Tempête

Festival d’Aurillac:

Tempête, par la compagnie Gérard Gérard, mise en scène de Muriel Sapinho

 

  Bienvenue dans le monde sournois des ultra-libéraux vaguement inspiré par Shakespeare ! L’histoire est celle des civilisations décadentes : une ascension vérolée puis la chute. La tempête vient tout balayer et les survivants tentent de rapiécer l’humanité.
Aux manettes, au départ, une boîte commerciale baptisée sobrement et vicieusement: La Compagnie. Le totalitarisme est en embuscade. Cela commence par un câlin gratuit entre une jeune femme sexy un peu hagarde et un spectateur: on aurait dû se méfier… Et voilà que débarquent des types en costard qui veulent optimiser la ville.
  Amusante scène de réalité augmentée, façon  Rapport minoritaire, le film de science-fiction de Steven Spielberg (2002) où, à Wahington en 2054, des être humains mutants, les précogs, peuvent prédire les crimes grâce à leur don de prescience… Leur slogan : «Donner un avenir à votre futur». Leur projet : «Aurillaquium 2000, havre de paix entre Paris et Singapour» pour redynamiser une ville que «même les autoroutes préfèrent éviter». Aurilac (sic) va connaître son heure de gloire…
Les spectateurs rigolent et acquiescent puis sont invités à acheter des actions sur les parkings, hôpitaux et écoles, à brandir des drapeaux avec logo, à adhérer à des idées nauséabondes. Ils collaborent sans s’en apercevoir.

Bien vue, cette opération à l’insu de notre plein gré qui révèle insidieusement les similitudes entre notre adhésion de spectateur à la fiction (dont l’acceptation de certaines grosses ficelles du théâtre de rue) et notre collaboration de citoyen à une économie-spectacle (elle aussi si souvent grotesque !).
Thomas, un inconnu (faussement) tiré du public est porté au pinacle. Là aussi, on y croit, ou on feint d’y croire… C’est l’astuce de ce dispositif dramaturgique retors : un jeu caricatural, signe de notre société de masques. Ah ! Les charmes de la médiatisation qui font d’un simple clampin, une véritable star. Thomas devient ainsi le «Che Guevara du capitalisme nouveau», et le «Jim Morrison qui passe à The Voice».
Le spectacle s’enlise un brin côté rythme, mais l’arrivée de la tempête revivifie les images et le tempo. Camion, terroristes et machine font leur petit effet. Nous avons assisté à une représentation du spectacle, place Aurinques. Celles qui ont lieu devant l’Hôtel de Ville dépotent davantage, paraît-il, avec descente de la façade en rappel.

  L’eau et la terre magnifient les comédiens. Le fameux tableau de Géricault Le Radeau de la Méduse comme métaphore de notre société, a décidément la cote cette année.  On l’a déjà vu à Avignon dans l’aéroport de transit de Nathalie Garraud (Soudain la nuit), et la compagnie Kumulus la développe abondamment dans son foutraque et coloré Naufrage (à 21h30, parking de la Tour). Ici, c’est un podium furtif où les loosers burlesques gagnent en humanité.
Les Gérard Gérard, issus de l’Ecole du Théâtre National de Chaillot, ont un sacré sens de la caricature de la formule publicitaire, comme nos politiques férus l’ont des éléments de langage. Les images météorologiques avec le khalife et les communicantes échevelées sont superbes.

 Bref, c’est une belle troupe de comédiens qui ne ménagent pas leur engagement.

 Stéphanie Ruffier

Le spectacle a été joué du 19 au 22 août Place Aurinques et Place de l’Hôtel de ville, et sera repris ensuite en tournée.

http://www.dailymotion.com/video/x18ffu2


Archive pour août, 2015

La Cuisinière, Compagnie Tout en Vrac

Festival d’Aurillac:

La Cuisinière, Compagnie Tout en Vrac, mise en scène de Charlotte Meurisse

 

la-cuisiniere_19Puisant avec une gourmandise rosse dans l’imagerie publicitaire américaine des années cinquante, le spectacle met le feu à nos représentations de la bonne ménagère à ses fourneaux. Sur un plateau surélevé, une cuisinière flambant neuve telle qu’on peut en voir dans les vitrines. Moderne, rutilante, tellement pratique. La «machine», objet très récalcitrant comme le théâtre burlesque les affectionne,  est l’adversaire de la cuisinière en chair et en os.  Quand elle débute sa recette, «la tarte choco-caramel meringuée sur son lit de compote de pommes», c’est encore une pin-up bcbg, un peu coquine toute de même. Elle suit avec application les directives données par l’animatrice radio, swinguant sur la voix suave de Frank Sinatra. Mais sa maladresse nous parachute rapidement dans une esthétique de cartoon, où se succèdent gags visuels et sonores. Dans ce duel sans paroles avec l’évier, le fouet et autres accessoires, l’épouse parfaite se mue en trois coups de cuillère à pot, en femme au foyer désespérée. Quête impossible de l’ingrédient rare (du vécu!), réparation de la fuite d’eau avec du chewing-gum, allumage du four à l’essence pour réparer l’oubli du préchauffage… A chaque étape de la recette, elle franchit un nouveau palier de l’hystérie. Si tout se délite, se déglingue, part en feux d’artifice, flammes et jets d’eau, la mécanique du rire tourne quant à elle de façon impeccable. Bravo au bricoleur de génie, le scénographe Nicolas Granet. Cette jouissive entreprise d’autodestruction de la machine, au crescendo ravageur, ménage de multiples surprises. Les enfants sont ravis : c’est sale, débraillé, rythmé. Les plus grands savourent un humour à la Tex Avery.    Noémie Ladouce, seule en scène dans ce ballet punk-rock, est une diabolique performeuse. Son corps-à-corps avec la cuisine, façon catch affriolant, nous emporte, comme la fougue rocailleuse de Janis Joplin. A la fin,  il y a un feu de joie célébrant la libération de la femme !

 Stéphanie Ruffier

Festival d’Aurillac, du 20 au 22 août, emplacement 77, à 19h 30. Et le 28 août à Uriage-les-Bains;  le 29 août place Libre,  Le Touvet; le 18 septembre au Théâtre de Givors.

 http://toutenvrac.net/

 

Naufrage par la compagnie Kumulus

Festival d’Aurillac:


Naufrage, un spectacle de Barthélémy Bompard, par la compagnie Kumulus

kumulusKumulus, depuis plus d’une vingtaine d’années, explore les désastres en cours de notre monde en déroute, avec une lucidité désespérée. Après Silence encombrant, une fresque terrifiante sur notre monde d’un blanc mortel voué aux rebut et Les Pendus, (Aurillac 2011) voici Naufrage qui balance entre le célèbre tableau du Radeau de la Méduse et Walt Disney.
  Sur un radeau qui tangue, hérissé d’un long mât rempli de sacs en plastique, une fête réunit des collèges de travail, personnages boursouflés et grimés à outrance, qui ne tarde pas à dégénérer en une bacchanale sauvage.
Hommes et femmes s’étreignent tête-bêche, se sucent à l’envi, sans distinction de sexe avec une ardeur désespérée. Tout le monde finit par s’endormir, puis se réveille, en se dépouillant de ses bedaines, faux seins et d’une partie de ses masques colorés. Le radeau tangue de plus en plus, et tous vont retirer les sacs du mât pour les jeter autour du radeau, après s’en être coiffé ou revêtu.
Dans cette mer déchaînée qui ne leur offre aucune issue, les sept protagonistes semblent de plus en plus désespérés!  Interprété avec vigueur par une troupe rompue aux aventures de Kumulus, ce spectacle fascine la majorité des 800 spectateurs, rassemblés autour du radeau mais en dérange certains qui libèrent heureusement des places assises.
Barthélémy Bompard, voilà plus de 20 ans, avait déclaré que s’il devait changer de métier, il serait éboueur des mers…
Naufrage en est une belle métaphore !

Edith Rappoport

Parking de la Tour, jusqu’au 22 août à 21 h 30. (Il est conseillé d’arriver en avance pour avoir des places assises!)

