Comme une pierre qui…

Comme une pierre qui…, d’après Like a rolling Stone , Bob Dylan à la croisée des chemins de Greil Marcus, sur une idée originale de Marie Rémond, adaptation et mise en scène de Marie Rémond et Sébastien Pouderoux

 

  comme une pierre qui - 9569_photo groupe montageAvec Comme une pierre qui … d’après Greil Marcus, musicologue et spécialiste de Bob Dylan, Marie Rémond et Sébastien Pouderoux projettent sur la scène un travail en cours passionnant, soit une manière d’atelier d’application mouvementé autant qu’émouvant, ou le laboratoire d’une session d’enregistrement historique de la chanson Like a Rolling Stone.
Ainsi, l’œil du spectateur pénètre à la fois avec intérêt, curiosité et plaisir dans les méandres incertains des répétitions de toute création musicale.
Le public médusé assiste à une chronique circonstanciée et presque minutée des aléas: ratés, faux départs, velléités infructueuses et empêchements frustrants, mais aussi et enfin, choix déterminés et carrés dans cet essai musical de libre improvisation jusqu’à son accomplissement somptueux.
La rétention calculée de la réussite ménage ses effets. En effet, la stratégie inventive marche sur des œufs. Due au hasard et à l’imprévu, elle est le lot de la création artistique et mène  à l’avènement de la prise finale d’une des chansons les plus mythiques, un standard du rock du siècle dernier.
L’aventure de cette composition exceptionnelle Like a Rolling Stone (1965) est rapportée en 2005, sous le même titre, par le critique musical Greil Marcus qui consacre son ouvrage à cette expérience qui changera le destin du rock.
Bob Dylan est à la croisée des chemins, comme l’indique le titre. En pleine crise identitaire américaine sur fond de guerre du Viet nam, le chanteur transforme sa rage en interrogation existentielle. Il représente alors le folk, situé politiquement à gauche: jeu de guitare sèche, chansons à message ou chansons engagées de portée politique, la chanson protestaire : Blowin ‘in the Win, ou The Times They Are a Changin’.
Mais il se lasse des attentes cadrées de son public. Avec la préparation et la création symbolique de Like a Rolling stone, Bob Dylan bascule, passe alors  du côté du rock ou du folk rock, avec ses instruments électrifiés, politiquement placés à droite.   Trahison, diront certains situés du côté de ces bouseux  de folkeux.
Pour raconter l’épopée musicale et scénique, les metteurs en scène prennent appui sur les quinze prises retranscrites dans le livre de Marcus, parmi les vingt-quatre de l’enregistrement. Se dégage pour l’observateur de ces musiciens en extase mais inquiets, une impression d’anarchie et de chaos: les interprètes ne savent s’ils appartiennent au rock, au folk ou à la poésie.
Et pourtant, l’histoire du rock s’en est vue bousculée définitivement pour les générations futures. Sur le plateau –enregistrement musical et théâtre pur- Bob Dylan (Sébastien Pouderoux dans une composition fulgurante de l’artiste), au piano, à l’harmonica et à la guitare, star autistique qui arrive forcément en dernier et qu’on ménage, le «tueur» Mike Bloomfield (Stéphane Varupenne intensément habité), à la guitare ; Al Kooper (Christophe Montenez), fan de Bob Dylan et auteur de chansons, guitariste qui se met, à l’improviste, à l’orgue ; Paul Griffin (Hugues Duchêne), musicien classique, au piano et Bobby Gregg (Gabriel Tur), à la batterie.
À la régie, se font entendre les hurlements du producteur Tom Wilson (Gilles David), dus d’abord aux exigences de rentabilité et d’audimat; il met la pression sur les artistes stressés : la chanson fera six minutes, contre les trois commercialement prévues au départ.
La représentation théâtrale est un bonheur scénique quand elle pénètre si savamment dans les arcanes énigmatiques de la création, un avènement musical miraculeux et à nul autre pareil dans l’histoire du rock. L’époque est retraduite dans l’esprit, mais le spectacle la réactualise encore, à travers des questions posées, des mystères non élucidés pour les fans de Dylan.
Qui est la femme légendaire comparée à une Rolling Stone ? La femme d’Andy Warhol,  ce « Diplomate qui trimballait sur l’épaule Un chat siamois « , ou bien encore « ce Napoléon en haillons » ? How does it feel ? Ça te fait quoi D’être toute seule Sans foyer Où aller comme une parfaite inconnue, une pierre qui roule…
Bravo pour cette célébration conviviale, et cette création collective, à la fois théâtrale et musicale.

Véronique Hotte

Studio-Théâtre de la Comédie-Française, jusqu’au 25 octobre. T : 01 44 58 98 58.

 

 


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