Démons de Lars Norén

Démons de Lars Norén, traduction de Louis-Charles Sirjacq avec Per Nygren, mise en scène de Marcial di Fonzo Bo

 

photo de répétition Crédit Photo : Tristan Jeanne-Valès

photo de répétition
Crédit Photo : Tristan Jeanne-Valès

La pièce  date de 1984, et fait partie d’une trilogie de Lars Norén  qui a pour thème la mort et le deuil de la mère.
Franck et Katarina vivent depuis neuf ans ensemble dans un bel appartement. Ils n’ont pas d’enfants. Un soir, il revient avec un sac plastique contenant l’urne des cendres de sa mère qu’il dépose négligemment sur la console de l’entrée – les obsèques doivent alors lieu le lendemain et on attend le frère de Frank et sa femme qui ne viendront pas; il préfère regarder un match de foot à la télé!
Frank lui, retrouve Katarina, et très vite, on assiste au n ième épisode d’une relation amoureuse difficile sur fond d’alcoolisme (on boit beaucoup et très souvent!), de violent érotisme, de solitude jamais avouée, et d’agressivité chez ces deux amants mais aussi parfois de tendresse. « Ou je te tue ou tu me tues, ou on se sépare, ou on continue comme ça. Choisis ! », dit Katarina. « Je ne peux pas choisir. Choisis, toi », dit Frank.
Le dialogue est des plus crus, impitoyable, et parfois à la limite de l’obscénité: « Tu vois… dit Frank à Katarina, j’ai finalement découvert qu’on pouvait baiser par amour et qu’on pouvait baiser sans amour… Je veux dire, baiser avec toi sans amour, ce que j’ai fait ces dernières semaines… C’est une expérience terrifiante… Comme d’arriver au crépuscule dans un endroit qui vient d’être ravagé par la guerre, et on compte les cadavres, C’est comme de coucher avec un cadavre ».
Aucun cadeau, aucune pitié dans cette guerre intime où le couple s’affronte en permanence  avec une certaine cruauté qui fait partie des règles de ce jeu pervers auquel le couple est abonné. « C’est pas une colombe qu’ils mettront sur ta tombe, c’est un rat », dit Frank qui  en viendra même, dans une scène particulièrement réussie,  à jeter rageusement les cendres de l’urne funéraire de sa mère sur Katerina.
« Tant que je serai vache avec toi, dit-elle, tu resteras avec moi. Ça, je le sais.N’est-ce pas ? Est-ce que ce n’est pas vrai ? (…) Tant que je te maltraiterai, tu resteras lié à moi ».
Et très vite, la situation se dégrade: Katarina reproche à Frank d’être impuissant, et lui reproche ses penchants homosexuels. Bref, le couple est au bord de l’implosion. Frank pour essayer de briser  leur solitude,  propose à Tomas et Jenna, leurs jeunes voisins de venir boire un verre. Eux, sont mariés depuis douze ans et parents de deux jeunes enfants. Mais c’est un peu compliqué pour eux de venir, puisqu’il leur faut laisser seuls.Ce qui les inquiète mais laisse indifférents Katarina et Frank. Toma et Jenna arrivent, bien contents d’échapper à la grisaille quotidienne de leur couple.
Tomas et Jenna assistent-d’abord comme tétanisés, puis finalement complices et, en tout cas fascinés- à cette danse de mort et d’amour! Avant que, bien entendu, Frank, le cynique ne drague Jenna, et que Katarina ne se laisse tenter par Tomas que Frank essayera aussi de séduire…
Et Lars Norén sait habilement utiliser l’effet miroir: Jenna et Tomas voient, en effet grossissant, ce qui risque de leur arriver dans quelques années… On pense bien sûr au quatuor de Qui a peur de Vriginia Woolf d’Edward Albee que va bientôt mettre en scène Alain Françon au Théâtre de l’Oeuvre mais aussi  aux enfers conjugaux imaginés par les deux compatriotes de Lars Norén, August Strindberg et Ingmar Bergman.
La pièce a souvent été montée par, entre autres, Gérard Desarthe, Jorge Lavelli mais aussi par Thomas Ostermeier. Ici, les choses sont un peu différentes puisque Marcial Di Fonzo Bo, le nouveau directeur de la Comédie de Caen depuis mars dernier, en a d’abord réalisé un adaptation filmée, écrite avec Louis-Charles Sirjacq pour Arte.*
Il dirige ces mêmes comédiens sur un plateau tournant. Il y a juste dans le salon de leur bel appartement,un canapé, un fauteuil et une table basse, et de l’autre côté,  leur chambre avec un grand lit: b
elle scénographie de Maxime Contrepois pour traduire de façon réaliste, l’univers clos de ces deux êtres. La mise en scène  et la direction d’acteurs relèvent d’une belle intelligence du texte mais Marcial di Fonzo Bo qui a écrit de nouveaux dialogues « tout naturellement  inspirés  par la présence des quatre interprètes » met en scène assez habilement cet exorcisme amoureux, au besoin en ne trichant pas sur la violence physique. Mais le spectacle manque d’unité de jeu et les acteurs semblent parfois un peu laissés à eux-même
Marina Foïs est brillante, toujours remarquablement juste comme Romain Duris mais lui  a tendance parfois à surjouer les situations. Côté jeune couple, Anaïs Demoustier a, au début, bien du mal à se faire entendre et à être crédible. Gaspard Ullel qui a repris le rôle au dernier moment, est lui  plus convaincant.
Mais la pièce, sans doute assez provocante à l’époque de la création, (c’était il y a a trente ans et il n’était encore pas du tout question de mariage pour tous) a pris un coup de vieux et a même parfois des allures de nouveau boulevard. Cet exercice de théâtre très psychologique sur l’enfer conjugal semble dater un peu..
Au début, les dialogues font mouche mais ces Démons, après une heure, font du sur-place et les brèves relations amoureuses entre les deux couples ont en effet quelque chose de téléphoné, et la fin, du genre réconciliation sur l’air bien connu de: « Je t’aime moi bon plus, mais quand même », a un côté bien conventionnel, comme si l’auteur avait eu du mal à conclure…  Et du coup, même s’il en a revu les dialogues, Marcial di Fonzo Bo semble hésiter dans la seconde partie sur un parti pris de mise en scène, entre réalisme et symbolisme.
A vous de décider, si cela vaut quand même le déplacement… Pourquoi va-t-on au théâtre? Pour voir une pièce, une mise en scène, ou deux acteurs vedettes de cinéma? C’est peut-être là toute l’ambiguïté de ce spectacle…En tout cas, vous pouvez déjà vous en faire une idée, en voyant le film sur Arte, ou au Théâtre du Rond-Point.

Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin-Roosevelt, Paris 8ème. T: 01 44 95 98 21 jusqu’au 11 octobre à 21h.* La projection du film  de Marcial di Fonzo Bo aura lieu en avant-première le lundi 28 septembre à 20h, salle Renaud-Barrault,  et Démons  sera diffusé sur Arte le jeudi 2 octobre.
La création de Demoni avec une distribution italienne aura lieu le 1er mars prochain au Teatro stabile di Genova.

Le texte de la pièce est publié aux
éditions de l’Arche.


Archive pour 17 septembre, 2015

Comme une pierre qui…

Comme une pierre qui…, d’après Like a rolling Stone , Bob Dylan à la croisée des chemins de Greil Marcus, sur une idée originale de Marie Rémond, adaptation et mise en scène de Marie Rémond et Sébastien Pouderoux

 

  comme une pierre qui - 9569_photo groupe montageAvec Comme une pierre qui … d’après Greil Marcus, musicologue et spécialiste de Bob Dylan, Marie Rémond et Sébastien Pouderoux projettent sur la scène un travail en cours passionnant, soit une manière d’atelier d’application mouvementé autant qu’émouvant, ou le laboratoire d’une session d’enregistrement historique de la chanson Like a Rolling Stone.
Ainsi, l’œil du spectateur pénètre à la fois avec intérêt, curiosité et plaisir dans les méandres incertains des répétitions de toute création musicale.
Le public médusé assiste à une chronique circonstanciée et presque minutée des aléas: ratés, faux départs, velléités infructueuses et empêchements frustrants, mais aussi et enfin, choix déterminés et carrés dans cet essai musical de libre improvisation jusqu’à son accomplissement somptueux.
La rétention calculée de la réussite ménage ses effets. En effet, la stratégie inventive marche sur des œufs. Due au hasard et à l’imprévu, elle est le lot de la création artistique et mène  à l’avènement de la prise finale d’une des chansons les plus mythiques, un standard du rock du siècle dernier.
L’aventure de cette composition exceptionnelle Like a Rolling Stone (1965) est rapportée en 2005, sous le même titre, par le critique musical Greil Marcus qui consacre son ouvrage à cette expérience qui changera le destin du rock.
Bob Dylan est à la croisée des chemins, comme l’indique le titre. En pleine crise identitaire américaine sur fond de guerre du Viet nam, le chanteur transforme sa rage en interrogation existentielle. Il représente alors le folk, situé politiquement à gauche: jeu de guitare sèche, chansons à message ou chansons engagées de portée politique, la chanson protestaire : Blowin ‘in the Win, ou The Times They Are a Changin’.
Mais il se lasse des attentes cadrées de son public. Avec la préparation et la création symbolique de Like a Rolling stone, Bob Dylan bascule, passe alors  du côté du rock ou du folk rock, avec ses instruments électrifiés, politiquement placés à droite.   Trahison, diront certains situés du côté de ces bouseux  de folkeux.
Pour raconter l’épopée musicale et scénique, les metteurs en scène prennent appui sur les quinze prises retranscrites dans le livre de Marcus, parmi les vingt-quatre de l’enregistrement. Se dégage pour l’observateur de ces musiciens en extase mais inquiets, une impression d’anarchie et de chaos: les interprètes ne savent s’ils appartiennent au rock, au folk ou à la poésie.
Et pourtant, l’histoire du rock s’en est vue bousculée définitivement pour les générations futures. Sur le plateau –enregistrement musical et théâtre pur- Bob Dylan (Sébastien Pouderoux dans une composition fulgurante de l’artiste), au piano, à l’harmonica et à la guitare, star autistique qui arrive forcément en dernier et qu’on ménage, le «tueur» Mike Bloomfield (Stéphane Varupenne intensément habité), à la guitare ; Al Kooper (Christophe Montenez), fan de Bob Dylan et auteur de chansons, guitariste qui se met, à l’improviste, à l’orgue ; Paul Griffin (Hugues Duchêne), musicien classique, au piano et Bobby Gregg (Gabriel Tur), à la batterie.
À la régie, se font entendre les hurlements du producteur Tom Wilson (Gilles David), dus d’abord aux exigences de rentabilité et d’audimat; il met la pression sur les artistes stressés : la chanson fera six minutes, contre les trois commercialement prévues au départ.
