Nous n’irons pas ce soir au Paradis

Festival d’Avignon:

Nous n’irons pas ce soir au Paradis d’après Dante, de et par Serge Maggiani.

   redim_proportionnel_photo.phpEn effet, ce n’est pas au paradis que vous retrouverez les mots de Dante, mais sous le chapiteau surchauffé du Théâtre des Halles. Malgré une climatisation qui fait ce qu’elle peut, le public et l’acteur souffrent. Un peu difficile dans ces conditions de s’installer dans ce texte, ou plutôt cette explication de texte que nous propose généreusement Serge Maggiani.
   Il semble s’adresser à chacun de nous précisément pour nous expliquer Dante et sa Divine Comédie, levant aussi un peu le voile sur l’homme de lettres, ses ennemis et ses alliés. Il fait au mieux pour nous faire sentir les enjeux et l’importance de ce texte,  mais aussi sa passion pour cette langue. Il mêle ici des souvenirs de son enfance et des pans du patrimoine national italien comme la célèbre actrice Sylvana Mangano !
  Pour qui n’est pas familier de l’œuvre de Dante, il est malgré tout difficile de pénétrer dans cet univers dense et foisonnant et d’y consacrer toute notre attention. Le ton demeure un peu professoral, Serge Maggiani s’adressant régulièrement à nous pour nous demander si on connaît tel ou tel personnage et se désolant quand ce n’est pas le cas.
Sa lecture est pourtant fidèle et passionnée, mais ça n’en fait pas un objet de théâtre isolé. Ce spectacle a toute légitimité dans un cadre déterminé (festival, temps fort Divine Comédie …) et c’est en parallèle d’un spectacle de Romeo Castelluci qu’il avait été crée en 2008, avec l’aide de Valérie Dréville (voir dans Le Théâtre du Blog l’article de Philippe du Vignal qui avait beaucoup apprécié le spectacle ).
  Mais c’est toujours l’occasion de voir ou revoir un grand acteur avec toute sa délicatesse et son métier,  malgré un sujet pour le moins complexe…

Julien Barsan.

Théâtre des Halles jusqu’au 26 juillet. T : 04 32 76 24 51


Archive pour 22 juillet, 2015

L’Affamée

 Festival d’Avignon :

 L’Affamée, d’après Violette Leduc, mise en scène de Catherine Decastel

   C’est ici le premier volet d’un triptyque forgé autour des premières oeuvres (L’Affamée, Ravages et L’Asphyxie) de Violette Leduc, figure féminine et littéraire du XXè siècle dont on redécouvre l’importance aujourd’hui. Elle possède en effet une écriture, fiévreuse et passionnée d’une étonnante acuité et d’une justesse verbale,  et parvient à nous faire ressentir par le détail les affres de la passion amoureuse : tourments et éblouissement du désir féminin.
Ce premier volet est consacré à l’amour malheureux qu’elle portait à Simone de Beauvoir. Comment porter sur le plateau un tel sentiment, sinon par le seul verbe ? L’incandescence de l’écriture est déjà en soi un objet théâtral fascinant, sans qu’il soit besoin de lui ajouter décor, lumière ou musique !

Pourtant, c’est une formidable trouvaille que de faire porter ce texte par un corps féminin, qui déploie le verbe dans sa matérialité charnelle. L’actrice en robe noire, seule en scène,  comme l’auteur était seule dans son réduit d’écriture, et dans un décor aussi dépouillé que pouvait l’être la chambre nue de Violette, danse les sentiments et tous les affects qui la traversent, à la seule pensée de ses rencontres avec Simone : espoir fou, admiration, déception, béatitude de la présence, regret, toutes les nuances du désir féminin sont ici incarnées par le geste de la danseuse qui, tort à tour, déploie, magnifie son corps dans l’assomption du désir, ou au contraire le replie dans le retrait de la déception, de la solitude et du désespoir.
Sa danse évolue autour du corps de Simone, figuré par un mannequin ; mais la force du texte soutenu par le geste, dans sa rythmique propre, actualise la présence lumineuse de la femme désirée. Le spectateur, quelque peu dérouté et sceptique au départ, se laisse envoûter par ces évolutions sensuelles qui confèrent au texte toute la vie qu’il demandait.
Rarement le désir féminin, ses méandres, ses espoirs, ses déceptions, l’illumination qui lui est propre et ses béatitudes ont été données à ressentir avec une telle force. La performance de Catherine Decastel est remarquable ; elle sait avec son intelligence du texte et son corps félin, faire vivre pour nous le désarroi amoureux, non comme une négativité, mais comme un pouvoir sur le monde, pouvoir du verbe et de la chair.
« Exister. Etre seule. Vivre avec les autres, pour les autres, contre les autres, sans les autres. S’épanouir. Chercher l’altérité. Panser les blessures d’amour, les vides d’ego, les rêves secrets, les souvenirs d’enfance. Echouer encore et tenter pourtant toujours d’aimer. Aspirer à l’impossible. Vivre. Mourir. »

Michèle Bigot

Espace Roseau, jusqu’au 26 juillet.

