Pétition pour le Théâtre de l’Aquarium

François Rancillac évincé?

Une fois de plus, le Ministère de la Culture, avec toute l’élégance qu’on lui connaît, se distingue par ses coups bas, juste avant ou pendant l’été, histoire de faire passer les  choses en lousdé… Les vieux routiers du Théâtre du Blog n’ont pas la mémoire courte: ainsi Guy Rétoré, directeur du Théâtre de l’Est Parisien,  que l’on voulait virer en plein mois d’août n’avait dû son salut qu’à une mobilisation générale de la profession.
Un directeur du Théâtre de l’Odéon avait été prévenu de son renvoi par texto, et l’éviction de Jacques Lassalle  de la direction de la Comédie-Française avait  été annoncée quelques jours avant la fin du festival d’Avignon pour éviter les réactions…
  On comprend alors  la colère  de Bartabas, cassant le mobilier du bureau de la DRAC , où une dame très sûre d’elle  venait de lui  signifiait  avec le plus grand cynisme une baisse  très conséquente de sa subvention. Affolé, le cabinet du Ministre que Bartabas avait alerté devant une telle médiocrité, avait fait aussitôt marche arrière et avait demandé à la dame en question de revoir sa copie… Bravo!
Certes, François Rancillac est en fin de second mandat, et le Théâtre de l’Aquarium dépend du Ministère qui fait ce qu’il veut, bien entendu mais ce qui est lamentable,  c’est le manque de concertation comme d’habitude.  Qui a pris cette décision  aussi sotte? Enfin François Rancillac n’est pas seul et a le soutien du Syndéac, mais quelle confusion, quelle médiocrité!
Les rumeurs les plus folles courent sur l’avenir et la vie du Théâtre de l’Aquarium, mais aussi sur celle de la Cartoucherie, endroit des plus symboliques… comme sur le Théâtre de la Cité Universitaire. Bien entendu, comme dans n’importe quelle république bananière, le Ministère se garde bien d’annoncer la couleur!  Courageux, mais pas téméraire!
Qu’en pense Madame Fleur Pellerin, sans soute plus préoccupée de l’avenir du numérique que de celui du théâtre en France? A-t-elle même jamais mis les pieds à la Cartoucherie ? Qu’en pense Madame Hidalgo, à la tête de la mairie de Paris, propriétaire des lieux?  Fleur Pellerin, a en tout cas, intérêt à préparer ses réponses pour sa prochaine conférence de presse, et on espère qu’elle reviendra sur cette mesure. Pourquoi, par exemple, ne pas reconduire François Rancillac pour une certaine durée, et réfléchir avec lui à la future mission du Théâtre de l’Aquarium?
Ce serait à la fois plus élégant et surtout plus intelligent, et donc plus efficace que ces décisions sournoises qui donnent une déplorable image de marque d’un Ministère de la Culture qui se dit de gauche! Allez, la dernière pour la route, et encore plus élégant: Bernard Sobel, ancien directeur du Théâtre de Gennevilliers, vient de recevoir par courrier l’annonce du non-renouvellement de sa convention triennale.
On espère en tout cas que les intermittents du spectacle, et la  profession théâtrale en général, poseront les bonnes questions, et sans ménagement aucun à Fleur Pellerin devant ce fait du Prince, à sa prochaine conférence de presse, mais aussi quand elle viendra au Festival d’Avignon. qui,et elle le sait très bien-est toujours une une excellente caisse de résonance. Bon courage, madame la Ministre… Il y a  décidément quelque chose de pourri dans votre royaume!
Vous pouvez signer la pétition dont l’adresse figure en bas de page; il y a déjà 6.000 signataires…
Au fait, qu’en pense Michel Orier, directeur de la Création artistique au Ministère de la Culture qui doit recevoir prochainement François Rancillac?
 » Tant que nous pouvons garder la tête haute et tant que nous pouvons agir, il ne faut pas faiblir », écrivait déjà et avec raison, le grand Goethe. Avis aux décisionnaires maladroits et sans état d’âme…

