Le Parlement par le Théâtre de l’Unité

Festival d’Aurillac:

Le Parlement par le Théâtre de l’Unité

Parlement2« C’est un spectacle, vous êtes sûrs ? Pas plutôt une de ces rencontres-débats pour les pros : les élus et les intermittents du spectacle ? ». Jean-Paul,  habitué du festival d’Aurillac, à la lecture du programme, hésite : la nouvelle proposition du Théâtre de l’Unité, est-ce de l’art ou une cochonnerie politique? Une réaction symptomatique de la défiance et du ras-le-bol que génère la Politique.
  Le Parlement, forme hybride encore en rodage démocratique, conçue et mise en scène par les  infatigables routiers du théâtre de rue, Hervée de Lafond et Jacques Livchine, au contact des habitants d’un quartier d’Amiens. Leur revendication : voir la parole du peuple enfin portée. A Aurillac, l’hémicycle de pierre qui borde une petite arène sablonneuse du jardin des Carmes semble le lieu idéal pour mener à bien cet ambitieux projet de revivification du débat populaire qui en a grandement besoin.
  Le spectacle, (c’en est bien un) lance les hostilités une demi-heure avant l’heure annoncée: il s’agit de trouver un Président d’assemblée. Après plusieurs spectateurs dont une doyenne récalcitrante désignée par un enfant à l’aveuglette, la candidate idéale est trouvée : «Petite, vieille, moche, avec un prénom ridicule», il s’agit…d’Hervée de Lafond. Car ici, comme ailleurs, les «votes sont truqués». Elle endosse aussitôt son meilleur rôle : la Mère Fouettard. « Moi, je peux me permettre ce que je veux ! » Les espoirs de démocratie, on s’assoit d’emblée dessus. Le rythme doit en effet être mené à la baguette. Car des lois à discuter, il y en a un paquet ! Elles ont été affinées le matin par des festivaliers volontaires d’Amiens, de Caen, et d’Aurillac… réunis à onze heures à la Chapelle des Carmes juste à côté.
   Il y a sur l’aire de jeu la Présidente baptisée la Provisoire, les cinq acteurs amateurs (deux hommes et trois femmes) de la Brigade d’Improvisation de Pau en rang d’oignon, tous de rouge vêtus, Jacques Livchine avec fiche, cigarillo et appareil photo rituels. Et les Chochottes, deux pimpantes chanteuses de cabaret, et enfin l’inénarrable chansonnier pragmatique Didier Super, lunettes rafistolées, T-shirt trop petit et bide à l’air, guitare électrique en bandoulière qui nous rassure : «C’est pas parce que c’est un spectacle du In, que ça va être chiant. »
  Et c’est parti pour une heure de débats. Ici, on prend le pouls des véritables préoccupations de nos concitoyens. Parmi les lois discutées ce jour-là, du sérieux et du grand guignol :  lutte contre la désinformation médiatique sur les immigrants, valorisation du vélo en ville, soin de dents à un euro,  non-cumul d’amendes autoroutières, verres de lunettes teintés pour voir la vie en rose… Un petit débat avec micros acheminés avec un amusant empressement catastrophique par les gens de la Brigade  vers le public et, hop, on passe au vote, avec la même hâte.
 Palement On apprécie la composition hétéroclite des parlementaires. Sus aux élus types: mâles, blancs, chenus, bourgeois ! Le crachoir est tenu par un punk avec canette de bière, une institutrice varoise, un Parisien à chemise hawaïenne, un homme en colère qui n’hésite pas à exhiber son dentier, un sosie de Johnny… Cette galerie de portraits bigarrés est, en soit, des plus réjouissantes. Aucun représentant de la finance. Un seul élu, un maire alsacien qui n’hésite pas à annoncer le montant de son indemnité (2.200 €) mais qui ne rigole pas du tout, quand on ose lui parler de dessous de table…
  On nous avait promis des moments de discussion, de polémique… En réalité, madame La Provisoire a la réplique sèche. Qui veut participer aux débats, doit affiner ses arguments. Car ,si la digne et truculente meneuse de jeu, sur son perchoir d’arbitre de tennis, dit «ne pas aimer la vulgarité», les trop systématiques: »Ta gueule », «connard», «raclure» et «trou du cul» mettent un terme autoritaire aux palabres maladroites. La libre parole, ce n’est pas donc pas encore pour aujourd’hui !
  Dans le public, on sent pourtant une véritable envie de s’exprimer et d’approfondir les débats! Et une certaine frustration des spectateurs quand des amorces de réflexions nuancées sont avortées. Réduire le nombre de lois permettrait sans doute de laisser un peu de lest aux spectateurs. Les courts intermèdes poétiques  (Edgar Morin, Pepe Mujica, le charismatique ancien président de l’Uruguay, Louis Aragon et Maïakovski) apportent du grain à moudre et quelques cheveux sur la soupe.
Les distinguées Chochottes deux jeunes femmes l’une pianiste et l’autre chanteuse offrent un contre-chant primesautier. Mais ce sont surtout les songs brechtiens en diable de Didier Super qui insufflent une distanciation politique salutaire. Pas de: «tous pourris» populiste, le chanteur aux riffs dissonants appuie là où ça fait mal: «La droite, la gauche, c’est toujours la droite».
Spectacle participatif hybride, énergique et franc du collier, ce parlement de bric et de broc a de beaux jours devant lui, et redore le blason de « populaire » avec des propositions iconoclastes où s’invite avec malice une dose de mauvaise foi et de manipulation.

