La Coopérative

Festival d’Avignon:

La Coopérative d’Amélie Chamoux et Laurent Eyraud-Chaume, création et interprétation musicale de Lionel Blanchard

 bowlingL’Héritage, au festival d’Avignon 2012, n’était pas passée inaperçue et a notamment été joué à la Fête de L’Humanité et au festival Région en Scène PACA  en février 2013. La compagnie Le  pas de l’oiseau anime sur son territoire de nombreux ateliers de créations en milieu scolaire et avec les structures d’éducation populaire. La compagnie est associée au projet du Fourmidiable – Scène artistique des pays du Buëch, et de son bien-nommé Café du Peuple à Veynes dans les Hautes-Alpes.
  Amélie Chamoux et Laurent Eyraud-Chaume et un guitariste, nous content avec un beau dynamisme les luttes acharnées d’une équipe d’ouvriers décidés à sauver leur entreprise en constituant une SG SCOP, société coopérative et participative comme il en existe des centaines en France.
Pas d’accessoires ni costumes, mais un simple bonnet pour changer de personnage.  Et incarner, par exemple, Stéphanie qui est en CDD et qui aide Jean-Marc, le meneur des luttes, à sauver l’entreprise et aussi Sylvette. Mais cela se termine mal: Jean-Marc y laisse sa vie mais la lutte continuera.

  Après avoir accepté une réduction du temps de  travail et des salaires à 32 h, l’entreprise a su récupérer des marchés en France et échapper ainsi aux placements financiers improductifs.
  Sur un ton ludique et joyeux, les deux comédiens soutenus par le musicien, nous rendent une confiance tonique dans les luttes qui se mènent. Un spectacle nécessaire par les temps qui courent !

Edith Rappoport
Théâtre de la Bourse du Travail à 11 h T: 06 77 75 49 31 jusqu’au 26 juillet.


Archive pour juillet, 2015

Bobo 1er roi de personne

Festival d’Avignon:

Bobo 1er roi de personne, de Frantz Succab, mise en scène de Guillaume Clayssen

 Le titre a une double résonance : Bobo 1er roi de personne, comme roi de nulle  part, ou Bobo 1er roi de personne comme roi libre, poète de sa vie, roi de lui même ! Ce qui n’est parfois, pas si lointain ! Une sorte d’Ubu à la personnalité étonnante et fine.  C’est à un étrange voyage auquel nous invite Frantz Succab avec  un récit théâtral d’une écriture singulière, et tout aussi complexe qu’accessible.
  Le spectacle, qualifié de «cabaret baroque», s’adresse aussi à un jeune public. La mise en scène de Guillaume  Clayssen épouse avec justesse et sensibilité cette écriture, et donne souffle aux espaces inarticulés et fugaces enfouis dans le texte. La scénographie de Murielle Plaisir, tout en sobriété, est très évocatrice.   « Je  fus saisi d’emblée par l’inventivité et l’énergie de son écriture dit Guillaume Clayssen Je sentais que ce texte de théâtre enraciné dans le monde caribéen, contenait en lui un poème universel….Cette radicalité si belle et si intelligente du verbe de Frantz Succab, m’inspire comme metteur en scène ».
  Il s’empare avec virtuosité de ce poème dramatique, proche d’un conte. Les multiples sens de lecture, l’ambiguïté parfois, des paroles de ce roi hors-normes surgissent au son des musiques et du tam-tam, du corps dansant de l’acteur et compositeur Patrick Womba. Très présent il illumine le plateau. Même si parfois, sa mémoire semble chercher les mots, cette hésitation est en harmonie, une fois n’est pas coutume, avec le personnage et apporte une richesse dramatique supplémentaire à ce roi extravagant.
   On est fasciné par le roi Bobo, jubilatoire et dérangeant, rempli de rêves, de contradictions, de poésie, Nègre contre les Nègres. Le spectateur a la surprise avec ce spectacle d’être emmené dans un ailleurs, une écriture inhabituelle, une histoire déjantée mais lourde de sens ! Et on sort de cette pièce guadeloupéenne, et de ce voyage en compagnie de Bobo 1er roi de personne,  la tête pleine d’images aussi merveilleuses qu’inquiétantes, de questions sur notre monde aujourd’hui en Europe, et sur l’humanité de ce 21ème siècle. Et l’on se dit qu’il serait bon de prêter une attention plus profonde à la poésie et ses mots !
  C’est aussi une histoire d’amour, celle de Bobo et de  Pauline… ! Allez découvrir ce spectacle inclassable, cet hymne à la poésie, à l’humour, à l’imaginaire !   

