Retour à Berratham

Retour à Berratham, chorégraphie d’Angelin Preljocaj, texte de Laurent Mauvignier

 IMG_4999Le chorégraphe fête ses trente ans de création, et, à cette occasion, a de nouveau collaboré avec Laurent Mauvignier, parce qu’il aime parfois associer un texte à sa danse. Installé au Pavillon noir d’Aix-en-Provence depuis 2006, avec ses vingt-quatre danseurs permanents, il  passe, depuis plusieurs années d’un spectacle grand public un peu racoleur comme Les Nuits en 2013, à une création plus exigeante et très réussie avec Ce que j’appelle oubli de Laurent Mauvignier, en 2012.
 Créé au  dernier festival d’Avignon avec un accueil très réservé de la critique, le spectacle retravaillé intelligemment, a mûri. Berratham est un lieu imaginaire qui pourrait évoquer les Balkans. Un jeune homme vient y rechercher sa fiancée, et  la brutalité des rapports humains s’exprime sous toutes ses formes : viol, meurtre, mariage forcé. Une réalité d’aujourd’hui dans certaines contrées proches de chez nous…
Le texte de Laurent Mauvigner traduit la violence des hommes dont la sauvagerie et l’impulsivité du corps sont ici traduits par Angelin Preljocaj par de fulgurants passages chorégraphiques. Il ne faut pas trop suivre le récit-un peu trop démonstratif- dit par trois comédiens, sous peine de s’y perdre. Il y manque en effet une réelle dramaturgie pour le mettre en valeur

  Mieux vaut se laisser aller à la beauté de séquences dansées qui transcendent les corps des interprètes et créent des images fortes. Nous nous rappellerons en particulier du mariage où la nudité douloureuse de l’héroïne est magnifiée, et de la nuit de noce.
 L’esthétique des danses contraste avec la crudité de l’aire de jeu : Adel Abdessemed  a recréé un terrain vague avec une carcasse de voiture brûlée et des sacs poubelle. En fond de scène, derrière des grilles délimitant l’espace, il y a une grande étoile.
La qualité des danseurs est remarquable et leurs mouvements, tendres ou sauvages, emportent notre enthousiasme, malgré un texte finalement redondant. Mais Il faut voir ce spectacle malgré ces qualités paradoxales…

 Jean Couturier

 Théâtre National de Chaillot, Paris jusqu’au 23 octobre.                


Archive pour septembre, 2015

Comédie pâtissière

Comédie pâtissière, texte et mise en scène d’Alfredo Arias

 

Comedie_patissiere_rAlfredo Arias a apporté en France, dans les années 1968, du spectacle comme on n’en avait jamais vu, comme en rêvait. Nostalgique et brillant, moderne par son « fini » et par son culot trans-genre, trans-social, transatlantique, c’était une Argentine fantasmée, une fête pour les yeux et les oreilles, du beau travail. L’Histoire du théâtre, Luxe, Peines de cœur d’une chatte anglaise, d’après les dessins de Granville : on n’a pas oublié les premiers éblouissements, ni les derniers divertissements, sans doute moins retentissants, que nous a offerts Alfredo Arias, sous le chapeau ou non du Groupe TSE.
 Chapeau, donc, et un Carlos Gardel d’honneur (distinction à créer)-après tout, ce dernier était toulousain avant d’être argentin- pour avoir réveillé, avec ses compatriotes Jorge Lavelli et Jérôme Savary, un théâtre français peut-être trop sérieux. Merci à nos Argentins de nous avoir entraînés dans les failles poétiques et humoristiques qu’ils ont ouvertes. Non pas mine de rien, mais avec tambours, trompettes, plumes, paillettes et femmes nues poudrées de blanc.
Quelques décennies plus tard, et après quelques déceptions pour nous, Alfredo Arias revient à une forme plus légère, à un théâtre de chambre (la crise ?) plus personnel. Voilà, il a pris assez d’âge pour se pencher sur son enfance et sur la fée délicieuse et écrasante qui régnait alors sur l’Argentine, Eva Peron. Demandez à son ami Copi ce qu’il en pense.

La fée de dessin animé, donc, avait délégué pour amuser les familles sur les premiers écrans de télévision une pâtissière phénoménale qui inventait des gâteaux impossibles (Le manège, Le livre de prières, Le drapeau argentin, La montre) faits pour «transformer la misère en luxe pâtissier». Alfredo Arias imagine, sous le drapeau national transformé en rideau de scène, les retrouvailles entre cette Dona Patrona (presque Peron, au palier en- dessous) et le vieil enfant qu’il est toujours, et qui a toujours été « différent ».
Ce qui nous touche ici, c’est avec retenue, son regard sur le passé qui n’a rien de nostalgique ni de sentimental. Il signifie plutôt : « Je m’assume, voilà d’où je viens, qui je suis, et ce qui m’a fait, voilà ce que c’est que mon exil ». Du coup, on ne s’étonnera pas de son goût pour le kitsch, un kitsch élégant, soigné à l’humour et au travail bien fait. À vrai dire, la pièce manque de colonne vertébrale, et patine un peu.