La représentation théâtrale est un bonheur scénique quand elle pénètre si savamment dans les arcanes énigmatiques de la création, un avènement musical miraculeux et à nul autre pareil dans l’histoire du rock. L’époque est retraduite dans l’esprit, mais le spectacle la réactualise encore, à travers des questions posées, des mystères non élucidés pour les fans de Dylan.
Qui est la femme légendaire comparée à une Rolling Stone ? La femme d’Andy Warhol,  ce « Diplomate qui trimballait sur l’épaule Un chat siamois « , ou bien encore « ce Napoléon en haillons » ? How does it feel ? Ça te fait quoi D’être toute seule Sans foyer Où aller comme une parfaite inconnue, une pierre qui roule…
Bravo pour cette célébration conviviale, et cette création collective, à la fois théâtrale et musicale.

Véronique Hotte

Studio-Théâtre de la Comédie-Française, jusqu’au 25 octobre. T : 01 44 58 98 58.

 

Deux ampoules sur cinq

Deux ampoules sur cinq, d’après Notes sur Anna Akhmatova de Lydia Tchoukovskaïa, adaptation et mise en scène d’Isabelle Lafon

 

  deux_ampoules_pascal_victor_1Anna Akhmatova, la grande poétesse, a traversé presque toute l’histoire de l’U.R.S.S. Célèbre très jeune, elle a voyagé-Amedeo Modigliani a fait son portrait-elle aurait pu quitter son pays comme tant d’autres.
Non, elle est restée, par patriotisme, un patriotisme jamais démenti : elle savait qu’elle pouvait répondre à «la femme aux lèvres bleues», en quête de nouvelles de son mari au plus sombre des purges staliniennes : «Et ça, vous pouvez le décrire ? Oui, je le peux».
C’est cela, sa vocation de poète : dire cela, dire ce monde d’incertitude, de censure, dire aussi sa vie, avec son fils prisonnier, pas de thé à offrir, la peur d’être arrêtée, l’exclusion de l’Union des écrivains pour «érotisme, mysticisme et indifférence politique».
Mais «pas de désespoir, pas de honte, ni maintenant, ni jamais. Vivants». La résistance ne s’organise pas, elle chuchote, elle se vit. En 1938, Lydia Tchoukovskaïa, écrivaine elle aussi, vient voir Anna Akhmatova, qu’elle vénère. Elle va l’accompagner toute sa vie, recueillir ses poèmes, les apprendre par cœur avant de les brûler.
Elles vont s’écouter, rire ensemble, se brouiller pendant dix ans, se revoir vieillies et pareilles, et Lydia a tout consigné dans son Journal clandestin, dangereux, vivant lui aussi.
Isabelle Lafon a fait de ce dialogue, de ces deux vies mêlées, un spectacle créé la saison dernière au Terrier du Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis. Ce lieu étroit dramatisait presque trop le propos : elle a voulu le retravailler: «Après tout, les musiciens retravaillent Mozart sans fin», dit-elle.
Ici, sur le grand plateau de la Maison des Métallos, avec Johanna Korthals Altes, elle construit l’abri nocturne des deux femmes, leur clandestinité vivante, active. Elles créent l’espace incertain d’une double et parfaite complicité : celle de Lydia et d’Anna, et des comédiennes qui les incarnent, pas à pas, mot par mot. L’une plus en douceur (Lydia), l’autre plus acérée (Anna), avec ses mains qui semblent des couteaux pointant la vérité. Chaque ébauche d’un geste, chaque souffle, la plus petite nuance d’articulation porte le texte à son maximum d’intensité.
Un travail fin, aigu, qui se fait devant nous, et avec nous. Loin d’un exercice formel: la justesse de chaque moment crée ce lien. Et le fait que la scène soit éclairée par des lampes de poches tenues par les spectateurs des premiers rangs paraît presque anecdotique. Mais cela touche à l’essentiel du propos : des lueurs semblent naître des livres empilés sur la table, effleurent les visages.
Même si deux ampoules sur cinq seulement fonctionnaient dans l’appartement communautaire, ces  lueurs existent, persistent: celles de la poésie, que rien ne peut éteindre. Métaphore immédiate, directe. Et qui rappelle que le théâtre, c’est de la vérité concentrée, non du faux-semblant.
Comment appeler à une résistance nécessaire avec les outils du luxe ? Isabelle Lafon sait comme personne, faire avec presque rien, un théâtre à haute densité. Ces Deux ampoules sur cinq constituent le premier volet de la trilogie Les Insoumises, avec Let me try, d’après Virginia Woolf, et Nous demeurons, d’après des paroles de personnes considérées comme « folles » : une création à ne pas manquer, à la MC 2 de Grenoble en mars prochain.