 

Elisabeth Naud

 

La Manufacture, jusqu’au 25 juillet.  T:04 90 85 12 71 . Le texte de la pièce est  édité aux éditions Lanzmann.

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Notallwhowanderarelost

Festival d’Avignon :

 

Notallwhowanderarelost, mise en scène de Benjamin Verdonck

11739631_10152877924556512_723801911_n Quel silence dans la Chapelle des Pénitents blancs où les enfants se comptent sur les doigts d’une seule main. Pourtant, le spectacle est classé « jeune public ». Sur le plateau, un homme immobile, en pull jaune vif et jeans, se tient debout à côté d’une machinerie prodigieuse. Cordes, boiseries, serre-joints apparents… l’étonnant châssis à mi-chemin entre la charpente, le chevalet, le théâtre de tréteaux et l’obturateur photographique, semble une ingénierie de Léonard De Vinci, échappée de la Renaissance. Nous y devinons un dispositif dédié aux belles images.
  Le spectacle débute par une école de la patience. Le plasticien et performeur Benjamin Verdonck parvient, au terme de nombreux ajustements méticuleux, à faire tenir, à l’avant-scène, un ballon sur le dossier d’une chaise, elle-même en équilibre sur deux canettes de coca. Soit. D’un geste, il freine les applaudissements. Cela causerait peut-être la chute du merveilleux assemblage surréaliste et, plus vraisemblablement, briserait l’épure de l’instant.
  Une chimère étonnante apparaît ensuite : un cintre au sommet d’un manteau immense. Et voilà que le personnage sans tête récite du Jorge Luis Borgès. Eloge du fleuve et du temps en soi.
  La métaphore nous prévient à nouveau que le sablier s’écoulera avec lenteur, privilégiant l’intériorité. Voici enfin venu le temps de la machinerie.  Petits gestes. Evénements minimalistes. Un triangle traverse le cadre. Bois, papier, fil… La pauvreté des matériaux fait écho au dépouillement des effets. Un autre triangle croise le premier. Un enfant à nos côtés s’émerveille, et s’empare de l’abstraction : « Oh ! Un bateau… », « des gens qui se rencontrent… »
  Des phrases en papier descendent sur les lames d’un store en carton. Il y est question de K, de café, de rencontre à Berlin. Un récit s’ébauche, et quelques minutes plus tard, nous comprenons que le spectaculaire se réduira aux beautés minuscules et lentes de ces micro-variations : un ou deux triangles passent et repassent, petits ou plus grands, l’un caché derrière un autre, s’inclinant, passant à l’orange.
  Et là, c’est la déconvenue. Évidemment, nous relevons l’hommage à Dada, au suprématisme… Mais, quid des enfants dans tout cela ? C’est lent, répétitif, référencé, pédant. Le titre mettait la puce à l’oreille mais un jeune spectateur est perdu et dépité : « Ah ! C’est juste des triangles qui passent! ».
Où est l’histoire attendue ? Nous sommes prêts à concéder que le bijou est délicat. Mais pour les adultes seulement ! Et les plus enclins à la méditation…

Stéphanie Ruffier

 

 Spectacle vu à la Chapelle des Pénitents blancs. Et les 26 et 27 août au festival Madli Levi (Slovénie). Du 13 au 17 octobre, KVS, à Bruxelles.

 

 

Marcellin Caillou

Festival d’Avignon:

Marcellin Caillou, texte adapté de Sempé, mise en scène de Caty Jouglet et Fabrice Roumier