  La démocratie sans démagogie, c’est pas du gâteau. Le Théâtre de l’Unité a l’audace de se frotter à l’exercice avec un humour féroce et une véritable tendresse pour l’humain. Mixant utopie et empirisme, ce théâtre caméléon-actif promet de se frotter aux politiques «d’en haut» pour enrichir le débat de 2017. Les conclusions de ces quatre jours de discussions parlementaires seront envoyées (promis-juré dit la Provisoire) à Manuel Vals et François Hollande, ainsi qu’aux ministres concernés…

 Stéphanie Ruffier

 Festival d’Aurillac : du 19 au 22 août, Jardin des Carmes à 18h. Gratuit. Attention: venir une heure en avance, si vous voulez être assis sur les gradins.

 


Archive pour 20 août, 2015

Le Parlement par le Théâtre de l’Unité

Festival d’Aurillac:

Le Parlement par le Théâtre de l’Unité

Parlement2« C’est un spectacle, vous êtes sûrs ? Pas plutôt une de ces rencontres-débats pour les pros : les élus et les intermittents du spectacle ? ». Jean-Paul,  habitué du festival d’Aurillac, à la lecture du programme, hésite : la nouvelle proposition du Théâtre de l’Unité, est-ce de l’art ou une cochonnerie politique? Une réaction symptomatique de la défiance et du ras-le-bol que génère la Politique.
  Le Parlement, forme hybride encore en rodage démocratique, conçue et mise en scène par les  infatigables routiers du théâtre de rue, Hervée de Lafond et Jacques Livchine, au contact des habitants d’un quartier d’Amiens. Leur revendication : voir la parole du peuple enfin portée. A Aurillac, l’hémicycle de pierre qui borde une petite arène sablonneuse du jardin des Carmes semble le lieu idéal pour mener à bien cet ambitieux projet de revivification du débat populaire qui en a grandement besoin.
  Le spectacle, (c’en est bien un) lance les hostilités une demi-heure avant l’heure annoncée: il s’agit de trouver un Président d’assemblée. Après plusieurs spectateurs dont une doyenne récalcitrante désignée par un enfant à l’aveuglette, la candidate idéale est trouvée : «Petite, vieille, moche, avec un prénom ridicule», il s’agit…d’Hervée de Lafond. Car ici, comme ailleurs, les «votes sont truqués». Elle endosse aussitôt son meilleur rôle : la Mère Fouettard. « Moi, je peux me permettre ce que je veux ! » Les espoirs de démocratie, on s’assoit d’emblée dessus. Le rythme doit en effet être mené à la baguette. Car des lois à discuter, il y en a un paquet ! Elles ont été affinées le matin par des festivaliers volontaires d’Amiens, de Caen, et d’Aurillac… réunis à onze heures à la Chapelle des Carmes juste à côté.
   Il y a sur l’aire de jeu la Présidente baptisée la Provisoire, les cinq acteurs amateurs (deux hommes et trois femmes) de la Brigade d’Improvisation de Pau en rang d’oignon, tous de rouge vêtus, Jacques Livchine avec fiche, cigarillo et appareil photo rituels. Et les Chochottes, deux pimpantes chanteuses de cabaret, et enfin l’inénarrable chansonnier pragmatique Didier Super, lunettes rafistolées, T-shirt trop petit et bide à l’air, guitare électrique en bandoulière qui nous rassure : «C’est pas parce que c’est un spectacle du In, que ça va être chiant. »