 Christine Friedel

 Maison des Métallos, Paris. T: 01 47 00 25 20, jusqu’au 27 septembre.
À suivre : lectures et rencontre autour du spectacle. A lire : Anna Akhmatova, Requiem, Poème sans héros, collection Poésie-Gallimard.

 

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Le Réformateur

Le Réformateur de Thomas Bernhard, traduction de Michel Nebenzahl, mise en scène d’André Engel

 (c)Dunnara_MEAS_Réformateur_A83Comme le titre éponyme de cette pièce (1979), ce philosophe plaintif tourné sur lui-même -c’est peu de le dire -, oiseau de malheur annonciateur de catastrophes à venir, geignard égocentrique, harcèle avec constance sa jeune épouse silencieuse, modèle de patience conjugale. Le maître grincheux attend, reclus dans sa chambre, que ces messieurs de l’Université veuillent bien venir pour sa nomination solennelle au titre de docteur Honoris Causa, puisqu’il a décliné l’invitation à se rendre dans les ors de l’Institution.
Mais… cette dignité n’est jamais conférée hors les murs de l’Université, et si le maître, tenace dans ses projets, n’y a jamais pensé en rêve, il en a pressenti les signes.
Il confie à son auditrice privilégiée (Ruth Orthmann) : «Pourtant quand j’étais encore petit, j’y avais pensé Devenir meunier Meunier tu comprends parce que la farine me fascinait la farine Un moulin dans la forêt tu comprends Ruisseau ruisselet Mais j’ai toujours eu une tête opiniâtre et une idée fixe dureté inculquée à soi-même naturellement. »
  Cette nomination le récompense paradoxalement pour son Traité de la réforme du monde, où il expose une théorie de la destruction : « Mon traité ne vise rien d’autre que l’anéantissement total;  seulement personne ne l’a compris Je veux les réduire à néant et ils me décernent une distinction pour cela. »
 Cette figure infernale de philosophe évoque le roi Lear dépossédé de sa couronne, et cette pièce de Shakespeare est la quintessence même de l’art dramatique pour l’auteur autrichien qui n’a cessé de revenir sur à l’histoire de ce roi déchu depuis son premier roman Gel (1963) jusqu’à Minetti (1973), où l’acteur Bernard Minetti incarnait un  Portrait de l’artiste en vieil homme, sous-titre de  la pièce.
  Le Réformateur, dont  la première a lieu en 1980 au Schauspielhaus de Bochum, dans une mise en scène de Claus Peymann, est dédié à cet acteur fétiche de Thomas Bernhard qui, pensant que seul, Minetti avait l’envergure pour incarner le rôle, en avait interdit toute nouvelle mise en scène  en langue allemande.
   En France, la création du Réformateur eut lieu en 1991 à la Maison de la Culture de Bobigny, par André Engel, avec Serge Merlin déjà, instigateur du choix de la pièce, qui reprend aujourd’hui le flambeau.  Pour le metteur en scène, la pièce relève d’une fascination pour le néant et de la pensée d’un monde finissant, vues par un philosophe contemporain, post-Schopenhauerien.
  Le salon, imaginé par Nicky Rieti (rideaux ornementés, chandeliers d’argent et bureau), comme les costumes de Chantal de la Coste, font allusion au siècle des Lumières, au moment où une philosophie d’obédience positive marche vers le progrès, sous l’égide de Voltaire, Rousseau et Kant.
La réforme du monde ne peut advenir que si ce monde même est annihilé, un préalable que ne comprennent pas les représentants étriqués d’une pensée convenue et policée, comme le maire de la ville et le recteur : «J’ai préparé un discours Mais je ne ferai pas de discours. Quand nous disons quelque chose, nous ne sommes pas compris… Nous sommes aussi de trop grands fanatiques et le fanatisme est une calamité. L’art, nous n’y comprenons rien, la nature nous la haïssons. Nos idées s’avèrent des non-sens».
  Le Réformateur compte parmi les nombreuses pièces satiriques de Thomas Bernhard qui touchent aux masques et aux hypocrisies de langage, matière même de l’expression mensongère des sommités en tout genre: universitaires, personnages politiques, anciens dignitaires, faux scientifiques et artistes célèbres d’un jour.  La restauration d’un monde nouveau se fera avec des méthodes expéditives : anéantir, frapper, liquider, pense le discoureur, juge observateur, qui n’en reste pas moins assis dans son fauteuil.
  Ce personnage bernhardien, figure à caractère obsessionnel et vindicatif, dont le penchant à la dérision sauvegarde en même temps une étincelle de vie amusée, raille les hommes. Avec un jeu distant et un visage facétieux, Serge Merlin, moqueur et farceur, balançe entre folie malicieuse et sobre détachement.  Le philosophe ne supporte pas la bêtise aveugle de l’être humain – son sentiment de satisfaction, sa suffisance, sa complaisance et son arrogance qu’il manifeste encore, en se citant lui-même rigoureusement : «Après tout, je suis célèbre, je suis un génie, je suis un faiseur d’Histoire. »
Il consentira finalement, comme le désire sa calme épouse, à un départ à deux en villégiature, pour Interlaken, dans les montagnes suisses qu’il abhorre pourtant. Près du poisson rouge dans son aquarium et de la souris grise dans sa cage, la douce compagne de ce rénovateur laisse advenir la haine amère du tyran.