Marcellin et les filles   La conteuse (Caty Jouglet) prend place à côté d’un immense plan blanc, incliné, et ouvre un livre. Magie, le récit prend vie ! D’une fente, émerge un petit personnage cartonné. C’est Marcellin Caillou, humble héros de Sempé, doté d’une maladie aussi bizarre qu’incontrôlable : il rougit sans raison. Le visage de papier se teinte aussitôt d’un adorable rouge vif. Les autres enfants ne sont pas tendres, le traitent de fraise tagada et de camion de pompiers.
Quelle tendre histoire que celle de l’amitié entre cet enfant solitaire qui rencontre son alter ego, René Rateau, reconnaissable à ses cheveux en bataille et à son cou télescopique qui s’allonge pour annoncer d’énormes « atchoum ». Entre le timide aux rougeurs intempestives et son copain aux éternuements incontrôlables, la mayonnaise prend à merveille. Elle se passe de mots. Moments de grâce…
Personnages aimantés qui déambulent à la surface du carton, paysages en papier et vidéo  sont mis au service d’une scénographie aussi sobre que leur amitié. Quand un adulte intervient, la conteuse se saisit d’un bâton, et revêt un des fabuleux visages revêches croqués par le célèbre dessinateur.
La peinture du monde décevant des grands, justement, est une des réussites de ce conte. Quand les deux enfants sont séparés par un déménagement, les parents de Marcellin ne réagissent pas. Ils perdent même la lettre de l’ami : «On la cherchera quand on l’aura trouvée. »

Des micro-saynètes dessinées dans des boîtes éclairées montrent la mère perpétuellement plongée dans le frigo et le père dans sa paperasse. Ils n’ont jamais le temps ! Dans le public, des enfants acquiescent. Vie trépidante et répétitive, bus, boulot, dodo. Le temps passe… Mais la vie réserve de belles surprises.
Ce petit théâtre de papier est absolument réjouissant. Caty Jouglet, la conteuse, sait pointer les moments forts et Fabrice Roumier, à couvert, manipule avec bonne humeur et célérité les trappes et les petits personnages à qui il donne des voix facétieuses.
L’univers  humaniste de Sempé est restitué ici avec générosité…

 Stéphanie Ruffier

 Maison du théâtre pour enfants, Monclar, jusqu’au 25 juillet, 15h20, relâche le dimanche.

A mon seul désir

Festival d’Avignon :

 g-bourgesÀ  mon seul désir  de Gaëlle Bourges

Tissée aux alentours de 1500, La Dame à la licorne, tapisserie en six panneaux dont l’auteur reste inconnu, fut redécouverte par Prosper  Mérimée en 1841,  et  George Sand en parle dans son roman Jeanne… Les cinq premières scènes représentent les cinq sens, mais la sixième : A mon seul désir semble plus ambigüe.
C’est l’histoire et la signification de cette œuvre moyenâgeuse, qu’elle a longuement contemplée au musée de Cluny, à Paris, que nous conte Gaëlle Bourges, en compagnie de trois autres danseuses. En voix off, elle décrypte La Dame à la licorne, tandis que, nues, les quatre interprètes dansent devant un châssis rouge garance tendu à l’avant de la scène, comme échappées du tableau. Elles y piquent des fleurs, tandis que le texte énumère la flore abondante contenue dans la tapisserie.

Puis elles deviennent, grâce des masques, le lion, le perroquet, le singe, la licorne, le chien et le lapin figurant aux côtés de la Dame. « Elles sont en fait comme des animaux, dit la conteuse, il n’y a pas de nudité dans la nature, les animaux ne sont pas nus ». C’est surtout sur ce bestiaire allégorique que le récit s’attarde.
Que signifie la présence de nombreux lapins (trente-cinq au total), animal symbolisant la lubricité, auprès de la vierge du tableau? Au Moyen Âge, on attirait les licornes, animaux magiques, avec de jeunes vierges, et, si la fille mentait, la licorne, croyait-on, l’encornait sans pitié.

 Et pourquoi le perroquet, symbole de l’amant dans l’amour courtois, viendrait-il picorer dans sa main, si elle était pure? « Est-ce que la jeune fille n’est vierge que de face, se demande-t-on ? La tapisserie n’a pas d’envers, mais la danseuse ne porte la riche robe en velours bleu que sur le devant, découvrant, quand elle se retourne son aimable postérieur.
   Après un petit détour par la scène d’Alice avec le lion et la licorne dans Lewis Caroll, quelques autres scènes sont aussi évoquées par les danseuses. Soudain le voile se déchire, le rideau tombe découvrant l’envers de la tapisserie, laissant apparaître une multitude de lapins, figurants nus et masqués qui prolifèrent, s’ébattent en une danse endiablée, sorte de sabbat de sorcières.
  Une joyeuse sarabande qui contraste avec le côté gracieux, précieux, presque hiératique de la pièce. Ce travail tout en finesse aborde la question de la représentation de la femme dans l’art occidental, en décrypte les arcanes et en révèle la face cachée. Gaëlle Bourges explorant, comme à son habitude, la relation entre spectacle vivant et histoire de l’art, nous offre ici un très beau moment de danse et de théâtre.

