Page en construction

FESTIVAL D’AVIGNON

Page en construction de Fabrice Melquiot, mise en scène de  Kheireddine Lardjam

 

Que peut-on dire de l’Algérie d’aujourd’hui? Qu’en disent les Français et qu’en disent les Algériens eux-mêmes ? Et quand on veut en parler, sur quel ton et sur quel mode ?
Parler de la guerre, des exactions du G.I.A., de la  persécution des journalistes, ou bien du vécu des enfants d’immigrés en France, de la discrimination, du racisme ordinaire, et de l’emprise du fondamentalisme?
 Les sujets ne manquent pas, mais  cela est à haut risque et peut-il faire un objet théâtral ? Défi que le metteur en scène et comédien Kheireddine Larjam a réussi à relever avec bonheur. Il a fait appel à Fabrice Melquiot pour donner forme théâtrale à cette Page en construction.
Cela se présente  comme un travail en cours, qui cherche sa forme en avançant, et la trouve peu à peu de façon convaincante.  Avec des techniques éprouvées comme l’interpellation du public, la réflexivité, le recours à des hors-scènes tels que la vidéo, la BD, la musique instrumentale, efficaces parce qu’intégrés à l’histoire et complexifiant la structure dramatique sans la faire imploser, une forme singulière se dessine peu à peu.
  Avec  un double mouvement d’épure formelle et d’enrichissement scénographique, l’ensemble trouve son équilibre. Et l’apport des trois autres acteurs est ici essentiel : Sacha Carmen, chanteuse fragile et fluette, animée d’une voix  sensuelle et puissante, Romaric Bourgeois, le comédien partenaire, celui avec qui se noue le dialogue, tour à tour provocant, comparse et complice, et le musicien et chanteur Larbi Bestam dont la voix et la musique scandent l’action et lui confèrent une dimension lyrique.
Mais la force de Page en construction  repose aussi sur l’efficacité de l’intrigue. C’est l’histoire d’un homme, qui ressemble comme un frère au metteur en scène, avec juste ce qu’il faut de distance pour permettre l’empathie. Un homme, un père, qui rêve de devenir le grand héros des Algériens, tout en reconnaissant l’entreprise comme chimérique,
quelqu’un comme Cap’tain Maghreb, sorte de superman qui sauverait les Algériens!
C’est drôle, touchant et juste. Pourtant l’humour, voire le franchement cocasse, ne fait pas oublier le courage qu’il faut aujourd’hui pour rire du rapport entre héroïsme et Islam.
Kheireddine, un père pris en étau entre les  souvenirs tragiques liés à la mémoire de son père, et la curiosité d’un fils affamé de héros de B.D., et pose la question de son identité culturelle dans des termes aussi justes que savoureux. La  famille vit dans le Jura, et leur quotidien, c’est celui de Lons-le-Saulnier !
Et pourtant, aucune des questions qui fondent la tragédie des peuples arabes d’aujourd’hui n’est évitée. Tout est pris à bras le corps, avec lucidité et drôlerie, mais aussi avec une touchante sensibilité. Kheireddine en vient ainsi à s’interroger sur la place, l’image et la vie des femmes voilées… A la recherche de la part féminine qui est en lui.  Avec un voile, il se met à danser, exprimant ainsi toute la sensualité heureuse qui est en lui. Belle et courageuse réponse à la promotion de la virilité la plus obtuse, celle  du fondamentalisme et sa haine des femmes.
Au total, un spectacle juste, sensible, intelligent et drôle, ce qui n’est pas si fréquent ! Et apportant la preuve que les questions politiques les plus brûlantes ont toute leur place au théâtre. Avec Page en construction, nous pensons que c’est même au théâtre qu’elles sont le plus finement traitées.

Michèle Bigot

La Manufacture, jusqu’au 25 juillet.