Philippe du Vignal

Pétition pour le Théâtre de l'Aquarium sFJbEpWtvJMcFLD-800x450-noPad

 

PÉTITION POUR QUE LE THÉÂTRE DE L’AQUARIUM DEMEURE UN THÉÂTRE DE SERVICE PUBLIC :
POUR LES ARTISTES, POUR LES PUBLICS
Sous l’impulsion de François Rancillac, le Théâtre de l’Aquarium déploie depuis six ans un intense projet en direction des compagnies, des artistes de théâtre et de musique, des auteurs, des amateurs, des comédiens en formation, et en même temps tout entier consacré à la sensibilisation des publics les plus divers (notamment adolescents).
Ce projet (pour lequel F. Rancillac a été choisi en 2009 par le Ministère de la Culture), qui associe donc au quotidien création et transmission, qui est aussi fidèle aux valeurs fondatrices de ce lieu historique qu’aux missions de « service public » promues par le Ministère lui-même, ce projet en plein essor est aujourd’hui remis brutalement en question et sans motifs par les services de la Direction Générale de la Création Artistique, qui imposent à F. Rancillac de quitter son poste en juin 2016.
Pour quelle suite à l’Aquarium ? Rien n’est bien clair. Mais nous pouvons qu’être très inquiets pour l’avenir de ce théâtre, voire des autres théâtres de la si précieuse Cartoucherie…Nous, spectateurs, artistes (professionnels ou en formation), comédiens amateurs, animateurs d’espaces d’art et de culture, partenaires institutionnels, lycéens, collégiens, enseignants, qui apprécions l’Aquarium comme tant d’autres théâtres de service public aujourd’hui tellement fragilisés, nous vous demandons, Madame la Ministre,

- de revenir sur cette décision incompréhensible et dommageable pour les artistes comme pour tous ceux qui fréquentent ces lieux de sens, d’émotions et de cohésion sociale ;

- que le projet proposé par François  Rancillac, qui permettra à l’Aquarium de poursuivre son essor, puisse être enfin examiné par vos services compétents ;

- que l’Aquarium reste surtout un théâtre à part entière comme il l’est depuis 43 ans, dévolu à des œuvres engagées et généreuses, adressées en acte à la diversité des spectateurs de tous âges, de toutes cultures, venant d’Île-de-France et d’ailleurs.
Merci de votre soutien.

Le Théâtre de l’Aquarium

Vous pouvez envoyer votre signature à:

https://www.change.org/p/ministère-de-la-culture-et-de-la-communication-pour-que-le-théâtre-de-l-aquarium-demeure-un-théâtre-de-service-public


Archive pour 2 juillet, 2015

Quand le diable s’en mêle

1132480_feydeau-sur-le-gril-a-grignan-web-tete-021167368452_660x352pQuand le diable s’en mêle, d’après Georges Feydeau, mise en scène de Didier Bezace

