Festival interceltique de Lorient: Denis Prigent

Festival Interceltique de Lorient 2015 :


Denez Prigent:  Ul liorzh vurzhudus  Un jardin magique »

   DenezUne gwerz (au pluriel gwerzioù) est une ballade, une complainte, un chant breton populaire qui fait le récit d’une aventure ou expérience de vie, souvent triste ou tragique.
  Le genre va de l’anecdote de dimension universelle : incendie, naufrage, trahison, assassinat, épidémie, jusqu’à l’épopée historique ou mythologique. L’événement catastrophique dans la gwerz n’est jamais abordé de plein fouet, mais par une composition en spirale, à la façon d’une ronde, avec un prologue narratif, puis en introduisant tel ou tel personnage.
L’un des plus célèbres auteurs et interprètes actuels de gwerzioù est Denez Prigent. Parmi de savoureux morceaux d’anthologie, Gwerz Kiev, une évocation de la famine de la ville ukrainienne de 1932 à 1933, est reprise par le barde contemporain lors de son fameux concert à l’Espace Marine du FIL à Lorient.   

    Denez Prigent qui parle avec talent de la vie traditionnelle en Bretagne, témoigne aussi du monde alentour, au-delà des frontières territoriales et linguistiques. Ses gwerzioù, chantées en breton et traduites en français, parfois écrites d’abord en anglais, ont trait, entre autres, à l’épidémie d’Ebola au Zaïre, à l’usine de Copsa Mica en Roumanie, à la prostitution aux Philippines, à l’infanticide en Inde, au massacre de Nyarubuyé au Rwanda en 1994.   
  L’interprète, responsable et lucide, se tient de plain pied face au monde, engagé à la fois dans une vision artistique et politique qui fait la part belle aux difficiles réalités sociales, économiques et celles dites humaines: terrain de prédilection des questionnements métaphysiques.   
   Ce chanteur inspiré fait allusion à un voyage de sept ans qui lui a permis d’arpenter la planète et ses diversités. La Grèce ou bien l’Andalousie sont au rendez-vous de ses gwerzoù égrainées dont l’élégance et la tenue ne trahissent jamais l’attente de l’auditoire.
  Par de-là ses pérégrinations, le compositeur n’en avoue pas moins aimer revenir en Bretagne, sur le seuil de ses origines, avec une conscience existentielle d’autant plus aiguë et à fleur de peau.
   Prenant appui sur ses meilleurs thèmes musicaux et mémoriaux, le chanteur présente aussi son nouvel album paru cette année, Ul liorzh vurzhudus (Un jardin magique), paru douze ans après le précédent, Sarac’h (2003).
  Denez Prigent a chanté dix ans sur les scènes nationales et internationales, ce qui représente un véritable laboratoire de recherche et d’expérimentation, tout en s’adonnant passionnément à l’écriture. Il a ainsi composé cent seize gwerzioù de quatre-vingts couplets dont douze sont reprises dans cet album.
La nostalgie du pays perdu ou lointain, la contemplation de la nature consolatrice, l’amour et la mort n’en demeurent pas moins la toile de fond de paysages intimes qui touchent à l’universel.

  Il a su renouveller l’art de la gwerz, avec  des sonorités diverses à la mixité rare et au métissage précieux : celtiques, grecques, slaves, tziganes ou yiddish, qui s’entremêlent pour livrer au public un rêve vivant, une mosaïque musicale et poétique de belle intensité, avec une voix profonde et énigmatique, puissante et fascinante qui fait siennes toutes les blessures de l’existence : inquiétudes, douleurs et maux d’amour du dur métier de vivre.
  À côté de ce noir soleil d’une mélancolie instinctive propre à certaines mélodies, des chants plus légers diffusent la joie et le sourire amusé. Sur le plateau, se déclinent ainsi le kan ha diskan, marches et danses plin ou fisel ouvertes sur des sonorités andalouses, balkaniques ou arméniennes.
   En compagnie du poète, de très bons musiciens qui jouent de la contrebasse, diverses percussions, de la guitare, de l’accordéon (Alain Pennec), du violon, de la bombarde, du biniou et autres poly-instruments à vents (flûte, duduk arménien et autres hautbois). Denez  Prigent est un gitan breton, chemise blanche et veste de cuir, bague au doigt et chevelure flamenco : il vibre à l’écoute des bruits de l’univers…

 Véronique Hotte

 Spectacle vu à l’espace Marine le 9 août.

 


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