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Archive pour 8 juillet, 2015

Contrebrassens

Contrebrassens, paroles et musique de Georges Brassens, par Pauline Dupuy

  Georges Brassens, un brin misogyne ? Voilà le plus célèbre moustachu de la chanson française réhabilité par Pauline Dupuy, l’une de ses ferventes admiratrices dans un concert absolument délicieux. En tête à tête avec sa contrebasse, la jeune interprète a l’intelligence de proposer les textes les moins rebattus.
En toute simplicité, cheveux négligemment relevés, robe portefeuille noire et pieds nus, Pauline Dupuy revisite le thème exquis de la femme. Vilaine, divine fiancée, pucelle ou putain, toutes sont conviées à la fête. Les morceaux filent nonchalamment sous ses doigts agiles. Joueuse, elle sait varier les atmosphères, se révéler coquine ou pédagogique. Les œillades et la présentation de son bel instrument séduisent. Les apartés sur le couple sont, eux, beaucoup moins pertinents...
Dès les premières notes de chaque chanson, se met en branle le petit jeu de la recherche du titre. C’est un des plaisirs de ce type d’exercice musical où Pauline Dupuy sait nous surprendre avec ses réinterprétations originales, décalées, sans crime de lèse-majesté toutefois.
En filigrane, la météo est l’invitée-surprise du spectacle. D’un Petit coin de parapluie aux histoires d’orage et de paratonnerre, en passant par les couplets sur le vent qui soulève les jupons, elle apporte de la fraîcheur au récital.
Le thème se marie aussi avec les facultés de cet imposant instrument dont l’archet peut soudain faire naître bourrasques profondes et rafales tragiques. Sur Cupidon s’en fout, au contraire, c’est un toucher facétieux qui enchante. On sent le public acquiescer avec gaieté à l’humoristique étude sur le plaisir féminin: «Quatre-vingt quinze fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant. »
On apprécie la pointe d’engagement, quand Pauline Dupuy monte au créneau pour peindre le quotidien des « filles de joie ». Les sons discordants se mettent alors au diapason des souffrances endurées. Si l’irrévérence vis-à-vis de la statue du Commandeur Georges Brassens est somme toute mesurée, on se plaît à chausser les lunettes féminines pour cette relecture jazzy des savoureux bons mots de Brassens.
Une fort agréable soirée…

Stéphanie Ruffier

Théâtre Carnot rue Carnot, tous les soirs sauf le mercredi, à 22h30, et le jeudi 19 novembre à 20 h au Forum Léo Ferré 11 Rue Barbès  94200 Ivry-sur-Seine . T: 01 46 72 64 68 www.forumleoferre.org

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La Folie Lacan

FESTIVAL D’AVIGNON :La Folie Lacan, mise en scène de Philippe Boyau

 

Affiche-Lacan-247x300Sous ce titre délicieusement polysémique, où l’attelage du déterminant au déterminé produit des connotations maoïstes dans le goût des années 70, ce spectacle relève du théâtre documentaire dans sa meilleure et sa plus actuelle tradition.
C’est un montage à partir du texte des présentations de malades à Jacques Lacan, célèbre psychanalyste,  théoricien (et homme de théâtre s’il en est),  à l’hôpital Sainte-Anne. 
Mais c’est surtout le clinicien que l’on a cherché à faire revivre ici, dans une relation sensible à l’autre, avec une écoute, des insinuations, une approche douce mais insistante, une façon habile de scander la parole du patient  avec des reprises, des échos, des questions. Bref, avec tout un art digne de la maïeutique.
La troupe a donc travaillé à partir de ce texte potentiellement théâtral à la fois par sa structure dialogale et par son statut de représentation devant un public. Mais tout ce matériau devait trouver une  forme : il a donc fallu couper, trouver un rythme, une progression dramatique. Le public n’a rien d’un groupe de thérapeutes : son écoute et sa position relative aux acteurs, tout comme les enjeux du spectacle, sont bien différents.
Il a fallu aussi faire un choix parmi les patients présentés. Ont été sélectionnés deux cas typiques, celui d’un homme vivant dans une impossible identité sexuelle: un travestissement honteux, et celui d’un paranoïaque délirant.
Contraste proprement théâtral : le caractère introverti du premier s’opposant  au délire débordant du second. L’un  replié sur lui-même, avare de paroles, et l’autre s’emportant et se noyant dans son discours.