  Mais elle reste plaisante, avec les interventions décontractées, faussement paresseuses et vraiment sensuelles, de la chanteuse Andrea Ramirez (l’enfant et la pâtissière sont joués par Alfredo Arias lui-même et Sandra Macedo). Encore une fois, c’est de la crème Chantilly, plus légère que les pâtisseries évoquées dans le récit, mais avec une forte note d’authenticité, sous la convention impeccable du music-hall.
  Pour les nostalgiques du groupe TSE : vaut-il mieux en rester aux souvenirs ? Cette petite forme, en tout cas, va les chercher au fond des mémoires et en donne la source sans regret, sans arrogance. L’Argentine ayant vécu ce qu’elle a vécu, et le monde étant ce qu’il est, on sera bien obligé de convenir qu’à sa façon, le divertissement parle de politique. Sous le glaçage sucré, une  pointe d’acidité, une goutte d’amertume. 

 Christine Friedel

 Théâtre de la Tempête, jusqu’au 18 octobre. T : 01 43 28 36 36.

Les Francophonies en Limousin 2015/versant auteurs (suite)

Les Francophonies en Limousin 2015/versant auteurs (suite)

 

Hommages à Sony Labou Tansi

Une de ses phrases figure en exergue sur le programme et l’affiche des Francophonies 2015 : « L’histoire fait mal au rire ! » Le romancier, dramaturge, poète est mort il y a vingt ans, mais son œuvre reste plus que jamais actuelle et son verbe vivace; plusieurs événements sont proposés pour témoigner de sa beauté et de son actualité.

 Sony l’avertisseur entêté, lecture/performance d’Etienne Minoungou d’après Encre, sueur, salive et sang (recueil de textes de Sony Labou Tansi, éditions du Seuil, 2015)

Etienne Minougou a réussi, malgré le récent coup d’Etat, à sortir, in extremis, du Burkina Faso où, entre autres, il organise le festival Les Récréâtrales. Au bar du Théâtre de l’Union, dont la direction vient d’être confiée à Jean Lambert-Wild, il profère avec conviction, entouré de deux musiciens, les mots de l’auteur congolais qui épinglent les maux frappant l’Afrique et, par contamination, le monde entier : «L’Afrique deviendra de plus un plus un cas de conscience pour l’humanité toute entière.» Et : «Si l’Afrique meurt, elle ne fera qu’inaugurer le cosmocide.»
Vingt ans après, elles apparaissent prémonitoires. « Pensez, vendre et acheter ont bousillé les géographies », dit le poète car «L’histoire s’est mise à courir plus vite que les multinationales ». Quelle clairvoyance quand il annonce : « Au terrorisme technologique, les pauvres opposent la terreur primitive » ; « Ceux à qui on a refusé l’humain seront des brutes » « Un peuple qui a peur est capable du pire » !… Mais l’humour n’est jamais loin :«Européens, ne tuez donc pas l’Afrique elle peut encore servir » ; « Les Arabes ont trop de pétrole pour être heureux. » Cependant, ce qui nous transporte, c’est, au milieu de la pire noirceur, une capacité de rêve : «Je crie tout cela à la face des hommes pour dire l’espoir à l’oreille d’une humanité bâclée » ;  « Nous allons inventer l’Afrique, le monde de demain(…) Nous autres têtus d’Afrique (…)  Il faut avoir le cœur d’exister…»
Etienne Minougou n’a pas eu beaucoup de temps pour caler sa performance avec les musiciens, mais il incarne avec ferveur cette prolixité verbale, terminant par ces mots : « Nous sommes encore au monde, c’est un miracle.» Les paroles du poète sonnent comme autant de maximes. Il faut continuer à les lire.

photoRendez-vous rue Sony Labou Tansi !

Aux confins de la ville, entre pavillons, labours et reliquats de forêt, on la trouve difficilement. C’est dans cette ruelle que quelques compatriotes de Sony Labou Tansi, dont Dieudonné Niangouna, ont bricolé, avec les moyens du bord, une déambulation littéraire hors programme. Une belle idée… comme dit le poète : «Les mots vont mourir, si on ne les remue pas à temps.» À chaque station, des bouquets de textes de l’écrivain congolais, suspendus aux arbres ou placardés aux palissades, s’offrent au promeneur.  Ponctuée de poèmes dits haut et fort, dans les champs ou au bout d’une allée, au milieu d’aboiements canins, la balade se termine en musique et en buvant des bières. Sous le soleil d’automne, la rue Sony Labou Tansi prend des allures de Kinshasa ou de Brazzaville et devient l’une des plus belles de Limoges. En temps ordinaire, on ne la remarquerait pas.

 Exposition Sony Labou Tansi

On suit aussi l’itinéraire de l’écrivain à la BFM : Bibliothèque francophone multimédia de Limoges. Dans le hall de ce bâtiment à l’architecture exceptionnelle, une exposition comportant de nombreuses archives nous incite à la lecture jusqu’au 14 novembre.

 L’Imparfait du présent : quatre auteurs québécois pour fêter les 50 ans du CEAD !