  Nouvelle version de ces trois petites  pièces que Didier Bezace avait déjà montées en 2001 au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. Léonie est en avance (1911), Feu la mère de Madame (1908) l’année où il quitte femme et enfants pour se réfugier à l’Hôtel Terminus de la gare Saint-Lazare, On purge bébé (1910). Avant de sombrer dans la folie, à la suite, dit-on, d’une syphilis contractée avec un prostitué,  (non, signale notre amie Christine Friedel et c’est encore plus noir que du Feydeau: c’est un « boy » de music-hall, qui s’est révélé être… une fille  travestie. Pas de chance pour l’unique tentative homo de Feydeau. Source : la bio de Georges Feydeau par Henri Guidel ». Mais de toute façon, il  mourra en 1921.
Ces pièces en un acte, du pessimisme le plus noir, ne sont de la même veine que ses grands vaudevilles mais comparables à  N’te promène pas toute nue et à Hortense m’a dit : « Je m’en fous », écrite l’année de sa mort  formant avec les trois premières, une sorte de cycle consacré à la vie conjugale qui tourne vite chez lui à un enfer des plus raffinés : égoïsme, mesquineries en rafale, manque de  responsabilité et  radinerie des deux  époux,  incapables  de vivre ensemble et  exaspérés par la seule présence de l’autre, mais tout aussi incapables de se séparer.
Et ici, ils sont en lutte contre un élément étranger qui vient bousculer leur pauvre petite vie quotidienne. Dans Léonie est en avance, madame est de plus en plus nerveuse, et devient même insupportable car elle en est sûre : elle doit accoucher très vite, aujourd’hui même. Sa mère est là, et Madame Virtuel, une sage-femme, insupportable dragon, va vite faire la loi dans la maison… Si bien que le pauvre mari, coincé entre Léonie, son épouse hystérique, son insupportable belle-mère, une bonne idiote, et une sage-femme qui prétend tout régenter, est prié d’obéir, et se voit  transformé illico en  homme à tout faire.
Georges Feydeau, en bon misogyne, règle ses comptes : les femmes ici, et de quelque milieu que ce soit, sont toutes odieuses et égoïstes mais le futur père, c’est vrai, n’est guère mieux traité : aussi  consternant de bêtise et de veulerie. Bref, encore plus que dans ses grandes pièces, l’humanité n’a rien ici de bien réjouissant. Et la prétendue grossesse  de Léonie était seulement nerveuse !
  Feu la mère de madame, dont l’image du couple là aussi, ne sort pas spécialement grandi, a quelque chose  de surréaliste. Monsieur rentre à l’aube, du bal des Quat’Arts où il s’était bien gardé d’emmener Yvonne, son épouse qui s’est couchée en compagnie de la bonne dans le grand lit conjugal pour se sentir moins seule ! Monsieur, qui n’a pas bu que de l’eau, a perdu sa clé, sonne donc longuement pour réveiller son épouse  qui est furieuse.  Il arrive en Louis XIV avec une longue perruque de pacotille, aussi pitoyable que ridicule, et s’empêtre dans ses justifications : la pendule soi-disant fonctionnait mal…
La nuit, déjà mal commencée, va cette fois virer au cauchemar : arrive en effet un domestique assez sinistre qui vient annoncer à Monsieur un décès, celui de sa belle-mère pour laquelle il n’avait évidemment aucune sympathie. Crise de violent désespoir d’Yvonne,  quand il se résout à lui annoncer la triste nouvelle… qui va, par la suite, se révéler fausse. Le domestique s’était simplement  trompé de porte! A quelque chose, malheur est bon : le couple, après cette nuit des plus agitées, semble prêt à se réconcilier. Seule petite touche de tendresse dans cet univers  des plus glauques.
  On purge bébé met aussi en scène un couple  bourgeois, dont la femme se laisse visiblement aller. Encore en robe de chambre, le seau de toilettes à la main à onze heures du matin. Mère abusive,  elle est affolée car son Toto est constipé et aurait besoin d’être purgé. Mais la tâche s’avère d’autant plus délicate que ce Toto est  un horrible petit monstre diabolique qui  préfigure le petit garçon de Victor ou les Enfants au pouvoir de Roger Vitrac monté par Antonin Artaud quinze ans plus tard. Toto refuse avec la dernière énergie de prendre le purgatif, s’il n’a pas un bonbon à la menthe et, une fois qu’il l’a  obtenu, refuse à nouveau…