 Véronique Hotte

  Comment dire les choses? Nous n’étions pas à la même représentation mais ne sommes pas tout à fait d’accord avec notre consœur et néanmoins amie! Serge Merlin caricature son personnage, crie trop souvent et surligne tout sans nuances, attitudes et sentiments. Avec un même phrasé, scandé, répétitif qui devient vite insupportable.
Le comédien se contente le plus souvent de faire du Serge Merlin au détriment du texte de Thomas Berhnard… Et se permet même de taper même parfois sur les mots, comme aucun élève de cours de théâtre ne serait autorisé à le faire. Et  cela, qu’il soit seul ou en compagnie de son épouse (Ruth Ortman).
Bizarrement, les choses se calment et vont beaucoup mieux  (le temps de quelques minutes!) quand entrent le maire de la ville et le recteur. Là, il se passe enfin quelque chose qui a voir avec un vrai moment de théâtre, entre  ce philosophe infernal à vivre et ses interlocuteurs.
La mise en scène d’André Engel est paradoxalement sobre et raffinée mais il semble avoir eu quelque mal à diriger Serge Merlin. En fait, il semble qu’il ait eu quelque mal à dire à la fois la folie du personnage et à la rendre supportable aux spectateurs pendant plus d’une heure, quand il confie le rôle à Serge Merlin.
Ce n’est, soyons justes, pas vraiment le meilleur texte de l’auteur autrichien mais, en tout cas, on ressort de là comme écrasé par cette logorrhée permanente et donc pas vraiment heureux . Et le public, déconcerté a applaudi très mollement, on peut le comprendre…

Philippe du Vignal

 Théâtre de l’Œuvre, 55 rue de Clichy 75009 Paris, jusqu’au 11 octobre. T : 01 44 53 88 88

 

La Mousson d’été

Festival de La Mousson d’Eté, vingt-et-unième édition: écrire le théâtre d’aujourd’hui, direction artistique de Michel Didym
 

arton2787Ecrire, c’est un peu une façon d’arrêter le temps. La Mousson d’Eté, festival consacré aux écritures dramatiques contemporaines, offre à la fin août une dernière escale poétique avant la rentrée. Un temps, d’écoute et de découvertes, où, dans notre société, savoir prendre son temps et être attentif ne sont plus vraiment à la mode. La Mousson d’Eté, c’est aussi un lieu : l’Abbaye des Prémontrés, à Pont-à-Mousson en Lorraine.
C’est dans ce splendide édifice religieux que, depuis plus de  vingt ans, se rencontrent et débattent à propos de l’écriture théâtrale contemporaine, auteurs, metteurs en scène, comédiens, universitaires et public venus des quatre coins du monde. C’est sans doute, excepté celui d’Avignon bien sûr, un des seuls festivals français, qui se consacre aux écritures théâtrales d’aujourd’hui, et où le public et les professionnels se parlent.