Les Armoires normandes

Festival d’Aurillac:

Les Armoires normandes, création collective dirigée par Jean-Christophe Meurisse

  IMG_1569Notre amie Véronique Hotte vous avait déjà parlé de ce spectacle (voir Le Théâtre du Blog), créé en février dernier par la compagnie des Chiens de Navarre accueillie pour la troisième fois  au festival d’Aurillac. Elle n’avait pas caché sa sympathie mais aussi sa grande déception…
Effectivement, que voit-on sur ce plateau couvert de sable blanc où il y a juste quelques meubles et accessoires?  Une série de belles images, comme, au début du spectacle, où un Christ en croix, ruisselant de sang  parle de l’évolution de sa représentation dans la peinture classique, et à la fin, une petite merveille brillante d’intelligence et de sensibilité…
Autour d’une petite table noire, commence un dialogue surréaliste entre un sorte de mage et une jeune femme qui  vient de perdre son compagnon dans un accident de moto.
Le soi-disant mage, accumule les maladresses puis va faire revivre vocalement ce jeune homme en tenant serrées dans les siennes les mains de son amoureuse, éperdue de reconnaissance. Silence impressionnant dans le public… Et il y a aussi un duo dansé de deux yetis aux très longs poils symbolisant le couple humain…
Mais il faut les mériter ces deux courtes scènes! En effet, e
ntre le début et la fin, pas vraiment de trouvailles mais une déclinaison de facilités et de stéréotypes du théâtre contemporain comme ces airs d’opéra pour accompagner les dialogues et faire de l’effet  à bon compte, ou cet homme nu (on en a vu des paquets de dix au dernier festival d’Avignon! que l’on voit se réveiller le matin… Le  monologue est dit par un acteur au micro côté cour, et les bruitages (chasse d’eau, etc…) sont aussi faits en direct au micro par d’autres comédiens. Pas bien nouveau et pas d’un grand intérêt non plus, mais habile pour séduire des classes de collégiens, et bien réalisé…
 Et une série de sketches sur les ennuis sentimentaux et/ou sexuels d’un couple.  Cela se veut parodie de téléréalité, et pipi-caca au second degré, mais, comme d’habitude, le second degré rejoint vite le premier… Tous aux abris et on commence à s’ennuyer ferme. D’autant que les personnages  se répètent parfois comme cette Céline que l’on voit dans deux tableaux différents et qui finit par accoucher d’un bébé encore couvert de sang que les invités de la noce vont se refiler comme un ballon de rugby.
Bon, on veut bien, mais, côté  provoc et noce foireuse, le filon a été depuis longtemps trop exploité et dans le genre, ( voir Bertold Brecht et Le Théâtre de l’Unité avait fait beaucoup mieux, il y a déjà une  trentaine  d’années.
  “Les Chiens de Navarre, disent-ils, ne veulent surtout pas perdre le présent sur un plateau. Parce que le présent, c’est notre liberté. Nous sommes libres de faire ce que nous voulons(… )Et, comme nous sommes de très mauvais interprètes, nous préférons ne pas nous mettre à dos un auteur, surtout s’il est vivant. “
Double erreur: 1) De la liberté sur un plateau, ne naît généralement pas grand chose ou un nouveau boulevard aussi mauvais que l’ancien comme ici, et il y a toujours un maître d’œuvre qui fait la loi dans les créations dites collectives, en l’occurrence dans ce spectacle, Jean-Christophe Meurisse qui a maintenant depuis quelque dix ans une bonne expérience du plateau (scénographie, lumières, son, direction d’acteurs… 2) Les comédiens ne sont absolument pas de mauvais interprètes, et sont tous remarquables de vérité.

  En fait, ce qui manque terriblement ici, c’est un fil rouge et une véritable dramaturgie… Et cette série de sketches, avec deux fausses fins, déjà un peu lente en une heure quarante, n’en finit pas de finir, quand le rythme du début s’affaisse…
  Cela dit, le théâtre d’Aurillac est bourré, et le public est lui majoritairement ravi de cette bulle de savon qui ne manque parfois pas  de qualités mais qui ressemble encore trop au tissu d’improvisations qui a donné naissance à un spectacle mal cousu, et bien trop long.
Mais ces Armoires normandes-ce serait trop compliqué- ne seront pas revues et modifiées. Dommage! Donc à voir seulement si on est fana du travail des Chiens de Navarre… Et encore!

Philippe du Vignal

Théâtre d’Aurillac jusqu’au 22 août (spectacle payant). Et ensuite en tournée.