Mireille Davidovici

Jardins du Lycée Saint-Joseph, jusqu’au 21 juillet. Et le 16 octobre, à l’Echangeur de Picardie ; le 3 mars à l’Espace Pluriel à Pau;  le 7 avril, au Théâtre de l’auditorium de Poitiers.

Toi(t) du monde

 

 toi(t)

Toi(t) du monde, texte, interprétation et mise en scène de Serge Boulier

Toits d’ardoises, ravissants balcons, fenêtres illuminées… Mais que se passe-t-il derrière les façades ? Elle, marionnette à robe rouge, juchée sur un tiroir, observe ce drôle de quartier perché dont les maisonnettes, au sommet de tabourets-pilotis, semblent isolées les unes des autres. Elle est mélancolique, sans qu’on sache pourquoi, car la tristesse ne s’explique pas toujours. Le spectacle de la vie des autres va-t-il sécher ses larmes ?
Le théâtre miniaturiste de Serge Boulier, petit monde fragile et gracile, nous fait partir à la rencontre des intérieurs. Les nombreux habitants qui peuplent son univers sont de galantes marionnettes à doigt ou à fil, dont les costumes de cotonnade et de carton blancs sont esquissées avec quelques délicats traits de crayon. Leurs visages aux traits âgés et aux crânes chauves évoquent la vieillesse, un âge peu médiatisé, peu visible, ici dévoilé avec pudeur.
Nous rencontrons ainsi Eugène et sa voisine Mélanie qui se saluent chaque dimanche, à heure fixe, sans oser franchir le pas de s’inviter. Adèle, la petite fille aux valises, qui pense à son papa quand elle est chez sa maman, et inversement. Josette qui met ses chaussettes dans le congélateur. Léon tourmenté par un crabe.

 Timidité, séparation, Alzheimer, cancer, handicap… Petits tracas et gros soucis de l’existence sont évoqués dans de courtes saynètes du quotidien. Sous les toits, il y a toujours un «toi» qui veille. La finesse des détails comme des sentiments émeut. Chacun selon sa sensibilité.
Ce petit théâtre de l’existence, dorloté par Serge Boulier, relie les êtres les uns aux autres avec simplicité et bienveillance. Il fait sobrement l’éloge du sourire, émerveille avec de petits tours de passe-passe, une magie qui met un peu de baume au cœur, à l’image de ces vivifiantes touches de rouge qui égaient, ici ou là, la grisaille.

 La scénographie, ballet de gestes doux et de soins essentiels, célèbre un monde où le mouvement, à travers le petit pas de côté, supplante les peurs et les grands discours.

 Stéphanie Ruffier

Maison du théâtre pour enfants, Monclar, tous les jours jusqu’au 25 juillet, à 14h30. Relâche le 19.

Le Crocodile

Le Crocodile, d’après F. M. Dostoïevski, traduction d’André Markowicz, adaptation de Leo Cohen-Paperman et mise en scène en collaboration avec Lazare Herson-Macarel,

spectacle_13800D’un ton burlesque, quelque peu ébahi, le narrateur Semione Semionitch (Lazare Herson-Macarel) commence  ainsi le récit pétersbourgeois du Crocodile: « C’est le 13 janvier de l’année 1865, sur le coup de midi et demie, qu’Elena Ivanovna (l’épouse d’Ivan Matveïtch, mon savant ami et je puis dire : mon copain en même temps que mon petit cousin) éprouva le désir soudain de voir le crocodile que l’on montrait dans le Passage. »
  En ami de la maison, Semione Semionitch participe à cette sortie du couple où la première rencontre avec le monstre étrange laisse d’abord les visiteurs froids. Puis, s’élève un cri strident, quand le narrateur contemple, malgré lui, une scène d’effroi bestial et d’horreur carnassière :«Je vis, ô Dieu ! Je vis, dit l’infortuné Ivan Matvéïtch, qui, saisi par le milieu du corps dans les terribles mâchoires du crocodile et soulevé, agitait horizontalement dans l’espace des jambes désespérées. Il disparut en un instant. »
Le propriétaire et manager allemand de l’animal exotique (Clovis Fouin) ne permet pas qu’on touche à sa bête vorace car le public qui afflue paiera une entrée à vingt kopeks pour voir ce spectacle inouï, une manne providentielle, une aubaine.

