What the Body Does Not Remember de Wim Vandekeybus

What the Body Does Not Remember  de Wim Vandekeybus

 

 WTB©DannyWillems-3824Pour un spectacle de danse, l’épreuve du temps est une traversée particulièrement délicate. Il lui faut, sans le soutien d’un texte, dépasser l’éphémère d’une mode pour atteindre une certaine pérennité.  What The Body Does Not Remember, repris ici au festival de Biarritz n’échappe pas à la règle mais s’en sort plutôt bien.
Créée en 1987 par Wim Vandekeybus, en même temps que sa compagnie Ultima Vez, cette  pièce réapparait vingt-cinq ans plus tard sur la scène de la gare du Midi, inchangée mais avec une nouvelle équipe de danseurs d’un très haut niveau technique. On y retrouve avec plaisir toute la fougue avec laquelle le jeune Flamand exprimait sa rage de vivre mais avec aussi… quelques tics datant de la création.
Avant d’arriver dans le monde chorégraphique grâce à cette première œuvre, Wim Vandekeybus, étudiant en psychologie mais passionné d’arts plastiques, avait travaillé deux ans avec le plasticien et chorégraphe Jan Fabre auprès duquel il avait appris à ruer dans les brancards et à se détacher de codes esthétiques trop contraignants.

  Tellurique, d’une vitalité crue, viscérale, What The Body Does Not Remember dégage une force de vie peu commune où la prise de risque physique est importante, et l’engagement des danseurs total. On ne s’étonne donc  pas du nom : Ultima Vez (Ultime fois) que Wim Vandekeybus avait donné alors à sa compagnie,  tant cette pièce manifeste l’urgence de dire, de faire, de bousculer, d’affirmer. Et le vocabulaire pour l’exprimer, qui fera la réputation du chorégraphe, est déjà entièrement là : roulades et chutes vertigineuses, corps projetés en l’air ou écrasés au sol, comme son goût pour l’interdisciplinarité: il a étroitement collaboré ici avec les compositeurs Thierry de Mey et Peter Vermeersch.
Le spectacle commence en douceur et ne laisse rien présager d’un déferlement futur, avec, comme seul environnement sonore, le frottement de mains sur une table d’un musicien assis, qui rythme ainsi  le mouvement de deux danseurs au sol, pris dans des rails lumineux. Le risque physique augmente très vite au deuxième tableau, quand les interprètes commencent à se lancer des briques qu’ils doivent rattraper entre courses affolées et roulades sauvages.
Danse pulsionnelle où ne règne plus, semble-t-il, que le seul instinct de survie, sur des accords des guitares électriques de Peter Vermeersch qui font monter l’adrénaline.
Le troisième tableau, particulièrement réussi, met en scène trois couples qui se séduisent et se déchirent dans un aller et retour incessant,  entre attirance et rejet. Loin du traditionnel pas-de-deux romantique, Wim Vandekeybus choisit la confrontation brutale entre les sexes.
 Mais le quatrième tableau n’est qu’une suite atone de jeux enfantins, une succession de poses familiales souvent grotesques, parfois ironiques mais dont la longueur provoque l’ennui et casse le rythme du spectacle!
  C’est peut-être une tentative pour se souvenir de son enfance, mais on ressent surtout la fragilité d’un jeune artiste qui a beaucoup de choses à dire. Mais comme il n’a pas encore la maîtrise de son métier et ne sait pas encore qu’il faut renoncer à tout dire, il encombre donc son spectacle, en multiplie les directions et omet finalement d’en ôter le superflu…
 Heureusement, le final nous restitue toute l’énergie vibrionnaire de Wim Vandekeybus, à travers les piétinements têtus des danseurs et des sauts élastiques où les genoux rejoignent les oreilles,  et des mouvements qui évoquent un autre Flamand, le peintre expressionniste Constant Permeke (1886-1952), dont certaines toiles représentent des paysans chaussés de gros sabots, qui dansent en soulevant bien haut les genoux pour s’arracher au sol boueux, avant de s’y enfoncer avec la même détermination que le chorégraphe a imposé, lui, sa danse de l’extrême, avec What the Body Does Not Remember

 Sonia Schoonejans

Spectacle de clôture du Festival Le Temps d’aimer la danse, direction  Thierry Malandin le 20 septembre à la Gare du Midi de Biarritz.

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