Le Festival des écoles

Festival des écoles du Théâtre public

 LEMHeureuse initiative du Théâtre de l’Aquarium qui organise ce festival avec, pendant dix jours, des spectacles de sortie. Cette année, cinq écoles se produisent et il est toujours émouvant d’assister à ces représentations,  saluant l’entrée de ces jeunes acteurs dans la vie professionnelle.

 Coming out, inspiré de textes de Virginie Despentes et Chuck Palanhiuk, direction artistique de Tomeo Vergés, avec  les élèves de l’ESAD (Ecole supérieure d’art dramatique de Paris)

Un gymnase. Les acteurs se mettent  en tenue de sport, entament leurs échauffements et  se  livrent à des combats de judo…  Ils s’arrêtent parfois pour répondre aux questions d’un meneur de jeu. Après avoir livré leurs impressions, leurs réflexions, ils poursuivent leurs exercices et leurs acrobaties,  accomplis suivant l’athlétique mise en scène de Toméo Vergés.
Le chorégraphe explique que la structure dramatique adoptée ici est calquée sur l’écriture de  Chuck Patanhuik, écrivain et scénariste qui s’inspire souvent, pour ses films et ses livres de groupes de paroles. Ces dispositifs engendrent, selon l’auteur, des récits de vie, de « formidables soliloques ». capables de « captiver » l’auditoire.Conformément à la  nouvelle orientation de l’ESAD,  Coming out met en avant le travail corporel des acteurs, leur formidable souplesse, leur force et leur endurance.
La promotion 2015 porte le label: « arts du mime et du geste », et c’est sur le travail physique, l’imaginaire du corps qu’a porté la formation.  Ces jeunes  gens ont travaillé avec des professionnels du cirque, de la danse,  et  connaissent leurs corps ; ils savent s’en servir, qu’il chantent, dansent, parlent ou se livrent à des exercices muets. Chacun parvient à  utiliser ses qualités et ses fragilités physiques, pour élaborer son personnage.
Le  nouveau directeur de l’école, Serge Tranvouez, précise que les  « les acteurs ont abordé différentes techniques de jeu, et ont également été confrontés à la question du texte. ». Et ils ne sont pas en reste quand il s’agit de dire les petits bouts de monologues que comporte la pièce. Mais le caractère décousu de la dramaturgie, l’absence d’une véritable écriture, ne leur donne pas vraiment l’occasion de se coltiner avec une matière textuelle dense.  Et c’est dommage.

 Lac de Pascal Rambert, mise en scène Denis Maillefer par les élèves de la Manufacture de Lausanne

 «J’ai écrit pour eux, individuellement, en regardant parfois leur portrait. J’ai écrit pour eux Lac, une histoire où la langue est le premier sujet. Une histoire de langue mettant en ligne seize corps, moins un, face à la mort, au sexe, au crime. » Matière sonore, poétique, la pièce de Pascal Rambert est un régal de littérature, que les quinze jeunes acteurs semblent savourer.  Il a imaginé pour eux un drame, survenu au bord du Lac Léman, qui a précipité le groupe dans le deuil. Qui a tué le beau Thibault,  béguin de toutes les filles de la classe ? Comment est-il mort ?
  Ces questions tiennent le spectateur en haleine ; chaque protagoniste va donner sa version des faits et son vécu de l’affaire. Les autres, immobiles, écoutent et réagissent discrètement aux dires de leur camarade, en attendant leur tour de parole. Ils vont ainsi tracer, l’un après l’autre, la typologie d’un collectif, son histoire, mais aussi révéler les non-dits,  désirs, passions et haines qui circulent au sein de cet congrégation éphémère et hétérogène d’individus.
Pascal Rambert en profite pour faire jaillir la parole féminine, trop longtemps tue, pour dénoncer l’égoïsme innocent de la jeunesse européenne moulée dans son petit jean slim, face à la violence du monde, pour brandir un manifeste  théâtral, ou encore composer une ode à la jeunesse… C’est un exercice passionnant et périlleux qui est proposé là, et dont les acteurs s’acquittent plus qu’honorablement. Ils maîtrisent tous  très bien cette langue lyrique, qui s’entend comme un long poème dramatique à quinze voix. L’épreuve  imposée : rester debout, immobiles, et cependant présents, les spectateurs la partagent avec eux, dont l’attention soutenue est requise pendant trois heures. Ici, à l’inverse du spectacle de l’ESAD, tout est statique, et les corps sont très peu investis, sinon dans la mise en œuvre d’une oralité débridée.

