On ne bouge plus de Rémy Berthier

On ne bouge plus conçu et interprété par Rémy Berthier.

 

MP-310114-075-edLa compagnie Le Phalène dont le directeur artistique est Thierry Collet, propose des spectacles de magie et de mentalisme depuis de nombreuses années.
Avec toujours un savant mélange de réel, de philosophie et parfois même d’une petite dose de fantastique,  Thierry Collet prend un malin plaisir à nous perdre, à effacer nos repères, à nous faire prendre part à des expériences de groupe pour mieux nous démontrer ensuite quels subterfuges il utilise pour nous amener dans sa direction. En nous dévoilant ces processus, il cherche aussi à nous prouver comment d’autres, dans la vie de tous les jours, les utilisent à nos dépends.

  Devant le succès grandissant de ses créations, il commence à déléguer ces spectacles, comme On ne bouge plus que Rémy Berthier a conçu,  avec l’aide pour la mise en scène, de Jade Duviquet.
Le public prend place dans un gradin semi-circulaire; Rémy Berthier nous souhaite la bienvenue dans son atelier de taxidermie, et nous explique cette passion qui consiste à redonner vie aux animaux qui ont été chassés ou qui ont partagé la vie de leurs propriétaires.
 Il pense que le public est venu avec un animal, bien sûr, décédé depuis moins de  quarante-huit heures, sinon c’est trop tard pour la taxidermie… Il récupère sous un siège une mallette d’où il tire un lapin mort (faux!) qu’il va tenter de naturaliser en nous expliquant les différentes étapes et notamment comment conserver les fameux 21 grammes de l’âme de l’animal.
Bien sûr, cet atelier de travail s’emballe et la magie fait peu à peu son apparition. On y retrouve des tours classiques comme la carte à découvrir, le mot dans un livre pris au hasard par un témoin que Rémy Berthier va aussi trouver, la disparition/réapparition dans une caisse), des tours plus liés au mentalisme (on nous demande de fermer les yeux et d’imaginer une scène précise que la plupart du public visualise de la même façon) et d’autres plus spectaculaires (le couteau dans le bras, le fil sorti de l’œil, le feu sur la peau et la marche sur du verre).
Le thème de  la taxidermie est évidemment une mine pour développer l’écriture de Thierry Collet : l’idée de la mort, l’attachement à un animal, cet inconnu qui est un être vivant, si loin mais si proche de nous…
   Rémy Berthier n’hésite d’ailleurs pas à devenir animal et tente aussi de se naturaliser lui-même. Il est accompagné d’un assistant, Yann Struillou, qui ne manque pas une occasion de le mettre en difficulté, allant même jusqu’à tenter de lui faire boire du white-spirit, ou de le laisser enfermé dans la caisse… On sent un vieux contentieux entre les deux personnages !
Ceux qui connaissent déjà le travail de Thierry Collet ne seront pas étonnés par ce spectacle, même s’il n’est qu’ «accompagnateur au développement du projet» dont  Rémy Berthier est le concepteur et l’interprète, mais on sent bien ici la patte du créateur de Qui Vive ou d’Influences.
  L’agrégat de techniques de magies déjà connues et expérimentées dans ses autres spectacles ne prend pas toujours, et tient parfois d’un enchaînement de tours qu’il doit  placer dans le temps du spectacle. Il y a aussi l’abondance du propos, philosophique et aux frontières avec le réel : on ne sait plus alors très bien où l’on navigue et on perd  parfois le fil de la pensée du personnage malgré une interactivité très soutenue.
Ceux qui découvriront cet univers seront peut être un peu perdus mais aussi surpris par l’abondance de tours, sur ce créneau, encore assez original qu’occupe Thierry Collet et sa compagnie Le Phalène.
Même si  On ne bouge plus n’est peut-être pas son meilleur spectacle, il reste un artiste magicien en constante recherche, et occupe une place à part sur la scène actuelle.