 

La Géographie des bords

Festival d’Aurillac:

La Géographie des bords, conception générale de Jeff Thiébaut, scénographie de Patrick Vindimlam

04-Delices-DADA_La-Geographie-des-BordscPatrice-TerrazJeff Thiébaut promène depuis longtemps ses étranges et poétiques personnages issus d’un univers fantasmé, comme dans  Le Circuit D, Les  Visites guidées, Les Tragédiques (1996), Indigènes (2003) et Noir (2006). On en sort désorienté, mais jamais indifférent.
  Cette Géographie des bords attire une foule compacte rassemblée devant une porte fermée, où l’on croise un Mongol coiffé d’un bonnet de fourrure qui débite son boniment. Les portes s’ouvrent, nous nous retrouvons dans un enclos où deux installations mécaniques tournent sans fin, une bonimenteuse casquée nous invite  avec un fort accent hispanique à nous «mettre en osmose parfaite avec les terrains d’expérimentation».
Elle enlève son casque, sort de notre espace adossé à un camion, on entend des bruits inquiétants de glouglous, un personnage ressort hilare pour proférer un discours muet, puis des borborygmes..Direction le stade de Wembley ! On nous sépare en deux groupes pour une visite guidée dans les rues avoisinantes.

  Dans le groupe 2, notre guide présente un étrange appareil, y goûte, évoque un picotement des gencives et des molécules nutritives avec lesquelles la faim dans le monde pourrait être résolue. Anton avec sa chapka asiatique prend le relais avec un hula-hoop qu’il façonne en 8, et le laisse se replier sur lui-même, après avoir sangloté.
«Le bord de mer, c’est aussi le bord de terre ! » Un discours sur le béton et l’assèchement inéluctable de la mer d’Arral met fin à cette dernière station, avant qu’on nous ramène à notre point de départ, où un nouveau groupe pourra suivre la visite guidée…

  Il faut accepter de continuer à perdre le Nord à la suite de ces tendres hurluberlus qui se risquent dans d’improbables acrobaties,  pour déguster leur poésie farfelue.

Edith Rappoport

www.delices-dada.org


Le Parlement par le Théâtre de l’Unité

Festival d’Aurillac:

Le Parlement par le Théâtre de l’Unité

Parlement2« C’est un spectacle, vous êtes sûrs ? Pas plutôt une de ces rencontres-débats pour les pros : les élus et les intermittents du spectacle ? ». Jean-Paul,  habitué du festival d’Aurillac, à la lecture du programme, hésite : la nouvelle proposition du Théâtre de l’Unité, est-ce de l’art ou une cochonnerie politique? Une réaction symptomatique de la défiance et du ras-le-bol que génère la Politique.
  Le Parlement, forme hybride encore en rodage démocratique, conçue et mise en scène par les  infatigables routiers du théâtre de rue, Hervée de Lafond et Jacques Livchine, au contact des habitants d’un quartier d’Amiens. Leur revendication : voir la parole du peuple enfin portée. A Aurillac, l’hémicycle de pierre qui borde une petite arène sablonneuse du jardin des Carmes semble le lieu idéal pour mener à bien cet ambitieux projet de revivification du débat populaire qui en a grandement besoin.
  Le spectacle, (c’en est bien un) lance les hostilités une demi-heure avant l’heure annoncée: il s’agit de trouver un Président d’assemblée. Après plusieurs spectateurs dont une doyenne récalcitrante désignée par un enfant à l’aveuglette, la candidate idéale est trouvée : «Petite, vieille, moche, avec un prénom ridicule», il s’agit…d’Hervée de Lafond. Car ici, comme ailleurs, les «votes sont truqués». Elle endosse aussitôt son meilleur rôle : la Mère Fouettard. « Moi, je peux me permettre ce que je veux ! » Les espoirs de démocratie, on s’assoit d’emblée dessus. Le rythme doit en effet être mené à la baguette. Car des lois à discuter, il y en a un paquet ! Elles ont été affinées le matin par des festivaliers volontaires d’Amiens, de Caen, et d’Aurillac… réunis à onze heures à la Chapelle des Carmes juste à côté.
   Il y a sur l’aire de jeu la Présidente baptisée la Provisoire, les cinq acteurs amateurs (deux hommes et trois femmes) de la Brigade d’Improvisation de Pau en rang d’oignon, tous de rouge vêtus, Jacques Livchine avec fiche, cigarillo et appareil photo rituels. Et les Chochottes, deux pimpantes chanteuses de cabaret, et enfin l’inénarrable chansonnier pragmatique Didier Super, lunettes rafistolées, T-shirt trop petit et bide à l’air, guitare électrique en bandoulière qui nous rassure : «C’est pas parce que c’est un spectacle du In, que ça va être chiant. »
  Et c’est parti pour une heure de débats. Ici, on prend le pouls des véritables préoccupations de nos concitoyens. Parmi les lois discutées ce jour-là, du sérieux et du grand guignol :  lutte contre la désinformation médiatique sur les immigrants, valorisation du vélo en ville, soin de dents à un euro,  non-cumul d’amendes autoroutières, verres de lunettes teintés pour voir la vie en rose… Un petit débat avec micros acheminés avec un amusant empressement catastrophique par les gens de la Brigade  vers le public et, hop, on passe au vote, avec la même hâte.
 Palement On apprécie la composition hétéroclite des parlementaires. Sus aux élus types: mâles, blancs, chenus, bourgeois ! Le crachoir est tenu par un punk avec canette de bière, une institutrice varoise, un Parisien à chemise hawaïenne, un homme en colère qui n’hésite pas à exhiber son dentier, un sosie de Johnny… Cette galerie de portraits bigarrés est, en soit, des plus réjouissantes. Aucun représentant de la finance. Un seul élu, un maire alsacien qui n’hésite pas à annoncer le montant de son indemnité (2.200 €) mais qui ne rigole pas du tout, quand on ose lui parler de dessous de table…
  On nous avait promis des moments de discussion, de polémique… En réalité, madame La Provisoire a la réplique sèche. Qui veut participer aux débats, doit affiner ses arguments. Car ,si la digne et truculente meneuse de jeu, sur son perchoir d’arbitre de tennis, dit «ne pas aimer la vulgarité», les trop systématiques: »Ta gueule », «connard», «raclure» et «trou du cul» mettent un terme autoritaire aux palabres maladroites. La libre parole, ce n’est pas donc pas encore pour aujourd’hui !
  Dans le public, on sent pourtant une véritable envie de s’exprimer et d’approfondir les débats! Et une certaine frustration des spectateurs quand des amorces de réflexions nuancées sont avortées. Réduire le nombre de lois permettrait sans doute de laisser un peu de lest aux spectateurs. Les courts intermèdes poétiques  (Edgar Morin, Pepe Mujica, le charismatique ancien président de l’Uruguay, Louis Aragon et Maïakovski) apportent du grain à moudre et quelques cheveux sur la soupe.
Les distinguées Chochottes deux jeunes femmes l’une pianiste et l’autre chanteuse offrent un contre-chant primesautier. Mais ce sont surtout les songs brechtiens en diable de Didier Super qui insufflent une distanciation politique salutaire. Pas de: «tous pourris» populiste, le chanteur aux riffs dissonants appuie là où ça fait mal: «La droite, la gauche, c’est toujours la droite».
Spectacle participatif hybride, énergique et franc du collier, ce parlement de bric et de broc a de beaux jours devant lui, et redore le blason de « populaire » avec des propositions iconoclastes où s’invite avec malice une dose de mauvaise foi et de manipulation.

  La démocratie sans démagogie, c’est pas du gâteau. Le Théâtre de l’Unité a l’audace de se frotter à l’exercice avec un humour féroce et une véritable tendresse pour l’humain. Mixant utopie et empirisme, ce théâtre caméléon-actif promet de se frotter aux politiques «d’en haut» pour enrichir le débat de 2017. Les conclusions de ces quatre jours de discussions parlementaires seront envoyées (promis-juré dit la Provisoire) à Manuel Vals et François Hollande, ainsi qu’aux ministres concernés…

 Stéphanie Ruffier

 Festival d’Aurillac : du 19 au 22 août, Jardin des Carmes à 18h. Gratuit. Attention: venir une heure en avance, si vous voulez être assis sur les gradins.

