Kiki de Montparnasse

 

Kiki de Montparnasse, d’après Souvenirs retrouvés de Kiki de Montparnasse, chansons de Frank Thomas et Reinhardt Wagner, mise en scène de Jean-Jacques Beineix

 

image Née en 1901 en Côte-d’Or, cette enfant illégitime, élevée par une grand-mère très pauvre, à douze ans, retrouve sa mère à Paris, où elle travaille comme fleuriste, laveuse de bouteilles, bonne à tout faire puis modèle chez un sculpteur.
Recueillie par Chaïm Soutine, elle fréquente la Rotonde, est l’amante du peintre Maurice Mendjizki, pose pour Amedeo Modigliani et  Foujita, puis devient la compagne de Man Ray. (Le Violon d’Ingres, 1924, photo de son dos  dos nu, auquel il a ajouté deux ouïes de violon, est bien connu.) Elle fréquentera Tristan Tzara, Francis Picabia, Max Ernst, Kisling… et Louis Aragon, Paul Eluard, Philippe Soupault, Robert Desnos, Ernest Hemingway… Oubliée, elle mourut en 1953,  après avoir abusé de drogues en tout genre, et ouvert un cabaret. Sic transit gloria mundi…
 C’est cette personnalité  exceptionnelle que Jean-Jacques Beineix met en scène, à l’invitation du compositeur Reinhardt Wagner. «Le spectacle, dit-il, évoquera de manière chronologique, Kiki, sa  vie, ses rencontres, ses amours, ses addictions, son destin, la vie de cet inimaginable quartier du Montparnasse qui a donné envie à des artistes du monde entier de venir vivre à Paris. »
  Ce théâtre musical alterne tableaux et chansons. Sur le plateau, la reconstitution d’un atelier d’artiste de l’époque, du moins tel que le voit Jean-Jacques Beineix ! Avec une tête de sculpture grecque en plâtre blanc sur une sellette habillée de velours noir, une terre chinoise sur une autre sellette,  un phonographe à grand pavillon de cuivre, et sur le côté, des toiles de peintre à l’envers contre un mur, un mannequin de toile, une table avec une bouteille de vin entamée et des boîtes de conserve remplie de pinceaux qui vont devenir tout d’un coup des petites lumières colorées, (si, si c’est vrai !) et placé, bien au milieu, un grand écran rectangulaire blanc. Tous aux abris!  Autant dire que les choses s’annoncent mal….
  Il y a un texte du même tonneau, mal fagoté, issu des souvenirs de Kiki. Habillée de noir ou de blanc mais pas très bien, Kiki raconte donc son enfance de pauvre en Bourgogne, son arrivée à Paris,et le Montparnasse des années 20 avec ses cafés : La Rotonde, La Coupole, le bal Blomet, Le Jockey… ses artistes qui s’entraidaient pour ne pas crever de faim et de froid,  et New York qu’elle découvrit.
Et, à chaque fois, on a droit comme si on risquait de ne pas comprendre, nous pauvre public de théâtre, à une photo (parfois colorisée !) du lieu, projetée sur le grand écran blanc, ( si, si, c’est vrai !!!). Ce qui ne sert à rien et casse évidemment le rythme du spectacle. « Chaque chanson sera mise en abîme avec le décor », ne craint pas d’assurer Jean-Jacques Beineix, à qui on doit quelques films réussis, mais qui n’a malheureusement pas pigé grand-chose à la dramaturgie et à la mise en scène théâtrales.
  Ce travail sur Kiki, est laborieux et illustratif, et la direction d’acteurs aux abonnés absents. On a même droit, à un petit clin d’œil brechtien quand Kiki/Héloïse Wagner blonde, enlève sa belle perruque noire ! Mais il y a pourtant parfois des miracles au théâtre,  quand la jeune femme, à l’impeccable diction,  réussit à incarner Kiki avec générosité, et chante très bien. Elle est souvent émouvante, même si le texte des chansons, dû à Frank Thomas, ne vole pas bien haut.
Elle a une belle présence, et arrive, avec les excellents Rémi Oswald à la guitare et Rodrigue Fernandes à l’accordéon, à faire quand même passer, en un peu plus d’une heure «ce spectacle, ambitieux mais stylisé (sic !!!), simple et dépouillé afin de servir d’écrin à l’interprète chanteuse qui en est le centre. » On n’ajoutera pas de fleurs à celles que s’offre lui-même Jean-Jacques Beineix…
  Bref, faisons court : la seule raison de voir la première mise en scène de théâtre du cinéaste? Aller découvrir Héloïse Wagner. Pour le reste, autant en emporte le vent de la rentrée…

Philippe du Vignal

Le Lucernaire, 53 rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris. T : 01 45 44 57 34

Kiki de Montparnasse, Souvenirs retrouvés,  paru en 1929,est édité chez José Corti.
On peut aussi lire le délicieux, et très bien écrit, petit livre d’Alain Jouffroy : La vie réinventée à Montparnasse, éditions du musée du Montparnasse, 2011. 10€

 


Archive pour 26 septembre, 2015

Fragments

Festival mondial de marionnettes de Charleville-Mézières :

Fragments- Scènes de voyages des temps anciens par la compagnie Daru-Thémpô

  imageCette compagnie de marionnettes installée en Essonne, fête plus de quarante ans de créations avec un spectacle constitué d’extraits de ses spectacles :  Le combat de Tristan, Le Départ d’Yvain, Le Voyage d’AnaïLe Retour d’Ulysse,  Dante aux enfers,  La Fin de Don Juan  et Le Voyage de la vie.   Le fil rouge étant le voyage de héros «légendaires ou anonymes aux prises de forces qui les dominent, les manipulent. Ces Fragments sont une invitation au questionnement philosophique par l’émotion poétique, par le recul philosophique nécessaire pour combattre l’amnésie des temps anciens. »   Le décor, qui doit s’adapter aux différentes pièces, est fait de draps tendus et d’un enchevêtrement de tissus au centre du plateau.  Une fois abaissé, il servira d’écran pour de nombreuses projections d’images, un peu de théâtre d’ombres et… quelques  marionnettes.   Images ou  scènes sont souvent accompagnées par une voix off très caverneuse ! Et certains spectacles ont beaucoup vieilli, avec une musique au synthé qui porte la marque d’une époque aujourd’hui révolue !   Sauf pour les inconditionnels de la compagnie, quel est l’intérêt  de présenter cet enchaînement de très courtes scène, anecdotes de formes plus importantes ?

Julien Barsan

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