 Le Centre des auteurs de Montréal (CEAD) accompagne, depuis un demi-siècle, les nouvelles dramaturgies québécoises. Découvreur et diffuseur de talents, comme  ceux de Michel-Marc Bouchard, Carole Fréchette ou Wajdi Mouawad, il continue à nous faire connaître le meilleur des écritures théâtrales de la province. Le comité de lecture des Francophonies a sélectionné quatre pièces lues par les apprentis-comédiens de l’Académie de Limoges, sous la direction de Paul Golub. Ces lectures ont depuis quelques années un succès fou: elles affichent complet et c’est la bagarre pour réussir à entrer dans le Théâtre Expression 7, devenu trop exigu.

Hamster de Marianne Dansereau. La pièce met en présence des personnages échoués dans une banlieue désertée, un jour de premier mai. La Fille de l’abribus attend le 51 qui ne circule pas, rejointe par le Vieil Homme qui passe l’aspirateur sur sa pelouse. Il lui tient la jambe tandis que, dans la station service d’en face s’étiolent deux garçons aux comportements étranges. Au parc municipal, la Fille qui a la jupe trop courte selon le règlement, monologue avec son hamster. La langue est dense, inventive, et à la fin, on découvre le drame qui rassemble tous ces personnages, à priori sans lien les uns avec les autres.
Marianne Dansereau triture le vocabulaire et la syntaxe, distillant un humour glacial. Un nom à retenir!

Réserves, Phase 1, la cartomancie du territoire de Philippe Ducros. Après l’Afrique et la Palestine (voir L’Affiche  dans Le Théâtre du Blog novembre 2009), l’auteur entreprend d’explorer un nouveau territoire, cette fois au cœur de son pays. Celui des peuples spoliés et relégués, les Indiens et les Inuit. Il va à leur rencontre, les entend, restitue leurs paroles. Parallèlement,  il explore les statistiques, revisite l’Histoire qui a privé ces nations de leurs terres, de leurs langues, de leur identité.  Il s’émeut et se révolte.
Dans cette première phase de théâtre documentaire, il se met en scène, avec les personnages rencontrés dont il rapporte les témoignages. Il trace ainsi un carte des territoires relégués : les réserves au bord des autoroutes, froid et neige, alcool, drogue, viols, prostitution prison… suicides.
Il trace aussi un portrait économique : colonisation et pillage des réserves naturelles (bois, charbon, pétrole, minerais…) Une grande générosité l’anime, et donne de l’élan à son écriture.  Après cette lecture, on a hâte de voir ce texte mis en scène.


Tu iras la chercher de Guillaume Corbeil. “Tu es là, le dos droit, tu attends quelqu’un. Qui? Tu ne t’en souviens plus. Où es-tu exactement?”  S’adressant à elle-même à la deuxième personne, une femme cherche son identité dans les images que les miroirs, ou les gens lui renvoient de la réalité. Elle se confond avec une autre qu’elle poursuit jusqu’à Prague.
Une quête vertigineuse, construite comme une fuite en avant, une fugue de Bach. On se souviendra de Pélagie Papillon: la jeune actrice habite le corps vide du personnage et joue toutes les nuances de ce thriller théâtral.


  Invisibles de Guillaume Lapierre-Desnoyers. A cause de sa mésentente avec sa mère, une adolescente fait une fugue, une vraie cette fois. Quatre personnages cooexistent mais dans une espace temps éclaté, où ils s’affrontent indirectement ou directement, et qui laisse place à un récit collectif : la mortelle randonnée de ces enfants qui fuient leur famille, sur ces autoroutes sans fin ou, de stop en camion en stop en camion, de viol en prostitution, les filles errantes deviennent invisibles. La solitude de l’homme au milieu des vastes espaces d’Amérique, est un thème récurrent de la dramaturgie québécoise…

 Les Prix

Le Prix RFI théâtre vise à mettre en lumière, et en ondes, des dramaturgies encore sous-exposées, tant en Europe qu’en Afrique. Le jury, présidé par le dramaturge ivoirien Koffi Kwahulé, a choisi de récompenser Hala Moughanie, une jeune auteure libanaise, pour sa pièce Tais-toi et creuse.  Il a apprécié l’humour jubilatoire et féroce de ce texte qui, avec des dialogues acérés, dit la violence de la guerre, vécue au sein d’une famille fouillant un trou : trou d’obus, trou de mémoire, trou insondable au creux de l’être…Le texte est publié aux éditions Arcane (Liban).
Le Prix de la dramaturgie de langue française de la SACD:  parmi une dizaine de textes proposés par la Maison des auteurs de Limoges, un jury d’auteurs distingue un lauréat ; cette année,  Jonathan Bernier (Canada-Québec)  pour Danserault. Blotti sur une plage, au milieu d’un littoral où l’on ne parle qu’anglais, le vieil Hôtel Danserault, au charme désuet, a perdu de son lustre, tout comme la station balnéaire. Le retour de Damien, le plus jeune des fils Danserault, va tout bouleverser…
Le Prix Sony Labou Tansi des lycéens 2015:Un comité de lecture de quelque 600 élèves a décerné le prix 2015 à Sarah Berthiaume (Canada-Québec) pour sa pièce Yukonstyle publié aux éditions Théâtrales. La devise du Yukon, tout au nord du Canada, à la frontière de l’Alaska : «Larger than life ». C’est là que Kate fait du stop dans sa robe de Lolita trash, alors que dans leur cabane, trois marginaux  tentent de passer l’hiver. Il fait quarante-cinq degrés au-dessous de zéro… La rudesse du Yukon fait écho à celle des hommes : violence économique, individualisme, misère affective exprimée ici dans une langue très libre, à la fois dure et poétique. Pour la deuxième fois en deux ans, le prix est remis à un auteur québécois, ce qui montre une fois de plus la vitalité de cette écriture, qui sait aussi parler aux adolescents.
Là ne s’arrêtent pas les manifestations littéraires, il y en aura jusqu’au bout du festival. L’horizon de la Francophonie est large: le 2 octobre, des écrivains du Viet Nam seront à l’honneur. A suivre…