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La Tigresse

Festival d’Avignon:

La  Tigresse de Gianina Carbunariu,  mise en scène de François Bergoin

 
 la Tigresse Voiture & Proprietaire ok -® Jean Barak La tigresse évoque souvent une femme jalouse et agressive, ou bien sensuelle; elle devient ici  un personnage à la peau tigrée, nommé Mihaela. Un animal-personnage de théâtre tout a fait surprenant et attachant. Mais le public, à aucun moment, ne verra Mihaela, sur scène. Et pour cause ! La tigresse de cette jeune auteure roumaine, s’est échappée du zoo et se ballade dans la ville. Danger, méfiance et attirance !
Elle est celle qui dérange, son ombre est partout. Une tigresse vit dans la jungle ou est cloîtrée dans un zoo, mais n’a rien à faire dans une ville. Encore moins dans une cité calme, jolie, et qui tient à sa bonne réputation, et  accueille de nombreux touristes.
Mais loin d’être perdue, avec son  regard puissant et observateur, Mihaela invite le spectateur, à la rejoindre, pour l’accompagner dans son escapade, pleine de révélations sur l’état de nos sociétés occidentales, le monde, et sur la présence de l’étranger.
Pendant soixante-quinze minutes, nous vivons au rythme de cette ville, prise d’assaut par la tigresse. Cette échappée belle de Mihaela ameute la presse, les médias et suscite beaucoup d’excitation. Vingt-et-un personnages s’emparent de la scène,  (chauffeur de taxi, moineau, corbeau, pigeon, directrice de banque, médecin urgentiste, touristes japonais, retraité….).
Cet événement qui frappe la ville, va délier les langues, révéler les angoisses collectives et de multiples fantasmes. Tous ces personnages hauts en couleur sont interprétés à merveille par  Marie-Luce Bonfanti, Catherine Graziani et Candice Moracchini.

  Dans la mise en scène de François Bergoin, elle aussi d’une grande qualité dramaturgique et artistique, tout se construit et se présente à nos yeux en direct. :« On ne cachera donc rien de la préparation des neuf installations mécaniques des décors, 
aux modifications d’apparence des personnages, 
de la direction d’acteurs à la post-synchronisation ».
En effet, de par cette volonté esthétique, nous vivons en direct, et avec humour ou révolte,  le cœur battant, cette promenade fatale de Mihaela. Ce choix dramaturgique donne à l’écriture de cette pièce, toute son énergie, sa tension dramatique. Et dès le début, on nous annonce la couleur: il s’agit d’un théâtre documentaire! C’est du moins, ce que nous déclarent dans le premier tableau, qui ne manque pas d’humour et d’ironie,  les trois actrices qui vont au fil des différentes séquences théâtrales (neuf tableaux) interpréter vingt-neuf personnages.
La scénographie est très habile,  avec entre autres,  recours à l’image qui est parfaitement en résonance avec les différents contextes dramatiques qui se succèdent. Le son de la scie musicale, le dispositif mécanique, l’estrade lumineuse qui n’est pas sans rappeler les décors d’émission de télévision, la peau de tigre… créent un univers de pacotille.
Le vrai s’entremêle alors avec le faux. Le  public regarde cette comédie humaine joyeuse et féroce, et se demande si ce n’est pas au bout du compte Mihaela la Tigresse  qui aurait trouvé le chemin pour échapper à ce monde où c’est le mensonge, la peur, la manipulation trop souvent au rendez-vous, qui gagnent !
A la fin, le spectateur est comme abandonné, et perplexe,  Mihaela, sorte d’héroïne tragique du monde moderne est-elle encore en vie ?   Allez-y, vous ne serez pas déçu de la réponse !

 Elisabeth Naud

 Théâtre L’Entrepôt, jusqu’au 26 juillet. T:  04 90 88 47 71. Le texte de la pièce est édité aux éditions Actes Sud Papiers.

 

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