Je hais les marionnettes

Pyka Puppet  Festival:

 Je hais les marionnettes de et par Jean-Louis Heckel

 

ean louis HeckelReprenant le principe de son spectacle, Qui manipule qui,  avec sa compagnie La Nef, Jean-Louis Heckel retrouve ici la marionnette de Rosie Palmer, responsable d’une émission web radio émise en direct, et la contrebassiste Anne Shreshta.
  Il nous conte ici l’histoire d’un personnage, Victor Schimpferling, grand maître de la marionnette, fils caché d’Edward Gordon Craig et d’Isadora Duncan, vivant à Saint-Petersbourg, et mêle à  cette fiction  vie des éléments autobiographiques renvoyant à sa propre carrière théâtrale.
 L’occasion pour lui de citer des propos d’Antoine Vitez ou d’Edward Gordon Craig sur l’art du marionnettiste et d’évoquer  les diverses  esthétiques  de cette discipline. Il dialogue avec Rosie, magnifiquement manipulée par Pascal Blaison et se confronte, en silence, à une étrange figure métissée qui l’attend, assise dans un petit castelet.  Autant Rosie Palmer/Pascal Blaison fait preuve  d’une véritable assurance, autant Jean-Louis Heckel semble plus fragile dans son récit, comme si le poids du passé l’envahissait. Cette fragilité touchante, facilement perceptible dans le petit théâtre de l’Atalante, donne à cette évocation le ton  intimiste  d’une émission nocturne de France-Culture, d’autant que l’accompagnement musical s’y prête.
Entre pédagogie et poésie, Je hais les marionnettes devrait trouver son rythme, au fil des représentations.  Le spectacle,  en tout cas, traduit bien l’amour indéfectible que nourrit bien sûr Jean-Louis Heckel pour les marionnettes…contrairement à ce que nous dit le titre.

 Jean Couturier

 Spectacle joué au théâtre de l’Atalante le 9 juin.

www.la-nef.org               


Archive pour 17 juin, 2015

Complexity of belonging

Complexity of belonging, conception, mise en scène et chorégraphie de Falk Richter et Anouk van Dijk

 

Falk RichterCette création commune en langue anglaise, Complexity of Belonging de l’auteur et metteur en scène Falk Richter, de la chorégraphe Anouk van Dijk et de la compagnie de danse australienne Chunky Move est une réflexion sur le sentiment d’appartenance et sur la question d’identité :  «Qu’est-ce qui prime dans la définition de soi ? Le sexe, L’orientation sexuelle, la nationalité, une culture, une histoire, une fille, une mère, un amant? »
La communication généralisée, le caractère planétaire des phénomènes financiers, avec l’ouverture des économies nationales et régionales au marché mondial, ne garantit pas, loin de là, l’existence d’une société commune, aux ressources équitables. Mais ce n’est pas l’urgence de la question pour ces jeunes gens porteurs de la parole  politique de Falk Richter, performeurs, interprètes et danseurs qui vivent en ces temps immédiats sans émettre  de revendication. Eduqués et cultivés, ils subissent les conséquences d’un monde dont ils ne font pas partie et qui laisse beaucoup de gens sur le bord de la route.
 Chacun d’eux reçoit au moins un don, la vie elle-même, l’existence dans le monde, la possibilité de s’exprimer par le verbe et le corps.
Mais la qualité de vie de ces jeunes gens privilégiés est mise à mal, et révèle un ressentiment, au-delà du cosmopolitisme et du dialogue des cultures. Ainsi, un trentenaire  doit aller travailler très loin de sa compagne psychologue, restée en Australie qui, lasse de cet éloignement, veut aussi vivre sa vie. Telle autre, européenne, est venue en Australie pour faire des recherches sur les Aborigènes, et sur leurs relations avec la population dominante.
  Deux hommes gays, désireux d’un enfant, se posent la question de  la gestation pour autrui. Et tandis que les se sont posée ces questions existentielles, s’exprime en même temps le panache des corps dansants, expressifs et libres, dans un paysage d’immense désert australien à l’horizon céleste sur écran vidéo. Le dispositif est complété par une caméra pour les entretiens de la sociologue-ethnologue, et de skype pour conversations  entre partenaires éloignés géographiquement.
 Beaucoup sont rivés à leur ordinateur, entre contacts superficiels et réseaux sociaux, mais tous dansent, arpentant magnifiquement l’espace, jouant avec une série de fauteuils design de bureau, prenant appui sur ces sièges, se cachant derrière et au risque de perdre leur équilibre, les rangeant en ligne pour sauter de l’un à l’autre.   Gravissant ces obstacles comme autant de barrières de vie, se refusant à considérer que leur existence  doive rester confinée dans de vastes espaces de bureau anonymes,  il sont en proie à une grande solitude. Revient régulièrement l’image scénique de l’habitacle d’avion, appareil destiné à s’abîmer dans la mer, métaphore des vies humaines bousculées et perdues.
 Une danseuse, déclamant avec panache, énumère plus d’une centaine d’exigences, quant à son désir d’homme idéal auquel elle s’attacherait : elle danse royalement, tête en bas et corps contorsionné.; Les interprètes expérimentés jouent leur partition avec grâce, donnant à voir des corps pleins et vivants.