 Mireille Davidovici

 Les Francophonies en Limousin. T : 05 44 23 93 51 ; www.lesfrancophonies .fr  jusqu’au 3 octobre. Retrouvez l’univers de Sony Labou Tansi au Centre Wallonie-Bruxelles le 6 octobre à 12 h 30 pour une bistrot littéraire et le 9 octobre, à 20 h pour un spectacle : Amour quand tu nous prends, conception et mise en scène de Jean-Felhyt Kimbirima. 127-129 Rue Saint-Martin, 75004 Paris T. 01 53 01 96 96

 

Far/Away (Daleko Daleko)

Festival mondial des théâtres de marionnettes de Charleville Mézières 

Far/Away (Daleko Daleko) par le  Bolchoï Puppet Theatre

  Cette compagnie de marionnettes de Saint-Pétersbourg présente une adaptation mêlée de deux contes : Les six Frères cygnes des frères Grimm et Les Cygnes sauvages d’Andersen. On y voit d’abord un couple qui se forme dans une danse élégante, puis qui se place derrière un drap sur  toute la largeur du plateau; ils lévitent tout en douceur et ont donc ainsi une taille bien plus grande que la normale. C’est le premier effet de ce spectacle qui en comptera beaucoup.
Et par un simple  jeu de mains, ils vont faire naître des enfants, six garçons et une fille, symbolisés d’abord par des petites chemises. On voit arriver du fond du plateau six têtes  de comédiens, chacun avec autour du cou des petites jambes et petits bras qu’ils actionneront, créant des scènes  très drôles, avec un sens du geste incomparable de précision.
 Les frères enchaînent les moments de jeu avec leur sœur, ils la protègent, c’est désormais la seule femme de la maison, puisque la mère n’est plus là. Et les choses vont se gâter: le père va se marier avec une marâtre que les enfants n’accepteront pas.
   Après le rire de la première partie, c’est donc vers l’angoisse que nous amène la compagnie russe. Manipulant les draps, filant la métaphore de la chemise des garçons, ils ont une maîtrise complète des marionnettes, ombres, jeu, sons, lumières… C’est efficace et l’on passe une heure de féérie. La fin est un peu longue et complexe, et les rares dialogues sont en anglais… avec un accent à couper au sabre !
  Mais bravo à cette compagnie russe si talentueuse pour l’adaptation de ces deux contes qui proposent un spectacle très complet et qui émerveillera longtemps…

Julien Barsan

 

Compagnie nationale de danse d’Espagne

 Compagnie nationale de danse d’Espagne direction de José Martinez

 

 Dans le cadre du festival Au Temps d’Aimer la danse, cette compagnie a fortement impressionné le public de Biarritz. Le travail de fond de José Martinez sur les chorégraphies du répertoire se révèle efficace. Des répétitions préalables de trois semaines précèdent les répétitions classiques, afin que les danseurs acquièrent une mémoire corporelle des mouvements et maîtrisent ainsi plus aisément les spectacles. Des danseurs de qualité et trois bons chorégraphes: cela concourt à une soirée réussie.
Sub d’Itzik Galili met en scène sept interprètes bien préparés dans un espace limité à un rectangle lumineux au sol. T
ous torse nu, ils se rencontrent, se perdent et se retrouvent ©StephaneBellocq_Danza_1avec une réelle sensualité mélangée à une forte virilité. Mais les mouvements, trop influencés sans doute par la musique, paraissent un peu répétitifs. Herman Schmerman, une très beau ballet de William Forsythe, fut créée en 1992 avec une musique de Thom Willems. Le talent des danseurs prend ici toute son ampleur, en particulier avec le duo  Kayoko Everhart et Alessandro Riga, d’une grande puissance émotionnelle et technique. Les costumes de Gianni Versace ajoutent une touche érotique décalée à ce ballet. Minus 16 d’Ohad Naharin est une pièce maîtresse de la Batsheva Dance Company mais qui appartient au répertoire de nombreuses autres compagnies, et est constituée d’extraits d’œuvres précédentes du chorégraphe. Elle alterne une danse de groupe autour de chaises positionnées en demi cercle-chorégraphie quasi rituelle, violente et belle-et la technique Gaga que chaque interprète initie individuellement.  Ici, chaque mouvement est juste et incarné: les artistes ont une énergie et une présence impressionnante sur le grand plateau de la Gare du Midi. Minus 16 se poursuit par une invitation faite à quelques spectateurs qui évoluent en couple avec les danseurs de la compagnie de José Martinez; il nous prouve qu’elle est très professionnelle, dans le registre classique comme dans le contemporain, et promise à un bel avenir. Il faut absolument aller la découvrir lors de ses tournées dans le monde.