  Tout cela exaspère M. Follavoine qui se dispute avec son épouse; cela tombe d’autant plus mal pour cet industriel de la faïence qu’il attend pour déjeuner M. Chouilloux, un personnage important du Ministère de la Guerre. But de l’opération : réussir à remporter un très gros marché de pots de chambre destinés aux bidasses.  Bref, dans ce milieu  bourgeois, on est dans le pipi-caca jusqu’au bout devant ce représentant de l’Etat: la mère, souillon en bigoudis,  traîne avec elle son seau de toilettes, le fils est constipé et  insupportable, et le père, lui, va faire la démonstration des pots de chambre incassables fabriqués par son usine.
Bien entendu, le premier que  lance M. Follavoine, à titre expérimental, se fracasse lamentablement; le malheureux plaide sans être bien convaincant un défaut de fabrication exceptionnel. M. Chouilloux, imperturbable, reste méfiant et lance alors le second qui se fracassera aussi vite que le premier. M. Follavoine, devant un désastre programmé, préfèrera quitter la partie…
  Ces petites pièces écrites par Georges Feydeau à la fin de sa vie, sont tissées d’amertume, et comme l’écrit Didier Bezace, «semblent moins écrites qu’improvisées presque oralement, comme si l’homme arpentait sa chambre de l’Hôtel Terminus en rejouant pour lui-même les douloureux et drolatiques épisodes de sa vie à deux. il construit avec un sens aigu du banal et de l’extraordinaire des fables implacables où l’homme et la femme sont jetés comme des boules sur un tapis, s’entrechoquant et rebondissant l’une sur l’autre dans une sorte de mouvement perpétuel ».
     La cour du château de Grignan, pour magique qu’il soit, n’est pas l’endroit le plus adapté aux enfers conjugaux imaginés par Georges Feydeau. Mais Jean Haas a intelligemment imaginé un praticable en bois légèrement pentu,  commun à ces trois pièces et placé au centre de la cour: d’abord parquet  de l’appartement de Léonie Toudoux et de son mari, puis immense lit de la pauvre Yvonne murée dans sa solitude, et enfin grand bureau aux nombreux tiroirs de M. Follavoine. Ce qui donne une précieuse unité à l’ensemble un peu perdu (mais on s’en doutait) devant la grande et belle façade de Grignan.
   Ces petites pièces Feydeau exigent quand même un peu plus de proximité, voire d’intimité, même si Didier Bezace s’en tire au mieux en poussant les pièces du côté de la farce.  Avec, à chaque fois, une réincarnation du diable, et les fumées de l’enfer conjugal ,pour faire bonne mesure. Ce n’est pas dans la dentelle mais bon…Avec, aussi et surtout,  des acteurs qui font tous un très bon travail et avec une belle unité. Philippe Bérodot,  en travesti, joue une étonnante Madame Virtuel et Toto, Thierry Gibault que l’on avait déjà apprécié dans la première création, M. de Champrinet ; Clotilde Mollet est tout à fait remarquable en Madame de Champrinet et Julie Follavoine,  et Ged Marlon étonnant de vérité dans M. Chouilloux; Océane Mozas l’est aussi dans Yvonne et Clémence, comme Lisa Schuster dans  Léonie, et Luc Tremblais dans Toudoux et Rose.
Tous exceptionnels, et remarquablement dirigés par Didier Bezace, font un gros (mais invisible) effort de diction pour que les huit cent spectateurs où qu’il soient, puissent bien entendre le texte, ce qui n’est pas évident et ce qui suppose un solide métier. Puisqu’on ne peut pas jouer Feydeau juste devant l’imposante façade du château, ce qui complique donc un peu les choses.
Didier Bezace a même réussi à «bidouiller» entrées et sorties (qui sont forcément loin ) pour les rendre drôles. Chapeau…
Léonie est en avance, est un peu laborieuse, et n’est pas la meilleure des trois pièces, mais les deux suivantes, parfois inégales, se laissent voir avec plaisir; il ne faut pas être trop exigeant, mais le public  semblait ravi d’entendre ce curieux langage, aussi précis et amer que drôle qui préfigure déjà les noirceurs et les absurdités d’Eugène Ionesco.