  Et c’est parti pour une heure de débats. Ici, on prend le pouls des véritables préoccupations de nos concitoyens. Parmi les lois discutées ce jour-là, du sérieux et du grand guignol :  lutte contre la désinformation médiatique sur les immigrants, valorisation du vélo en ville, soin de dents à un euro,  non-cumul d’amendes autoroutières, verres de lunettes teintés pour voir la vie en rose… Un petit débat avec micros acheminés avec un amusant empressement catastrophique par les gens de la Brigade  vers le public et, hop, on passe au vote, avec la même hâte.
 Palement On apprécie la composition hétéroclite des parlementaires. Sus aux élus types: mâles, blancs, chenus, bourgeois ! Le crachoir est tenu par un punk avec canette de bière, une institutrice varoise, un Parisien à chemise hawaïenne, un homme en colère qui n’hésite pas à exhiber son dentier, un sosie de Johnny… Cette galerie de portraits bigarrés est, en soit, des plus réjouissantes. Aucun représentant de la finance. Un seul élu, un maire alsacien qui n’hésite pas à annoncer le montant de son indemnité (2.200 €) mais qui ne rigole pas du tout, quand on ose lui parler de dessous de table…
  On nous avait promis des moments de discussion, de polémique… En réalité, madame La Provisoire a la réplique sèche. Qui veut participer aux débats, doit affiner ses arguments. Car ,si la digne et truculente meneuse de jeu, sur son perchoir d’arbitre de tennis, dit «ne pas aimer la vulgarité», les trop systématiques: »Ta gueule », «connard», «raclure» et «trou du cul» mettent un terme autoritaire aux palabres maladroites. La libre parole, ce n’est pas donc pas encore pour aujourd’hui !
  Dans le public, on sent pourtant une véritable envie de s’exprimer et d’approfondir les débats! Et une certaine frustration des spectateurs quand des amorces de réflexions nuancées sont avortées. Réduire le nombre de lois permettrait sans doute de laisser un peu de lest aux spectateurs. Les courts intermèdes poétiques  (Edgar Morin, Pepe Mujica, le charismatique ancien président de l’Uruguay, Louis Aragon et Maïakovski) apportent du grain à moudre et quelques cheveux sur la soupe.
Les distinguées Chochottes deux jeunes femmes l’une pianiste et l’autre chanteuse offrent un contre-chant primesautier. Mais ce sont surtout les songs brechtiens en diable de Didier Super qui insufflent une distanciation politique salutaire. Pas de: «tous pourris» populiste, le chanteur aux riffs dissonants appuie là où ça fait mal: «La droite, la gauche, c’est toujours la droite».
Spectacle participatif hybride, énergique et franc du collier, ce parlement de bric et de broc a de beaux jours devant lui, et redore le blason de « populaire » avec des propositions iconoclastes où s’invite avec malice une dose de mauvaise foi et de manipulation.

  La démocratie sans démagogie, c’est pas du gâteau. Le Théâtre de l’Unité a l’audace de se frotter à l’exercice avec un humour féroce et une véritable tendresse pour l’humain. Mixant utopie et empirisme, ce théâtre caméléon-actif promet de se frotter aux politiques «d’en haut» pour enrichir le débat de 2017. Les conclusions de ces quatre jours de discussions parlementaires seront envoyées (promis-juré dit la Provisoire) à Manuel Vals et François Hollande, ainsi qu’aux ministres concernés…

 Stéphanie Ruffier

 Festival d’Aurillac : du 19 au 22 août, Jardin des Carmes à 18h. Gratuit. Attention: venir une heure en avance, si vous voulez être assis sur les gradins.

 

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