Le Dibbouk

Le Dibbouk ou Entre deux mondes de Shalom An-ski, adaptation de Louise Moaty et Benjamin Lazar d’après la traduction du russe de Polina Petrouchina, mise en scène de Benjamin Lazar

 Dibbouk©-Pascal-Gély Ce drame en trois actes, créé à Vilna en 1917, s’inspire du thème  du dibbouk, un esprit qui entre dans le corps d’un vivant pour le posséder, à la suite d’une erreur ou d’une mauvaise action. Shalom An-ski, un ethnographe  qui s’était documenté sur les contes des juifs hassidiques, écrivit d’abord la pièce en russe mais Constantin Stanislavski lui conseilla de la réécrire en yddish pour qu’elle puisse être interprétée par des acteurs d’un théâtre juif.
  Nissan et Sender, deux excellents amis, font le serment que, si leurs épouses, enceintes au même moment, donnent alors naissance à une fille et à un garçon, ils les marieraient. Mais Nissan meurt avant la naissance de son fils. Et Sender oublie vite  sa promesse et cherche un riche fiancé pour sa fille, donc trahit le serment. Les jeunes gens, nouveaux Roméo et Juliette, qui ont grandi séparément, ignorent tout de ce serment. Hanan, étudiant très pauvre, va d’école juive en école juive, et la belle Léa, dont la mère est morte en lui donnant naissance, se résigne à un mariage de raison.
Mais à Braïnitz, Hanan rencontre par hasard Léa et tombe amoureux de  la jeune fille qui reconnaît aussitôt en lui son véritable fiancé.  Mais son avare de père ne veut pas de cette union. Malgré la parole donnée! Désespéré, Hanan tenter d’obtenir l’or par des formules cabalistiques mais se révèle incapable d’en maîtriser les puissances et subit le châtiment réservé à celui qui en fait mauvais usage : il tombe foudroyé…
 Privée de son corps et même de son nom, l’âme du mort reste captive de cette passion inassouvie, et est condamnée à flotter « entre deux mondes ».
Léa devra épouser le fiancé  qu’elle n’aime pas mais se rend au cimetière pour inviter Hannan à ses noces. Le dibbouk se saisit alors de  son corps et Léa porte désormais deux âmes en elle et,  au moment du mariage, c’est la voix de Hanan qu’on entendra hurler son refus du mariage.
 Malgré les séances d’exorcisme d’un rabbin, il ne se produit rien, puis le juge réussit à obtenir la séparation des deux âmes mais Léa rejoindra Hannan dans la mort, au moment où  commence la musique de ses noces.
 La pièce est devenue une œuvre culte du théâtre yiddish et a été créée en France par Gaston Baty en 1928, et plus récemment par Krzysztof Warlikowski et Daniel Mesguich.  Nous l’avions vue il y a une vingtaine d’années en Pologne, superbement interprétée et chantée, et malgré la barrière de la langue, le conte était d’une clarté limpide, et il était impossible de résister à tant de beauté…
Benjamin Lazar et Louise Moaty ont,  eux, adapté la pièce en y ajoutant un prologue autour de tables couvertes de livres où les acteurs reprennent les questions posée par Shalom An-Ski quand il  recueillait les  contes hassidiques. « Le judaïsme, dit le metteur en scène, a un rapport très ouvert à la lettre qui est toujours un rapport d’interrogation, de remise en cause de discussion. Enfin ce prologue donne des clés de compréhension. »
 Mais était-il vraiment besoin de nous infliger cette explication de texte assez pénible de termes juifs qui n’en finit pas de finir avant que la pièce ne commence. D’autant plus que la lumière est sinistre et très réduite.
Puis on a droit à cette adaptation, pas franchement convaincante où les personnages parlent beaucoup mais où il n’ y a pas comme de véritable dialogue. On est dans l’évocation, l’invocation, et non dans la représentation, dit  le metteur en scène. Et c’est bien là le grave défaut de ce spectacle d’une lenteur accablante et qui distille un ennui pesant dans une salle à moitié vide, et qui ne fait pas théâtre.  Sauf dans les dernières scènes comme si Benjamin Lazar prenait enfin conscience que le meilleur moyen de servir la pièce n’était pas de faire joujou avec elle mais de lui être fidèle… Sans compliquer inutilement les choses.
 Mal et/ou peu dirigés, les comédiens évoluent dans un décor des plus simples : quelques tables de bois avec des livres, sous un éclairage réduit à quelques projecteurs et à des plafonniers à tubes fluo blancs; sauf Nicolas Vial qui arrive à tirer son épingle du jeu, ils ont bien du mal à rendre leurs personnages crédibles. Il faut se pincer pour ne pas rire quand la pauvre fiancée (Louise Moaty) possédée roule des yeux ! En fait de la pièce, on a droit à une suite de tableaux  successifs et mis en scène de façon très statique. Et comme si cela ne suffisait pas, il y a parfois des dialogues en yddish et en hébreu (de façon à donner une couleur plus locale ?), traduits par Benjamin Lazar au micro.
Enfin on peut se consoler en écoutant les très beaux chants a capella ou accompagnés par  Martin Bauer à la viole de gambe, par Patrick Wibart au serpent et par Nahom Kuya au cymbalum, et composés par Aurélien Dumont.

 Mais cela reste un bien mauvais spectacle de deux heures trente qui n’arrive jamais à décoller. Pourtant Shalom An-sky a su créer un conte théâtral exceptionnel de beauté et d’intelligence;  et d’une force évidente sur le pouvoir de la parole donnée, sur les rapports entre l’amour et l’argent, sur  le mariage entre riches et pauvres, et surtout sur  les relations troubles qu’entretiennent les vivants avec les morts.
 Mais dommage, ici on aperçoit seulement par moments la pièce, et comme la vie est courte: on ne conseillera donc à personne d’aller voir cette mise en scène!

Philippe du Vignal

 Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis jusqu’au 17 octobre

 


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