 Et plus étrange encore, la réaction de la victime engloutie, Ivan Matveïtch (Émilien Diard Detoeuf), qui exige qu’on considère les choses d’un point de vue économique strict.
 L’épouse du prisonnier (Morgane Nairaud) que le narrateur courtise ne comprend guère cet aspect de la réalité. Et l’amoureux de discourir sur les résultats bienfaisants de l’accumulation des capitaux étrangers dans la patrie, cela d’autant qu’il a lu le matin même des articles sur ce sujet dans Les Nouvelles de Petersbourg.
Le récit est annonciateur d’une littérature moderne qui sonne l’avènement de ce qu’on a pu appeler historiquement «le reniement achevé de l’homme ». Parabole à la fois fantastique et comique sur la considération des problèmes socio-économiques qui évacuent d’emblée la question de la survie ou de la sauvegarde existentielle. Pour le metteur en scène, en cette période de naissance du libéral-capitalisme, le crocodile est à la fois propriété privée et source de revenus : donc inviolable.

 Mais comment libérer le prisonnier ?  Désire-t-il sortir vraiment de sa prison, ou préfère-t-il penser, parler et être écouté? Une métaphore des servitudes volontaires auxquelles se soumettent les individus. Le spectacle, adapté par le metteur en scène et Lazare Herson-Macarel qui joue aussi dans la pièce (Il avait monté l’an dernier avec bonheur Falstafe de Valère Novarina dans le In), est conçu pour cinq acteurs qui vendent leur âme au diable, le temps d’une satire politique, un vaudeville cauchemardesque, un drame de l’absurde.
  Mais la troupe ne fait pas dans la dentelle, mêlant et emmêlant les genres, cabaret, monstres de foire, cirque, tableau naïf de conte enfantin ou cauchemar, facéties à bon marché de comédiens à bout de souffle qui usent d’une belle énergie mais utilisée à mauvais escient, ce qui entraîne le spectacle dans la vacuité…

Véronique Hotte

La Caserne des pompiers, jusqu’au 22 juillet à 15h, relâche le 17.

 

 

Sur la page Wikipedia de Michel Drucker, il est écrit que ce dernier est né un douze septembre à Vire

Festival d’Avignon :

Sur la page Wikipedia de Michel Drucker,  il est écrit que ce dernier est né un douze septembre à Vire, texte et mise en scène d’Anthony Poupard.

  68_20141003tjv-1024x681Silence! On entre en religion. Le respect des rituels est indispensable à la réussite de “la petite réunion d’un soir » qu’Anthony Poupard et le public vont  « bâtir ensemble ». Le ton est donné avec familiarité, solennité et humour tout à la fois : nous pénétrons dans le royaume du théâtre populaire/élitaire pour tous.
  Frisson dans le noir. Avec interdiction de renifler, toussoter, manger. Cela commence avec la grandiloquence des partis-pris assumés : noir total, boue, fumigènes, lumière rougeoyante, sexe à l’air.  Le théâtre est chose sérieuse pour ceux qui s’y adonnent avec un discipline monastique, comme ce comédien associé au CDR de Vire qui a dû avaler un paquet de couleuvres pour exercer son métier dignement.
Humilité et pauvreté sont toutefois peints avec une auto-dérision mordante. Anthony  Poupard n’est pas du genre à poser ses fesses dans le canapé rouge de Michel Drucker le dimanche, même si aux yeux de son grand-père, ce serait une forme de consécration. Dans ce solo,  il affronte les éléments et ce qu’on appelle le «non-public» : ici, des ruraux peu enclins à céder leur salle des fêtes pour une mise en scène de théâtre contemporain. On suit donc les tribulations de ce courageux pèlerin de l’art, courant à la recherche de reconnaissance.
Le résultat ? Un solo aussi décalé et chargé que son titre. S’y succèdent des interprétations investies de Thésée (oui, « la nudité c’est costume ! »),  des scènes d’intimité avec Papou un peu téléphonées, et d’hilarantes confrontations avec ceux qui soutiennent, avec plus ou moins d’enthousiasme, l’exigeant projet.
Le dispositif scénographique, fondé sur la relation entre le personnage du comédien et ses deux techniciens à vue sur le plateau, est bien rôdé.  Changements de lieux et  vivier de portraits au vitriol s’enchaînent avec une efficacité galvanisante. Jean-Noël, le « dir prod prog » de la Capitale, et Mme Sévranisté, l’élue qui va chercher ses ouailles au porte-à-porte, sont particulièrement savoureux.

