Le Vivier des noms

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Festival d’Avignon :

Le Vivier des noms, texte, mise en scène et peintures de Valère Novarina 

L’amour invincible des mots, la prédilection pour une parole à la fois savante et pleine de saveurs, crue, généreuse, entêtante et foisonnante portée par des acteurs, l’enthousiasme  et l’imagination….Tout ce qui qui fait un créateur de théâtre, de dessins et peintures, disposé à investir ses drames sur scène depuis une quarantaine d’années. 
 Comédiens  facétieux, et public attentif se sont donné rendez-vous à un spectacle toujours plein et vivant. Et aujourd’hui, on a plaisir à participer avec gourmandise au Vivier des noms. «Une rechute, une réminiscence de la ronde continue d’entrées et de sorties qui formaient  la trame du Drame de la vie, la première arche d’un pont, dont la seconde apparaît aujourd’hui »,  dit Valère Novarina.
  Il avoue être aussi un acteur qui se met simplement au travail avant les autres : d’abord la page blanche, puis la projection dans l’espace avec les acteurs en perspective, à l’intérieur du volume même du livre. Et son amour pour les comédiens est sincère : il les engage sans ménagement sur la voie de l’ânonnement de la mémoire, de la manducation, de l’incorporation profonde du texte, du « mangement » de la chose écrite, de la patience et de l’action passive, puisque tels sont les mots bien frappés du maître.
Le théâtre est encore pour cet artiste inspiré, le lieu du redressement des livres, un mouvement de fluides qui ainsi fait danser, parler, se mouvoir et chanter leurs mots,  étoffe quotidienne de trame poétique,  à travers le corps même des acteurs, ce qu’il appelle La Chair de l’homme, dans l’espace absolu du plateau.
  Le dramaturge forme naturellement un collectif avec ses comédiens de prédilection: Julie Kpéré, Manuel Le Lièvre, Dominique Parent, Claire Sermonne, Agnès Sourdillon, Nicolas Struve, René Turquois, Valérie Vinci, et  le compositeur et accordéoniste Christian Paccoud  pour incarner l’Historienne, l’Andromorphe, l’Anthropoclaste, l’Enfant sans faute, le Chien Uzedent, l’Enfant pariétal, l’Abbé Boum, Raymond de la Matière, Jean Nihil…
  Sur des panneaux couchés et  verticaux sur le plateau du Cloître des Carmes, lieu emblématique et prestigieux d’Avignon, où on craint par ces soirs de fort mistral que les châssis de  dessins ne se renversent brutalement, les acteurs esquissent leurs pas de danse et leur déclamation avec une grâce singulière, significative de toutes ces personnalités colorées et chatoyantes, ludiques, et rayonnantes.
  Le petit peuple qui investit le plateau blanc et lumineux aux traits libres de couleur – rouge, bleu, jaune… accompagné de la présence discrète Élie Hourbeigt et Richard Pierre, les accessoiristes tout en noir, qui prennent aussi de temps à autre la parole, et enfin  une dizaine d’élèves du Conservatoire à rayonnement régional du grand Avignon, le temps d’une chanson chorale, joyeuse et enlevée.
   Jeux de mots, joutes langagières et boutades, images et métaphores, avec un amour vif de la langue et des mots enfin, dans une allégresse et un enchantement charmants. L’Enfant multirécidiviste récapitule : «Nous mangeons le langage : nous divisons les paroles et nous nous les partageons», soit un art de vivre ensemble dans une proximité conviviale.
Le public ressent le bonheur des acteurs à faire entendre ce Vivier des noms, soit l’accomplissement d’une langue à travers l’art de l’acteur, et vice-versa.

Véronique Hotte

Cloître des Carmes, jusqu’au 12 juillet.
Le texte de la pièce est publié aux éditions P.O.L.

 

 

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