Cet été, la programmation de cette Mousson 2015 s’est déroulée sous le signe d’une écriture dramatique en résonance profonde avec les bruits du monde d’aujourd’hui, chant souvent tragique :  violence, pouvoir assassin de l’argent, influence tyrannique des nouvelles technologies, misère mais aussi rêves, puissance de la poésie et de l’imaginaire,  statut de la femme et ses luttes,  la figure de l’étranger, du marginal, bref le combat pour survivre.
Des textes d’auteurs venus de toute l’Europe, du Québec, des Etat-Unis, du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord  offraient au public des lectures d’une grande diversité  de forme, et dans le traitement politique et poétique des sujets. Les pièces ont donné lieu à des mises en espace, toutes étonnantes  avec des acteurs et musiciens, tous formidables dont David Ayala, Quentin Baillot, Anne Benoît, Sophie Cattani, Louise Coldefy, Laetitia Lafforgue, Daniel Laloux, Odja Llorca, Charlie Nelson, Philippe Thibault, Stéphane Varupenne, Gérard Watkins…
Ils ont très peu de temps pour répéter, et, texte en mains selon le principe de ce festival, passent d’une mise en espace à une autre, comme si de rien n’était. Laissant cette impression au spectateur que, seule, la magie du théâtre opère et donne à l’interprétation, subtilité, grâce et présence.
Lectures parfois très sobres, ou plus sophistiquées mais toujours prégnantes de théâtralité. Sobre, comme celle de 100 de Philippe Minyana (une vision kaléidoscopique en cent fragments de la vie dans les courées des habitants pauvres de Roubaix), une pièce documentaire sur un sujet sensible et violent,  transfiguré par la poésie, et une écriture théâtrale forte en émotions et informations culturelles et sociales.
Lecture par l’auteur et par Michel Didym, debout derrière leur chaise à l’avant-scène; dont la force résidait dans le placement et le jeu des voix. Le rythme laissait jaillir toute la tension dramatique, musicale, si importante pour saisir la richesse et le sens profond de la prose de Philippe Minyana.
La forte complicité dans le «dire» entre ces deux acteurs s’emparant avec virtuosité de cette écriture si singulière, notamment dans son phrasé, fut un des beaux moments de théâtre, plein d’émotion, d’humour  sur la réalité terrible de la condition ouvrière dans les années 1970, mais très humaine aussi.  100 fut écrit en 2003, à la suite d’une commande de la mairie de Roubaix, et a gardé toute sa puissance. Elle s’intégrait parfaitement aux écritures plus récentes proposées ici…
Ces belles découvertes entretiennent chaque jour une véritable attention chez les spectateurs et maintiennent leur désir de continuer cette traversée théâtrale, à travers lectures, débats, mises en scène (peu nombreuses), impromptus et musique l’après-midi et la soirée.
Insistons sur les nombreux textes où la figure de la femme était présente, et multiple, comme avec cette lecture, dirigée par Laurent Vacher, de Programme 1 : Linge Délicat de Roukaya Benjelloun, auteure marocaine. Un récit dialogué entre deux femmes qui se retrouvent seules dans la laverie d’une ville anonyme  et qui, après un moment de silence et d’observation, se mettent à parler ensemble, au rythme des tambours des machines .
Djamila la vulnérable, a été abandonnée par son mari, et Floriana, l’exilée qui a quitté le Kosovo en guerre, sont pour l’auteur l’expression de la femme, dans son intimité, son rapport social et ses luttes quotidiennes dans les pays du Maghreb, mais pas seulement, précise Roukaya Benjelloun, pour exister, acquérir son indépendance, et surtout prendre conscience de cette dignité à conquérir ou à reconquérir !
Dirigée par Véronique Lagarde, Les Petites Chambres du syrien Wael Kadour, évoque le destin d’une femme jeune, recluse et vivant auprès de son père mourant. Mais il faut se méfier de l’eau qui dort: elle va tout d’un coup se révéler manipulatrice…  La pièce est un ravissement, de par sa construction dramatique.L’intelligence du point de vue de l’auteur sur le monde arabe, la société de son pays et ses fonctionnements ne cesse de  nous surprendre : une tragédie contemporaine, au sens éthique et esthétique du mot.
Et toujours, dans ces portraits de femmes, celui de la pilote de chasse de F16 dans Grounded de l’américain Georges Brant, qui reprend son service après son accouchement mais qui ne pourra plus vivre le vertige et l’éblouissement du bleu du ciel: c’est désormais  de la terre qu’elle devra piloter son nouvel avion : un drone. A noter aussi  Dans les yeux du ciel  du français Rachid Benzine. Ces deux mises en espace étaient dirigées par Michel Didym, avec pour Dans les yeux du ciel, la remarquable interprétation d’Odja Llorca.
Mameloschn de Marianna Salzmann, auteur allemande, nous emmène à la rencontre d’une famille juive: trois générations,  et des conflits et incompréhensions où s’affrontent la petite et la grande Histoire….
Autre espace, autre culture, autre histoire: celle des sans-famille, avec L’Ile Saline du Québécois Daniel Danis. Merveille et enchantement des mots, hymne à la poésie et à l’imaginaire, à travers, ce qui peut paraître paradoxal, le récit d’une tragédie qui se passe de nos jours à Haïti. Une pièce qui traite de l’abandon, du langage et où les femmes sont aussi à l’honneur: ces orphelines portent le nom de cinq grandes villes du  monde : Caire, Delhi, Kiev, Kyoto, New York …
Daniel Danis précise: « Le mot «images» dans les didascalies, fait référence à l’atmosphère, à de possibles projections (vidéo, photo, ombres, etc…), ou suggère des lieux et personnages pouvant aller de la lumière à la sculpture. Tout est ouvert, pourvu que les mots aériens et liquides trouvent leur ancrage dans un certain réel ».   Le texte musical est de toute beauté, et comme  dit le sous-titre, c’est un Théâtre musical pour cinq voix et un chœur de jeunes filles aussi.
Et pour continuer d’être encore ailleurs, entre rêve, absurde et réalité, il suffisait d’embarquer dans le beau camion de la Compagnie KTHA  dont le spectacle créé à Paris (voir Le Théâtre du Blog) permet d’écouter tout en traversant lentement la ville de Pont-à-Mousson, un monologue intérieur, récité par trois comédiens étonnants qui expriment les souhaits d’un rêveur conscient qu’il ne lui reste que quelques minutes avant le réveil! Les  piétons surpris interpellaient les spectateurs pensant qu’ils étaient aussi les acteurs de cet événement.Moment loufoque, drôle, où, là encore poésie et  théâtralité s’emparaient de la performance !  

