Lorenzaccio

Le Festival Nov’Arts à Bordeaux:

 La douzième édition de ce festival de trois semaines, dont nous vous reparlerons,  est dirigé par Sylvie Violan. Il comprend quelque trente propositions à la fois nationales, régionales voire étrangères de théâtre, de danse, de cirque mais aussi d’arts plastiques. Dans une sorte de patchwork artistique.
Mais en 2016, dit Alain Juppé, « Le festival sera coproduit avec la ville de Saint-Médard-en-Jalles pour installer un nouveau festival international, et participer ainsi  à la construction de l’identité métropolitaine, et contribuer à son rayonnement national et européen. »

Lorenzaccio d’Alfred de Musset, mise en scène de Catherine Marnas

   Lorenzaccio_05.10.2015_461Ce drame en cinq actes, publié  en 1834 dans le premier tome d’Un Spectacle dans un fauteuil, fut écrit par Alfred de Musset à 23 ans, et inspiré Une conspiration en 1537 de George Sand qui lui en avait confié le manuscrit.
 L’action se déroule effectivement à Florence à cette même époque. Lorenzo de Médicis, dix-neuf ans, se voue à la restauration de la République. Mais son lointain cousin, le très dangereux et cynique duc Alexandre de Médicis règne à Florence en tyran, avec l’appui de Charles-Quint et du pape…Lorenzo deviendra vite son familier et son compagnon de débauche. Comme le dit Paul de Musset, il ui sert d’entremetteur près des femmes tant religieuses que laïques
Les Florentins l’appellent Lorenzaccio, prénom au suffixe méprisant. Il  est aussi cynique que blasé : « Ce que vous nous dites là est parfaitement vrai, et parfaitement faux comme tout au monde ». Corrompu et pervers, c’est aussi un idéaliste courageux inspiré par Brutus, le héros romain qu’il admire. Pour libérer Florence d’Alexandre et rompre avec l’immobilisme politique, il se veut être  le sauveur de la République de Florence,et éliminer Alexandre, puisque les grandes familles de la ville, soumises et lâches, ne font rien.

Lorenzo réussira à tuer Alexandre mais son acte n’aura aucune suite et la République ne sera pas rétablie. Ce meurtre le laisse très amer, encore plus nihiliste que jamais, et finalement déçu quant à l’influence d’un homme seul comme lui  face à une classe politique bien en place. Vieux refrain!  « Je jette, dit-il, à pile ou face le sort de l’humanité sur la tombe d’Alexandre. »
 Et quelques jours après avoir tué le Duc, il se laissera finalement assassiner après avoir appris la mort de sa mère. Mais, seul espoir possible, son geste désespéré et suicidaire aura (peut-être? ) valeur d’exemple : il y aura un avant Lorenzo et un après Lorenzo ! Vidé de son acte, Lorenzaccio se trouve vidé de lui-même,, écrivait le philosophe Gabriel Marcel en 1945, et il il n’existe plus, puisqu’il n’a plus envie d’exister. On vous épargnera les méandres de ce scénario assez passionnant mais très compliqué avec nombre d’intrigues parallèles.
La situation que connaît la ville de Florence a des points communs avec l’époque de Louis-Philippe et l’échec de la révolution de juillet 1830.  «J’ai plongé, j’ai vu les gens tels qu’il sont », dit son double Alfred de Musset. Jeunesse déçue, crise économique sévère, appauvrissement généralisé mais aussi puissance des financiers et richesse flamboyante et vulgaire de quelques-uns.
Bref, l’histoire bégaye une fois de plus, et la nôtre a aussi des points communs avec ces deux situations politiques, comme si on n’arrivait pas à modifier le présent pour accéder plus de démocratie et de justice. Il y a déjà chez  le Lorenzo d’Alfred de Musset un siècle avant, des accents  de personnage de Jean-Paul Sartre ou d’Albert Camus  qui écrivait  dans ses Carnets:  » Vertige de se perdre et de tout nier,de ne ressembler à rien, de briser à jamais ce qui nous définit, d’orrfir à ce présent la solitude et le néant, de retrouver une plate-forme unique où les destins peuvent se recommencer »