Philippe du Vignal

Quand le diable s’en mêle : un théâtre populaire 

 

Bon, c’est lourd, c’est grossier, ces histoires de pot de chambre que Toudoux doit porter sur la tête par décret d’une envie de sa Léonie supposée enceinte (et qui est « en avance » : huit mois après le mariage !), pots que l’on retrouve, multipliés à l’infini par l’ambition d’une fourniture aux armées et pour le confort patriotique du soldat. Bon, les blagues sur les belles-mères, mortes ou vives, ont pris un coup de vieux. Et pourtant, ça marche. Le public des Fêtes Nocturnes de Grignan rit de bon cœur et en redemande.
Georges Feydeau, devant la catastrophe conjugale, ou, plus sournoisement diabolique, devant l’usure (rapide !) du mariage, contemple le désastre et va en chercher la clé dans les égoïsmes quasi naïfs de ses personnages, du côté du (bas) ventre. D’où le doigt pointé sur leurs appétits –Ah ! S’il pouvait manger ses macaronis, Toudoux, au lieu de promener fiévreusement sa Léonie !-, leurs ambitions et leurs obsessions (le « Ah, si je pouvais dormir ! » de la bonne réveillée par Monsieur revenu de bringue puis par la mère de Madame à qui il prend de mourir), et sur l’idée fixe de Julie Follavoine : Bébé doit prendre sa purge. On rit d’avoir devant soi des mécaniques qui renvoient à chacun sa propre image, suffisamment simplifiée pour qu’il puisse en rire sans arrière-pensée, et suffisamment reconnaissable pour que ce rire joue son rôle de « catharsis ». On purge le public, en somme, pour son plus grand plaisir.
Ça ne serait qu’une gaudriole sans le défi de l’équipe artistique. Jouer ces petites pièces, ces croquis pris sur le vif devant la belle façade Renaissance ? Une fois le diable entré par la grande porte, on l’oublie et on ne pense qu’au paradoxe d’une scène élisabéthaine déployant la vie intime : les comédiens jouent avec tout le public, autour d’eux, n’oublient personne, dans un engagement total.
C’est énorme ? On va vous le faire encore plus grand, et plus profond. Pas d’ironie, chaque situation est assumée pleinement, joyeusement (ce sont quand même des farces) avec toute la générosité et la force de ces acteurs qui ne ménagent pas leur talent. Après, on pourra même découvrir des liens invisibles à première vue, tissés par tel acteur qui change de rôle. Le propos est gros, l’écriture est efficace, et le jeu est d’une finesse et d’une précision impressionnantes.
Le théâtre populaire est peut-être bâti là-dessus, sur ce respect du public, sur cette haute exigence artistique: on donne ce que l’on a de mieux, sur la fidélité et la confiance d’oser offrir quarante représentations de suite.
Une éthique du service public qui ressemble à de l’amitié. On attend que les Fêtes Nocturnes osent, peut-être, une sortie du répertoire, avec une belle grande pièce contemporaine qui reste à écrire et qui emporterait le public.

 

Christine Friedel

Château de Grignan jusqu’au 22 août à 21h. T : 04 75 91 83 65

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Le Festival des écoles

Festival des écoles du Théâtre public

 LEMHeureuse initiative du Théâtre de l’Aquarium qui organise ce festival avec, pendant dix jours, des spectacles de sortie. Cette année, cinq écoles se produisent et il est toujours émouvant d’assister à ces représentations,  saluant l’entrée de ces jeunes acteurs dans la vie professionnelle.

