La Sorcière

La Sorcière de Jules Michelet, adaptation et mise en scène de Julie Timmerman

 

Copie de DSC_5848 Jules Michelet (1798-1874), historien libéral et anticlérical, a écrit différents essais  dont certains lui valurent des ennuis avec l’Église d’abord, mais, aussi bien entendu, avec le pouvoir politique en place. Jusqu’à lui faire perdre son poste de professeur ; en 1862, parait La Sorcière, où il montre le rôle efficace de la sorcière au Moyen-Age,  comme contre-pouvoir envers l’Eglise, très puissante et pilier politique de la société, qu’il valait mieux ne pas affronter.
C’est une vieille histoire que ces êtres diaboliques: ils existaient déjà il y a deux mille ans en Egypte, puis dans la Bible, chez Homère avec Circé et Médée, puis chez les Romains…
Et du XVIème au XVIIème siècle, les procès, condamnations au bûcher et autres joyeusetés, que ce soit chez les catholiques ou les protestants,  fleurirent en Europe! Luther qualifiait qualifiait les sorcières de « putains du diable »!
Et les peintres en firent un de leurs thèmes de prédilection, comme ce Jacob Cornelius Van Oostanen au XVIème siècle, où l’on voit dans son Saul et la sorcière d’Endor, à la fois de vieilles sorcières nues et de très jeunes… tout aussi dénudées.

«C’est cette histoire d’asservissement et de résistance que conte la langue vivace de Michelet, l’historien des sans-grade de ceux qui n’ont pas eu d’histoire, dit avec raison Julie Timmerman. La jeune paysanne qui se marie un certain jour de l’an mille, subit le viol du seigneur et de tout le château, la lâcheté de son mari, l’isolement dans le village, les coups de fouet de l’Inquisition, la traque impitoyable pour finalement se réfugier dans la forêt, nue et meurtrie, et pactiser avec Satan».
 Soit; mais que fait-on de ce texte fort, quand on veut le transposer sur un plateau sous la forme d’un monologue ? C’est l’éternel problème des adaptations scéniques forcément réductrices , et mieux vaut donc alors  être armée d’une solide dramaturgie si l’on veut que le public s’y retrouve. Ce qui n’est pas vraiment le cas ici!
  Julie Timmerman s’est imaginée en punkette/femme de ménage en blouse Vichy à carreau verts, venue nettoyer un bureau le lendemain d’une fête très arrosée où on a dû faire l’amour jusqu’au petit matin, comme en témoignent des papiers par terre, un bouteille de Champagne vide, une paire d’escarpins abandonnés, et une robe de cocktail probablement vite ôtée, et chiffonnée dans un coin. Et, tout en faisant le ménage, et en astiquant sans cesse le sol  de ce bureau avec un ballet à franges… elle se récite le début du récit de Jules Michelet; cette jeune punkette à la magnifique chevelure va bientôt quitter sa  blouse pour apparaître en mini-robe noire très collante, plus que courte et qui se voudrait érotique, mais où elle ne semble pas du tout à l’aise.
 Et cela fonctionne ? Pas vraiment… Julie Timmerman a sans aucun doute une belle présence et une gestuelle intéressante mais cela ne suffit pas. Autant dire les choses:  la diction est ici en dessous du minimum syndical ! Ce qui est embêtant, quand il s’agit d’un long monologue, même agrémenté de quelques musiques, puisque l’on saisit des bouts de phrase mais, et pour cause,  jamais vraiment le sens ni le fil rouge de cette histoire qui semble avoir été mise en scène à l’arrache.
Par ailleurs, on ne voit pas très bien ce que cette Katia, femme de ménage, a à voir avec le texte de Jules Michelet qui lui, montre en bon historien qu’il est, comment les conditions socio-économiques ont créé l’asservissement de la femme qui va devenir, aux yeux de la société, à la fois  une guérisseuse, marginale donc maudite, séductrice, et une proie facile quand s’ouvrira la chasse aux sorcières …
Est-ce l’exploitation de la pauvre femme humiliée, que l’on veut ici nous montrer: au service des méchants hommes qui s’arrogent le droit de cuissage, autrefois dans les châteaux, et encore maintenant dans n’importe quelle boîte commerciale? Tous aux abris !
En fait,  la comédienne s’est mal dirigée: à l’impossible n’est tenu ! Et même si on aime bien Julie Timmerman, qui est une réalisatrice d’habitude plus adroite (voir Le Théâtre du Blog), ici le compte n’y est pas du tout ! Les copains ont applaudi mais peu, et  le spectacle, soyons clair,  aura du mal à tenir la route devant un public exigeant,  si, du moins, il n’est pas complètement revu d’ici là…
 Que faire avant le festival d’Avignon où il doit être présenté? D’abord, abandonner d’urgence cette fausse bonne idée de femme de ménage, revoir cette scénographie d’amateur, ces éclairages approximatifs, et ces costumes  mal conçus, et enfin surtout, surtout: réviser la diction, sous la direction de quelqu’un de compétent.
Bref, réaliser ce que l’on appelle une mise en scène… Allons, soyons optimistes: c’était une première, et le pire n’est pas toujours sûr, comme disait Popaul Claudel! Le spectacle peut donc encore être sauvé; donc, au boulot, mademoiselle Julie,  il vous reste 32 jours !

 Philippe du Vignal

Le spectacle a été présenté à Confluences le 31 mai. Prochaine  représentation : jeudi 18 juin à 16h à l’Atelier René Loyon, 11 rue Saint-Luc 75018 Paris.  Métro Barbès ou La Chapelle.
Au festival d’Avignon: Présence Pasteur,  13 rue du Mont Trouca à 19h 15.

