En fer et en os

123504026_B971581443Z.1_20131210112700_000_G061KP77R.1-0Festival d’Avignon:

En Fer et en os, texte et mise en scène de Rachid Bouali

C’est l’histoire pas banale du naïf Wilber qui, parti au marché avec les dernières économies de la famille pour acheter une vache, revient avec une armure du plus bel effet. Cuissardes, haubert, heaume, bouclier… Sa panoplie brille de mille feux. Devant nos yeux ébahis, apparaît un chevalier dont la superbe impressionne tout le village.
Magie du théâtre ! Le plateau est pourtant nu, sans accessoires, ni décor, ni vidéo. A peine quelques nuances de lumière et un tintement de clochette par ci, par là.  Rachid Bouali, seul en scène, maîtrise parfaitement son art.

L’Ecole Lecoq aura sans aucun doute nourri ce comédien particulièrement doué pour faire d’un geste, une épopée. Une foule de personnages truculents naissent de ses jeux de voix et sa langue bien pendue bruisse d’images puissantes et fertilise tout l’espace.
Le chevalier fait son chemin. Sûr de lui, il part à la conquête du monde. Malheureusement, son armure, métaphore de toutes les carapaces, drame du paraître, le rend imperméable aux subtilités de l’extérieur, emprisonne son identité, obscurcit sa vue comme son écoute et crée des péripéties aussi fines que cocasses.
L’écriture, inventive et espiègle, fait de Wilber, un cousin du prince de Motordu. On lui dit « manger », il entend « danger », « attaque » pour « barque ». Complètement parano le chevalier ! Sa femme le rassure, ce n’est que « le chat du voisin ».
Il saute hors du lit : « Des farazins ! Je m’en doutais ! » Et voilà comment le chat qui miaule près du cimetière se change en «horde qui a passé la frontière». Le quiproquo évoque aussi bien les différences de perception au sein du couple, que les intolérances et préjugés qui déforment la vision politique du monde.
La rencontre avec un oiseau philosophe ouvre de belles perspectives de réflexion : «De quelle réalité veux-tu parler ? De la tienne ou de la mienne ?» Elle apprend à relativiser la notion d’ennemi. L’oiseau, impeccablement campé en trois mouvements, propose d’abandonner ce heaume qui enserre nos idées pour s’ouvrir à une généreuse vision panoramique.   

  Spectacle conseillé à partir de huit ans, mais les plus jeunes restent suspendus à l’univers de mots déployé sur le plateau. Que de nuances… Les parents, qu’ils soient lecteurs assidus de Boris Cyrulnik ou simples amateurs de belles histoires, goûteront toutes les subtilités d’une fable délicatement engagée.

Stéphanie Ruffier

 Maison du théâtre pour enfants, tous les jours sauf les dimanches 12 et 19 juillet, à 14h15.

 


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