville et de Lorraine  entre douze et vingt ans,  ont imaginé,  solidement encadrés par des professionnels dans des ateliers dits de pratique artistique, à partir de cette réalité rencontrée au quotidien par Sandra Reinflet, des portraits de jeunes européens:  finlandais, grecs, allemands, etc… à la fois très différents de par leur culture et l’économie de leur pays mais  tous en proie aux même doutes… D’un bout à l’autre de l’Europe, donc géographiquement éloignés mais ayant les mêmes interrogations qui ressemblent aussi … à  celles  de leurs parents quand ils avaient leur âge,  il y a une trentaine d’années.
 Soit donc au programme : des interventions personnelles et collectives entrecoupées de danse hip-hop. Le tout dirigé et mis en scène par Cécile Arthus et Sadat Sekkoum pour la chorégraphie. Ces jeunes gens sont assis sur un praticable en T tout autour de la scène et se lèvent chacun pour dire un fragment de leur texte avant de passer le relais à un autre, ou pour danser. Ces phrases brutes de décoffrage n’ont rien d’anodin, sont souvent d’une belle lucidité et en disent long sur le monde actuel.  « Aujourd’hui, dit Camille, on prétend qu’on collabore, qu’on recycle, mais la vérité, c’est qu’on fait tout payer. Avant tu donnais ta vieille console, aujourd’hui, tu la revends sur Internet. Avant, tu filais tes clés à tes potes quand tu partais en vacances, aujourd’hui, tu sous-loues ton canapé dès qu’il n’est pas occupé. Avant, tu t’arrêtais quand quelqu’un levait le pouce, aujourd’hui, il réserve ton siège arrière avec son numéro de CB. C’est la crise, je sais, il faut tout rentabiliser. Mais j’ai envie de montrer qu’on peut faire les choses autrement, pour le plaisir de la rencontre. J’ai envie de voyager en stop, à contre-courant.
Raoul : « Le problème, c’est que la protection de la nature, ça n’intéresse que les enfants. Et les profs à la limite. Mais les profs ne sont pas tout à fait des adultes puisqu’ils n’ont jamais quitté l’école. Les parents eux, ils ont d’autres priorités ». Temuka : « Ça n’avait pas l’air si mal le bloc de l’Est. Nos parents ne possédaient pas grand-chose mais ils avaient un travail, des assiettes pleines. Pas de viande tous les jours, mais assez pour se remplir le ventre. Ils pouvaient voyager dans les autres pays de l’URSS. Aujourd’hui, tout est possible… en théorie. Mais en Géorgie, il nous faut des visas, de l’argent pour voyager. On pourrait… mais on ne peut pas. Et ce conditionnel change tout. C’est comme vivre dans une pâtisserie géante et ne pouvoir manger aucun gâteau.
Lina : «J’aimerais étudier l’anglais pour aller vivre ailleurs. Beaucoup d’amis ont déjà fait ça. Mes grands-parents répètent qu’on devrait rester. Que c’est à nous de sauver la Grèce. Qu’il faut résister. Mais je ne veux pas me sacrifier pour une cause que je n’ai pas choisie. Pour les rêves de grandeur de mon pays. La Grèce ne sera jamais l’Allemagne. On ne peut pas jouer dans la même cour. Ou plutôt jouer avec le même cours. L’Euro c’est… une utopie. J’ai envie de vivre maintenant, pas d’attendre que jeunesse et crise se passent. Ce prix-là aussi est au-dessus de mes moyens ».

La direction d’acteurs de Cécile Arthus fait preuve à la fois de souplesse et d’une grande rigueur comme en témoigne le dispositif oral et visuel qu’elle a réussi à mettre en place, sans aucun dérapage. Pas d’illusion : il y faut de longues séances de travail, quand il s’agit de mettre en scène des collégiens et lycéens. « A travers des exercices ludiques, dit Cécile Arthus, ces jeunes ont développé différents outils indispensables à l’art du jeu de l’acteur et de la prise de parole : le corps, la voix, la respiration, la présence dans l’espace, le rythme, la concentration, l’engagement, la connaissance de soi et celle de l’autre, la dynamique de groupe, la relation avec le public… »
Sans doute avec des résultats inégaux : certains ont souvent du mal à maîtriser des phrases dont ils ne sont que les porte-parole, et il est impossible de les juger comme on le ferait pour un spectacle professionnel. Mais en slam comme en danse contemporaine, quelques-uns ont déjà acquis une pratique indéniable. Encore une fois, il s’agit plutôt d’un résultat final d’un atelier multidisciplinaire où tout reste fragile mais de cette fragilité qu’a su habilement jouer Cécile Arthus, et c’est assez malin : elle a réussi à les mettre en confiance, et à faire en sorte qu’ils possèdent une certaine réflexion critique sur ce travail collectif, sans laquelle il leur aurait été impossible de progresser.  Ce qui est pédagogiquement essentiel et n’est déjà pas si mal, surtout quand il faut diriger trente jeunes sur un plateau.
Cette opération  n’aurait pu exister sans l’aide de l’Europe et des instances municipales et régionales, et bien sûr le soutien du Nest-Centre dramatique national de Thionville-Lorraine.  Il y a ici une belle matière de textes  et de mise en scène, loin de textes contemporains souvent inodores et il faudrait donner la possibilité à Cécile Arthus de poursuivre ce travail sous une forme plus resserrée et avec une dizaine de ces jeunes ; elle le mérite amplement.

