Naufrage par la compagnie Kumulus

Festival d’Aurillac:


Naufrage, un spectacle de Barthélémy Bompard, par la compagnie Kumulus

kumulusKumulus, depuis plus d’une vingtaine d’années, explore les désastres en cours de notre monde en déroute, avec une lucidité désespérée. Après Silence encombrant, une fresque terrifiante sur notre monde d’un blanc mortel voué aux rebut et Les Pendus, (Aurillac 2011) voici Naufrage qui balance entre le célèbre tableau du Radeau de la Méduse et Walt Disney.
  Sur un radeau qui tangue, hérissé d’un long mât rempli de sacs en plastique, une fête réunit des collèges de travail, personnages boursouflés et grimés à outrance, qui ne tarde pas à dégénérer en une bacchanale sauvage.
Hommes et femmes s’étreignent tête-bêche, se sucent à l’envi, sans distinction de sexe avec une ardeur désespérée. Tout le monde finit par s’endormir, puis se réveille, en se dépouillant de ses bedaines, faux seins et d’une partie de ses masques colorés. Le radeau tangue de plus en plus, et tous vont retirer les sacs du mât pour les jeter autour du radeau, après s’en être coiffé ou revêtu.
Dans cette mer déchaînée qui ne leur offre aucune issue, les sept protagonistes semblent de plus en plus désespérés!  Interprété avec vigueur par une troupe rompue aux aventures de Kumulus, ce spectacle fascine la majorité des 800 spectateurs, rassemblés autour du radeau mais en dérange certains qui libèrent heureusement des places assises.
Barthélémy Bompard, voilà plus de 20 ans, avait déclaré que s’il devait changer de métier, il serait éboueur des mers…
Naufrage en est une belle métaphore !

Edith Rappoport

Parking de la Tour, jusqu’au 22 août à 21 h 30. (Il est conseillé d’arriver en avance pour avoir des places assises!)


Archive pour 21 août, 2015

Les Armoires normandes

Festival d’Aurillac:

Les Armoires normandes, création collective dirigée par Jean-Christophe Meurisse

  IMG_1569Notre amie Véronique Hotte vous avait déjà parlé de ce spectacle (voir Le Théâtre du Blog), créé en février dernier par la compagnie des Chiens de Navarre accueillie pour la troisième fois  au festival d’Aurillac. Elle n’avait pas caché sa sympathie mais aussi sa grande déception…
Effectivement, que voit-on sur ce plateau couvert de sable blanc où il y a juste quelques meubles et accessoires?  Une série de belles images, comme, au début du spectacle, où un Christ en croix, ruisselant de sang  parle de l’évolution de sa représentation dans la peinture classique, et à la fin, une petite merveille brillante d’intelligence et de sensibilité…
Autour d’une petite table noire, commence un dialogue surréaliste entre un sorte de mage et une jeune femme qui  vient de perdre son compagnon dans un accident de moto.
Le soi-disant mage, accumule les maladresses puis va faire revivre vocalement ce jeune homme en tenant serrées dans les siennes les mains de son amoureuse, éperdue de reconnaissance. Silence impressionnant dans le public… Et il y a aussi un duo dansé de deux yetis aux très longs poils symbolisant le couple humain…
Mais il faut les mériter ces deux courtes scènes! En effet, e
ntre le début et la fin, pas vraiment de trouvailles mais une déclinaison de facilités et de stéréotypes du théâtre contemporain comme ces airs d’opéra pour accompagner les dialogues et faire de l’effet  à bon compte, ou cet homme nu (on en a vu des paquets de dix au dernier festival d’Avignon! que l’on voit se réveiller le matin… Le  monologue est dit par un acteur au micro côté cour, et les bruitages (chasse d’eau, etc…) sont aussi faits en direct au micro par d’autres comédiens. Pas bien nouveau et pas d’un grand intérêt non plus, mais habile pour séduire des classes de collégiens, et bien réalisé…
 Et une série de sketches sur les ennuis sentimentaux et/ou sexuels d’un couple.  Cela se veut parodie de téléréalité, et pipi-caca au second degré, mais, comme d’habitude, le second degré rejoint vite le premier… Tous aux abris et on commence à s’ennuyer ferme. D’autant que les personnages  se répètent parfois comme cette Céline que l’on voit dans deux tableaux différents et qui finit par accoucher d’un bébé encore couvert de sang que les invités de la noce vont se refiler comme un ballon de rugby.
Bon, on veut bien, mais, côté  provoc et noce foireuse, le filon a été depuis longtemps trop exploité et dans le genre, ( voir Bertold Brecht et Le Théâtre de l’Unité avait fait beaucoup mieux, il y a déjà une  trentaine  d’années.
  “Les Chiens de Navarre, disent-ils, ne veulent surtout pas perdre le présent sur un plateau. Parce que le présent, c’est notre liberté. Nous sommes libres de faire ce que nous voulons(… )Et, comme nous sommes de très mauvais interprètes, nous préférons ne pas nous mettre à dos un auteur, surtout s’il est vivant. “
Double erreur: 1) De la liberté sur un plateau, ne naît généralement pas grand chose ou un nouveau boulevard aussi mauvais que l’ancien comme ici, et il y a toujours un maître d’œuvre qui fait la loi dans les créations dites collectives, en l’occurrence dans ce spectacle, Jean-Christophe Meurisse qui a maintenant depuis quelque dix ans une bonne expérience du plateau (scénographie, lumières, son, direction d’acteurs… 2) Les comédiens ne sont absolument pas de mauvais interprètes, et sont tous remarquables de vérité.