 Coming out, inspiré de textes de Virginie Despentes et Chuck Palanhiuk, direction artistique de Tomeo Vergés, avec  les élèves de l’ESAD (Ecole supérieure d’art dramatique de Paris)

Un gymnase. Les acteurs se mettent  en tenue de sport, entament leurs échauffements et  se  livrent à des combats de judo…  Ils s’arrêtent parfois pour répondre aux questions d’un meneur de jeu. Après avoir livré leurs impressions, leurs réflexions, ils poursuivent leurs exercices et leurs acrobaties,  accomplis suivant l’athlétique mise en scène de Toméo Vergés.
Le chorégraphe explique que la structure dramatique adoptée ici est calquée sur l’écriture de  Chuck Patanhuik, écrivain et scénariste qui s’inspire souvent, pour ses films et ses livres de groupes de paroles. Ces dispositifs engendrent, selon l’auteur, des récits de vie, de « formidables soliloques ». capables de « captiver » l’auditoire.Conformément à la  nouvelle orientation de l’ESAD,  Coming out met en avant le travail corporel des acteurs, leur formidable souplesse, leur force et leur endurance.
La promotion 2015 porte le label: « arts du mime et du geste », et c’est sur le travail physique, l’imaginaire du corps qu’a porté la formation.  Ces jeunes  gens ont travaillé avec des professionnels du cirque, de la danse,  et  connaissent leurs corps ; ils savent s’en servir, qu’il chantent, dansent, parlent ou se livrent à des exercices muets. Chacun parvient à  utiliser ses qualités et ses fragilités physiques, pour élaborer son personnage.
Le  nouveau directeur de l’école, Serge Tranvouez, précise que les  « les acteurs ont abordé différentes techniques de jeu, et ont également été confrontés à la question du texte. ». Et ils ne sont pas en reste quand il s’agit de dire les petits bouts de monologues que comporte la pièce. Mais le caractère décousu de la dramaturgie, l’absence d’une véritable écriture, ne leur donne pas vraiment l’occasion de se coltiner avec une matière textuelle dense.  Et c’est dommage.

 Lac de Pascal Rambert, mise en scène Denis Maillefer par les élèves de la Manufacture de Lausanne

 «J’ai écrit pour eux, individuellement, en regardant parfois leur portrait. J’ai écrit pour eux Lac, une histoire où la langue est le premier sujet. Une histoire de langue mettant en ligne seize corps, moins un, face à la mort, au sexe, au crime. » Matière sonore, poétique, la pièce de Pascal Rambert est un régal de littérature, que les quinze jeunes acteurs semblent savourer.  Il a imaginé pour eux un drame, survenu au bord du Lac Léman, qui a précipité le groupe dans le deuil. Qui a tué le beau Thibault,  béguin de toutes les filles de la classe ? Comment est-il mort ?
  Ces questions tiennent le spectateur en haleine ; chaque protagoniste va donner sa version des faits et son vécu de l’affaire. Les autres, immobiles, écoutent et réagissent discrètement aux dires de leur camarade, en attendant leur tour de parole. Ils vont ainsi tracer, l’un après l’autre, la typologie d’un collectif, son histoire, mais aussi révéler les non-dits,  désirs, passions et haines qui circulent au sein de cet congrégation éphémère et hétérogène d’individus.
Pascal Rambert en profite pour faire jaillir la parole féminine, trop longtemps tue, pour dénoncer l’égoïsme innocent de la jeunesse européenne moulée dans son petit jean slim, face à la violence du monde, pour brandir un manifeste  théâtral, ou encore composer une ode à la jeunesse… C’est un exercice passionnant et périlleux qui est proposé là, et dont les acteurs s’acquittent plus qu’honorablement. Ils maîtrisent tous  très bien cette langue lyrique, qui s’entend comme un long poème dramatique à quinze voix. L’épreuve  imposée : rester debout, immobiles, et cependant présents, les spectateurs la partagent avec eux, dont l’attention soutenue est requise pendant trois heures. Ici, à l’inverse du spectacle de l’ESAD, tout est statique, et les corps sont très peu investis, sinon dans la mise en œuvre d’une oralité débridée.

