TRIP(ES) ou mes parents n’ont pas eu les couilles de faire des enfants

IMG_3189Festival d’Aurillac:

TRIP(ES) ou mes parents n’ont pas eu les couilles de faire des enfants, par Alixem, mis en scène d’Alix Montheil

Trop scato et trop décousues, Les Armoires normandes, le spectacle de la compagnie Chiens de Navarre (voir Le Théâtre du Blog) ? Avec Alixem, on passe à la vitesse supérieure, sans embrayage. Méthode rentre-dedans qui fait hurler le moteur. Le petit côté «connivence intellectuelle de gens de culture» est immédiatement écrabouillé dans un rire sardonique.
 Le spectacle sera jugé, au choix: très réjouissant, ou dépassant les bornes du déballage grotesque. Aux côtés des dinosaures canal historique du théâtre de rue convoqués par Jean-Marie Songy, les petits jeunes doivent en effet jouer des coudes pour émerger et sont la caution du festival in, labellisés SACD et Auteurs d’Espaces. Et question investissement de l’espace, leur Trip(es) n’a peur de rien.
Etape 1 : au sortir de la navette, les spectateurs revêtent des gilets fluo. Etape 2: un parcours initiatique guidé par Alix jusqu’à l’aire de jeu: un immense terrain de foot-parking gravillonné qui sera arpenté en long, en rond, en large et en travers. Etape 3 : A table !!! Le banquet est dressé. Il y a à boire et à manger. Et on trinque, à tous les sens du terme.
Au départ, faire table rase : évacuation d’un mime Marcel Marceau en leggings. Puis c’est un clown qui n’en finit pas de mourir et qu’il faut achever à la carabine depuis un véhicule, genre safari. Alix enfonce le clou par une petite sodomie.

 Premier sommet de mauvais goût (il y a déjà eu quelques pics ici ou là): on propose aux spectateurs munis de smartphones de réaliser des selfies viol. Cela n’empêchera pas une partie du public de s’autoriser tout au long du spectacle à prendre des photos et à filmer abondamment. Sans s’interroger sur notre société de vautours égocentriques et vulgaires, façon «j’y étais». Très bien, cela renforce l’obscénité générale!
   Dommage toutefois de rater la belle invitation à jouir du présent qui nous est ici offerte. Comment décrire l’avalanche d’images et la sollicitation permanente ? Mieux vaut mieux juger sur pièces et sur place ce capharnaüm, champion de la loupe grossissante. Au menu, tant de surprises ! Il suffit de savoir qu’un personnel très hétéroclite est convoqué, avec, en bonne place: Œdipe, Jocaste, Patrick Sébastien, un comédien doué dans l’interprétation du cochon, des femmes/fontaines, un grand-père brut de décoffrage…
Côté esthétique, forcément, c’est aussi un patchwork affreux, sale et méchant : du potache style Alfred Jarry, du kitch à la Deschiens, de non-sens à la Monty Python… d’où émerge un style bien personnel.

Ça tourne en rond, ça pétarade, ça enfume, comme les divers véhicules motorisés qu’Alixem affectionne. Avec des seaux de larmes et de sang. On nage en eaux troubles entre ubris grec, désarroi et franche poilade.
Railler les conventions théâtrales et fouler au pied les héritages, sous toutes leurs formes, sont les objectifs poursuivis sans relâche. Une pépite: ce rideau de velours rouge traditionnel qu’on offre aux plus dubitatifs pour qu’ils puissent prendre une petite bouffée de théâtre.

Ici, mieux vaut abandonner son bagage culturel. Benoît l’annonce d’emblée au terme de son jeu porcin : «J’ai rien à dire. Je fais un truc, après, j’ai pas besoin d’argumenter sur ce que j’ai fait». Mais maniant le paradoxe, plus tard, il participe à une rencontre impromptue avec le public. Une remise des prix est l’occasion d’offrir un tiroir à autocollant :«pourquoi nudité ».
Bref, un joyeux bordel auto-réflexif. Souffrance en étendard. Immersion obligatoire et. phobiques de la participation, s’abstenir. Des trouvailles géniales valent bien quelques hauts-le-cœur. Les propositions se percutent, sans filtre, sans fil, sans filet, comme dans la mécanique du rêve. Coq-à-l’âne permanent !
On nous annonçait un spectacle sur la famille. Il est effectivement dédicacé en grosses lettres noires à Papounet, tandis qu’un panneau plastronne : «Regarde Maman, je me soigne ». Jacques Lacan pourrait refourguer son bon mot sur « les non-dupes errent ». Car l’enquête sur les origines n’est pas réglementaire.

