Démons de Lars Norén

Démons de Lars Norén, traduction de Louis-Charles Sirjacq avec Per Nygren, mise en scène de Marcial di Fonzo Bo

 

photo de répétition Crédit Photo : Tristan Jeanne-Valès

photo de répétition
Crédit Photo : Tristan Jeanne-Valès

La pièce  date de 1984, et fait partie d’une trilogie de Lars Norén  qui a pour thème la mort et le deuil de la mère.
Franck et Katarina vivent depuis neuf ans ensemble dans un bel appartement. Ils n’ont pas d’enfants. Un soir, il revient avec un sac plastique contenant l’urne des cendres de sa mère qu’il dépose négligemment sur la console de l’entrée – les obsèques doivent alors lieu le lendemain et on attend le frère de Frank et sa femme qui ne viendront pas; il préfère regarder un match de foot à la télé!
Frank lui, retrouve Katarina, et très vite, on assiste au n ième épisode d’une relation amoureuse difficile sur fond d’alcoolisme (on boit beaucoup et très souvent!), de violent érotisme, de solitude jamais avouée, et d’agressivité chez ces deux amants mais aussi parfois de tendresse. « Ou je te tue ou tu me tues, ou on se sépare, ou on continue comme ça. Choisis ! », dit Katarina. « Je ne peux pas choisir. Choisis, toi », dit Frank.
Le dialogue est des plus crus, impitoyable, et parfois à la limite de l’obscénité: « Tu vois… dit Frank à Katarina, j’ai finalement découvert qu’on pouvait baiser par amour et qu’on pouvait baiser sans amour… Je veux dire, baiser avec toi sans amour, ce que j’ai fait ces dernières semaines… C’est une expérience terrifiante… Comme d’arriver au crépuscule dans un endroit qui vient d’être ravagé par la guerre, et on compte les cadavres, C’est comme de coucher avec un cadavre ».
Aucun cadeau, aucune pitié dans cette guerre intime où le couple s’affronte en permanence  avec une certaine cruauté qui fait partie des règles de ce jeu pervers auquel le couple est abonné. « C’est pas une colombe qu’ils mettront sur ta tombe, c’est un rat », dit Frank qui  en viendra même, dans une scène particulièrement réussie,  à jeter rageusement les cendres de l’urne funéraire de sa mère sur Katerina.
« Tant que je serai vache avec toi, dit-elle, tu resteras avec moi. Ça, je le sais.N’est-ce pas ? Est-ce que ce n’est pas vrai ? (…) Tant que je te maltraiterai, tu resteras lié à moi ».
Et très vite, la situation se dégrade: Katarina reproche à Frank d’être impuissant, et lui reproche ses penchants homosexuels. Bref, le couple est au bord de l’implosion. Frank pour essayer de briser  leur solitude,  propose à Tomas et Jenna, leurs jeunes voisins de venir boire un verre. Eux, sont mariés depuis douze ans et parents de deux jeunes enfants. Mais c’est un peu compliqué pour eux de venir, puisqu’il leur faut laisser seuls.Ce qui les inquiète mais laisse indifférents Katarina et Frank. Toma et Jenna arrivent, bien contents d’échapper à la grisaille quotidienne de leur couple.
Tomas et Jenna assistent-d’abord comme tétanisés, puis finalement complices et, en tout cas fascinés- à cette danse de mort et d’amour! Avant que, bien entendu, Frank, le cynique ne drague Jenna, et que Katarina ne se laisse tenter par Tomas que Frank essayera aussi de séduire…
Et Lars Norén sait habilement utiliser l’effet miroir: Jenna et Tomas voient, en effet grossissant, ce qui risque de leur arriver dans quelques années… On pense bien sûr au quatuor de Qui a peur de Vriginia Woolf d’Edward Albee que va bientôt mettre en scène Alain Françon au Théâtre de l’Oeuvre mais aussi  aux enfers conjugaux imaginés par les deux compatriotes de Lars Norén, August Strindberg et Ingmar Bergman.
La pièce a souvent été montée par, entre autres, Gérard Desarthe, Jorge Lavelli mais aussi par Thomas Ostermeier. Ici, les choses sont un peu différentes puisque Marcial Di Fonzo Bo, le nouveau directeur de la Comédie de Caen depuis mars dernier, en a d’abord réalisé un adaptation filmée, écrite avec Louis-Charles Sirjacq pour Arte.*
Il dirige ces mêmes comédiens sur un plateau tournant. Il y a juste dans le salon de leur bel appartement,un canapé, un fauteuil et une table basse, et de l’autre côté,  leur chambre avec un grand lit: b
elle scénographie de Maxime Contrepois pour traduire de façon réaliste, l’univers clos de ces deux êtres. La mise en scène  et la direction d’acteurs relèvent d’une belle intelligence du texte mais Marcial di Fonzo Bo qui a écrit de nouveaux dialogues « tout naturellement  inspirés  par la présence des quatre interprètes » met en scène assez habilement cet exorcisme amoureux, au besoin en ne trichant pas sur la violence physique. Mais le spectacle manque d’unité de jeu et les acteurs semblent parfois un peu laissés à eux-même
Marina Foïs est brillante, toujours remarquablement juste comme Romain Duris mais lui  a tendance parfois à surjouer les situations. Côté jeune couple, Anaïs Demoustier a, au début, bien du mal à se faire entendre et à être crédible. Gaspard Ullel qui a repris le rôle au dernier moment, est lui  plus convaincant.
Mais la pièce, sans doute assez provocante à l’époque de la création, (c’était il y a a trente ans et il n’était encore pas du tout question de mariage pour tous) a pris un coup de vieux et a même parfois des allures de nouveau boulevard. Cet exercice de théâtre très psychologique sur l’enfer conjugal semble dater un peu..
Au début, les dialogues font mouche mais ces Démons, après une heure, font du sur-place et les brèves relations amoureuses entre les deux couples ont en effet quelque chose de téléphoné, et la fin, du genre réconciliation sur l’air bien connu de: « Je t’aime moi bon plus, mais quand même », a un côté bien conventionnel, comme si l’auteur avait eu du mal à conclure…  Et du coup, même s’il en a revu les dialogues, Marcial di Fonzo Bo semble hésiter dans la seconde partie sur un parti pris de mise en scène, entre réalisme et symbolisme.
A vous de décider, si cela vaut quand même le déplacement… Pourquoi va-t-on au théâtre? Pour voir une pièce, une mise en scène, ou deux acteurs vedettes de cinéma? C’est peut-être là toute l’ambiguïté de ce spectacle…En tout cas, vous pouvez déjà vous en faire une idée, en voyant le film sur Arte, ou au Théâtre du Rond-Point.

Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin-Roosevelt, Paris 8ème. T: 01 44 95 98 21 jusqu’au 11 octobre à 21h.* La projection du film  de Marcial di Fonzo Bo aura lieu en avant-première le lundi 28 septembre à 20h, salle Renaud-Barrault,  et Démons  sera diffusé sur Arte le jeudi 2 octobre.
La création de Demoni avec une distribution italienne aura lieu le 1er mars prochain au Teatro stabile di Genova.

Le texte de la pièce est publié aux
éditions de l’Arche.

 


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