Chère Maman, je n’ai toujours pas trouvé de copine

Chère Maman, je n’ai toujours pas trouvé de copine…, d’après Trust et Ivresse, de Falk Richter, création collective de la compagnie A., mise en scène d’Alice Gozlan et Julia de Reyke.

 

maman-ai-trouve-copine-compagnie_340779Qu’est-ce que l’amour ? La compagnie A. creuse sérieusement la question, avec l’aide de Falk Richter et de Gœthe, et de leur propre expérience –brûlante, on n’en doute pas-. Ils sont allés chercher le modèle de l’amour parfait du côté de Werther et Charlotte. Voilà presque un signe inquiétant : ils osent faire preuve d’une culture remontant à  plus de deux siècles !
 Sensibilité frémissante, torrents de larmes versées devant l’harmonie entre les sentiments et  la nature : tiens, une grande réunion mondiale sur la préservation de la nature n’est-elle pas justement prévue ? On est au cœur du jeu : l’être humain, qu’il le veuille ou non, fait partie de cette nature, et d’un monde peu respectueux de son équilibre.
Qu’est-ce que l’amour, sachant qu’il palpite avec l’air et la lumière du soir, et qu’il est aussi traversé, fabriqué, bouleversé, déterminé par les technologies, l’environnement, la société, les idéologies et le reste ? Werther et Charlotte pédalent de conserve sur scène et à l’écran (l’un des comédien est vidéaste), jolis comme des amoureux de Peynet (voir les années cinquante du vingtième siècle), ou comme les premiers bénéficiaires des congés payés… Ils partagent avec le public l’illusion que l’amour existe et qu’il est une affaire privée. Que non, vous démontrera la troupe…. L’amour est enfermé dans l’obligation du  développement individuel, dans les marquages au sol d’une vie en représentation, dans l’obligation de réussir sa vie, de l’optimiser. Notre mode de vie, le bonheur à tout prix, tout de suite, ça se paie cher.
Ces jeunes gens seraient-ils romantiques ? À la façon d’aujourd’hui : avec humour, pertinence, et heureusement sans ironie. Au milieu d’un bric-à-brac électronique plutôt simple et bien maîtrisé et qui tient lieu de scénographie, ils organisent avec rigueur leur questionnement politique. 

Alerte, ce qui devrait vous être le plus intime vous est volé par le grand capitalisme financier : voir la valorisation en bourse de Facebook et autres sites de rencontres. Les comédiens ont lu les livres phares de la “belle époque“ (nota bene : les années 60), dont Roland Barthes, bien sûr, héros du jour. Ils ont réfléchi, ne sont pas cantonnés au slogan, et ont une belle maîtrise du plateau.
 Ce que le collectif a en propre, c’est ce courage-là : affronter un contenu, poser les questions jusqu’à l’os sans se désengager d’un geste désinvolte. Ils font rire leurs copains venus les soutenir -rire de connivence-, mais aussi le spectateur de passage qui rit de la reconnaissance du vrai.
Mieux encore : ils réussissent presque à bloquer ce rire et à vous sidérer, d’entendre ce que nous vivons et ce qui nous attend. Voilà un premier spectacle d’une belle probité artistique, réalisé par de jeunes artistes préoccupés de penser leur monde, avec le charme de la jeunesse, l’intelligence et le plaisir du jeu, plutôt que de “faire un coup“.
Une audace tranquille, un risque intéressant, quand on a pu entendre d’une bouche blasée et avide du goût du jour : «Falk Richter (il a quarante-cinq ans!), c’est pas déjà un peu dépassé ?».

 Christine Friedel

 A l’Anis Gras, Arcueil (94), les 24 et 25 septembre ; à la cave à Théâtre de Colombes (92) les 3 et 4 octobre.

 


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Un commentaire

  1. Julia de Reyke dit :

    Un grand merci pour ce bel article !
    Et merci à vous d’être venue nous voir…

    A très bientôt
    Julia

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