Flagrant délit de mensonge

Flagrant Délit de mensonge, conception et mise en scène de Patrice Bigel, dialogues de Valérie Deronzier

 

IMG_7705Créé en 1989 par Patrice Bigel et sa compagnie La Rumeur, et composé à partir d’improvisations de huit acteurs, le spectacle renaît à présent avec dix-sept comédiens dans une nouvelle scénographie, et avec des dialogues de Valérie Deronzier. Rumeur, délit, mensonge, vrai et faux, illusion et réalité: bref, ce qui fait la matière du théâtre, a toujours orienté la recherche artistique de Patrice Bigel.«La vérité, dit-il, n’est-elle pas toute relative? Le mensonge relève des escrocs, des imposteurs, des tricheurs, des plagiaires et des artistes…»
Sur le plateau, c’est un va-et-vient de corps diplomatique: tenue chic pour les femmes: petite robe noire, escarpins et joli chignon, et pour les hommes: costume, de soirée, cravate, et chemise blanche. Des chorégraphies de groupes alternent avec des duos intimes, esquisse dansée et tremblante de cœurs qui soupirent pour un soir à peine. Au fond du plateau, s’agite le voile d’un grand drapeau emblématique, claquant au vent de la paix entre États : réconciliation,  arrêt des conflits et dépôt des armes..

Les hymnes nationaux, joués par des fanfares, et amplement dramatisés, donnent un aspect grandiose à la cérémonie. Plus tard, sur le tarmac de l’aéroport, surgit l’aile d’un avion. Chœurs anonymes ou scènes intimes : ces diplomates imbus du sérieux de leur mission, arrivent du monde entier pour signer des accords de paix. Tous décidés à mettre fin aux conflits planétaires…
Mais qu’en est-il du monde affectif de ces  professionnels, un rien glamour mais aux signes évidents de maturité ? Ils ont, comme en écho à la prétendue véracité des protocoles d’accords de paix, une absence ou une précarité sentimentale, une instabilité identitaire, et enfin une incertitude qui les empêchent de se sentir vivre dans le présent, un temps qui leur échappe toujours, incontrôlable à force de trahisons. « Je t’ai aimé, je ne t’aime plus. Va-t’en, passe ton chemin, je ne veux plus te voir. »
Le public regarde les scènes qui ont lieu à cour comme à jardin, selon l’orientation des éclairages et la les recoins les plus sombres imaginés par le scénographe Jean-Charles Clair. Où les sentiments vont-ils se cacher ? De l’ombre au jour, l’attention du spectateur est dirigée vers la lumière pour entendre quelques mots de complicité mi-figue mi-raisin échangés entre un homme et une femme, ou la connivence d’une dame avec un inconnu d’elle. Jusqu’à quand ?
De 1989  à 2015, la paix des nations, si fragile dans ses remises en question, est ici la métaphore de la paix si délicate des cœurs.

Véronique Hotte

Usine Hollander à Choisy-le-Roi,  jusqu’au au 7 juin. T : 01 46 82 19 63

 

 


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