  Autres pépites de ce festival, la qualité des rencontres avec les auteurs, intitulées C’est l’auteur qui décide . Entre deux lectures, le promeneur-spectateur selon son désir, pouvait partager  ces moments atypiques, d’une grande sincérité, souvent émouvants et denses intellectuellement et artistiquement, bien loin parfois de ces rencontres décevantes avec les écrivains…
Pour conclure en fanfare et poésie, le soir, un jour sur deux, vers 22h, chacun avait, selon son humeur, le bonheur de partir  Loin de la terre avec les merveilleux et étranges Eve Bonfanti et Yves Hunstad, ou de se laisser emporter par le son du tambour et les mots de l’extravagant poète-musicien Daniel Laloux, p^remière médaille de tambour du Conservatoire de Reims…
Et avant de se lancer sur la parquet de bal, nous tendions l’oreille pour entendre, Les Impromptus de la nuit, des nouvelles du monde écrites à l’Abbaye des Prémontrés par un artiste de
La Mousson d’été, qui est un écho poétique et théâtral formidable du monde actuel, mais aussi un lieu de rencontre remarquablement orchestré par tous ceux qui l’animent pour mettre en lumière le théâtre contemporain et ses créations, ses auteurs….

Elisabeth Naud

La Mousson d’été 2015 a eu lieu du 21 au 27 août à l’Abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson, Lorraine. T: 03 83 81 20 22.

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Le bizarre incident du chien pendant la nuit

Le bizarre incident du chien pendant la nuit, d’après le roman de Mark Haddon, adaptation de Simon Stephens, texte français de Dominique Hollier, mise en scène de Philippe Adrien

 

DSC09243_recadreeL’autisme est une psychopathie qui se signale soit par un détachement de la réalité extérieure, la vie mentale du patient étant occupée tout entière par son monde intérieur, soit par l’évocation d’autres mondes, perceptions et modes d’être.

L’appréhension différente de l’univers et des autres isole cet être singulier, à travers la perception amplifiée et souvent violente du monde extérieur et de ses désordres.
Le roman du britannique Mark Haddon, qui a reçu le prestigieux Whitbread 2003, nous révèle l’univers logique et décalé de Christopher Boone, un adolescent à la fois différent et semblable à tous. Quand la pièce commence, le garçon a «quinze ans, trois mois et deux jours» et, petit prodige, connaît «tous les pays du monde avec leurs capitales et tous les nombres premiers jusqu’à 7. 507. »