Julien Barsan

Spectacle vu à la Ferme du Buisson. 

http://www.lephalene.com/

 


Archive pour 29 octobre, 2015

Home de David Storey

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Home  de David Storey, traduction d’Hazel Karr, adaptation et mise en scène de Gérard Desarthe   

 On se  trouve aussitôt face à l’unique décor : un intérieur indéfini et gris qui pourrait se situer aussi sur un terrain vague; deux chaises, une table, quelques accessoires et des fleurs… Où sommes-nous ? Cette interrogation, tout comme ces deux brèves répliques: «Ah oui! », «Vraiment» qui reviennent en leitmotiv dans la bouche de Harry et Jack, paradoxalement en dit long sur cette pièce d’une grande densité où le metteur en scène met en lumière des espaces inarticulés et fugaces, enfouis dans le texte.
Le public, petit à petit, se laisse prendre au jeu et aux discours de ces cinq individus. Dans cette dramaturgie, ce sont des glissements de paroles ordinaires, fragiles et décalées sur  l’amour, la solitude,  la mort, la souffrance, et la folie …

Le spectacle commence avec un bruit d’hélicoptère, et ce n’est pas l’entrée remarquable de Harry (Gérard Desarthe) puis de Jack (Pierre Palmade), qui va éclaircir la conscience du spectateur! Suit en effet une  conversation anodine en apparence entre ces deux hommes, à la quarantaine bien avancée, mais qui nous installe progressivement dans un univers de dérision au rythme décalé, où résonne l’écriture de David Storey….
Ce choix dramaturgique du  metteur en scène,  intelligent et fidèle à l’univers de l’écrivain anglais, est bien mis en valeur par la scénographie pertinente et les costumes de Delphine Brouard, et les maquillages  très réussis de Suzanne Pisteur.

  Avec subtilité, cette création nous entraine dans un univers à la fois loufoque et glacé. Harry (Gérard Desarthe), Jack (Pierre Palmade), puis Kathleen (Carole Bouquet), Marjorie (Valérie Karsenti), Alfred (Vincent Deniard), une bande de mélancoliques désespérés, sont drôles et touchants.
Inadaptés ou trop lucides, entre clowns tristes et/ou beckettiens, comme venus de nul part, ils sont bien enfermés dans un asile psychiatrique. A eux seuls, comme pour résister à l’enfermement, à la solitude et à l’angoisse, ils vont créer leur monde, à l’intérieur même de ce monde hostile.
Gérard Desarthe qui a adapté cette pièce écrite en 1970, nous parle de ce milieu qui effraye toujours et encore, avec une humanité et un humour très british. Il l’a mis en scène de façon sensible et poétique, et le public sourit plus qu’il ne rit vraiment: ici, quelque chose de bouleversant  prend forme, de manière indicible…

 Elisabeth Naud

Spectacle créé au Théâtre Montansier de Versailles le 9 octobre ; actuellement au Théâtre de l’Oeuvre 55 rue de de Clichy 75009 Paris. T: 01 44 53 88 88  jusqu’au 20 décembre.

 

 

 

La Cerisaie d’Anton Tchekhov

La Cerisaie d’Anton Tchekhov, traduction de André Markowicz et Françoise Morvan, mise en scène de Gilles Bouillon

 

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© Guillaume Perret-Lundi13

À la manière d’un manifeste esthétique et humaniste,  Anton Tchekhov, parle dans se dernière pièce  d’un ordre ancien qui bascule dans le vertige d’un autre jamais connu.  Un monde  tiraillé entre passé et avenir, mais aussi un paysage mental impressionniste que révèle avec raffinement la création chorale de Gilles Bouillon. La pièce délivre, par bribes, les aveux  d’un auteur lucide et visionnaire quant au sens de l’Histoire:des Russes bien nés, sont restés longtemps aveugles aux bouleversements économiques en cours  qui laissent présager une mutation libérale à laquelle mettra fin la Révolution bolchevique.  