 Philippe du Vignal

 Spectacle présenté les 25 et 26 avril au Nest de Thionville.

 

 

 

 

De Passage

De Passage de Stéphane Jaubertie, conception et mise en scène de Johanny Bert

Unknown «Il faut que je te dise. Il n’y a que trois jours importants dans la vie d’un homme : hier, aujourd’hui, et demain», premières paroles philosophiques de ce spectacle à la prose poétique cadencée, dite  par  un conteur; sur un écran, il y a aussi toute la magie animée d’un théâtre d’ombres, encadré d’un manteau d’arlequin orné d’une guirlande festive de loupiotes  rougeoyantes.
Johanny Bert poursuit  la création de son propre langage scénique avec des acteurs et des « formes marionnettiques », et le spectateur, , entend l’histoire, casque sur la tête. Une voix intime lui dit: «D’où tu es, si tu regardes bien, tu peux voir dans le noir. Tu peux voir l’enfant seul, dans son lit. Regarde. Tu verras qu’il ne dort pas. Il a les yeux ouverts, et, dans ses yeux, il y a des images.»
C’est bien ici la matière onirique de l’imaginaire ardent et enfantin d’un garçon de neuf ans, combinée avec des images familières et standard que chacun véhicule et dont se saisit le metteur en scène.
Le garçon pense à des jolies choses le soir, tandis que sa mère travaille de nuit à l’unité des soins palliatifs de l’hôpital; le matin ramène la mère et le jour près de l’enfant. Mais, ce soir-là, le sommeil ne lui vient pas: les images qui l’habitent sont trop fortes. Attiré alors par la lumière, il se lève et, en pyjama, met ses chaussures et son manteau, avant de sortir dans la nuit froide rejoindre sa mère à l’autre bout de la ville.

La voix douce demande au spectateur de regarder le garçon marcher dans le noir : lui seul, le voit, en temps réel et en ombre chinoise, traverser solitairement la nuit des autres qui dorment, telle une apparition :«Aster, mimosa, véronique de Perse…neige, nivéole, primevère. Il se dit que les fleurs, à peine, on les nomme, que déjà elles s’effacent.»Les fleurs déclinent toutes les saisons, d’une année à l’autre ; il faut savoir les saisir.
L’enfant  est le symbole des jeunes qui découvrent les lois de l’existence; entre ce qui est dit et ce théâtre d’image, c’est  tout  un apprentissage du temps, ce fabricant d’expériences… Les personnages du récit apparaissent, puis s’en vont comme cette mère élégante en talons, figures graphiques ou silhouettes se mouvant entre ombre et lumière.
Le conteur, de son côté, surgit, se retire mais entre aussi dans l’image, comme par un tour de magie gracieuse.  Le spectateur a, lui, le sentiment d’une épreuve existentielle, de la fragilité de la vie, et de la brièveté du bonheur, puis de la longue lutte contre le malheur, avant l’abandon final à la mort. Entre-temps,  des jours  s’effeuillent pour nous tous êtres de passage, au-delà des infortunes et des maladies qui nous happent. Passage qui est celui aussi de la filiation, de la mère au fils, du fils à l’adulte qui se détache  de la mère originelle pour en trouver une autre d’adoption, ou inversement, entre secrets, aveux tardifs ou inavoués,  et mensonges déjoués.
Saluons l’engagement serein et efficace de Maxime Dubreuil, Ludovic Molière, Laëtitia Le Mesle, Christophe Luiz et Cécile Vitrant dans ce conte d’aujourd’hui, à la fois sombre et lumineux, destiné aux enfants que nous sommes restés.

 Véronique Hotte

 Le Théâtre de Lorient-Centre Dramatique National, spectacle familial à partir de 9 ans,  joué les 29 et 30 avril.

 

12345

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...