  Ceux qui fréquentent assidument les milieux culturels reconnaîtront forcément qui un collaborateur snob, qui, un collégien récalcitrant, qui, un politique soupçonneux mais pragmatique.
Il y a quelques facilités dans cette proposition iconoclaste. La sobriété n’est pas au menu. Mais Anthony Poupard mouille sa chemise avec sincérité. Quel public vise-t-il? Les gens de la culture aptes à rire de leur consanguinité ou les béotiens qui préfèrent aller au spectacle pour se détendre et se méfient comme de la peste des exigences des intellos?

  Les deux sans doute, pour les réconcilier dans le partage de leurs ridicules, craintes et espoirs. Aussi, l’équipe du spectacle entretient-elle un climat de convivialité, offrant gâteaux et calvados-tonic aux uns et aux autres. Comment ne pas saluer le militantisme de l’artiste qui remet sans cesse son ouvrage sur le métier ?

Stéphanie Ruffier

 La Manufacture, jusqu’au 25 juillet, 22h.

 

 

Du Bruit sur la langue

Du Bruit sur la langue par la compagnie de l’Œil brun

   Du bruit sur la langue-Alain BujakArpenteurs du réel, collecteurs de parole, Karim Hammiche et Leïla Anis ont mêlé un peu de leur propre parcours, aux récits de vie que les habitants de la région drouaise leur ont confiés. Cette prise directe avec le réel, signature de la compagnie, fait toute la puissance d’une écriture qui ausculte les choix difficiles d’une fratrie.
Solal et sa sœur Chams sentent leur avenir bouillonner dans leurs veines, se bousculer sur leur langue. Des études à Sciences Po-Paris, une carrière dans la danse : de quelle orientation professionnelle, peut rêver une jeune provinciale issue d’un milieu populaire dans les années  80 ?

En 1984, la liste RPR-FN l’emporte sur celle du P.S. aux élections municipales. La ville absorbe péniblement les secousses économiques des chocs pétroliers. Les jeunes cherchent leurs mots. Comment s’autoriser à prendre la parole, et à trouver sa place sur un plateau ou dans une manif pour les droits des Beurs? Les questions sur la démocratisation culturelle, la place de la femme et du fils d’immigré dans la société résonnent encore.
   Dans une mise en scène minimaliste où charpenterie, cuisine et lieu de création théâtrale peuvent se déployer, la lecture sobre et vigoureuse  qui nous est proposée à l’espace 40 de la Manufacture, trouve un nouveau lieu à sa mesure. Les voix des sept personnages incarnés par trois comédiens sont portées avec justesse autour d’une table en stratifié, cernée de miroirs.
  La remontée dans les années 80 prend place dans ce kaléidoscope de visages, reflets de l’entremêlement de la fiction et du réel, de soi et des autres, échos de trajectoires. L’émotion est palpable et ce théâtre documentaire fait ici œuvre de mémoire. Pas d’angélisme, l’imaginaire cède souvent la place aux nécessaires compromissions avec l’ordinaire.
On apprécie cette approche réaliste et sensible des petits destins qui osent prendre les chemins de traverse de l’art. La parole forte, finement portée, atteint sa cible.

 Stéphanie Ruffier

Lecture à l’Espace 40 de la Manufacture, 40 rue Thiers, les 18 et 19 juillet, à 16, 18 et 19 heures.