  L’échange avec Jacques Lacan s’en trouve donc ainsi profondément modifié. Accoucheur de l’un, il tente d’endiguer le flot verbal de l’autre. La présentation des patients devient donc ici un exercice purement théâtral, avec une réflexion concrète sur l’exercice de la parole et de l’écoute.
Cette adaptation pour la scène est une vraie réussite. Due à un sérieux travail de dramaturgie, mais beaucoup aussi à la mise en scène et à la direction d’acteurs  rigoureuses de Philippe Boyau.

Thierry Vincent (Jacques Lacan),  impressionnant de vérité, s’est inspiré de la diction et de ses attitudes, telles qu’en témoigne un film sur sa conférence à Louvain. Et Céline Thibaud et Frédéric Michallet (les patients) sont très émouvants. Ils ont fait un travail minutieux sur la gestuelle, le débit et l’intonation, et leur sensibilité et l’intelligence qu’ils ont de leurs personnages nous embarquent : impossible de résister à la vague d’émotions où se mêlent voyeurisme, empathie… et malaise.
Au-delà d’un objectif de vulgarisation, (la fin du texte est tiré du Séminaire de Jacques Lacan), ce spectacle nous fait sentir le génie du clinicien passionné, mais aussi la dimension proprement poétique et théâtrale de ses recherches sur le langage, le plus incarné qui soit, puisqu’il parle depuis le corps souffrant…

Michèle Bigot

Théâtre du Chapeau rouge  jusqu’au 15 juillet

 

Richard III

Festival d’Avignon

Richard III de William Shakespeare, traduction de Marius von Mayenburg, mise en scène de Thomas Ostermeier, en allemand surtitré en français