  Lorenzaccio ne fut pas joué du vivant d’Alfred de Musset. Mais en 1863, son frère Paul en fit une adaptation pour le théâtre de l’Odéon, que la censure impériale refusa au motif : « La discussion du droit d’assassiner un souverain dont les crimes et les iniquités crient vengeance, le meurtre même du prince par un de ses parents, type de dégradation et d’abrutissement, paraissent un spectacle dangereux à montrer au public. »
En 1896, première de ce drame avec Sarah Berhnardt qui joue Lorenzo, et le rôle sera ensuite repris par d’autres actrices, dont Renée Falconetti, (la Jeanne d’Arc de Dreyer), avant d’être enfin joué par un homme: Jean Marchat en 1933 au Grand Théâtre de… Bordeaux.
Cette pièce longue, à l’intrigue compliquée et difficile à monter, a pourtant et justement fasciné, par l’intelligence de ses thèmes, nombre de metteurs en scène, comme Gaston Baty qui, en 1945, confia de nouveau le personnage de Lorenzo à une actrice: Marguerite Jamois. Puis Gérard Philipe en joua le rôle-titre et la mit en scène au festival d’Avignon 1952.
S’emparèrent entre autres  de ce drame romantique, Franco Zefirelli, Georges Lavaudant avec Philippe Léotard, Otomar Krejca avec la troupe du mythique Za Branou tchèque. Mais les cinq actes semblent n’avoir jamais été joués intégralement : il y faudrait une bonne dizaine d’heures, et de très nombreux comédiens et figurants… 
Catherine Marnas qui dirige depuis presque deux ans le Théâtre national de Bordeaux s’est à son tour lancée dans l’aventure. Avec beaucoup de générosité dans cette proposition, et un parti-pris intelligent: casser les codes et faire bouger les lignes pseudo-historiques de  la pièce.
S
ur la très grande scène du Théâtre Antoine Vitez, autrefois auditorium du Conservatoire, plus de décors ni de costumes suggérant la Florence du XVIème siècle, sinon par allusions. Juste une haute bande de tissu rouge à la verticale, et un long praticable muni de quelques marches côté cour et côté jardin, mais trop éclairé, de sorte que cela pollue visuellement la scène, et que l’on ne discerne pas toujours bien le visage des comédiens. Enfin c’est facilement réparable.
Derrière un rideau à lamelles plastiques translucides comme on en voit dans les dépôts de marchandises : c’est une belle idée, puisque l’on devine derrière ce rideau certaines de scène violentes et/ou érotiques. Il y a aussi un grand canapé à gros coussins de huit places, endroit idéal pour les scènes plus intimes…

Musique rock, jets de pétales rouges un peu partout sur le plateau. Lorenzo est en collant vert fluo, les autres personnages en costumes contemporains, augmentés de quelques détails/citations de vêtements civils ou religieux. Ainsi, le cardinal est en complet noir avec juste une petite cape rouge, et la marquise, en slip, soutien-gorge et bas noirs. Pourquoi pas? Mais, désolé, ces anachronismes sont un peu faciles et il y a quand même un certain manque d’unité dans cette série de costumes approximatifs .
  Mais très bon point aussi pour ce spectacle, au début un peu confus : la distribution est particulièrement homogène et soignée, et Catherine Marnas dirige bien ses comédiens dont la plupart ont déjà participé à ses précédents spectacles. Entre autres, Vincent Dissez (Lorenzo), Julien Duval (le Duc), Frank Manzoni (Philippe Strozzi), Bénédicte Simon, (la Marquise), Frédéric Constant (le cardinal Cibo). Et il y a de belles scènes, notamment entre  Lorenzo et le Duc, entre le cardinal  et la Marquise.
  Mais nombre de choses  demanderaient à être revues. D’abord  ces costumes assez disparates et un peu faciles, et un éclairage des plus approximatifs qui ne favorise en rien les acteurs qui restent souvent dans la pénombre. Et, pour une fois, des micros HF seraient les bienvenus, l’acoustique de cette salle est en effet particulièrement  déficiente, on entend très mal les comédiens. Donc quand on entend mal, on comprend aussi mal le texte qui n’est déjà pas toujours très clair quand il a subi les inévitables coupes, et les deux lycéennes près de  nous q avouaient ne pas piger pas grand-chose à cette cette aventure historico-individuelle, où la violence psychologique et érotique est un des ressorts de la pièce. Dommage !
 Par exemple, on sent mal l’homosexualité de Lorenzo en filigrane de la pièce qu’Alfred de Musset lui-même avait déjà un peu gommé. Pourtant à l’acte III, il y a ces mots très clairs de  Lorenzaccio : « pour devenir son ami, et acquérir sa confiance, il fallait baiser sur ses lèvres épaisses tous les restes de ses orgies. » Ce que sur quoi, Georges Lavaudant comme Jean-Pierre Vincent en 2000 avaient eux insisté; par exemple quand Alexandre mord Lorenzaccio au doigt, marque d’une alliance sanglante et sexuelle évidente.
 En fait, Alfred de Musset met l’accent sur ces relations érotiques entre ces personnages : « J’ai rencontré cette Louise la nuit dernière, au bal des Nasi, dit Julien Salviati, elle a, ma foi, une jolie jambe, et nous devons coucher ensemble au premier jour. »
Même chose quand le cardinal essaye d’arracher des confidences à sa belle-sœur la marquise. « Un confesseur, lui dit-il, doit tout savoir qu’il peut tout diriger. » Et elle finit par craquer et avouer qu’elle a fait l’amour avec Alexandre: « Ah ! pourquoi y a-t-il, dans tout cela, un aimant, un charme inexplicable qui m’attire ?’ 
C’est tout cet univers de relations érotique et politiques qu’on aurait souhaité mieux entendre dans la mise en scène de Catherine Mornas qui est d’une grande honnêteté mais qui apparaît parfois un peu timorée malgré encore une fois une bonne direction d’acteurs.Il faudrait aussi qu’elle réussisse à donner d’urgence plus de rythme à l’ensemble, et qu’elle en élimine radicalement les longueurs et les chutes de rythme; le spectacle dépasse largement les deux heures annoncées, et l’attention du public se dissipe alors nettement sur la fin.
La salle Antoine Vitez, c’est vrai, même si elle rappelle celle du Théâtre national de Chaillot et malgré un beau plateau n’est pas, côté acoustique, un cadeau pour les comédiens! En fait, tout se passe comme s’il y avait comme un léger décalage entre les intentions dramaturgiques de Catherine Marnas et ce qui se passe sur la scène. Mais bon, c’était la première de ce spectacle qui est donc encore brut de décoffrage, mais qui devrait se bonifier dans les autres salles où il passera.


