Michel Corvin

Adieu Michel Corvin

   377-mcorvin_photo083Michel Corvin nous a quitté brutalement hier. Il allait avoir 86 ans. Spécialiste du théâtre du XXème siècle, il avait enseigné à l’université de la Sorbonne nouvelle mais aussi à l’Ecole d’Acteurs de Cannes.
Il avait écrit entre autres Le théâtre nouveau en France, PUF, 1963,  Le théâtre nouveau à l’étranger, PUF, 1964 et écrit une thèse sur le laboratoire Art et action dont une version abrégée avait paru à L’Age d’Homme en 1974. Mais on lui doit aussi l’édition en Pléiade de Jean Genet, dont il était le spécialiste.

Il avait aussi coordonné un remarquable instrument de travail, Le Dictionnaire encyclopédique du théâtre , Bordas, 1991 qui fut plusieurs fois réédité,  avec quelque 2.100 articles transversaux, qui se donnait pour ambition de fournir une information historique, esthétique sur les praticiens du théâtre: auteurs, metteurs en scène, théoriciens, décorateurs, scénographes, architectes. Mission bien remplie ! Et une Anthologie critique des auteurs dramatiques européens (1945-2000), (Éditions théâtrales, 2007) et un Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, Bordas, 2008.
   Rien du théâtre actuel ne lui échappait, et on le voyait très souvent au premières, à la fois dans les grands théâtres mais aussi dans des salles plus confidentielles, voire marginales. Il aura formé de nombreux enseignants et chercheurs.
Avec lui s’en va un grand spécialiste de l’histoire et de la pratique du théâtre, à l’humour souvent cinglant qui n’avait pas peur de dire ce qu’il pensait,  mais reconnu et admiré de tous… Adieu Michel, nous n’oublierons pas tout ce que tu as apporté au théâtre contemporain.

Philippe du Vignal

Un hommage lui sera rendu aura lieu ce mardi 25 août à 11h, au Funérarium du Père-Lachaise à Paris.


Archive pour 22 août, 2015

Bretonnes de Charles Fréger

Bretonnes de Charles Fréger, nouvelle de Marie Darrieussecq, commentaire d’ Yann Guesdon, illustrations de Fred Margueron

 

bretonnes-1_large_rwdÀ l’origine, écrit Yann Guesdon qui médite avec passion sur l’histoire et le devenir des coiffes bretonnes, en épilogue à l’ouvrage Bretonnes de Charles Fréger, la coiffe sert d’une part, à protéger la tête du vent, de la pluie ou du soleil, mais aussi à cacher volontairement la chevelure pour ne pas attirer la convoitise des hommes et respecter ainsi l’ordre moral imposé par la religion.
L’étude souffre de l’absence de documents anciens qui ne permet pas de remonter avant le XVIIème siècle. Du XVIIème au XVIIIème siècle en revanche, les mentions se font plus précises, les descriptions auxquelles s’essaient les greffiers, connaisseurs en matière de diversité vestimentaire, sont éloquentes, que l’on soit en Haute ou en Basse Bretagne, qu’il s’agisse de coiffe, béguin, cornette, jobeline, capot à la mode de telle paroisse, ainsi la dénomination, «femme portant la coiffe à la mode de la paroisse de Beuzec-Cap Sizun».
Quant au XIXème siècle, c’est l’âge d’or de la coiffe bretonne, ce que révèle un recueil de planches dédiées aux différentes guises de Bretagne vers 1840 par un artiste ingénieux François-Hippolyte Lalaisse.
Et Yann Guesdon constate avec amusement : «Les coiffes sont alors dans toute leur splendeur et magnifient le visage féminin, alors qu’il est toujours interdit de montrer la chevelure ! »
Depuis 2000, Charles Fréger œuvre à travers le monde sur des séries de portraits de groupes engagés dans une démarche d’appartenance à un collectif : écoliers, sportifs, légionnaires, majorettes et… cercles celtiques de Bretagne.Ces jeunes gens pour la plupart appartiennent à des organisations qui impliquent le port d’une tenue vestimentaire codifiée : apprentis sumo, gardes royaux et républicains de l’Europe, élèves de l’Opéra de Pékin, patineuses et danseuses synchronisées finlandaises… Tous reliés à l’histoire culturelle, ethnologique et anthropologique des sociétés où ces jeunes évoluent.