 Jean Couturier

 Festival Au Temps d’aimer la danse, le 18 septembre à Biarritz. www.letempsdaimer.com cndanza.mcu.es      

La belle au bois dormant

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La Belle au bois Dormant chorégraphie de Youri Grigorovitch avec les danseurs du Bolshoi

 

C’est un réel privilège que de voir un grand ballet classique sur la scène historique du Bolshoi. Ce théâtre académique d’État,  qui a été  entièrement rénové depuis 2011 après six années de travaux est un lieu mythique, et le restera encore pendant  longtemps… Il a des proportions majestueuses et un rapport scène/salle parfait. Entièrement habillés en rouge et or, la salle et son personnel accueillent le public de façon à ce que chacun se sente un peu comme un petit prince. La fosse d’orchestre se situe au niveau du parterre, comme au New York City Ballet.
 Les lustres devant chaque baignoire, et le lustre central donnent une excellente luminosité à la salle. Le mot Poccua (Russie en alphabet cyrillique) est décliné une soixantaine de fois sur le rideau de scène : nous sommes bien ici dans le plus grand théâtre du monde, et il est russe ! Chaque personne qui y travaille, des ouvreurs à  tous les interprètes, se sent fière d’appartenir à cette institution qui emploie 3.000 personnes.
La Belle au bois dormant est l’une des rares pièces au répertoire du Bolshoi à ne pas aller en tournée, du fait des décors importants d’Ezo Frigerio. Le scénographe de Giorgio Strehler et de Rudolf Noureev semble s’être inspiré de l’esthétique monumentale du Vatican, avec ses colonnades torsadées. La richesse des costumes multicolores de Franca Squarciapino accompagne les dorures des décors qui entrent en résonance avec celles de la salle.

   Quant à la musique de Tchaikovski, elle est remarquablement interprétée par l’orchestre dont le rythme intense et les envolées romantiques de son chef, Vassily Sinaisky, viennent conforter le public dans son goût du classique. La chorégraphie de 2011 de Youri Grigorovitch, sur les traces de Marius Petipa, met en lumière la remarquable vivacité et la technique des danseurs que nous retrouvons avec bonheur, après les avoir vus ici en janvier pour une reprise de L’Appartement de Mats Ek. Issus le plus souvent de l’Académie chorégraphique de Moscou, ils sont toujours aussi impressionnants par leur engagement physique et leur sens du jeu.
   Mais ce ballet de deux heures trois quarts a un prix ! Il n’est pas aisé de se procurer un billet, même avec la réservation  par Internet qui facilite les choses… à condition de s’y prendre à temps. Et un autre ballet, très organisé, se déroule donc chaque soir et en toute impunité, devant le Bolshoi, celui des vendeurs au noir. Les bonnes places se négocient pour les plus chanceux, autour de 100 à 500 euros. Précisons que l’on voit correctement la scène de presque partout.
Surprenant : à sa création, le 15 janvier 1890, ce ballet en deux actes fut un triomphe mais la musique de Tchaikovski suscita de fortes critiques: «Le compositeur abuse de sa maîtrise… À quoi bon des teintes aussi compactes, d’aussi grosses masses orchestrales pour accompagner le baptême d’Aurore? Ne dirait-on pas, en entendant cette musique, qu’il s’agit de Macbeth et des sorcières.»
La critique est un art délicat, et pas toujours visionnaire.

 

Jean Couturier

bolshoi.ru

 

Élisabeth Bam

Élisabeth Bam, de Daniil Harms, mise en scène de Claude Merlin


Élisabeth BamMais de quoi a-t-elle peur, cette charmante, vive, vulnérable et robuste Elisabeth ? Deux policiers frappent très fort à sa porte, mais elle ne va pas se laisser faire comme ça ! Bref, ils se disputent plus ou moins entre eux, font amis-amie avec la supposée délinquante qui n’a rien délinqué du tout (encore que ?). Arrivent des scènes de famille et un musicien qui passe… Tout cela va son train à la manière d’une Alice au pays des merveilles croisée avec les mondes de Franz Kafka et Alfred Jarry.

Daniil Harms  (1905-1942) ne ressemble qu’à lui-même, très proche des enfants pour qui il a beaucoup écrit, très radical pour avoir, dans l’enthousiasme de la jeune révolution soviétique, traité à neuf le langage, sans autre référence que sa réalité propre. D’où des morceaux où l’inconscient croise le politique, où les comptines se terminent en lettrisme…
 Dans ce monde-là, à égalité entre réel concret et réel imaginaire, Claude Merlin est à sa place. Pas de décor, puisqu’il n’y a pas d’argent pour cela, mais à quoi servirait un décor ? Tout se passe dans la déambulation d’acteurs sur le plateau, dans un espace un peu indéterminé, mouvant, au gré du cauchemar et du sourire ? Les comédiens âgés apportent à la pièce leur expérience désabusée et malicieuse, et la jeune interprète d’Elisabeth, une énergie digne du petit chaperon rouge.
Avec ses pastiches de «comédie réaliste» ou de «pathos lyrique» : on est déjà dans le théâtre de l’absurde. Le tout donne un spectacle rêveur, souriant et pessimiste, Cela donne surtout envie de lire, et de relire Daniil Harms, bien servi ici par le lunaire Claude Merlin.