Philippe du Vignal

Théâtre National de Bordeaux et d’Aquitaine jusqu’au 22 octobre. T : 05 56 33 36 80.


Archive pour 11 octobre, 2015

Lorenzaccio

Le Festival Nov’Arts à Bordeaux:

 La douzième édition de ce festival de trois semaines, dont nous vous reparlerons,  est dirigé par Sylvie Violan. Il comprend quelque trente propositions à la fois nationales, régionales voire étrangères de théâtre, de danse, de cirque mais aussi d’arts plastiques. Dans une sorte de patchwork artistique.
Mais en 2016, dit Alain Juppé, « Le festival sera coproduit avec la ville de Saint-Médard-en-Jalles pour installer un nouveau festival international, et participer ainsi  à la construction de l’identité métropolitaine, et contribuer à son rayonnement national et européen. »

Lorenzaccio d’Alfred de Musset, mise en scène de Catherine Marnas

   Lorenzaccio_05.10.2015_461Ce drame en cinq actes, publié  en 1834 dans le premier tome d’Un Spectacle dans un fauteuil, fut écrit par Alfred de Musset à 23 ans, et inspiré Une conspiration en 1537 de George Sand qui lui en avait confié le manuscrit.
 L’action se déroule effectivement à Florence à cette même époque. Lorenzo de Médicis, dix-neuf ans, se voue à la restauration de la République. Mais son lointain cousin, le très dangereux et cynique duc Alexandre de Médicis règne à Florence en tyran, avec l’appui de Charles-Quint et du pape…Lorenzo deviendra vite son familier et son compagnon de débauche. Comme le dit Paul de Musset, il ui sert d’entremetteur près des femmes tant religieuses que laïques
Les Florentins l’appellent Lorenzaccio, prénom au suffixe méprisant. Il  est aussi cynique que blasé : « Ce que vous nous dites là est parfaitement vrai, et parfaitement faux comme tout au monde ». Corrompu et pervers, c’est aussi un idéaliste courageux inspiré par Brutus, le héros romain qu’il admire. Pour libérer Florence d’Alexandre et rompre avec l’immobilisme politique, il se veut être  le sauveur de la République de Florence,et éliminer Alexandre, puisque les grandes familles de la ville, soumises et lâches, ne font rien.