   image Richard III  a souvent été jouée en France, dans les mises en scène entre autres de Terry Hands, Georges Lavaudant avec Ariel Garcia-Valdès,  Sylvain Maurice… Cette fois, c’est le grand metteur en scène et directeur de la Schaubühne qui le monte avec ses acteurs allemands.
Richard III un être à part excessif en tout et qui et s’étonne lui-même de ses pouvoirs  : « Je gage mon duché contre un pauvre denier/ Que je me suis toujours mépris sur ma personne !/ Sur ma vie !
 » C’est un menteur des plus cyniques, qui ne s’embarrasse guère du choix des moyens: chantage et meurtres. On le voit draguant ainsi sans scrupule aucun, la pauvre Anne dont il a fait tuer il y a quelques mois mari et  père.  Une Anne littéralement fascinée qui ne lui résistera pas: « Je l’ai eu, je l’ai eu, dit-il, même si je sais que je ne pourrai pas la garder ».
Richard va aussi faire  assassiner son frère Clarence, sans attendre le décès imminent d’Edouard IV, son autre frère. restent ses deux très jeunes  neveux le Prince Edouard V et le duc d’York.  Avant la mort du  roi malade  Edouard IV,  les conflits  entre la famille de leur mère, les Lancastre, et celle de leur père, les York, commencent autour des  enfants.
Edouard disparu, Richard accuse la reine d’avoir provoqué l’exécution de Clarence, et fait  exécuter  les membres de la famille de la reine
Richard  veut la mort de ses neveux mais  Buckingham refuse de les assassiner et prend la fuite pour éviter de subir sa colère. Mais ils  sont tués par deux malfrats qui tuent aussi Buckingham. Mais Richard a des ennemis dont Richmond  qui va  lui livrer  bataille: les fantômes des victimes de Richard hantent son  sommeil. Richard est tué et Richmond couronné proclame l’union des roses d’York et de Lancastre,  par son mariage avec Elisabeth, fille d’Edouard IV et symbole de la réconciliation nationale.
Jan Pappelbaum a conçu pour la mise en scène de cette pièce compliquée une scène ronde au sol de sable, débordant sur la salle, avec comme unique décor : un mur maronnasse, sinistre, où reviennent régulièrement en vidéo, des nuages, puis des vols d’oiseau noirs. Avec d’étroites galeries et un escalier en fer. Comme une sorte de prison. Avec, au centre, une double porte constituée d’un vieux tapis.
Rien d’autre sur le plateau qu’un cercueil noir, une grande table et un fauteuil en bois amenés sur des rails? Tout ici respire la fin de règne, et le désespoir absolu, et la mort, celle des autres bien entendu, dont Richard parle sans cesse. .
 Cela commence par une fête pour célébrer les victoires anglaises au Palais du roi Edouard. Gros confettis or et argent tirés par des pistolets sur la scène et le public. Hommes et femmes, en smokings et robes noirs, très joyeux et déjà bien imbibés, viennent de la salle avec verres de Champagne à la main. Sur une musique techno enregistré très forte, envahissante, volontairement insupportable, accompagnée en direct  batteur  installé près de la scène dans la salle côté cour.
   On aperçoit aussi un homme, bossu, assez répugnant avec une barbe mal taillée et un pied très déformé. C’est Richard, handicapé par sa laideur et sans aucun doute exclu de cette fête. Ce qui le décidera à continuer sans scrupule à tuer mais aussi à séduire pour s’emparer  à tout prix du trône..
Handicapé physiquement donc repoussant et fascinant à la fois, pervers et monstrueux, Richard à la volonté féroce, séduit grâce à la parole amplifiée par un micro suspendu avec projecteur et caméra qui permettra de saisir surtout à la fin, des gros plans de son visage.
 Richard parle beaucoup, sans jamais craindre d’être cynique et misogyne : « Voici ce qui arrive quand les homme sont gouvernés par des femmes ». Ce qui lui permet d’être au centre de l’échiquier, et c’est un atout considérable à toutes les époques..  Richard III, imaginé par  un William Shakespeare de vingt-huit ans, est un tueur absolu mais aussi un séducteur fascinant qui ne lâche pas ses futures victimes, tenant sans aucun doute à prendre sa revanche sur le mépris que lui a témoigné sa mère: « Moi, trop mal estampé et privé de la majesté de l’amour, pour me pavaner devant une nymphe coquette »dit-il sans illusions.
Comme le dit avec raison Thomas Ostermeier, il est plus nihiliste que psychopathe… M
onstruosité et  cynisme absolu du personnage, prêt aux coups les plus bas pour obtenir le pouvoir, politique et sexuel. Et jouissant aussi de faire le mal, même s’il prétend le contraire…  Il n’hésitera pas à demander aussi en mariage sa toute jeune fille au Roi Edouard, juste après avoir fait tuer ses deux très jeunes frères qui risquaient de le gêner plus tard. Richard avec une impitoyable volonté  sait que gouverner, c’est prévoir…    
Lars Eidinger, acteur fétiche de Thomas Ostermeier,  sait créer une formidable complicité entre le public et  le personnage monstrueux imaginé avec génie par Shakespeare qui, dit, Thomas Ostermeier, «est le plus moderne de tous. En mélangeant les niveaux de culture, en accolant des scènes de bataille et des acrobaties, des clowns et des rois, il crée un collage formidable. Cet art du montage me permet d’en faire autant avec les matériaux de la culture actuelle, la chanson, la vidéo, les micros, les caméras…. » .
Cela dit, on ne voit pas bien ce que peuvent apporter ces arrivées de nuages en vidéo mais en général le metteur en scène allemand, même si son théâtre en a les moyens, il n’en abuse pas. Richard, après des séries d’affrontements  avec la famille royale et de filouteries exemplaires,  sera enfin roi mais seul, désespérément seul, et n’aura plus rien à perdre que cette royauté si durement acquise, c’est à dire un autre lui-même, et finalement son meilleur ennemi…