Le photographe déploie aujourd’hui sur le territoire breton une nouvelle série photographique : Bretonnes, portraits de femmes vêtues de leurs costumes traditionnels qui  fait suite à d’autres photos réalisées, entre 2002 et 2013 comme (Hereros, Winner face, Short school haka, Empire, Opera, Painted Elephants) que l’on peut voir en même temps, que trente-cinq portraits de Bretonnes au Centre d’art et de recherche GwinZegal à Guingamp.
 Charles Fréger questionne ici les représentations dans la société contemporaine marquée par l’individualisation et la mondialisation des comportements. Pour Bretonnes, il a rencontré la plupart des membres des Cercles celtiques de Bretagne, afin de retrouver la très grande diversité des coiffes et costumes, et la complexité de ces identités attachées à un territoire.obtenir un rendu assez doux,  comme avec du pastel, entre le fond et la coiffe : de vivantes jeunes filles en fleur.L’inventaire des coiffes bretonnes laisse apparaître des demoiselles d’aujourd’hui, avec des coiffes de travail ou de cérémonie, en coton amidonné et dentelle, posant devant une chapelle ou une lande en bord de mer venteux.  Le personnage est accompagné à l’arrière par d’autres figures féminines, tenues à distance dans une brume cotonneuse. C’est une sorte de mise en scène de théâtre, depuis le détail de la dentelle jusqu’à la silhouette de la jeune femme dans son cadre marin ou rustique. Charles Fréger poursuit le tradition de l’imagerie de la Bretonne, et s’inspire de l’importante production de cartes postales de l’entre-deux-guerres, influencée encore par la peinture des Nabis, de Gauguin, Mathurin Méheut, Émile Bernard, Paul Sérusier, Eugène Boudin.

Dans cet opus admirable de 153 photographies en couleurs, le photographe a arpenté le territoire de la Bretagne historique. Il a utilisé un filtre donnant une texture particulière aux images. L’artiste se focalise sur le costume pour obtenir un rendu assez doux,  comme avec du pastel, entre le fond et la coiffe : de vivantes jeunes filles en fleur.

L’inventaire des coiffes bretonnes laisse apparaître des demoiselles d’aujourd’hui, avec des coiffes de travail ou de cérémonie, en coton amidonné et dentelle, posant devant une chapelle ou une lande en bord de mer venteux.  Le personnage est accompagné à l’arrière par d’autres figures féminines, tenues à distance dans une brume cotonneuse. C’est une sorte de mise en scène de théâtre, depuis le détail de la dentelle jusqu’à la silhouette de la jeune femme dans son cadre marin ou rustique. Charles Fréger poursuit le tradition de l’imagerie de la Bretonne, et s’inspire de l’importante production de cartes postales de l’entre-deux-guerres, influencée encore par la peinture des Nabis, de Gauguin, Mathurin Méheut, Émile Bernard, Paul Sérusier, Eugène Boudin.

Le photographe précise : «Je cherche des groupes de pairs, des individus qui ont fait la démarche de porter un uniforme, de grossir, de se muscler… des gens qui veulent entrer dans leur image, portés par un désir d’être.»
Un souhait collectif universel : «On croit, dit-il, que l’individu prime aujourd’hui. En fait, c’est juste qu’on affiche moins son appartenance à un groupe.»
  Charles Fréger dédie son magnifique ouvrage «aux femmes de tête », et dans sa jolie nouvelle en forme de prologue, Marie Darrieussecq met en exergue Ernest Renan (Souvenirs d’enfance et de jeunesse) : «La femme belle et vertueuse est le mirage qui peuple de lacs et d’allées de saules notre grand désert moral. »
  En circulant d’une exposition à l’autre, de Rennes à Saint-Brieuc, de Pont-l’Abbé à Guingamp, et/ou en feuilletant Bretonnes, on assiste au dévoilement de la singularité du costume en Bretagne, à son histoire, à ses savoir-faire dans la réalisation des dentelles et des broderies et à  sa représentation identitaire.
  C’est aussi une étape dans le parcours d’un artiste contemporain…

 

Véronique Hotte

 http://www.charlesfreger.com/portfolio/bretonnes/

 

L’ouvrage relié est publié aux éditions Actes-Sud. Format : 22,5 x 19cm, 264 pages, 153 photographies en couleurs, ouvrage relié.

 35 euros.
Centre d’art et de recherche GwinZegal à Guingamp : du 6 juin au 27 septembre.
Musée Bigouden de Pont-l’Abbé du 6 juin à 31 octobre.
Musée de Bretagne – Les Champs Libres à Rennes du 6 juin au 30 août.
Musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc du 6 juin au 27 septembre.

 

Tempête

Festival d’Aurillac:

Tempête, par la compagnie Gérard Gérard, mise en scène de Muriel Sapinho

 

  Bienvenue dans le monde sournois des ultra-libéraux vaguement inspiré par Shakespeare ! L’histoire est celle des civilisations décadentes : une ascension vérolée puis la chute. La tempête vient tout balayer et les survivants tentent de rapiécer l’humanité.
Aux manettes, au départ, une boîte commerciale baptisée sobrement et vicieusement: La Compagnie. Le totalitarisme est en embuscade. Cela commence par un câlin gratuit entre une jeune femme sexy un peu hagarde et un spectateur: on aurait dû se méfier… Et voilà que débarquent des types en costard qui veulent optimiser la ville.
  Amusante scène de réalité augmentée, façon  Rapport minoritaire, le film de science-fiction de Steven Spielberg (2002) où, à Wahington en 2054, des être humains mutants, les précogs, peuvent prédire les crimes grâce à leur don de prescience… Leur slogan : «Donner un avenir à votre futur». Leur projet : «Aurillaquium 2000, havre de paix entre Paris et Singapour» pour redynamiser une ville que «même les autoroutes préfèrent éviter». Aurilac (sic) va connaître son heure de gloire…
Les spectateurs rigolent et acquiescent puis sont invités à acheter des actions sur les parkings, hôpitaux et écoles, à brandir des drapeaux avec logo, à adhérer à des idées nauséabondes. Ils collaborent sans s’en apercevoir.