 


Archive pour 3 juin, 2015

La Sorcière

La Sorcière de Jules Michelet, adaptation et mise en scène de Julie Timmerman

 

Copie de DSC_5848 Jules Michelet (1798-1874), historien libéral et anticlérical, a écrit différents essais  dont certains lui valurent des ennuis avec l’Église d’abord, mais, aussi bien entendu, avec le pouvoir politique en place. Jusqu’à lui faire perdre son poste de professeur ; en 1862, parait La Sorcière, où il montre le rôle efficace de la sorcière au Moyen-Age,  comme contre-pouvoir envers l’Eglise, très puissante et pilier politique de la société, qu’il valait mieux ne pas affronter.
C’est une vieille histoire que ces êtres diaboliques: ils existaient déjà il y a deux mille ans en Egypte, puis dans la Bible, chez Homère avec Circé et Médée, puis chez les Romains…
Et du XVIème au XVIIème siècle, les procès, condamnations au bûcher et autres joyeusetés, que ce soit chez les catholiques ou les protestants,  fleurirent en Europe! Luther qualifiait qualifiait les sorcières de « putains du diable »!
Et les peintres en firent un de leurs thèmes de prédilection, comme ce Jacob Cornelius Van Oostanen au XVIème siècle, où l’on voit dans son Saul et la sorcière d’Endor, à la fois de vieilles sorcières nues et de très jeunes… tout aussi dénudées.

«C’est cette histoire d’asservissement et de résistance que conte la langue vivace de Michelet, l’historien des sans-grade de ceux qui n’ont pas eu d’histoire, dit avec raison Julie Timmerman. La jeune paysanne qui se marie un certain jour de l’an mille, subit le viol du seigneur et de tout le château, la lâcheté de son mari, l’isolement dans le village, les coups de fouet de l’Inquisition, la traque impitoyable pour finalement se réfugier dans la forêt, nue et meurtrie, et pactiser avec Satan».
 Soit; mais que fait-on de ce texte fort, quand on veut le transposer sur un plateau sous la forme d’un monologue ? C’est l’éternel problème des adaptations scéniques forcément réductrices , et mieux vaut donc alors  être armée d’une solide dramaturgie si l’on veut que le public s’y retrouve. Ce qui n’est pas vraiment le cas ici!
  Julie Timmerman s’est imaginée en punkette/femme de ménage en blouse Vichy à carreau verts, venue nettoyer un bureau le lendemain d’une fête très arrosée où on a dû faire l’amour jusqu’au petit matin, comme en témoignent des papiers par terre, un bouteille de Champagne vide, une paire d’escarpins abandonnés, et une robe de cocktail probablement vite ôtée, et chiffonnée dans un coin. Et, tout en faisant le ménage, et en astiquant sans cesse le sol  de ce bureau avec un ballet à franges… elle se récite le début du récit de Jules Michelet; cette jeune punkette à la magnifique chevelure va bientôt quitter sa  blouse pour apparaître en mini-robe noire très collante, plus que courte et qui se voudrait érotique, mais où elle ne semble pas du tout à l’aise.
 Et cela fonctionne ? Pas vraiment… Julie Timmerman a sans aucun doute une belle présence et une gestuelle intéressante mais cela ne suffit pas. Autant dire les choses:  la diction est ici en dessous du minimum syndical ! Ce qui est embêtant, quand il s’agit d’un long monologue, même agrémenté de quelques musiques, puisque l’on saisit des bouts de phrase mais, et pour cause,  jamais vraiment le sens ni le fil rouge de cette histoire qui semble avoir été mise en scène à l’arrache.
Par ailleurs, on ne voit pas très bien ce que cette Katia, femme de ménage, a à voir avec le texte de Jules Michelet qui lui, montre en bon historien qu’il est, comment les conditions socio-économiques ont créé l’asservissement de la femme qui va devenir, aux yeux de la société, à la fois  une guérisseuse, marginale donc maudite, séductrice, et une proie facile quand s’ouvrira la chasse aux sorcières …
Est-ce l’exploitation de la pauvre femme humiliée, que l’on veut ici nous montrer: au service des méchants hommes qui s’arrogent le droit de cuissage, autrefois dans les châteaux, et encore maintenant dans n’importe quelle boîte commerciale? Tous aux abris !
En fait,  la comédienne s’est mal dirigée: à l’impossible n’est tenu ! Et même si on aime bien Julie Timmerman, qui est une réalisatrice d’habitude plus adroite (voir Le Théâtre du Blog), ici le compte n’y est pas du tout ! Les copains ont applaudi mais peu, et  le spectacle, soyons clair,  aura du mal à tenir la route devant un public exigeant,  si, du moins, il n’est pas complètement revu d’ici là…
 Que faire avant le festival d’Avignon où il doit être présenté? D’abord, abandonner d’urgence cette fausse bonne idée de femme de ménage, revoir cette scénographie d’amateur, ces éclairages approximatifs, et ces costumes  mal conçus, et enfin surtout, surtout: réviser la diction, sous la direction de quelqu’un de compétent.
Bref, réaliser ce que l’on appelle une mise en scène… Allons, soyons optimistes: c’était une première, et le pire n’est pas toujours sûr, comme disait Popaul Claudel! Le spectacle peut donc encore être sauvé; donc, au boulot, mademoiselle Julie,  il vous reste 32 jours !

 Philippe du Vignal

Le spectacle a été présenté à Confluences le 31 mai. Prochaine  représentation : jeudi 18 juin à 16h à l’Atelier René Loyon, 11 rue Saint-Luc 75018 Paris.  Métro Barbès ou La Chapelle.
Au festival d’Avignon: Présence Pasteur,  13 rue du Mont Trouca à 19h 15.

 

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