 Christine Friedel

 La Parole  errante, à Montreuil, jusqu’au 2 octobre. T : 01 48 70 00 76.

Marvin par le Puppet Theatre Ostrava

Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes  de Charleville-Mézières

 

Marvin  par  le Puppet Theatre Ostrava

Aux côtés des excellents Anges au Plafond, il y avait un artiste invité, jeune tchèque d’origine brésilienne, Duda Paiva. D’abord danseur, il commence par étudier le théâtre pour se former ensuite à la danse puis voyage dans le monde entier à la rencontre d’autres techniques ; plus tard, il intègrera la marionnette à ses chorégraphies.
 Ses spectacles mélangent avec bonheur, danse, mouvement et manipulation de marionnettes. Duda Paiva est l’auteur du « puppet partiture », un style qui se propose de présenter une seule idée dans deux corps différents et qui a fait son succès. Jeune, mais déjà habitué du festival de Charleville, il avait triomphé avec Bastard en 2011  et Bestiaires en 2013.
  Marvin est le deuxième spectacle jeune public de Duda Païva, il signe la mise en scène, la création des marionnettes et les masques pour le compte du Théâtre de marionnettes d’Ostrava en République Tchèque.
 Pour le rôle-titre, on retrouve Filip Stanêk, un danseur issu de l’Opéra d’Ostrava qui interprète un petit garçon dans un pensionnat. Il s’y ennuie et, perdu dans ses livres, improvise une chorégraphie avec les ouvrages, jongle avec, se cache derrière, jusqu’à être pris en faute par les surveillantes.
 Il reçoit une lettre de ses parents  lui disant qu’ils doivent partir en voyage et qu’ils ne pourront pas passer Noël avec lui. Ils lui font néanmoins parvenir un cadeau détenu par les gouvernantes mais qu’il attrapera quand même.  Le petit garçon découvre alors un énorme Mickey tout flasque, en mousse, et si grand qu’il peut entrer dedans, dans un ballet drôlatique, dans sa tête mais  ses jambes sortent par la bouche de la peluche.
 Il rencontre son double, puis  une petite fille dont il va tomber amoureux,  et une grand-mère démembrée assez terrifiante et agonisante.
  Avec peu de mots (pour être visible partout dans le monde) et dans une mise en scène très soignée, ce spectacle ravit les spectateurs de tout âge. Filip Stanêk se révèle parfait  dans le rôle de Marvin, sautillant et innocent comme le sont les enfants, mais sans jamais tomber dans la mièvrerie.
Son côté aérien et léger va bien avec les rêveries qui nous sont proposées sur le plateau. Le mélange entre le jeu du comédien, et celui des marionnettes de grande taille et de comédiens grimés, donne une réelle profondeur de champ et une richesse à la pièce.
Les marionnettes sont faites d’une mousse qui permet de les comprimer, et de les faire naître presque mystérieusement…
Même si on ne saisit pas toujours bien le sens des scènes, il y a une très belle unité dans le jeu et les enfants présents dans la salle n’ont pas fait un bruit ! Espérons que nos scènes nationales ou des grands plateaux auront vu cette première française et la programmeront !

Julien Barsan.

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Père d’August Strindberg

 

Père d’August Strindberg, texte français d’Arthur Adamov, mise en scène d’Arnaud Desplechin

 

 