 

Festival interceltique de Lorient

Festival Interceltique de Lorient, du 7 au 16 (août suite et fin)

Concert pour le 45 ème anniversaire du Celtic Social Club, avec ses invités Winston McAnuff & Fixi – Simple Minds

 

simple-minds-met-le-feu-lorient_0Les sept interprètes du The Celtic Social Club jouent des airs traditionnels celtiques, des mélodies du XVème au XIXème siècle qu’ils mêlent au rock, blues, folk, reggae, mais aussi au dub et au hip-hop, inventant la matière de ce qui fait la world music de nos temps actuels.
  Rencontre piquante est généreuse. Autour des trois musiciens toniques de Red Cardell, Jean-Pierre Riou, multi-instrumentiste (guitares, mandoline, banjo, harmonica et bombarde), Manu Masko (batteries, percussions, claviers, samples, voix), Mathieu Péquériau (harmonica, washboard, chant), viennent s’ajouter le leader et chanteur Jimme O’Neill (guitares, harmonica), le chanteur et guitariste irlando-écossais, chef des Silencers, ainsi que Ronan Le Bars (uilleann pipes, cornemuse et low whistle), associé au violoniste Pierre Stephan et au bassiste Richard Puaud.
Avec à leurs côtés pour quelques chansons, le duo Winston McAnuff, jamaïcain d’origine écossaise, et Fixi, l’accordéoniste du groupe Java. Niaque, talent et souffle donnent du cœur à la salle et de l’ivresse à la scène, désormais revivifiée et revenue à la vie. La chanson qui répète, après avoir énuméré les contraintes de l’existence, le rêve de Vouloir se reposer, trouve toute son ampleur sur le plateau habité et chauffé à blanc par une musique allègre et enjouée.
Le groupe écossais Simple Minds ne déçoit pas les attentes, instinctivement attaché à son histoire mythique – l’impact qui a été le sien durant l’éclosion de la scène rock new wave, à la fin des années soixante-dix, comme au travers de la révolution dance des années quatre-vingts et quatre-vingt-dix.
Ici, les artistes, militant pour un monde plus juste et moins violent, chantent toujours avec hargne, rage et saine colère, les tubes pop que les mémoires sauvegardent naturellement, comme Don’t you (Forget About me), bande originale du film Breakfast Club (1985), ou encore le planétaire  Mandelay Day, et d’autres airs célèbres, auxquels s’ajoutent des morceaux plus récents du nouvel album (2014) Big Music. Energie et  passion de créer témoignent d’une virtuosité renouvelée, et d’un engouement qui réenchante le temps.
Aux rappels de la fin, le chanteur James Kerr, veste écossaise à grands carreaux rouges remplacée plus tard par une seconde à grands carreaux jaunes, n’hésite pas à entamer avec la foule le fameux et mythique Riders on the storm  des Doors. 
Le public déjà conquis ne pouvait l’être que davantage devant tant de pugnacité.
Sur le plateau qu’il arpente sans fin, allant et venant dans l’espace sonore, le mobile et tonique Kerr se plaît à à faire chanter, danser et vibrer le public…

Véronique Hotte

 Spectacle vu à L’Espace Marine, le 15 août.

 

Festival interceltique de Lorient

 Festival Interceltique de Lorient du  7 au  16 août.

 Calan  et Kila

 KilaEn première partie du spectacle, le public redécouvre Calan, un jeune groupe gallois de cinq musiciens et chanteurs pétillants : violon, harpe, accordéon et guitare, qui entraînent dans son sillage un public charmé.
 Ils s’amusent des sonorités contemporaines et de leur mélange inventif avec des mélodies traditionnelles, portées par quelques danses en sabots gallois. Un témoignage artistique bien trempé, et la reconnaissance effective  d’une génération qui associe instinctivement, et avec panache, une modernité vécue à fleur de peau, à sa culture galloise d’origine.