 Après le carnage, il ne restera que la grande famille des êtres humains. Les plus déboussolés rejoignent hâtivement la navette. Les autres restent avec Alixem. Aux hurlements et basses, tombés d’un camion, succèdent Les Loups de Serge Reggiani et J’aime les gens qui doutent d’Anne Sylvestre.
C’est cette dernière catégorie de spectateurs qui prend sans doute le plus de plaisir à goûter cette proposition de trip(es) comme elle vient, selon les forces en présence et l’énergie du jour.
Pour nous, festival d’émotions : rires (jaunes), grands moments de sidération (Ah ! Le couteau, Ah! Les joyeux pénis), quelques lassitudes face à l’outrance, vagues de circonspection et d’ennui devant les exploits automobiles trop répétitifs, envie de danser, masturbation intellectuelle, moments de communion et d’extrême solitude… La vie quoi !

 

Stéphanie Ruffier

 

Spectacle-expérience vu à Aurillac. Le 12 septembre à Ramonville-Saint-Agne.

 

 


Archive pour 27 août, 2015

The Baïna trampa fritz fallen

Festival d’Aurillac:

The Baïna trampa fritz fallen, création collective de G. Bistaki

   img_2300+pgArchitecte de génie, magicien de l’espace, le G. Bistaki concocte de splendides créations visuelles. Il y a deux ans au festival d’Aurillac, Cooperatzia, avec des installations de tuiles avaient marqué les esprits, et leur résidence au Parapluie annonçait un nouveau défi avec une matière inattendue.
La représentation débute à la nuit tombée, dans une rue qui borde des barres d’immeubles d’un quartier périphérique d’Aurillac.
Au loin, un camion crache une bande d’olibrius en costume blanc, armés de pelles. Une chorégraphie de lancers de sacs de jute blancs, sur bande-son de folk-country américaine,  promet une heure festive.
  Un des sacs posé sur une brouette mais percé, déverse son contenu, et sème une ligne jaune vif comme de la peinture. Les quatre compères dessinent des entrelacs et des rondes qui rappellent les fameux crop cercles, ces motifs en spirale mystérieusement apparus dans les champs de céréales. Qu’est-ce donc ? Ce n’est qu’au moment de se lever qu’on peut examiner à loisir la matière : des grains de maïs. Magique découverte !
Le spectateur est invité à la pérégrination. A la queue leu-leu, on suit le groupe. Traversée d’un parc, salut des habitants aux fenêtres… On se pose dans une cour d’école. Différentes aires de jeu proposent des univers graphiques variés et évolutifs.

  Poétique  Un travail poétique, où on décline toutes les utilisations possibles du maïs, jonglage avec pelle, jeu burlesque,et  petits ballets de cirque minimaliste avec balais ou seaux. Il y a du mouvement, de jolies images, et des éclairages délicats, mais… la mayonnaise ne prend guère.
Le plus beau, c’est encore l’univers sonore que ces déplacements font jaillir. Crépitement, frottement, égrainage : la musicalité du maïs est surprenante. Un florilège de percussions organiques agrémente le Concerto pour piano de Mozart, un Requiem avec transpalettes, un tableau orientalisant.
   Mais les glissades ne sont ni très drôles ni très spectaculaires. C’est d’un astucieux jonglage de bouches, happant et crachant des grains que naitront le plus de rires et d’étonnement. La fin du spectacle est très réussie avec des sacs-chapeaux. Ces parodies de tricornes, turbans et perruques versaillaises qui se moquent du pouvoir, font montre d’une épatante agilité plastique.
Creusez le sillon le G. Bistaki, il y a encore matière à nous faire rêver et sourire…

Stéphanie Ruffier

 

Et aussi 26 au 28 août au Fourneau à Brest, et les  18 et 19 septembre au Non stop festival (Norvège), et le 25 septembre à Pantin, Hauts-de-Seine.

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