 

 

Monument O

Festival d’Avignon:

Monument O : Haunted by wars (1913-2013) par Eszter Salamon

 

150715_rdl_0163Ce Monument zéro, dressé par Eszter Salamon en mémoire des guerres, souvent oubliées ou méconnues, est le premier acte d’une série qui reconsidère l’histoire du vingtième siècle au regard de celle de la danse. La chorégraphe, maintenant associée au Centre national de la danse, à Paris, a proposé à ses six interprètes d’investir des danses guerrières tribales issues de régions marquées par des conflits.
Au cours des cent dernières années, plus de trois cents guerres ont eu lieu hors des pays occidentaux,  ce dont il est question ici. En solo, puis en duo, puis à trois, quatre, cinq, les danseurs, le corps couvert de peintures de guerre, les visages grimés, comme masqués, émergent, fantômes en noir et blanc, venus d’un ailleurs, portés par des chants archaïques, des cris et des onomatopées agressifs.

  Constituant à la fin, un chœur héroïque. Il y a de beaux moments de danse avec la découverte de gestuelles surprenantes, mais le spectacle s’éternise dans un enchaînement un peu décousu, ponctué par des noirs systématiques.
 Une belle image clôt la pièce : les danseurs installent en silence des panneaux noirs et blancs ou figurent des dates de conflits mais aucun nom. Alignés comme les croix d’un cimetière des  guerres inconnues. Mais cette image est détruite par l’apparition d’un olibrius dégingandé aux allures de travesti.
Il y a aussi de  beaux moment vocaux, comme ce lamento venu des profondeurs de la souffrance, ou ces chants en canon proférés par le chœur. L’intérêt ethnologique de la pièce est indéniable, même si, par moments, elle paraît longue et pesante.

 Mireille Davidovici

Une autre vision de ce spectacle:

En fait de monument, l’espace vide, noir, semble absorber et enterrer toutes les atrocités commises durant les guerres séculaires,; on devine dans la pénombre six corps terrassés… Tout autour du plateau, une rangée de petits panneaux obscurs, pudiquement tournés contre les trois murs dissimulent les dates honteuses des conflits provoqués, ou indirectement déclenchés par les puissances occidentales dans les pays autrefois colonisés. C’est sur ce sol nu que des personnages fantasmagoriques viennent danser des entrelacs de vie et de mort.
Eszter Salomon, d’abord formée à la danse traditionnelle hongroise, passée ensuite par la danse classique et contemporaine, s’est imprégnée de la gestuelle de danses tribales  pour illustrer l’éternel retour des combats et des morts. Rythmes  africains, scansions et mouvements inspirés de Bali, du Tibet, du Moyen-Orient, et du vaudou caribéen … Gestes immémoriaux d’ancrage dans la terre. La chorégraphe les « incorpore » les « cannibalise ». Et  La Danse macabre de Saint-Saens s’acoquine ici avec le haka.
Les costumes rayés ou tachetés de noir et blanc-gris fumé font, par persistance rétinienne, naître et disparaître des squelettes. Et les parades collectives produisent de beaux tableaux mêlant sublime et distorsion, tels les grotesques des cathédrales.

  Folklore et rites mortuaires pointent le bout de leur masque. Les personnages effrayants portent une humanité attachante, avec des sourires morbides rappelant les calaveritas de azucar, ces petites crânes en sucre mexicains, ou masques mortuaires grimaçants, roulant des yeux, font songer à l’univers funèbre grand guignol de Tim Burton. La mort leur va si bien. Entre effroi et humour.
Mais voilà… passée la surprise des premiers ballets et solos fascinants, le dispositif hypnotique est souvent répétitif, et les petits groupes apparus au lointain viennent exhiber leurs postures effrayantes au proscénium, de façon un peu systématique. Deux tableaux  particulièrement emballants : un chœur de cœurs qui respirent et battent à l’unisson.
Rythmique universelle soulevant l’enthousiasme. Et il y a cet immense danseur chapeauté et drapé de blanc, grande aristocrate anglaise, promenant sa nonchalance dégingandée au milieu des dates historiques. Envoyant tout valser avec l’impudence et la rage de la vie.
Mépris du passé ou table rase pour mieux renaître ? Les vivants abandonnent leurs oripeaux morbides et regagnent peu à peu leurs costumes de chair.

 Stéphanie Ruffier

Cour du lycée Saint-Joseph jusqu’au 22 juillet et le 15 octobre à l’Arsenal de Metz. Au printemps 2016, Théâtre des Amandiers, Nanterre. Et en septembre 2016,  Biennale de la danse à Lyon.    

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