Hamlet en trente minutes
Festival d’Avignon:
Hamlet en 30 minutes, par la compagnie Bruitquicourt, mise en scène de Luc Miglietta.
Encore Shakespeare, réécrit avec cette fois, trois Hamlet pour le prix d’un, en soixante cinq minutes au lieu des trente annoncées dans le titre.
Cette version comique est généreuse… Menée à la baguette par un homme-orchestre au burlesque irréfutable qui campe aussi un Horatio «qui en fait trop», tout en tentant de rester maître du tempo du spectacle. Avec un jeu précis, furtif et hilarant, comme ses tics capillaires.
A ses côtés, trois avatars d’Hamlet donc. Une femme amoureuse, un joueur d’accordéon existentiel, un échalas sinistre. Trois clowns tristes au visage cérusé surmonté d’un bonnet de laine ajoutant ainsi un grain de folie qui annonce la couleur du spectacle…
L’histoire du Prince englué dans le royaume pourri du Danemark a ses passages obligés bien connus, dont le quatuor se saisit avec un humour rapace. La pièce dans la pièce mise en scène pour «piéger la conscience du roi», le meurtre de Polonius, la folle entrevue d’Hamlet et Ophélie, tout comme les duels, sont prétexte à réinterprétations décalées, efficaces en diable. La mise en scène artisanale est joyeusement célébrée. Sur ce plateau quasi nu, les objets sont détournés avec facétie et les effets spéciaux de bric et de broc, du mouchoir virevoltant au dispositif à fumée approximatif, nous enchantent.
Dans une sorte de train-fantôme brimbequebalant, le public souvent mis à contribution, visite le monument littéraire à un rythme d’enfer. Plaisir enfantin devant la théâtralité grandiloquente et blagues potaches sont aussi du voyage.
Stéphanie Ruffier
Théâtre Notre-Dame, 13 à 17 rue du collège d’Annecy, tous les jours, à 12h 45. T: 04 94 85 06 48.
