I mean heaven (On peut dire paradis)

I mean heaven (On peut dire paradis), installation conçue par Skappa & associés. 04-skappa1

Ah ! Le septième ciel… Pour qui rêve d’y accéder, le Théâtre de la Criée offre actuellement une ascension qui mêle les rouages du rêve à ceux d’un patient pèlerinage.
Emerveillement ! La compagnie dirigée par Isabelle Hervouët et Paolo Cardona est devenue experte en organisation de voyages aussi sensoriels qu’intellectuels.
Pratiquant depuis quinze ans un travail délicat de  fildefériste, elle a conçu ce parcours in situ comme une ingénieuse déambulation plastique et théâtrale.

Première création du projet  Les Paradis  qui s’étendra jusqu’en 2018, cette visite est une gourmandise hors du temps, dont les saveurs se dégustent deux par deux, en cheminant. Jouant avec la sonorité du célèbre refrain de Chick to chick,  le titre: I’m in heaven  souligne malicieusement la subjectivité de la notion de paradis.
Aussi, dès le début du chemin, balisé par des lampes de type « servantes » et des potelets, entend-on diverses voix nous murmurer leur conception du bonheur: « Retrouver son chemin après s’être perdu», «Boire le soleil», «Se donner le temps», «Un repas préparé pour moi», «La chapelle Sixtine»… Chacun a sa définition du moment d’éternité.
A moins que ça ne soit les conditions et les plaisirs de la création artistique elle-même qui soient ainsi implicitement décrites.
Les premières étapes du voyage pourraient ressembler à un enfer moderne avec sa file d’attente labyrinthique dotée de haut-parleurs, sa salle d’attente immaculée où l’on remplit un formulaire administratif, son étrange ascenseur …
Mais le ton est si cotonneux, si intimiste, si bienveillant (on vous demande si vous avez croqué récemment la pomme, on prend soin que de vous faire patienter derrière la ligne :« ne pas trépasser », on vous appelle par votre prénom…) qu’on se laisse transporter.
Que découvre le visiteur ? Le paradis des artistes, bien sûr.
Et ça tombe à point car le Théâtre National de Marseille a été fraîchement rénové. Mille petites idées ingénieuses nous invitent à déambuler dans cet étonnant labyrinthe de couloirs et de passages dérobés. La terrasse est l’occasion de mirer le ciel, sous un parapluie translucide doté d’un casque audio.
Une plasticienne songeuse cherche à reproduire ses teintes mouvantes sur une bâche. Plus loin, les loges apparaissent comme un milieu brumeux et muséal, figé sous le plastique. Le ciel de chaussons bleus et blancs d’hôpital est-il là pour nous rappeler les inquiétudes du monde du spectacle, les risques d’aseptisation et de fossilisation qui le guettent ?
Ne dévoilons pas toutes les surprises méta-théâtrales de cette délicate déambulation qui joue sur la visite de lieux cachés ou interdits. Car c’est bien là que se niche le plaisir, derrière la porte: Privé.
Acrobates, sculpteurs, poètes, les passeurs vêtus aux couleurs de la maison, avec costume sombre et petite cravate de cuir, rendent hommage à la transdisciplinarité. Sont-ils toujours comédiens ?
Certains, un peu fonctionnaires, comme cette chanteuse distraite, ne dégagent pas le mystère et la présence puissante et insolite attendus dans de tels lieux. Chaque seuil à franchir, chaque jardin à visiter devrait offrir une halte bienheureuse. On se sent parfois un peu pressé mais certains personnages sont heureusement très convaincants et impliqués comme  la guide d’un subtil et féérique cabinet de curiosités botaniques, le technicien qui nous incite à plonger dans le grand bain et le concierge qui nous rend nos âmes.
Que de micro-surprises fantaisistes, que de bricolages de génie, que de clins d’œil! On entraperçoit, par exemple, le plateau du spectacle d’Angélica Liddell. Autant de ricochets dans le cœur du visiteur. Est privilégiée une poésie simple tant tactile (plongée d’une main dans un bocal de pépins de pomme) que visuelle (observation d’une parade nuptiale de lampes articulées). Atmosphère à la Amélie Poulain.
Les cartels qui décrivent de petites sculptures surréalistes sous loupe sont sonores et oniriques à souhait : «Globulaire, tragopogon…» (du moment qu’on ne se retourne pas sur la triste réalité d’un méchant panneau «amiante sous la peinture grise résinée»). Le monde souterrain du technicien est aussi (en)chanté. Tel Alexandre le Bienheureux dans le film d’Yves Robert, il apparaît comme un flegmatique tireur de ficelles. Une allégorie de Dieu lui-même.
Et le paradis, alors ? (c’est aussi l’autre nom du poulailler).
On pourrait s’attendre à un final sur le gril au-dessus de la scène. C’est ailleurs qu’on connaîtra une extase glorieuse, quasi mystique. Un vrai moment de joie. Pour peu que le visiteur s’implique… Mais chut !
C’est sous un rideau de pluie fine que s’achèvera le retour au réel.
Peu importe, Fred Astaire et Ginger Rogers guident encore nos pas. Et puis les portes du paradis ne resteront pas closes longtemps. Skappa &Associés proposera bientôt au jeune public, à partir de trois ans, de répondre à la question: Comment prendre racine ? en compagnie d’un comédien seul en scène.
Quant à la troisième et dernière forme du cycle Paradis, elle mêlera trois adultes et deux enfants pour exaucer nos rêves de réconciliation humaniste. Au terme de résidences au Liban, en Égypte et en Chine, tel Candide, elle nous révélera comment cultiver ensemble notre jardin.

Stéphanie Ruffier

Tout public, à partir de 5 ans. Jusqu’au 10 octobre, Théâtre de la Criée de Marseille. T: 04-96-17-80-34

 


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