©Vincent Pontet coll. Comédie-Française

©Vincent Pontet coll. Comédie-Française

 Le dramaturge suédois signe la deuxième pièce (1887) d’un cycle naturaliste, ouvert avec Camarade (1886) et suivi  des mythiques Mademoiselle Julie (1888) et Créanciers (1889).
Après des premiers textes plus classiques, tragédies ou drames historiques, l’auteur  inscrit son univers dans un contexte contemporain et un réalisme social, mais il s’emploie  à travers Père à faire un zoom fracassant sur «la guerre des sexes », geste qui ne peut qu’intéresser ce cinéaste amoureux du théâtre, qui s’essaie pour la première fois et avec brio à la mise en scène.
La lutte à mort des cerveaux – image brute, douloureuse et éloquente – est l’objet même des considérations privées d’un artiste masculin, époux, fils et père, écartelé entre misogynie instinctive d’un côté, et  mouvements de libération de la femme, de l’autre.
Filles, épouses et mères, cette moitié de la population est peu prise en compte par la société jusqu’en cette fin de XIX ème siècle ; un féminisme avant-gardiste que le poète suédois revendicatif et visionnaire défend avec passion. Le jeu de pouvoirs entre l’homme et la femme dans  un rapport irréversible au monde et à l’autre, à jamais différent, n’a pas de fin, et les propos que s’échangent le Capitaine et son épouse, acteurs d’une vie conjugale et familiale dynamitée par des tensions, sont durs, amers et définitifs.
Si l’on considère le Petit Catéchisme à l’usage de la classe inférieure  d’August Strindberg (traduction du suédois et lecture par Eva Ahlstedt et Pierre Morizet  coll. Babel/ Actes Sud), la pensée du dramaturge se fait radicale et provocatrice.
La morale, dit-il, est la plus stricte dans les rapports entre les sexes, parce que l’accroissement de la classe inférieure en dépend. Si on laissait à la classe inférieure son entière liberté, cela pourrait nuire à la classe supérieure. Et c’est la femme qui a inventé le mariage, et qui a ainsi créé une nouvelle classe supérieure en se dérobant au travail.
Le mariage est une institution économique où l’homme, devenu esclave de la femme, est obligé de travailler pour elle. Du coup, les hommes ne veulent plus se marier… Le Capitaine – le Père - expose à la fin (tragique), l’état des lieux d’une existence personnelle incomprise : «Je crois que vous êtes toutes mes ennemies…Ma mère…Ma sœur…La première femme que j’ai connue… Ma fille… toi, ma femme, tu as été mon ennemie mortelle, car tu ne m’as pas lâché avant que je ne sois étendu par terre, et sans vie. »
Laura lui répond : «Ton existence a pesé sur mon cœur comme une pierre, jusqu’au moment où j’ai essayé de me délivrer de ce fardeau… » Et cette mésentente est alimentée par la question de l’éducation de leur fille.
Arnaud Desplechin, sensible à la thématique strindbergienne du rapport amoureux, parle de l’éternelle aspiration de la femme à se libérer, accompagnée du cri de l’homme-enfant : «Si Laura et Adolphe ne savent pas arrêter de se parler, de se blesser, c’est qu’ils ne savent pas arrêter de s’aimer. » Le capitaine se souvient de leurs promenades de jeunesse aimante, des bouleaux, primevères et merles.
Le scénographe Rudy Sabounghi joue de l’ombre et de la lumière (Dominique Bruguière) dans l’appartement spacieux d’une maison de maître. Côté ombre et univers masculin, les immenses murs de la bibliothèque, avec les dossiers scientifiques du Capitaine et chercheur, son bureau imposant et son lit militaire d’appoint ; côté lumière et univers féminin, une grande baie vitrée, presque ensoleillée qui s’impose, à mesure que cet homme de la maison – l’ennemi – bat en retraite.
Murs et portes intérieurs sont couverts de lambris, à la manière des appartements anciens, lourds d’un passé riche et mythique, qu’affectionne le cinéaste… Comme des rappels de décors d’Un Conte de Noël (2008) ou  Trois Souvenirs de ma jeunesse (2014), entre autres…
La mise en scène diffuse toute la splendeur et l’humanité d’une lumière intérieure, ambivalente et profonde, qui habite les êtres, déchirés et meurtris en dépit d’eux, victimes de contradictions et de paradoxes qui tissent l’étoffe de leurs jours. La tension dramatique est à son comble, comme un arc élevant l’embout d’une flèche furieuse, lâchée vers sa cible jusqu’au bout de la représentation.
Colère rentrée, rage transcendée, folie sourde, les comédiens ne perdent ni leur dignité ni leur liberté, quand  ils composant savamment leur personnage. Et le publi,c tenu en haleine écoute ces proférations, sous le charme discret d’une musique cristalline….
Martine Chevallier en nourrice du capitaine est émouvante, Thierry Hancisse en pasteur manifeste un beau trouble qu’il jugule avec art, Alexandre Pavloff est un médecin de famille nerveux, écartelé entre sa morale et les événements inédits auxquels il est confronté, Pierre-Louis Calixte, en soldat, joue sa partition populaire et virile avec conviction, et Claire de La Rüe Du Can en jeune fille de la maison, suggère avec tact sa position de victime donnée en sacrifice. Anne Kessler et Michel Vuillermoz , la mère et le père, sont précis, en partenaires invivables d’un duo infernal qui ressemble à celui de la vie.

 Véronique Hotte

Comédie-Française, Salle Richelieu, Place Colette, Paris, du 19 septembre au 4 janvier. T : 01 44 58 15 15
La pièce est publiée chez L’Arche Éditeur.

Francophonies en Limousin 2015 / suite

Francophonies en Limousin 2015 / suite

La programmation du festival inclut des spectacles jeune et/ou tout public

 