  En fait, ce qui manque terriblement ici, c’est un fil rouge et une véritable dramaturgie… Et cette série de sketches, avec deux fausses fins, déjà un peu lente en une heure quarante, n’en finit pas de finir, quand le rythme du début s’affaisse…
  Cela dit, le théâtre d’Aurillac est bourré, et le public est lui majoritairement ravi de cette bulle de savon qui ne manque parfois pas  de qualités mais qui ressemble encore trop au tissu d’improvisations qui a donné naissance à un spectacle mal cousu, et bien trop long.
Mais ces Armoires normandes-ce serait trop compliqué- ne seront pas revues et modifiées. Dommage! Donc à voir seulement si on est fana du travail des Chiens de Navarre… Et encore!

Philippe du Vignal

Théâtre d’Aurillac jusqu’au 22 août (spectacle payant). Et ensuite en tournée.

 

La Géographie des bords

Festival d’Aurillac:

La Géographie des bords, conception générale de Jeff Thiébaut, scénographie de Patrick Vindimlam

04-Delices-DADA_La-Geographie-des-BordscPatrice-TerrazJeff Thiébaut promène depuis longtemps ses étranges et poétiques personnages issus d’un univers fantasmé, comme dans  Le Circuit D, Les  Visites guidées, Les Tragédiques (1996), Indigènes (2003) et Noir (2006). On en sort désorienté, mais jamais indifférent.
  Cette Géographie des bords attire une foule compacte rassemblée devant une porte fermée, où l’on croise un Mongol coiffé d’un bonnet de fourrure qui débite son boniment. Les portes s’ouvrent, nous nous retrouvons dans un enclos où deux installations mécaniques tournent sans fin, une bonimenteuse casquée nous invite  avec un fort accent hispanique à nous «mettre en osmose parfaite avec les terrains d’expérimentation».
Elle enlève son casque, sort de notre espace adossé à un camion, on entend des bruits inquiétants de glouglous, un personnage ressort hilare pour proférer un discours muet, puis des borborygmes..Direction le stade de Wembley ! On nous sépare en deux groupes pour une visite guidée dans les rues avoisinantes.

  Dans le groupe 2, notre guide présente un étrange appareil, y goûte, évoque un picotement des gencives et des molécules nutritives avec lesquelles la faim dans le monde pourrait être résolue. Anton avec sa chapka asiatique prend le relais avec un hula-hoop qu’il façonne en 8, et le laisse se replier sur lui-même, après avoir sangloté.
«Le bord de mer, c’est aussi le bord de terre ! » Un discours sur le béton et l’assèchement inéluctable de la mer d’Arral met fin à cette dernière station, avant qu’on nous ramène à notre point de départ, où un nouveau groupe pourra suivre la visite guidée…

  Il faut accepter de continuer à perdre le Nord à la suite de ces tendres hurluberlus qui se risquent dans d’improbables acrobaties,  pour déguster leur poésie farfelue.

Edith Rappoport

www.delices-dada.org


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