 Mireille Davidovici

Punck Rock d’après la pièce de Simon Stephens, mise en scène de Cyril Teste, avec les quatroze élèves de la dernière promotion de l’Ecole du Nord

L’auteur britannique de 44 ans qui est  aussi scénariste pour des films de télé  fonde son travail sur une analyse pointue de la société contemporaine, et dans Punk Rock, il parle d’un événement tragique, celui d’une fusillade commise par un des élèves sans véritable raison apparente. C’est aussi une belle occasion pour lui de parler de cet âge intermédiaire entre l’adolescence et l’âge adulte où il faut déjà se confronter à la vie quotidienne avec ses bons moments mais aussi avec toute la violence. Et les jeunes élèves comédiens  ne sont guère plus âgés. Cyril Teste, metteur en scène et vidéaste ( voir Le Théâtre du Blog) a adapté la pièce de façon à donner en direct sur écranl, e film de l’action scénique de ce microcosme, ce qui ne manque pas d’audace et suppose un gros travail en amont quant à la direction d’acteurs.
Sur le plateau, côté jardin une sorte de mini cafeteria avec canapés, séparée par des étagères du centre scénique  où il y a six tables blanches en stratifié blanc avec quelques chaises;  et côté cour ,une petite salle  de classe fermée sur les côtés par des étagères couvertes remplies de dossiers gris. Les comédiens étant pour la plupart aussi cadreurs, perchistes, régisseurs son. sous la direction d’un chef opérateur Nicolas Doremus. Le public assiste donc à la fois à un film en train de se faire, et à une  soi-disant action théâtrale. La part belle étant quand m¨ême faite aux images filmées, car il est difficile de bien voir les deux, à la fois  d’abord parce que l’écran est placé trop haut pour les premiers rangs et parce que les acteurs, sauf ceux qui jouent à ce moment précis, ne sont guère éclairés..
C’est en fait une sorte de laboratoire qui rend compte d’un solide travail d’équipe mais où il est évidemment difficile de repérer des individualités. Sauf Baptiste Dezerces et Haini Wang, tous les deux remarquables, qui tiennent les rôles principaux.
C’est injuste mais comment faire autrement quand il  faudrait donner un petit morceau de gâteau à chacun des acteurs en 80 minutes. Il y faudrait plusieurs pièces! Eternel problème des présentation de travaux, quand on ne veut pas y passer la nuit!
Cela dit, c’est bien aussi de voir, et c’est assez peu fréquent,  comment dans une école de théâtre on enseigne le rapport à la caméra à des élèves qui auront eu là, à partir d’un texte dramatique  qui n’est pas  de première grandeur mais qu’importe, une expérience filmique des plus profitables, quand ils devront affronter le marché du travail.
Et la direction d’acteurs de Cyril Teste, précis et  fluide, est exemplaire, ce qui n’est pas évident quand il faut maîtriser l’espace et le temps, avec quatorze jeunes acteurs . C’est toujours émouvant de voir le dernier travail d’une promotion dont on sait bien qu’elle va se disperser très vite; ainsi va la vie au théâtre comme ailleurs.
« Je leur souhaite, dit Cyril Teste, de garder l’insouciance et une colère souriante, pour protéger leurs désirs et ne pas se laisser distraire par les innombrables crises qui nous assaillent. »  Quelques jours avant la nouvelle série d’attentats qui ont endeuillé la France et la Tunisie, c’était plutôt du genre bien vu
!