ᓄᒃ [Inuk] mise en scène et scénographie de David Gauchard

inukEntre ciel et banquise, dans le silence des neiges, deux personnages en anorak se livrent à la pêche sur glace, munis de harpons, partent en kayak ou chassent le caribou.
Leurs gestes sont stylisés, leurs pas crissent sur le carré blanc phosphorescent figurant leur territoire. D’autre part, on nous raconte comment et pourquoi fut réalisé le film Nanouk l’Esquimau, dont on voit quelques extraits, suivi de l’invention des bâtons de crème glacée, alors qu’esquimau signifie mangeur de viande crue…
Le spectacle résulte d’un travail documentaire sur le peuple inuk, la perception qu’en a le monde occidental, et d´une réflexion sur le devenir de la planète à travers la débâcle du pôle Nord. Pour ce faire, David Gauchard et son équipe sont partis au Nunavik, terre des Inuit, dans le village de Kangiqsujuaq. Ils ont recueilli des témoignages d’habitants, dont ils nous livrent les propos inquiets. Sur ce fond de réalité, surgissent les figures totémiques de trois animaux sacrés de la cosmogonie polaire: le pingouin, le phoque et l’ours blanc, sous forme de masques portés par les acteurs ou de dessins projetés sur l’écran du ciel.
« Ce spectacle s’appelle ᓄᒃ [Inuk] . En inuktitut, cela signifie l’homme. A travers son écriture, nous avons cherché un équilibre entre l’onirisme du grand Nord et la réalité contemporaine «   dit le metteur en scène. Il en résulte des images épurées, ponctuées de signes d’un indéchiffrable alphabet, et accompagnées par un musicien exceptionnel, L.O.S (Laurent Duprat). Champion de France de multivocalisme, il produit, en soufflant dans son micro, des sons étranges, des bruitages: une sorte un chant a cappella polyphonique.
Ce spectacle poétique tire le signal d’alarme sur le réchauffement climatique et la disparition des espèces. Il alerte les petits ( à partir de sept ans) et les grands sur le sort des Inuit qui, eux savent vivre en harmonie avec la nature.
Un brin didactique, il fonctionnerait même sans textes et surtitrages. Mais nous nous laissons vite emporter par cette rêverie polaire.

Création du 24 au 26 septembre au festival des Francophonies en Limousin. Du 3 au 7 octobre au TNG /Lyon; le  13 octobre : Aubusson Scène Nationale; le  16 octobre au Festival Marmaille, Rennes /LLe Grand Logis / Bruz ;  les 6 et 7 novembre au Théâtre de L’Olivier à Istres ; les 3 et  4 décembre au Canal Redon ;  les 6  et 7 décembre : L’Arc, Rezé; du 10 12 décembre  à La Filature, Mulhouse ; du 16 au 19 décembre : Le Grand Bleu, Lille ;les 7 et 8 janvier : Espace Jean Legendre, Compiègne ; du 11 au 13 janvier : Théâtres en Dracénie, Draguignan ; du 20 au 22 janvier à la Maison des Arts de Créteil ; du 31 janvier  au 1er février : Festival MOMIX, Kingersheim ; du 4 au 6 février : MA scène nationale, Montbéliard ;11, 12, 15 février : L’Hexagone, Meylan ;14-18 mars : Espace Malraux, Chambéry ; le 24 mars  à L’ARC, Le Creusot ; les 31 mars et 1er avril à L’Echappée, Sorbiers ; du 7 au 9 avril : Théâtre de Villefranche ; 26 au 29 avril : au CDR, Tours et du17 au 22 mai : Am Stram Gram, Genève

 

Kamyon  conception de Michael de Cock et Rudi Genbrugge.

kamyon-istanbul-ph-tarsenaal-webNous entrons dans un énorme remorque de camion, stationné aux confins de Bourganeuf, coquet village à une heure de Limoges. Dans cet habitacle sont installés onze rangées de bancs de bois; devant nous s’entassent des caisses en plastique multicolores,seul décor pour cette invitation au voyage. Un voyage comme en font actuellement des milliers d’enfants, sur les routes d’Europe, fuyant leur pays en guerre… Une petite fille nous raconte le sien. Comment elle est partie, ce qu’elle ressent d’avoir dû laisser derrière elle sa maison, ses jouets, ses amis, sa grand-mère et son père. Son école et son pays en ruine.
Pour se consoler, elle s’imagine à bord d’une fusée, s’inspirant du Manuel du cosmonaute courageux, une de ses lectures favorites. Le vieux cheval derrière lequel le passeur, un certain Moustache l’a cachée avec sa mère va lui apporter sa sagesse animale…
Présentée en lecture par Michael De Cock au printemps dernier à Limoges (voir Le Théâtre du Blog Nouvelles zébrures à Limoges, 24 mars), la pièce tient ses promesses. Elle a trouvé sa forme avec un dispositif scénique très astucieux qui tire partie de cet espace confiné et s’anime grâce à des projections.
Jessica Fanhan nous entraîne dans le monde enfantin de la gamine et nous fait partager ses interrogations :  » Pourquoi la guerre ? L’optimisme de la jeunesse :  » Si tout n’est pas encore ok, alors il est impossible que ce soit la fin. » Sa foi en l’avenir : « Quand je serai grande, je construirai des maisons qui ne s’effondrent pas. »
Rudi Genbrugge, du fond de la salle chante de belles mélopées et joue du saz, de la flûte ou de l’accordéon Il prête aussi sa voix au vieux cheval philosophe : « Pourquoi les hommes détruisent tout ? lui demande la fillette – Peut être parce qu’ils ont oublié qu’ils sont des hommes », répond-t-il.
Le metteur en scène, directeur du théâtre Arsenaal à Malines (Belgique), travaille depuis dix ans autour du thème de la migration. Après Istanbul, la Slovénie,  et la Belgique, c’est en français cette fois qu’il adresse ce spectacle généreux, poétique et pertinent au public de Limoges.
Ne manquez pas d’y assister, de préférence en compagnie de vos enfants.

 Kamyon vient s’installer en ville dès lundi .

Mireille Davidovici

A suivre

 Du 30 septembre au 3 octobre.
Les Francophonies en Limousin T. 05 44 23 93 51

www.lesfrancophonies.fr

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