Lear miniature, d’Olivier Py
FESTIVAL D’AVIGNON:
Lear miniature, texte et mise en scène d’Olivier Py
Ta ta ta, tatatatata !!!! Il est 21h; sur la grande place du Palais des Papes, les plus jeunes comédiens de la version longue du Roi Lear mis en scène aussi par Olivier Py dans la Cour d’honneur imitent vocalement l’air des trompettes de Maurice Jarre qui signalaient au public, déjà du temps de Jean Vilar et Georges Wilson au T.N.P comme au Festival d’Avignon, l‘imminence de la représentation, et que Jérôme Savary fit rétablir à Chaillot où elles sont encore comme la signature du lieu .
Une heure avant que ne se déploie la folie du Roi dans la Cour d’honneur, le public est aussi invité à savourer ce Lear miniature en version express. Une charmante cour du Palais des Papes sur une estrade de quelques mètres, le tout en sapin blond. Décor planté au pied de son imposant modèle qui semble le veiller du regard. Voilà pour la mise en abyme. Côté costumes : pantalons noirs et marcels blancs, fraises élisabéthaines, justaucorps à losanges, perruques et couronne, tutu blanc et ballerines pour Cordelia suffisent à identifier les personnages.
Dans la tradition des foires du Moyen-Age et des antipasti de la commedia dell’Arte, le jeu est enlevé, galopant, tonitruant. Trois comédiens seulement et une danseuse absolument mutique jouant Cordelia, pour jouer les deux intrigues entremêlées : le Roi Lear en conflit avec ses trois filles, Gloucester déchiré entre ses deux fils, le bâtard et le légitime.
Le texte, bien rythmé, quasi pédagogique, d’Olivier Py fait mouche; le directeur du Festival d’Avignon résume ainsi les trois erreurs du roi : « Il n’aurait pas dû diviser sa couronne en trois, n’aurait pas dû demander à ses filles d’exprimer l’inexprimable, à savoir l’amour, et aurait dû entendre dans le silence de Cordelia, un geste supérieur et non pas une injure. » Bien vu! Car dans la version longue, également, les erreurs sont vite commises, précipitant l’immense catastrophe.
Cette version peut se déguster en apéritif; elle met en joie et facilite la digestion de l’opulent hors-d’œuvre qui suit mais peut tout aussi bien être consommée en plat principal. La fraîcheur de ces jeunes-pousses et la tonalité primesautière sustentent les non-initiés, les enfants et les couche-tôt, comme les vieux habitués du festival.
Les couleurs du spectacle sont bien là, avec ses grands thèmes et ses répliques-clés. On apprécie beaucoup la vivacité d’esprit et la bouffonnerie qui enrobent cette mécanique noire implacable. Sur la place publique et sous le ciel étoilé, cette mise en scène d’une vingtaine de minutes exhausse les vœux d’un théâtre populaire de William Shakespeare et de Jean Vilar.
Et c’est absolument gratuit…
Stéphanie Ruffier
On confirme: Olivier Py semble beaucoup plus à l’aise dans la caricature et la dérision sur ces tréteaux, avec un texte savoureux de lui. Et il n’y a rien ici de cette fausse modernité accablante qui plombe son Roi Lear dans la Cour d’honneur mais tout le plaisir communicatif de jeunes acteurs qui s’amusent, avec la plus grande aisance, à jouer ce pastiche en trente minutes. Ne le manquez pas…
Ph. du V.
A 21h, Place du Palais des papes, chaque soir jusqu’au 14 juillet, relâche le 9.
