La Simplicité trahie

CHANTIERS D’EUROPE:

La Semplicità inganata, librement inspiré par les œuvres littéraires d’Argangela Trabotti et l’histoire des Clarisses d’Udine (en italien surtitré)

image La Simplicité trahie, qui fut publié en 1654 à Leyden sous le pseudonyme de  Galerana Barcitotti est un des livres d’une femme exceptionnelle (1602-1652) qui écrivit aussi  La Tirannia paterna, et l’Inferno monacale. Arcangela Tarabotti eut le même sort que des milliers d’autres jeunes filles de son époque, difficiles à marier parce que rebelles ou atteintes d’une défaut physique comme légèrement boiteuse et/ou pauvre, ou sans véritable dot, puisque les congrégations religiueses acceptent des dots au rabais!  Elle fut enfermée très jeune dans un couvent de Sant’Anna de Venise de par la volonté paternelle.  Avec la bénédiction du clergé masculin et  toute la société de l’époque.
    Mais elle eut le courage, et la force intérieure d’échapper quelque peu à sa condition : le Cardinal Patriarca Corner lui fait lire des livres, y compris de Machiavel et eut le droit de sortir du monastère, pour aller enseigner, et  rencontra ainsi de riches étrangers, comme l’ambassadeur de France,Nicolas Bretel et connut Gabriel Naudè, le bibliothécaire de Mazarin.
 A cette même époque, les Clarisses du couvent d’Udine dans le Frioul  contestèrent cette tyrannie absolue de ces  toute la clique  catholique qui les tenait enfermées là,  s’en prirent aux dogmes et se révoltèrent la culture masculine qui écartaient les femmes de toute responsabilité sociale et/ou politique, en particulier  contre la terrible inquisition des tout puissants vicaires généraux et autres évèques.
  Seule en scène, Marta Cuscunà  a voulu donner la parole et témoigner de l’histoire de ces jeunes femmes  qui, dit-elle «luttèrent contre les conventions sociales, en revendiquant leur droit à une liberté de pensée et de critique vis-à-vis d’un modèle social basé sur les dogmes de la culture masculine, et surtout une liberté d’inventer un modèle féminin alternatif face au modèle existant. Alors que les femmes étaient priées d’obéir soit comme filles puis comme épouses, sinon comme religieuses cloîtrées ou putains dans les nombreux bordels des grandes villes.« Et c’est de l’intérieur même du couvent, écrit Marta Cuscunà, quArcangela Tarabotti « dénonce ouvertement l’utilisation des vocations féminines religieuses à des fins économiques, en comparant les femmes contraintes à prendre le voile à des oiseaux mis en cage.(…) Je crois que le moment est arrivé d’opérer un changement de cap radical vis-à-vis du féminin et que c’est sur ce dernier que se décidera le tournant à prendre et qui pourrait nous faire sortir de cette crise globale ».
Marta Cuscunà est seule en scène en robe blanche puis noire. Dans le fond, un crucifix rappelle le pouvoir absolu de l’Eglise, et il y a six têtes de marionnettes absolument incroyables de vérité posées sur une grille, dès qu’elle la comédienne leur donne la parole, leur bouche étant seule animée par  la comédienne qui est derrière elles. Tout aussi incroyable est la tête de l’évèque aux yeux exorbités qu’elle manipule aussi.
  Marta Cuscunà raconte très bien l’étonnante histoire de cette révolte aux accents féministes évidents de ces six nonnes qui ne craignent pas d’aller à sa rencontre et d’affronter le terrible vicaire général Jacoppo Moracco avec une force  et une vérité qu’on entend rarement. L’univers sonore (parfois un peu trop envahissant) est impressionnant: chants religieux, bruits de portes en fer qui se ferment brutalement lors des vœux solennels…
  La révolte  et le revendication d’un nouveau modèle alternatif durèrent à Udine une soixantaine d’années puis l’Eglise reprit le dessus mais les choses ne furent plus tout à fait comme avant. Cette Simplicité trahie est un spectacle  tout à fait remarquable que nous a offert avec une belle conviction Marta Cuscunà en soixante-dix minutes: on espère vraiment qu’un théâtre français le  programmera  (il n’a été présenté que deux fois) , et sur une plus longue série de représentations. Tiens, au fait, pourquoi pas aux Théâtre des Abbesses, Emmanuel Demarcy-Motta?
 

Philippe du Vignal

Spectacle vu au Théâtre de la Cité Universitaire le 13 juin.

 


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