The great Disaster

 

Festival Avignon :

The great Disaster de Patrick Kermann, mise en scène d’Anne-Laure Liégeois

imageLe Tiatanic heurte un iceberg sur tribord avant, et sombre en moins de trois heures à 2h20, la nuit du 15 avril,  dans les eaux froides de l’océan Atlantique Nord, au large de Terre-Neuve. Ce naufrage célèbre mit fin à la traversée inaugurale  du  paquebot qui devait relier Southampton à New-York.         
  Entre 1.490 et 1.520 personnes périrent. Ce fut l’une des plus grandes catastrophes maritimes en temps de paix et la plus meurtrière de l’époque, et  un choc dans le monde entier, et en particulier,  aux Etats-Unis comme en Angleterre..
Comme le suggère ce dramaturge français (auteur entre autres, de La Mastication des morts) qui s’est suicidé à 41 ans en 2000, ce naufrage, inscrit entre fait divers et Histoire, donne à voir l’effondrement d’une époque mensongèrement équilibrée avec ses distinctions sociales ordonnancées et hiérarchisées. Avec, entre autres, la séparation infranchissable entre  première classe des nantis et  troisième des émigrants en quête de travail.
  Giovanni Pastore, originaire des montagnes du Frioul, est le héros de ce monologue que met en scène avec une grande délicatesse Anne-Laure Liégeois, et le narrateur averti d’une histoire personnelle, avant qu’elle s’engloutisse dans les flots.
On la retrouve ici  avec une réflexion distanciée d’un commentaire politique et économique. Candidat à l’émigration vers le sud de la France, la Suisse, l’Allemagne, puis Le Havre et l’Angleterre, le petit Italien, comme ses ancêtres, vit de petits boulots, dans le bâtiment et n’importe où il y a du du travail.

  C’est un être digne, intimement lié à la recherche d’un devoir intérieur symbolique, pour s’affirmer, et obtenir la reconnaissance sociale en assumant une tâche professionnelle, quelle qu’elle soit, et  gagner son pain quotidien. Sans-emploi, il trouve enfin un poste honorable : plongeur dans le somptueux paquebot, sous les ordres de M. Gatti, et responsable des 3.177 petites cuillères en argent de la première classe. C’est l’accès à un trésor emblématique inespéré, un paradis scintillant : le service grandiose des grands de l’Olympe d’ici-bas, uniquement dévolu aux dieux. Il ne lui en faut pas plus pour se sentir heureux et chanter la chance d’être là, à sa place.
  Et se sentir heureux, c’est toujours aussi finalement revenir aux temps inouïs d’une enfance pauvre auprès de sa mère, de sa grand-mère et de ses nombreux frères et sœurs. Il se souvient de la fontaine sur la place du village, de la beauté majestueuse des montagnes, en été comme en hiver,  et de la main chaude ou bien froide de la petite voisine plus fortunée, Cécilia, dans sa main à lui, de petit garçon amoureux.
  Mélancolie et retour sur soi, bonheur d’un vrai paradis perdu, même si, vivre pauvrement n’est jamais facile et n’efface pas les blessures subies par l’humiliation. Mais  ce fut aussi pour lui, les premiers émois du cœur, de l’âme et du corps, Giovanni a eu le temps de vivre, même si peu, en touchant à l’émerveillement des sensations.
  Olivier Dutilloy est sincère et attachant, en empathie directe avec la clarté analytique de la parole du petit pâtre italien. Sobriété, réserve, pudeur: une belle humanité déclinée pour le bonheur du spectateur.

 Véronique Hotte

La Manufacture, jusqu’au 25 juillet à 10h50.
Le texte de la pièce est édité au éditions Lansman.

 

 


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