Thomas Ostermeier a réduit la voilure du texte de 40%, ce qui nuit sans doute parfois à la compréhension de cette intrigue déjà compliquée. Mais ce qui compte, même si on se perd alors un peu dans cette funeste histoire royale, c’est le sens général qu’il a voulu à l’évidence privilégier. Mais il sait aussi au besoin faire naître l’émotion, avec la complicité de ses acteurs et du public très attentif, comme lors cette rencontre insolite entre Richard et Anne, près du cercueil de son mari.
  Et comme à chaque fois, il nous surprend avec ce qui est devenu comme sa marque de fabrique qui a vite séduit le public français: une très solide dramaturgie préalable, comme ici celle de Florian Borchmeier, avec à la clé, remodelage d’un texte ancien sans jamais en trahir le sens profond, une très pertinente direction d’acteurs-tous  remarquables y compris dans les petits rôles, et en particulier évidemment, Lars Edinger,  acteur à la présence exceptionnelle. Quelle violence, quelle et pourtant ici, aucune profération,  aucune criaillerie ridicule comme souvent en France.
Et toujours avec une très subtile idée scénographique, jamais tape à l’œil, jamais gadget, qui vient non en supplément gratuit mais comme solide appui du texte. Le lieu imaginé pour ce Richard III, est à la fois  impressionnant, réaliste si l’on veut mais peu daté, et qui permet aussi et surtout de faire jouer les acteurs des scènes de façon quasi «ob-scène » au sens étymologique, comme en gros plan.
Comme cette mise à mort dans la prison par deux malfrats avec du sang qui coule sur ce cadavre blanc, ou comme à la fin Richard allongé sur la table, juste couvert d’une couverture de fourrure et qui dit épuisé, conscient de sa mort imminente, mais prêt encore à tout pour vivre (une minute monsieur le bourreau) conscient aussi de la vanité absolue du pouvoir, et lançant d’une voix lasse son fameux : « Mon royaume pour un cheval » ! Ou encore l’image finale: Richard pendu au bout d’une corde, tournicotant comme un insecte. Là, l’émotion passe vraiment, ce qui n’est pas toujours le cas.  Ce Richard III n’est peut-être pas le meilleur travail de Thomas Ostermeier, (on se souvient encore, entre autres,  de sa fabuleuse mise en scène de Maison de poupée), si tous les spectacles du festival avaient cette même force!

  Sans doute son théâtre n’est-il pas un théâtre d’images mais quand il pense que cela peut aider le texte, il n’hésite pas à en créer de parfaitement fabuleuses, de celles que l’on n’oublie pas trente ans après.  De cette mise en scène d’une rare intelligence, il faudrait aussi souligner le mode de narration quelque peu distancié, au contraire du jeu qui ne l’est pas du tout. Même s’il arrive que Richard dise quelques mots aux spectateurs du premier rang.
Thomas Ostermeier n’hésite pas aussi par exemple, à faire enlever un moment ses prothèses à Richard. Comme pour nous dire que ce Richard est aussi un être normal avec les frustrations, les échecs jamais évacués quelques dizaines d’années après, et que nous sommes aussi de petits Richard III, capables de commettre à l’occasion des choses pas très nettes.

  C’est avec Wycinka de Kristian Lupa dont nous parlera notre amie Véronique Hotte, l’un des deux spectacles-phares de ce festival; on ressort bizarrement comme tout regaillardi par ce long (2h30) moment de théâtre. Loin, très loin donc de ce très approximatif Roi Lear  mis en scène par Olivier Py (voir Le Théâtre du Blog), et cela fait du bien. Mais on aimerait, même si avec Thomas Ostermeier, on est sûr que les billets s’arrachent, que le festival d’Avignon invite aussi les autres metteurs en scène de la Schaubühne…
Ce Richard III 
a fait l’objet d’une très méritée et longue ovation du public. Inutile de  vous précipiter, il ne reste plus aucune place mais tentez le coup au dernier moment, et s’il passe près de chez vous, réservez tout de suite, vous ne le regretterez pas.

  C’est bien triste mais il n’y avait presque aucun jeune spectateur (la cherté des places plus de 30 €!: c’est le grand handicap de ce festival et malgré les effets d’annonce, rien ne bouge). Mais nous leur recommandons chaleureusement d’aller voir ce Richard III quand il passera en tournée; cela nous étonnerait qu’ils n’y trouvent pas leur compte.