En seconde partie, le groupe Kila, agressif et vivant et  ne déçoit pas l’attente d’un public connaisseur. Cornemuse et djembé, chants irlandais et gaéliques, Kila est un monstre sacré de sept interprètes habités, icône de la musique irlandaise contemporaine, dotés d’une énergie primitive, un dynamisme au souffle fort, des tremblements sourds et profonds qui secouent l’âme. Les trois frères O’Snodaigh mènent une danse musicale foncièrement irlandaise qui intègre en même temps, en un savant mélange et de bel arôme, aux sonorités les plus diverses venues d’Afrique, d’Europe de l’Est, d’Amérique du Sud ou du Moyen-Orient, dans un amalgame d’influences et de couleurs qui touche à l’universel.
 Rendez-vous donc avec le genre puissant du funk celtique et de ses rythmes obsédants de transe : la palette pétillante des sons et des accents miroite à l’infini : groove de basse, riffs de cordes frottées, fascination rythmique de la langue gaélique, consonances orientales et africaines.
 Ronan O’Snodaigh, figure charismatique du groupe, aux percussions, fait de son bodhran une seconde peau animale ; Rossa O’Snodaigh est multi-instrumentiste (tin et low whistles, guitare, fiddle et mandoline), de même le saxophoniste et flûtiste Colm, chanteur aussi de «sean nos » le vieux style gaélique.
 Le joueur d’uillean pipes, Eoin Dillon joue de la flûte avec classe. Deux autres frères accompagnent la fratrie initiale, Brian et Lance Hogan aux cordes et aux percussions, ainsi qu’une élégante joueuse de fiddle, Dee Armstrong.
 « Suas Sios », leur dernier album, révèle la maturité assumée du groupe. La dernière participation de Kila à la bande originale du film d’animation Le Chant de la mer de Tomm Moore donne aux musiciens une notoriété de dimension internationale.
 Le compositeur Bruno Coulais s’est entouré de ces Irlandais de choc avec lesquels il avait déjà collaboré pour  Brendan et le secret de kells .
 Le Chant de la mer de réputation internationale a reçu diverses distinctions aux Oscars et César 2015. Et quelques extraits en sont joués durant le concert, les yeux du public sont rivés à l’écran, au fil de l’interprétation de la musique sur scène.
Ce concert de world Music est une démonstration heureuse de la haute technicité de la musique irlandaise, une multiplicité de notes jouée à une rapidité folle, à un rythme emporté et contrôlé.
Kila, groupe novateur et inspiré, joue vite et brillamment, en surfant sur des contrées africaines et multi-ethniques. Ils portent, au-delà de l’Irlande et avec elle, le monde entier à leurs côtés.

Véronique Hotte

Spectacle Calan – Kila, vu le 11 août à L’Espace Marine.

 

Festival interceltique de Lorient

Festival Interceltique de Lorient, du 7 au 16 août:

 Danu (Irlande), Shooglenifty (Écosse) et The Dhol Drummers of Rajasthan (Inde)

 

Shooglenifty & The Dhol Drummers of RajasthanDanu, groupe de musique traditionnelle irlandaise est aussi ouvert au répertoire contemporain ; l’énergie et l’empathie de ses arrangements emportent l’adhésion. Il y a vingt ans, le Festival Interceltique de Lorient les accueillait sur scène pour un premier concert, et leur offrait un vrai lancement dans une carrière professionnelle.
Ils sont revenus à Lorient pour fêter ce vingtième anniversaire, après sept albums et nombre de représentations et créations à travers le monde entier. Ils sont plus rôdés que virtuoses, forts de leur technique et de leurs gestes rapides. Muireann Nic Amhloibh, la vocaliste, joue aussi du tin whistle et de la flûte irlandaise. À la flûte aussi, Tom Doorley ; à la guitare, Donald Clancy ; au violon, Oisin Mc Auley ; au bouzouki et au fiddle, Éamon Doorley ; au bodhran et aux uilleann pipes, Donnchadh Gough ; enfin, à l’accordéon à boutons, le malicieux Benny Mc Carthy.
Il manque pourtant un supplément d’âme, un souffle vital qui donnerait au concert un coup de fouet, et une véritable conviction.
En seconde partie de soirée, le groupe écossais d’Edimbourg, Shooglenifty fête de son côté, son vingt-cinquième anniversaire. Ces musiciens toniques privilégient les instruments très amplifiés à cordes : banjo,  violon,  guitares et basses  et percussions. Ce qui produit un folk urbain très rock, mêlant des influences orientales et latinos. C’est une musique à danser plus qu’à écouter.
Mais le concert trouve la grâce et un envol puissant, avec les Dhol drummers of Rajasthan, musiciens traditionnels et précis. Derrière deux gros tambours colorés et à lourds pompons rouges, ils jouent avec de fines baguettes, et battent vivement des mains.