Philippe du Vignal

Ecole internationale Jacques Lecoq: Laboratoire d’Etude du mouvement

 Au sein de la célèbre Ecole fondée par Jacques Lecoq ( 1921-1999),  en 1956, ancien professeur d’éducation physique et sportive, et fréquentée par de nombreux acteurs et metteurs en scène dont Ariane Mnouchkine, existe aussi le LEM, un laboratoire sorte de département scénographique  qu’il créée en 1976 avec l’Unité d’architecture Paris-Villette, laboratoire qui était en lien avec son activité de professeur à l’Ecole nationale des Beaux-Arts où il enseigna pendant vingt ans.
Le LEM a une orientation particulière, puisqu’il s’adresse à des élèves qui ont déjà une expérience artistique (sculpture, danses, architecture, scénographie…) qui a envie d’aller plus loin dans la relation entre théâtre au sens large du mot et arts plastiques. Avec des cours d’analyse du mouvement, de construction d’éléments scéniques  (masques, maquettes de scéno…) et d’improvisation.
Ce qui nous  est donné à voir ici est le résultat de ce travail de laboratoire qui ne prétend en aucun cas à être un spectacle mais qui est, à tout point de vue,  très enrichissant. Cela se passe au Central, ancienne salle populaire de boxe, rue du Faubours Saint-Denis, dont on peut voir les photos de combats aux murs construite à la fin du XIX ème siècle avec  une verrière et une galerie tout autour dont le bas en bois de la rambarde montre encore l’usure faite par les chaussures des spectateurs…
Salle  consacrée ensuite au judo et finalement rachetée par Jacques Lecoq en 1976,avec un beau et  parquet de chêne assez souple parce que monté sur ressorts.
Bref, un lieu indépendant quant à la gestion et à l’organisation pédagogique, et dont la fille de Jacques Lecoq assure maintenant la direction, magnifique et  paisible, dévolu à l’exercice du corps depuis maintenant plus d’un siècle en plein Paris et connu des gens de théâtre du monde entier.
Et  sur lequel le Ministère de la Culture qui n’a jamais brillé en matière d’enseignement, n’a heureusement aucun pouvoir.
Le plateau est nu, éclairé par l’éclairage zénithal naturel, par les anciennes lumières  à abat-jours en métal de la salle de boxe et quelques projecteurs. Les élèves en collant noir et pieds nus, sauf une en escarpins, se livrent individuellement, par deux ou quatre, à des exercices avec des cadres colorés, des ensembles de tuyaux en plastique, ou de fils élastiques où ils évoluent dans une belle fluidité.
Et cela dans un silence total impressionnant; le public d’une centaine de personnes retient son souffle. Difficile à décrire: cela participe à la fois de la danse contemporaine, du mime, de la sculpture  contemporaine (Dan Flavin, Don Judd…) mais aussi de l’action dramatique. Ce qui frappe surtout, c’est la grande concentration des élèves, qu’ils soient actifs sur le plateau ou pas encore, et leur parfaite maîtrise de l’espace scénique. Tous attentifs et solidaires, ce qui est loin d’être le cas dans nombre d’écoles plus conventionnelles…La magnifique image de la fin: une cinquantaine de baudruches rose bonbon déboule sur scène mue par une jeune fille invisible.
Dans un salle annexe, un très intéressante exposition de maquettes de scéno expérimentale réalisées  à chaque fois dans cube, par ces mêmes élèves, et  que l’on ne peut voir que par quelques trous. Et  avec un minimum de matériaux tout à fait ordinaires.  Travail exemplaire  en adéquation avec celui pratiqué sur scène. On ne dira jamais assez combien la France a aussi besoin de de type de travail, absolument expérimental mais indispensable, à mille lieux des théâtres de boulevard tout proches et qui, à terme, est tout à fait bénéfique.
Le concept abstrait et non pas la reproduction réaliste,  la représentation de l’objet scénique qu’il faut s’approprier jusqu’à en faire un prolongement de son corps, quoi de plus  difficile à acquérir mais aussi quoi de plus enrichissant dans une formation théâtrale.  « Le moi est en trop (…) je préfère cette distance du jeu entre moi et le personnage »disait à propos du masque Jacques Lecoq….

Ph. du V.

Ecole internationale de Théâtre Jacques Lecoq, 57 rue du faubourg Saint-Denis 75010 Paris T: 01 47 70 44 78

 


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