Philippe du Vignal

Opéra du grand Avignon, jusqu’au 18 juillet, relâche le 10 et le 15, et ensuite en tournée. Diffusion sur Arte le 13 juillet. T :  04 90 14 14 14 festival-avignon.com

 

Femme non rééducable

FESTIVAL D’AVIGNON

Femme non rééducable ( mémorandum théâtral) de Stéphano Massini, mise en scène de Vincent Franchi

 

f67ea7b52869fd5a81a4aafa28563fLa compagnie Souricière, créée  pour défendre un théâtre de textes, s’est lancée avec Marat-Sade  de Peter Weiss en 2009. Présentée en octobre dernier au théâtre de Lenche à Marseille, Femme non-rééducable, a été jouée naguère dans une mise en scène d’Arnaud Meunier, avec Anne Alvaro dans le rôle d’Anna Politkoskaïa .
 Ici, c’est  Maud Narboni, qui interpète magistralement et avec ferveur Anna Politkovskaïa ; Amine Adjina, lui donne la réplique dans tous les autres rôles.
Proche du théâtre-document de par sa structure fragmentaire, la pièce n’en est pas moins une véritable tragédie dans sa composition, son intensité dramatique et la force de son héroïne qui rejoint les grandes figures de la tragédie grecque,  sacrifiées à la raison d’Etat.

  La passion de la vérité qui l’anime fait en effet  penser à Antigone et le sacrifice de soi évoque Alceste. Et nul ne veut entendre la parole de cette nouvelle Cassandre. Comme dans la tragédie, son destin est scellé depuis le début, et nous savons tous qu’Anna Politkovskaïa a été retrouvée morte dans la cage d’escalier de son immeuble le 7 octobre 2006, après avoir été victime d’une tentative d’empoisonnement, et après avoir reçu chaque jour des menaces d’assassinat.
 Comme les héroïnes grecques, elle incarne la force de la résistance, puisqu’elle est la seule à s’opposer à la barbarie d’Etat, en l’occurrence un état-major russe pratiquant assassinats et tortures à grande échelle en Tchétchénie.
Le dispositif scénique: une boîte noire, figurant la mémoire d’Anna qui se souvient des événements qui ont marqué la dernière année de sa vie : témoin de premier ordre, elle décrit  tout ce qu’elle a vu en Tchétchénie.

 Témoignage parfaitement théâtralisé : ainsi l’ensemble de ses souvenirs se distribue en autant de tableaux, dont chacun décrit le pays et les hommes, relate un attentat,  une scène vécue: une tête suspendue à un crochet qui verse le sang goutte à goutte…  l’énumération des objets surnageant après un attentat, ou encore des dialogues emprunts de folie (les aveux naïfs et épouvantables de Sacha). Avec un réalisme sidérant, et des  détails validant l’ensemble du récit. Comme l’épisode du «fagot humain» raconté par Sacha avec une fausse candeur, qui rend bien compte de l’état d’esprit des soldats russes. «On entre dans un village, on prend six personnes, on les lie avec une corde. Puis on fout une grenade dans le tas ; et on fait sauter. Boum! Excusez-moi, vous n’auriez pas une cigarette ? »
Le dialogue d’Anna avec un gradé fournit un échantillon du cynisme ordinaire des officiers russes. Et elle cite le salut des Tchétchènes : «La liberté soit avec toi», exemple de la passion farouche de l’indépendance qui les anime, jusque dans le langage quotidien. Autant de points forts d’un récit qui restitue cette tragédie  avec  quelques tableaux bien choisis.
Une scénographie sobre vient en appui des témoignages : l’image vidéo en inserts dramatise l’expression du visage d’Anna, ou rappelle quelques dates historiques. Elle montre aussi en gros plan le visage de Kadirov, tandis que le récit retrace sa monstrueuse ascension.

Le prologue illustre le titre Femme non rééducable avec  une citation de Sourkov, tirée d’une feuille de route adressée au Bureau Politique en 2006 : «Les ennemis de l’Etat se divisent en deux catégories: ceux que l’on peut ramener à la raison,  et les incorrigibles avec lesquels on ne peut dialoguer. Il est nécessaire que l’Etat s’emploie à éradiquer de son territoire ces sujets non-rééducables».
L’épilogue raconte en quelques lignes l’assassinat d’Anna, sujet «éradiqué», et apporte la touche finale à l’horreur, avec cette réponse d’un responsable politique éminent, à qui on demande ce qu’il pense de la mort d’Anna : «Anna Politkovskaïa ? Jamais entendu parler».
Aucun des commanditaires de ce meurtre n’a été condamné à ce jour, ni même identifié…

Michèle Bigot

Théâtre du Balcon à 14h,  jusqu’au 26 juillet.

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