L’incroyable matin et Jour

L’Incroyable matin et Jour de Nicolas Doutey, mis en scène de Rodolphe Congé

 

incroyable matin 2C’est une salle, vide. Un homme entre, jette un coup d’œil soupçonneux, ressort, revient. Même jeu.Une femme n’est plus là, et cette absence déséquilibre l’espace ; une autre entre, créant un nouveau déséquilibre. On ne vous raconte pas la suite, plutôt cocasse : c’est une expérience à vivre dans le temps court du spectacle.
Avec ce «presque rien», Nicolas Doutey et Rodolphe Congé mettent en jeu le théâtre à l’état pur : la place de l’acteur sur le plateau crée –ou pas- une fiction, un récit. Le mot a la même force physique, si petit, si rare soit-il, pour faire apparaître ou disparaître un bout d’histoire.

La feuille de salle distribuée au public renvoie à Samuel Beckett ; on est aussi du côté de Nathalie Sarraute, pour la méthode plus que  pour l’objet. Elle s’occupe de l’infiniment petit dans la psychologie, du moment où l’infime grain de sable fait bouger les âmes. Ici, les sentiments, s’il y en a, servent de support à une incroyable découverte : l’importance vitale de notre place dans l’espace.
 Figurez-vous que nous-même et l’espace qui nous entoure sont une seule et même chose. Certains peintres le savent depuis longtemps, et ce n’est pas plus grave que ça. Au cœur de cet Incroyable matin, un trouble existentiel joué avec un humour sobre et, dirons-nous, chic. C’est très intellectuel ? Oui, et l’étincelle de la découverte procure une réelle jubilation.
Jour, alignant trois personnages qui s’interpellent obstinément par leurs prénoms, et déterminés par lesdits prénoms, fait bouger les frontières entre les individus et le groupe. Devant de supposées splendides falaises, deux  des trois veulent continuer la promenade touristique mais l’autre veut obstinément revenir au bar, se mettre au chaud. Il a peur d’un mystérieux tueur qui rôderait, deux non, et puis oui.

Les trois s’embrouillent, se débrouillent. Le jeu de ce Jour marche moins bien, mais le tout fait une soirée brève et concentrée, drôle, moderne, et, encore une fois, chic. Ce qui est un compliment.

 Christine Friedel

 Théâtre Ouvert, Paris T : 01 42 55 55 50, jusqu’au 10 octobre.

 


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