Lorenzo réussira à tuer Alexandre mais son acte n’aura aucune suite et la République ne sera pas rétablie. Ce meurtre le laisse très amer, encore plus nihiliste que jamais, et finalement déçu quant à l’influence d’un homme seul comme lui  face à une classe politique bien en place. Vieux refrain!  « Je jette, dit-il, à pile ou face le sort de l’humanité sur la tombe d’Alexandre. »
 Et quelques jours après avoir tué le Duc, il se laissera finalement assassiner après avoir appris la mort de sa mère. Mais, seul espoir possible, son geste désespéré et suicidaire aura (peut-être? ) valeur d’exemple : il y aura un avant Lorenzo et un après Lorenzo ! Vidé de son acte, Lorenzaccio se trouve vidé de lui-même,, écrivait le philosophe Gabriel Marcel en 1945, et il il n’existe plus, puisqu’il n’a plus envie d’exister. On vous épargnera les méandres de ce scénario assez passionnant mais très compliqué avec nombre d’intrigues parallèles.
La situation que connaît la ville de Florence a des points communs avec l’époque de Louis-Philippe et l’échec de la révolution de juillet 1830.  «J’ai plongé, j’ai vu les gens tels qu’il sont », dit son double Alfred de Musset. Jeunesse déçue, crise économique sévère, appauvrissement généralisé mais aussi puissance des financiers et richesse flamboyante et vulgaire de quelques-uns.
Bref, l’histoire bégaye une fois de plus, et la nôtre a aussi des points communs avec ces deux situations politiques, comme si on n’arrivait pas à modifier le présent pour accéder plus de démocratie et de justice. Il y a déjà chez  le Lorenzo d’Alfred de Musset un siècle avant, des accents  de personnage de Jean-Paul Sartre ou d’Albert Camus  qui écrivait  dans ses Carnets:  » Vertige de se perdre et de tout nier,de ne ressembler à rien, de briser à jamais ce qui nous définit, d’orrfir à ce présent la solitude et le néant, de retrouver une plate-forme unique où les destins peuvent se recommencer »

  Lorenzaccio ne fut pas joué du vivant d’Alfred de Musset. Mais en 1863, son frère Paul en fit une adaptation pour le théâtre de l’Odéon, que la censure impériale refusa au motif : « La discussion du droit d’assassiner un souverain dont les crimes et les iniquités crient vengeance, le meurtre même du prince par un de ses parents, type de dégradation et d’abrutissement, paraissent un spectacle dangereux à montrer au public. »
En 1896, première de ce drame avec Sarah Berhnardt qui joue Lorenzo, et le rôle sera ensuite repris par d’autres actrices, dont Renée Falconetti, (la Jeanne d’Arc de Dreyer), avant d’être enfin joué par un homme: Jean Marchat en 1933 au Grand Théâtre de… Bordeaux.
Cette pièce longue, à l’intrigue compliquée et difficile à monter, a pourtant et justement fasciné, par l’intelligence de ses thèmes, nombre de metteurs en scène, comme Gaston Baty qui, en 1945, confia de nouveau le personnage de Lorenzo à une actrice: Marguerite Jamois. Puis Gérard Philipe en joua le rôle-titre et la mit en scène au festival d’Avignon 1952.
S’emparèrent entre autres  de ce drame romantique, Franco Zefirelli, Georges Lavaudant avec Philippe Léotard, Otomar Krejca avec la troupe du mythique Za Branou tchèque. Mais les cinq actes semblent n’avoir jamais été joués intégralement : il y faudrait une bonne dizaine d’heures, et de très nombreux comédiens et figurants… 
Catherine Marnas qui dirige depuis presque deux ans le Théâtre national de Bordeaux s’est à son tour lancée dans l’aventure. Avec beaucoup de générosité dans cette proposition, et un parti-pris intelligent: casser les codes et faire bouger les lignes pseudo-historiques de  la pièce.
S
ur la très grande scène du Théâtre Antoine Vitez, autrefois auditorium du Conservatoire, plus de décors ni de costumes suggérant la Florence du XVIème siècle, sinon par allusions. Juste une haute bande de tissu rouge à la verticale, et un long praticable muni de quelques marches côté cour et côté jardin, mais trop éclairé, de sorte que cela pollue visuellement la scène, et que l’on ne discerne pas toujours bien le visage des comédiens. Enfin c’est facilement réparable.
Derrière un rideau à lamelles plastiques translucides comme on en voit dans les dépôts de marchandises : c’est une belle idée, puisque l’on devine derrière ce rideau certaines de scène violentes et/ou érotiques. Il y a aussi un grand canapé à gros coussins de huit places, endroit idéal pour les scènes plus intimes…

