Hamlet/Trangression/Opéra rock

Hamlet Transgression/ Opéra rock, d’après Heiner Müller, William Shakespeare, Franz Schubert, mise en scène de Jacques David

 

Hamlet transgression«Je ne suis pas Hamlet. Je ne joue plus de rôle, mes mots n’ont plus rien à me dire, mon drame n’a plus lieu», annonce fermement Dominique Jacquet élégante dans son smoking noir. En réalité, elle est « L’interprète d’Hamlet », tel qu’Heiner Müller l’a imaginé dans son Hamlet Machine, c’est-à-dire un rôle interchangeable, à travers lequel l’auteur allemand interroge les figures mythiques du théâtre ; ici, on entendra tour à tour Hamlet, Electre, Ophélie, Claudius…
Plantée devant un micro, elle aussi de noir vêtue, façon Nina Hagen, la chanteuse Laurence Malherbe lance, d’une voix puissante, en allemand, des paroles métalliques qui entrent en résonance avec la dureté du texte d’Heiner Müller; elle interprète des lieder de Winterreise dans l’arrangement jazz de Laurent David.

La version hard rock de cette musique, qui distord, sans les trahir, les lignes mélodiques de Schubert, tranche avec la profonde mélancolie des paroles de Wilhelm Müller, l’auteur des poèmes de Voyage d’hiver, dont certaines s’inscrivent sur le mur, à jardin : «Etranger je suis venu, étranger je repars ». C’est de ce même contraste, entre nostalgie et ironie, que joue Dominique Jacquet: «J’étais Hamlet. Je me tenais sur le rivage et je parlais avec le ressac BLABLA, dans le dos les ruines de l’Europe ».
La jeune soprano, qui a enregistré un disque: Schubert Transgression, sait chanter le jazz, sa voix qui peut avoir un magnifique timbre mezzo, s’harmonise avec celle plus grave de l’actrice. «Simples figures porteuses de nos émotions, de nos drames quotidiens, de nos vies actuelles », comme les envisage le metteur en scène, la musicienne et l’actrice font de ces deux transgressions croisées non pas une trahison, mais un objet contemporain et intriguant. Le traitement, par Christophe Séchet, des voix et de la musique, mêle son direct et différé, amplifié, réverbéré ou pas. Cela renforce l’aspect éclaté et fragmentaire du spectacle, le réduisant à des bribes de mots et des éclats de voix : ceux qui nous parviennent de ces fictions d’antan pour mieux nous parler d’aujourd’hui. Le bla-bla de notre vieil Occident fatigué.
Le spectacle met en commun les recherches musicales de Laurence Malherbe pour son projet Excursus (sortie imminente à l’automne 2015) et la démarche dramaturgique exigeante du Théâtre de l’Erre autour d’Hamlet. Ainsi naît une pièce de quarante minutes, montée en une semaine et conçue comme une maquette qui ne demande qu’à s’étoffer. Un chantier à suivre…

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu à Lilas en scène, le 10 octobre. Schubert Transgression est sorti chez Cristal Classic en 2012.

 


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