Bien vue, cette opération à l’insu de notre plein gré qui révèle insidieusement les similitudes entre notre adhésion de spectateur à la fiction (dont l’acceptation de certaines grosses ficelles du théâtre de rue) et notre collaboration de citoyen à une économie-spectacle (elle aussi si souvent grotesque !).
Thomas, un inconnu (faussement) tiré du public est porté au pinacle. Là aussi, on y croit, ou on feint d’y croire… C’est l’astuce de ce dispositif dramaturgique retors : un jeu caricatural, signe de notre société de masques. Ah ! Les charmes de la médiatisation qui font d’un simple clampin, une véritable star. Thomas devient ainsi le «Che Guevara du capitalisme nouveau», et le «Jim Morrison qui passe à The Voice».
Le spectacle s’enlise un brin côté rythme, mais l’arrivée de la tempête revivifie les images et le tempo. Camion, terroristes et machine font leur petit effet. Nous avons assisté à une représentation du spectacle, place Aurinques. Celles qui ont lieu devant l’Hôtel de Ville dépotent davantage, paraît-il, avec descente de la façade en rappel.

  L’eau et la terre magnifient les comédiens. Le fameux tableau de Géricault Le Radeau de la Méduse comme métaphore de notre société, a décidément la cote cette année.  On l’a déjà vu à Avignon dans l’aéroport de transit de Nathalie Garraud (Soudain la nuit), et la compagnie Kumulus la développe abondamment dans son foutraque et coloré Naufrage (à 21h30, parking de la Tour). Ici, c’est un podium furtif où les loosers burlesques gagnent en humanité.
Les Gérard Gérard, issus de l’Ecole du Théâtre National de Chaillot, ont un sacré sens de la caricature de la formule publicitaire, comme nos politiques férus l’ont des éléments de langage. Les images météorologiques avec le khalife et les communicantes échevelées sont superbes.

 Bref, c’est une belle troupe de comédiens qui ne ménagent pas leur engagement.

 Stéphanie Ruffier

Le spectacle a été joué du 19 au 22 août Place Aurinques et Place de l’Hôtel de ville, et sera repris ensuite en tournée.

http://www.dailymotion.com/video/x18ffu2

La Cuisinière, Compagnie Tout en Vrac

Festival d’Aurillac:

La Cuisinière, Compagnie Tout en Vrac, mise en scène de Charlotte Meurisse

 

la-cuisiniere_19Puisant avec une gourmandise rosse dans l’imagerie publicitaire américaine des années cinquante, le spectacle met le feu à nos représentations de la bonne ménagère à ses fourneaux. Sur un plateau surélevé, une cuisinière flambant neuve telle qu’on peut en voir dans les vitrines. Moderne, rutilante, tellement pratique. La «machine», objet très récalcitrant comme le théâtre burlesque les affectionne,  est l’adversaire de la cuisinière en chair et en os.  Quand elle débute sa recette, «la tarte choco-caramel meringuée sur son lit de compote de pommes», c’est encore une pin-up bcbg, un peu coquine toute de même. Elle suit avec application les directives données par l’animatrice radio, swinguant sur la voix suave de Frank Sinatra. Mais sa maladresse nous parachute rapidement dans une esthétique de cartoon, où se succèdent gags visuels et sonores. Dans ce duel sans paroles avec l’évier, le fouet et autres accessoires, l’épouse parfaite se mue en trois coups de cuillère à pot, en femme au foyer désespérée. Quête impossible de l’ingrédient rare (du vécu!), réparation de la fuite d’eau avec du chewing-gum, allumage du four à l’essence pour réparer l’oubli du préchauffage… A chaque étape de la recette, elle franchit un nouveau palier de l’hystérie. Si tout se délite, se déglingue, part en feux d’artifice, flammes et jets d’eau, la mécanique du rire tourne quant à elle de façon impeccable. Bravo au bricoleur de génie, le scénographe Nicolas Granet. Cette jouissive entreprise d’autodestruction de la machine, au crescendo ravageur, ménage de multiples surprises. Les enfants sont ravis : c’est sale, débraillé, rythmé. Les plus grands savourent un humour à la Tex Avery.    Noémie Ladouce, seule en scène dans ce ballet punk-rock, est une diabolique performeuse. Son corps-à-corps avec la cuisine, façon catch affriolant, nous emporte, comme la fougue rocailleuse de Janis Joplin. A la fin,  il y a un feu de joie célébrant la libération de la femme !

 Stéphanie Ruffier

Festival d’Aurillac, du 20 au 22 août, emplacement 77, à 19h 30. Et le 28 août à Uriage-les-Bains;  le 29 août place Libre,  Le Touvet; le 18 septembre au Théâtre de Givors.

 http://toutenvrac.net/

 

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