Musique rock, jets de pétales rouges un peu partout sur le plateau. Lorenzo est en collant vert fluo, les autres personnages en costumes contemporains, augmentés de quelques détails/citations de vêtements civils ou religieux. Ainsi, le cardinal est en complet noir avec juste une petite cape rouge, et la marquise, en slip, soutien-gorge et bas noirs. Pourquoi pas? Mais, désolé, ces anachronismes sont un peu faciles et il y a quand même un certain manque d’unité dans cette série de costumes approximatifs .
  Mais très bon point aussi pour ce spectacle, au début un peu confus : la distribution est particulièrement homogène et soignée, et Catherine Marnas dirige bien ses comédiens dont la plupart ont déjà participé à ses précédents spectacles. Entre autres, Vincent Dissez (Lorenzo), Julien Duval (le Duc), Frank Manzoni (Philippe Strozzi), Bénédicte Simon, (la Marquise), Frédéric Constant (le cardinal Cibo). Et il y a de belles scènes, notamment entre  Lorenzo et le Duc, entre le cardinal  et la Marquise.
  Mais nombre de choses  demanderaient à être revues. D’abord  ces costumes assez disparates et un peu faciles, et un éclairage des plus approximatifs qui ne favorise en rien les acteurs qui restent souvent dans la pénombre. Et, pour une fois, des micros HF seraient les bienvenus, l’acoustique de cette salle est en effet particulièrement  déficiente, on entend très mal les comédiens. Donc quand on entend mal, on comprend aussi mal le texte qui n’est déjà pas toujours très clair quand il a subi les inévitables coupes, et les deux lycéennes près de  nous q avouaient ne pas piger pas grand-chose à cette cette aventure historico-individuelle, où la violence psychologique et érotique est un des ressorts de la pièce. Dommage !
 Par exemple, on sent mal l’homosexualité de Lorenzo en filigrane de la pièce qu’Alfred de Musset lui-même avait déjà un peu gommé. Pourtant à l’acte III, il y a ces mots très clairs de  Lorenzaccio : « pour devenir son ami, et acquérir sa confiance, il fallait baiser sur ses lèvres épaisses tous les restes de ses orgies. » Ce que sur quoi, Georges Lavaudant comme Jean-Pierre Vincent en 2000 avaient eux insisté; par exemple quand Alexandre mord Lorenzaccio au doigt, marque d’une alliance sanglante et sexuelle évidente.
 En fait, Alfred de Musset met l’accent sur ces relations érotiques entre ces personnages : « J’ai rencontré cette Louise la nuit dernière, au bal des Nasi, dit Julien Salviati, elle a, ma foi, une jolie jambe, et nous devons coucher ensemble au premier jour. »
Même chose quand le cardinal essaye d’arracher des confidences à sa belle-sœur la marquise. « Un confesseur, lui dit-il, doit tout savoir qu’il peut tout diriger. » Et elle finit par craquer et avouer qu’elle a fait l’amour avec Alexandre: « Ah ! pourquoi y a-t-il, dans tout cela, un aimant, un charme inexplicable qui m’attire ?’ 
C’est tout cet univers de relations érotique et politiques qu’on aurait souhaité mieux entendre dans la mise en scène de Catherine Mornas qui est d’une grande honnêteté mais qui apparaît parfois un peu timorée malgré encore une fois une bonne direction d’acteurs.Il faudrait aussi qu’elle réussisse à donner d’urgence plus de rythme à l’ensemble, et qu’elle en élimine radicalement les longueurs et les chutes de rythme; le spectacle dépasse largement les deux heures annoncées, et l’attention du public se dissipe alors nettement sur la fin.
La salle Antoine Vitez, c’est vrai, même si elle rappelle celle du Théâtre national de Chaillot et malgré un beau plateau n’est pas, côté acoustique, un cadeau pour les comédiens! En fait, tout se passe comme s’il y avait comme un léger décalage entre les intentions dramaturgiques de Catherine Marnas et ce qui se passe sur la scène. Mais bon, c’était la première de ce spectacle qui est donc encore brut de décoffrage, mais qui devrait se bonifier dans les autres salles où il passera.


Philippe du Vignal

Théâtre National de Bordeaux et d’Aquitaine jusqu’au 22 octobre. T : 05 56 33 36 80.

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