Soudain la nuit

FESTIVAL D’AVIGNON:

Soudain la nuit d’Olivier Saccomano, mise en scène de Nathalie Garraud

   150704_rdl_0775Spectres de l’Europe, ce cycle de recherche, mené par la compagnie du Zieu depuis 2013, est plus que jamais d’actualité. Tandis que les Grecs hier ont voté NON, sa troisième pièce suspend le temps. Que faire ?
L’Othello itinérant que la jeune metteuse en scène proposait était cadencé, farcesque et brutal. Un univers shakespearien belliqueux où les intrigues se nouaient dans la fureur. Rien de tel ici. Nous sommes dans la salle d’attente de l’Europe.
Le spectateur est plongé dans un univers de transit, froid et impersonnel, en camaïeu de gris: rangées de quatre-vingt huit chaises pliantes, blouses administratives, énigmatique structure métallique au lointain  avec projection vidéo de villes à l’envers… C’est le service médical d’un aéroport européen. Mais sommes-nous en sécurité ? Ce pourrait tout aussi bien être le purgatoire de Huis-clos de Jean-Paul Sartre ou d’En attendant Godot de Samuel Beckett. A cour, justement, il y a un arbre mort tronçonné… Que fait-on ici ?
Jean-Martin Charcot, neurologue et le théâtre se rejoignent dans la «situation de crise» déclenchée par la mort inexpliquée d’un «individu, jeune, de type nord africain». Les passagers qui ont été pris de vertiges ou vomissements, sont dépouillés de leurs vêtements, mais pas de l’infernale confrontation aux autres. Parmi les personnages errants, nous rencontrons une femme enceinte, une capitaine d’industrie, un pilote…

 Chacun entonne son couplet teinté de paranoïa. Le fantasme sécuritaire est malmené. D’autant que le service est dirigé par l’énigmatique docteur Chahine, médecin arabe crasseux, barbu, qui fume clope sur clope, et plume un poulet avant de lui trancher la gorge.
Le spectacle questionne avec nuance la notion d’asile. Abri, refuge ou monde de fous ? Sa glaçante scénographie est efficace. La technocratie bruxelloise et la cruauté de DAECH sont dans l’air, vaporeux comme des fantômes. Aucune lourde métaphore. De belles images apparaissent telles cette tache jaune canari d’une robe de femme, ou la reconstitution du Radeau de la Méduse sur une mer de chaises repliées. Nous sommes en zone inhospitalière.
Le temps se fait souvent pesant et inconfortable, comme le climat politique dans notre Europe malade.

 

Stéphanie Ruffier

 

Festival d’Avignon: Gymnase du lycée Mistral, jusqu’au 12 juillet à 15h, relâche le 9.


Archive pour 6 juillet, 2015

Bestias

Bestias par la Baro d’Evel Cirk Compagnie, conception et direction de Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias

 

960-baro-develPour cette compagnie franco-catalane, le fantasme et le rêve d’un chapiteau peuplé d’animaux s’est réalisé avec Le Sort du dedans, leur précédent spectacle. Lui répond aujourd’hui encore  cette nouvelle création, Bestias, selon un même principe scénographique.
Le public passe d’abord par un parcours en forme de labyrinthe qui englobe aussi la tente à côté du chapiteau. Sur les murs labyrinthiques de toile blanche, sont dessinés des motifs d’art rupestre, des traces de cavernes revisitées par notre modernité à travers des figures de danse ou de chasse, des silhouettes de bisons ou de chevaux: œuvre illustrative et naïve du graphiste Bonnefrite.
Grâce à un jeu de contre-lumières, l’arpenteur-spectateur de cet espace singulier observe encore sur les murs labyrinthiques de toile, un théâtre d’ombres, un cheval de manège qui trotte en toute élégance et à contre-courant, s’amusant du jeu alternatif des pistes, extérieure et intérieure.
Mais, après la contemplation des dessins, vient le temps du spectacle bien vivant qu’inaugurent les passages vifs et répétés d’oiseaux aux cris stridents, aussitôt apparus que disparus, des perruches et un oiseau-pie,  population volatile minimaliste du plus bel effet poétique.
Lali Ayguade, Noémie Bouissou, Camille Decourtye, Blaï Mateu Trias, Taïs Mateu Decourtye, Julian Sicard, Piero Steiner, Marti Soler Gimbernat et leurs deux chevaux tranquilles envahissent la piste.
Les artistes se suivent en solo, duo, trio, quartet, ou tous ensemble. Vêtu de costumes en  lin blanc cassé, un brin romantiques de Céline Sathal,  aux formes larges et fluides d’une grande élégance, jusqu’aux shorts et chaussures.
Les coiffures sont charmantes : longues chevelures au vent ou chignon bohème pour les femmes, boucles désordonnées pour les hommes…
  Cabrioles et pirouettes acrobatiques inattendues sont, à chaque fois, imprévisibles et éblouissantes de virtuosité. Duos masculins, danse lente et harmonieuse, chorégraphie en retenue, puis ruptures, heurts et chutes, avant que l’un et l’autre des artistes ne se relèvent dans la souplesse, avant de retomber encore et à nouveau, en cadence.
 La voltigeuse Camille Decourtye parle au cheval et mime certains mouvements que l’animal mime à sa façon, une manière désinvolte et sûre de s’entretenir. Quand elle chante, sa voix merveilleuse fait se dresser les oreilles du cheval.
  La danseuse Lali Ayguade, gracieuse et inventive, pirouette dans les airs, à l’infini, portée par ses camarades solidaires. La contorsionniste Noémie Bouissou abandonne sa cage initiale de conte de fées, à la recherche d’un volatile qui rechigne à l’enfermement, pour monter sur un mât chinois que porte avec générosité son partenaire masculin.
 Les perruches ont enfin trouvé nid et repos sur la tête et le chignon de la belle, tandis qu’elle se désarticule avec détachement, telle une poupée. Quant à l’acrobate/musicien Blaï Mateu Trias, il fait un état facétieux des lieux, commentant l’esprit du spectacle, imitant les oiseaux mais aussi les tressaillements du cheval.
   De jolies cavalières portent des masques d’oiseaux,  et les images oniriques se succèdent dans l’imaginaire du spectateur, jusqu’à la recréation d’une scène de L’Odyssée, où l’on voit une acrobate, réminiscence d’Ulysse, se cacher au milieu d’un troupeau de moutons, et  se tenant au flanc d’une de ces bêtes. L’amusement poétique est à son comble :  percussions, instruments arrangés et chorégraphie,  et le public tombe dans un profond enchantement.

Véronique Hotte

La Villette à Paris Espace chapiteaux, jusqu’au 25 juillet. T: 01 40 03 75 75 et Pronomade(s) – Mancioux (31), les 9 et 10 octobre 2015 et Festival CIRCa à Auch, du 18 au 22 octobre 2015. Festival de Neerpelt (Belgique), les 31 octobre, 1 et 2 novembre.

 

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