 Mireille Davidovici

Punck Rock d’après la pièce de Simon Stephens, mise en scène de Cyril Teste, avec les quatroze élèves de la dernière promotion de l’Ecole du Nord

L’auteur britannique de 44 ans qui est  aussi scénariste pour des films de télé  fonde son travail sur une analyse pointue de la société contemporaine, et dans Punk Rock, il parle d’un événement tragique, celui d’une fusillade commise par un des élèves sans véritable raison apparente. C’est aussi une belle occasion pour lui de parler de cet âge intermédiaire entre l’adolescence et l’âge adulte où il faut déjà se confronter à la vie quotidienne avec ses bons moments mais aussi avec toute la violence. Et les jeunes élèves comédiens  ne sont guère plus âgés. Cyril Teste, metteur en scène et vidéaste ( voir Le Théâtre du Blog) a adapté la pièce de façon à donner en direct sur écranl, e film de l’action scénique de ce microcosme, ce qui ne manque pas d’audace et suppose un gros travail en amont quant à la direction d’acteurs.
Sur le plateau, côté jardin une sorte de mini cafeteria avec canapés, séparée par des étagères du centre scénique  où il y a six tables blanches en stratifié blanc avec quelques chaises;  et côté cour ,une petite salle  de classe fermée sur les côtés par des étagères couvertes remplies de dossiers gris. Les comédiens étant pour la plupart aussi cadreurs, perchistes, régisseurs son. sous la direction d’un chef opérateur Nicolas Doremus. Le public assiste donc à la fois à un film en train de se faire, et à une  soi-disant action théâtrale. La part belle étant quand m¨ême faite aux images filmées, car il est difficile de bien voir les deux, à la fois  d’abord parce que l’écran est placé trop haut pour les premiers rangs et parce que les acteurs, sauf ceux qui jouent à ce moment précis, ne sont guère éclairés..
C’est en fait une sorte de laboratoire qui rend compte d’un solide travail d’équipe mais où il est évidemment difficile de repérer des individualités. Sauf Baptiste Dezerces et Haini Wang, tous les deux remarquables, qui tiennent les rôles principaux.
C’est injuste mais comment faire autrement quand il  faudrait donner un petit morceau de gâteau à chacun des acteurs en 80 minutes. Il y faudrait plusieurs pièces! Eternel problème des présentation de travaux, quand on ne veut pas y passer la nuit!
Cela dit, c’est bien aussi de voir, et c’est assez peu fréquent,  comment dans une école de théâtre on enseigne le rapport à la caméra à des élèves qui auront eu là, à partir d’un texte dramatique  qui n’est pas  de première grandeur mais qu’importe, une expérience filmique des plus profitables, quand ils devront affronter le marché du travail.
Et la direction d’acteurs de Cyril Teste, précis et  fluide, est exemplaire, ce qui n’est pas évident quand il faut maîtriser l’espace et le temps, avec quatorze jeunes acteurs . C’est toujours émouvant de voir le dernier travail d’une promotion dont on sait bien qu’elle va se disperser très vite; ainsi va la vie au théâtre comme ailleurs.
« Je leur souhaite, dit Cyril Teste, de garder l’insouciance et une colère souriante, pour protéger leurs désirs et ne pas se laisser distraire par les innombrables crises qui nous assaillent. »  Quelques jours avant la nouvelle série d’attentats qui ont endeuillé la France et la Tunisie, c’était plutôt du genre bien vu
!