Il dispose d’une intelligence et d’une logique implacables : il aime les listes comme les horaires qui permettent de «savoir quand les choses vont arriver»-, les mathématiques, les plans, les voitures et la couleur rouge, son rat, et la vérité enfin. Il n’aime pas le jaune et le brun, il évite de parler à des inconnus-il écoute toutefois Madame Alexander (délicieuse Bernadette Le Saché), tantôt méfiant, tantôt rassuré, il déteste les histoires drôles dont il ne saisit pas l’évidence grossière. L’enfant surdoué vit seul avec son père (Sébastien Bravard, juste et émouvant) dans une petite ville anglaise.
  Christopher trouve un matin dans le jardin, le chien mort de sa voisine, transpercé par une fourche. La colère le désarme. Qui est coupable ? L’enquêteur logique et cartésien, souhaite sans émotion percer le mystère. Encouragé par la proximité empathique de Shiobhan (Juliette Poissonnier), la narratrice qui l’assiste et qui l’accompagne, il consigne dans un carnet les détails du cheminement de cette recherche policière, dans une langue claire et carrée, distante des velléités manipulatrices de langage comme les métaphores. Christopher observe mais sans interpréter ni juger, pragmatique et efficace : il réussira.

Philippe Adrien s’amuse de l’atmosphère anglaise à la Sherlock Holmes, petits murs et façades de briques rouges, pelouse verte et soignée des banlieues protégées, ou bien à l’inverse, vacarme infernal du métro londonien.  Ses acteurs forment un chœur de passagers qui dansent à l’intérieur des couloirs et sur les quais, et à l’intérieur, oscillant, basculant, évitant la chute, quand s’ouvrent et se ferment les portes des rames.
Assis, les silhouettes de passagers anonymes, brinquebalant d’avant en arrière, suivant les coups de freins stridents  de la machine infernale, dessinent une chorégraphie facétieuse. La représentation progresse au rythme d’un théâtre-récit qui prend sa distance face aux événements – l’accompagnatrice du héros faisant lecture du roman dans le livre écrit par son protégé -et de l’autre, s’égrènent des scènes jouées, ce qui «consiste à raconter en jouant et à jouer en racontant ».

Pierre Lefèbvre est convaincant; souple et alerte, il mime parfois un peu trop les symptômes physiques du comportement de l’autisme, quand il suffirait de quelques signes dont il maîtrise la gamme délicate. Plein d’humilité et d’élan, il se met au service des troubles apparents de la logique interne de ce rôle et s’adresse au public ou bien à lui-même, suivant la rigueur de sa pensée et son absolue authenticité, ce dont ne font  guère preuve les membres de son entourage, père, mère, voisine, directrice d’école.

Le metteur en scène domine avec soin et  patience son sujet, avec des comédiens engagés. Nathalie Vayrac, Mireille Roussel, Laurent Montel, Laurent Ménoret et Tadié Tuéné, qui passent d’un rôle à l’autre. Un exercice théâtral subtil qui aborde, de front, l’idée de normalité et d’anormalité…

Véronique Hotte

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes 75012 Paris, jusqu’au 18 octobre. T: 01 43 28 36  36.
Carré Belle Feuille 60 rue de la Belle Feuille 92100 Boulogne-Billancourt le 25 avril 2017.

 

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La Dague de Sarah Bernhardt

 

La Dague de Sarah Bernhardt aux Journées du Matrimoine

 

Sarah Bernhardt (1844-1923), artiste française. "Algues" (détail). Dague. Bronze, 1900.

Sarah Bernhardt (1844-1923), artiste française. « Algues » (détail). Dague. Bronze, 1900.

Un bronze, signé Sarah Bernhardt, trône dans une vitrine consacrée à René Lalique, au Petit Palais (l’actrice en avait fait don au bijoutier). Cette acquisition récente du musée, intitulée Algues-laminaire- dague sculpture est d’une facture originale : autour de la lame, des algues s’enroulent gracieusement.
Elle fut présentée à l’Exposition Universelle de 1900, accompagnée d’une autre  œuvre de Sarah Bernhardt, créée à partir du moulage d’une algue, ramassée sur la plage de Belle-Île, où elle avait une résidence.

  Il fallait les Journées du Matrimoine (voir Le Théâtre du Blog) pour découvrir les talents de sculptrice de la célèbre tragédienne, dont on peut voir, dans ce même musée, le somptueux portrait peint par Clairin. C’est grâce à cette initiative de HF/Ile de France qu’on découvrira d’autres artistes oubliées : des plasticiennes (au Petit Palais, au Centre Georges Pompidou et au Musée d’Orsay) mais aussi des écrivaines, des savantes et même des saintes !
  Rendez-vous est donné les 19 et 20 septembre dans différents points de la Capitale. Et à partir du 16 septembre, un site sera ouvert qui rassemblera de nombreuses contributions pour revaloriser l’héritage artistique des créatrices qui ont construit notre histoire culturelle.
Il est important en effet pour les artistes d’aujourd’hui  de retrouver cette filiation car,  comme le dit l’une des organisatrices  de la manifestation : «Nous ne voulons pas être les prochaines sur la liste des oubliées.» 

 Mireille Davidovici

 www.matrimoine.fr

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