Les drummers du Rajasthan impulsent au rythme scénique une acuité et une vibration singulières. Et la chanteuse écossaise de Shooglenifty, Kaela Rowan, offre à travers les inflexions de sa voix, la possibilité pour le public de rapprocher le râga indien du chant traditionnel gaélique, comme avec ces chants de travail, vifs et allègres, frappés et entêtants, transmis de siècle en siècle, et de génération en génération.

 Véronique Hotte

 Spectacle vu à L’Espace Marine, le 12 août.

 

L’art contre le trafic de drogue à Rio de Janeiro

L’art contre le trafic de drogue dans la favela Digidal de Rio de Janeiro avec la compagnie  Nós do Morro

RioPas de subvention d’État mais Petrobras compagnie pétrolière, (c’est tout de même de l’argent public!) tient lieu de partenaire financier. Une vie foisonnante où se mêlent artistes amateurs et professionnels aguerris, dont certains travaillent pour le cinéma et la télévision.
Mais le plus impressionnant, c’est une rencontre avec Nós do Morro, un groupe d’artistes amateurs créé en 1986 au sein de la favela Vigidal, dont sont issus nombre de professionnels confirmés. Comme Luciana Bezerra qui s’est intégrée à Nós do Morro à treize ans, et devenue ensuite comédienne et réalisatrice de courts métrages : «En 1986, au sein de la favela Vigidal, Gutti Fraga a rassemblé les talents de journalistes, musiciens, gens de théâtre pour fonder un groupe amateur dans l’église d’un prêtre autrichien de la communauté.
Personne n’était jamais allé au théâtre ; musiciens, poètes, acteurs enfants et adultes, ce groupe amateur est resté très local pendant dix ans. Jusqu’en 1990, quand cinq pièces et des programmes pour enfants ont été présentés dans l’ancienne église ; puis nous avons dû déménager et nous installer pendant deux ans dans une école, accueillis par une directrice qui nous aimait bien.
D’autres troupes nous ont prêté des matériaux pour aménager un petit théâtre, ce qui a interrompu pendant notre production artistique. Mais Gutti Fraga a fait des concerts pour garder le contact avec la communauté  et des campinhos, des petits sketches dans les écoles.
Autrefois, il y avait du trafic de drogue dans la favela, ce qui concernait 1% des habitants et la police ne parvenait pas à l’enrayer, mais les campinhos  présentés chaque semaine ont permis d’y mettre fin. Au début, Nós do Morro rassemblait des jeunes de neuf  à vingt ans tous amateurs qui faisaient des improvisations transformées en scripts, les rencontres offraient des possibilités de rêve, il n’y avait que 8.000 spectateurs. Notre première billetterie a été établie en 1988, pour Os dois o Inglès maquinista. »
La troupe est en prise avec les questions sociales de la communauté, et devint très populaire; son petit théâtre, inauguré en 1995 avec une pièce de Machado de Assis, obtient un prix.

Trois ans plus tard, une deuxième pièce de cet auteur remporte aussi un succès; La troupe travaille alors sur des improvisations avec des  écrivains et des musiciens sur la vie dans la favela, et le tout Rio commence à fréquenter régulièrement son théâtre. Certains acteurs font même une carrière professionnelle  de comédiens, metteurs en scène, techniciens à la télévision ou au cinéma, et reviennent à Nós do Morro.
Un bilan impressionnant : une centaine de spectacles réalisés, dont une quinzaine présentés dans des lieux professionnels, et plusieurs pièces de Shakespeare  dont certaines  présentés à la Royal Shakespeare Company de Stratford en Angleterre, une quinzaine de courts métrages dont Mina di Fé (Girls of faith) de Luciana Bezerra, conçus par 44 artistes, musiciens, comédiens et  cinéastes. Une lutte sans pareille pour éradiquer de façon spectaculaire la criminalité et la pauvreté dans cette favela de Vigidal.
En 2015, La Tempête, Roméo et Juliette et La Mégère apprivoisée, ainsi qu’un Campinho show, des lectures dramatisées et deux cycles de cinéma ont été présentés à Rio de Janeiro. Nós do Morro a publié un livre magnifique de 275 pages sur leur combat de trente ans, ainsi que plusieurs DVD.

 Édith Rappoport

www.nosdemorro.com.br

 

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