Philippe du Vignal

Ecole internationale Jacques Lecoq: Laboratoire d’Etude du mouvement

 Au sein de la célèbre Ecole fondée par Jacques Lecoq ( 1921-1999),  en 1956, ancien professeur d’éducation physique et sportive, et fréquentée par de nombreux acteurs et metteurs en scène dont Ariane Mnouchkine, existe aussi le LEM, un laboratoire sorte de département scénographique  qu’il créée en 1976 avec l’Unité d’architecture Paris-Villette, laboratoire qui était en lien avec son activité de professeur à l’Ecole nationale des Beaux-Arts où il enseigna pendant vingt ans.
Le LEM a une orientation particulière, puisqu’il s’adresse à des élèves qui ont déjà une expérience artistique (sculpture, danses, architecture, scénographie…) qui a envie d’aller plus loin dans la relation entre théâtre au sens large du mot et arts plastiques. Avec des cours d’analyse du mouvement, de construction d’éléments scéniques  (masques, maquettes de scéno…) et d’improvisation.
Ce qui nous  est donné à voir ici est le résultat de ce travail de laboratoire qui ne prétend en aucun cas à être un spectacle mais qui est, à tout point de vue,  très enrichissant. Cela se passe au Central, ancienne salle populaire de boxe, rue du Faubours Saint-Denis, dont on peut voir les photos de combats aux murs construite à la fin du XIX ème siècle avec  une verrière et une galerie tout autour dont le bas en bois de la rambarde montre encore l’usure faite par les chaussures des spectateurs…
Salle  consacrée ensuite au judo et finalement rachetée par Jacques Lecoq en 1976,avec un beau et  parquet de chêne assez souple parce que monté sur ressorts.
Bref, un lieu indépendant quant à la gestion et à l’organisation pédagogique, et dont la fille de Jacques Lecoq assure maintenant la direction, magnifique et  paisible, dévolu à l’exercice du corps depuis maintenant plus d’un siècle en plein Paris et connu des gens de théâtre du monde entier.
Et  sur lequel le Ministère de la Culture qui n’a jamais brillé en matière d’enseignement, n’a heureusement aucun pouvoir.
Le plateau est nu, éclairé par l’éclairage zénithal naturel, par les anciennes lumières  à abat-jours en métal de la salle de boxe et quelques projecteurs. Les élèves en collant noir et pieds nus, sauf une en escarpins, se livrent individuellement, par deux ou quatre, à des exercices avec des cadres colorés, des ensembles de tuyaux en plastique, ou de fils élastiques où ils évoluent dans une belle fluidité.
Et cela dans un silence total impressionnant; le public d’une centaine de personnes retient son souffle. Difficile à décrire: cela participe à la fois de la danse contemporaine, du mime, de la sculpture  contemporaine (Dan Flavin, Don Judd…) mais aussi de l’action dramatique. Ce qui frappe surtout, c’est la grande concentration des élèves, qu’ils soient actifs sur le plateau ou pas encore, et leur parfaite maîtrise de l’espace scénique. Tous attentifs et solidaires, ce qui est loin d’être le cas dans nombre d’écoles plus conventionnelles…La magnifique image de la fin: une cinquantaine de baudruches rose bonbon déboule sur scène mue par une jeune fille invisible.
Dans un salle annexe, un très intéressante exposition de maquettes de scéno expérimentale réalisées  à chaque fois dans cube, par ces mêmes élèves, et  que l’on ne peut voir que par quelques trous. Et  avec un minimum de matériaux tout à fait ordinaires.  Travail exemplaire  en adéquation avec celui pratiqué sur scène. On ne dira jamais assez combien la France a aussi besoin de de type de travail, absolument expérimental mais indispensable, à mille lieux des théâtres de boulevard tout proches et qui, à terme, est tout à fait bénéfique.
Le concept abstrait et non pas la reproduction réaliste,  la représentation de l’objet scénique qu’il faut s’approprier jusqu’à en faire un prolongement de son corps, quoi de plus  difficile à acquérir mais aussi quoi de plus enrichissant dans une formation théâtrale.  « Le moi est en trop (…) je préfère cette distance du jeu entre moi et le personnage »disait à propos du masque Jacques Lecoq….

Ph. du V.

Ecole internationale de Théâtre Jacques Lecoq, 57 rue du faubourg Saint-Denis 75010 Paris T: 01 47 70 44 78

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