Véronique Hotte

Spectacle joué au Théâtre National de Chaillot, du 3 au 6 juin

 

Economic strip

 

economic strip2

Economic strip par la compagnie Annibal et ses éléphants, mise en scène d’Evelyne Fagnen

Cela se passe sur un terrain de sport près de la Bastille à Paris. Un décor en toile peinte sur châssis pivotants très bande dessinée, représentant l’usine Vidal aux murs de brique, et divers accessoires en deux et non en trois dimensions, imaginés par Stéphane Clément. Une belle réussite, tout comme les costumes souvent peints sur toile et les perruques de Sylvie Berthou : la fois discrets et significatifs.
 Donc chez Vidal, on fabrique des bancs, mais son directeur  est  mort récemment  et  les héritiers ont  décidé de vendre l’entreprise. Vieille histoire, hélas, dans l’économie industrielle française! Les six ouvriers ont donc reçu leur lettre de licenciement mais décident de ne pas baisser les bras et de se lancer dans une lutte pour préserver leurs outils de travail ! Il y a là Maurice, Abdel de la deuxième génération d’émigrés algériens, Jorge tourneur, fraiseur, soudeur, et les autres,  pas du tout préparés à mener une telle lutte mais quand même bien décidés à ne pas se laisser faire et à se battre !
  Situation tendue comme toujours dans ces cas-là: pas facile de prendre les bonnes décisions : mais ils vont voter à l’unanimité, l’occupation de l’usine. Et ces six ouvriers se lancent  dans une loterie avec énigmes à deviner par le public pour récolter un peu d’argent… La police représentée par de très beaux châssis peints occupe à son tour l’usine, et les ouvriers seront arrêtés. Ils ne gagneront pas leur procès, devront rendre leur blouse de travail et se retrouveront sans rien…  Dans une fin magnifique : une surprise que l’on ne vous dévoilera  pas.
  C’est un spectacle proche de l’agit-prop,  au texte parfois un peu faiblard mais heureusement servi par des comédiens formidablement rompus  au théâtre de rue : Thomas Bacon-Lorent, Irchad Benzine, Jean-Michel Besançon, Frédéric Fort, Jonathan Fussi, Thierry Lorent, tous justes et excellents dans un style pas facile à maîtriser : la rue, comme on sait, c’est comme le cabaret ; elle ne pardonne aucune erreur  sur le plan gestuel et vocal: et les comédiens, comme le public, doivent faire avec les caprices de la météo …
Avec des costumes et perruques tout à fait remarquables souvent peints sur tissu qui donnent une belle distance au spectacle, ils créent très vite des personnages caricaturaux bien sûr mais étonnamment vrais. Et les images proposées sont  tout à fait convaincantes.
 Le public est ravi qu’on ne le prenne pas pour un benêt, comme souvent dans de nombreux spectacles de rue, et reste très attentif, même assis sur des coussins par terre ou sur d’étroits bancs de cirque. Le spectacle est encore brut de décoffrage mais devrait vite se bonifier : il y a quelques ruptures de rythme et longueurs, surtout vers la fin qu’il faudrait revoir.
Mais c’est de la belle ouvrage et intelligente, ce qui n’est jamais un luxe…

Philippe du Vignal

Prochaines représentations les 26, 27, 28 juin à Vivacité de Sotteville-lès-Rouen,  et ensuite en tournée en France. Voir: http://www.annibal-lacave.com

economic strip3

 

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