Ces russes cultivés sont pourtant incapables d’ouvrir les yeux sur l’iniquité d’une société figée de maîtres et de valets, même ces  anciens serfs ont gagné, il y a peu, une liberté dont ils avaient toujours été privés.L’étudiant Trofimov (Antonin Fadinard) parle de ses contemporains, dépassés par leur époque : «Ils disent qu’ils font partie de l’intelligentsia, et ils tutoient leurs domestiques. Ils traitent les moujiks comme du bétail, ils négligent leurs études, ne lisent rien avec sérieux, restent à se tourner les pouces, ne font de la science qu’en parlotte, n’entendent rien à l’art. Tous sont sérieux, tous ont des visages graves… » Cette génération se refuse à voir une modernité irréversible qu’assume Lopakhine, un entrepreneur, ancien fils de moujik, dont le père était serf du grand-père puis du père de Lioubov, la séduisante et émouvante propriétaire d’un domaine ancestral. Lopakhine ne fait pas table rase du passé mais souhaite plus subtilement négocier avec cette femme dépositaire d’un  trésor symbolique et mémoriel de nostalgie, celui d’une enfance disparue dont la fameuse cerisaie fait partie, et qui pourrait plaire à des estivants qui s’annoncent de plus en plus nombreux. Mais les romans inventent toujours un monde meilleur que les faits ne vérifient pas. Ici, il est question de la survie du domaine pour la sensible Lioubov et pour son frère Gaev (Robert Bouvier) qui revient là pour un séjour estival. Mais la maison de famille est menacée de vente, cerisaie comprise,  à cause de dettes! Avant de se clore par un départ, la pièce débute quand  Lioubov revient de Paris avec ses amis et parasites dans la belle villégiature aux souvenirs enfouis, sur lesquels veille Varia, la fille adoptive de Lioubov,  et les domestiques. Une  partie de campagne se déroule sous un ciel d’été où un bonheur léger est au rendez-vous,  malgré un quotidien tissé à la fois d’amertume et de rêves cocasses. Pour  Anton Tchekhov, l’intimité avec la nature est une nécessité vitale, et il aime comme Lioubov plus que tout les fleurs blanches des pommiers et des cerisiers, un romantisme que combat de son mieux Lopakhine : « … Est riche non pas celui qui a beaucoup d’argent mais celui qui a les moyens de vivre à cette époque de l’année dans le décor somptueux du début du printemps. »   Le jour de la vente, qui va sceller le destin de la cerisaie, les hôtes qui ne peuvent ni ne veulent tourner le dos à leur passé, organisent un bal.

Nathalie Holt a conçu une scénographie très simple: un pan de mur avec  une volée de fenêtres, un parquet rustique, avec autour une coursive attenante où la ronde des acteurs s’accomplit lors du bal; au centre, un rideau blanc et léger que l’on ouvre ou referme discrètement ; à cour, quelques chaises d’enfant, un lit de bois et un cheval à bascule, et un portrait de famille installé dans les hauteurs ; puis, pour les jeux extérieurs, une toile peinte des bouleaux qui descendent vers le lointain.  Les belles comédiennes Nine de Montal, Coline Fassbind, Julie Hamois, Barbara Probst et Emmanuelle Wion, silhouettes juvéniles et gaies, portent les robes délicates de Cidalia da Costa, aux tendres couleurs. Et tous les autres acteurs sont toniques et justes. De l’œuvre tchekhovienne, Gilles Bouillon dégage des enjeux proustiens, maîtrisant les regrets inconsolés du temps perdu, et les paradis d’enfance disparue, à travers la diction mesurée de Lioubov, et la volonté d’aller de l’avant et le désir de vivre de Lopakhine (Thibaut Corrion).

 Véronique Hotte

Théâtre du Passage, Neuchâtel, les  22 et 24 octobre; Théâtre d’Angoulême, Scène nationale, du 3 au 5 novembre. Espace Jean Lurçat, Juvisy-sur-Orge, le 14 novembre. Centre culturel L’Imprévu, Saint-Ouen-l’Aumône, le 17 novembre. Anthéa, Antipolis, Théâtre d’Antibes, les 25 et 27 novembre.
Centre culturel Le Figuier blanc, Argenteuil, les 7 et 8 décembre. L’Espace Marcel Carné, Saint-Michel-sur-Orge,  le 12 décembre.
Théâtre de Châtillon, du 7 au 16 janvier. Scène nationale d’Albi, les 20 et 21 janvier. L’Odyssée/Scène conventionnée de Périgueux, les 26 et 27 janvier.
Théâtre/Scène nationale de Narbonne, les 3 et 4 février. L’Opéra-Théâtre, de Metz Métropole, les 11 et 12 février. Centre Dramatique Régional de Tours, du 23 février au 4 mars.
Théâtre Jacques Cœur de Lattes, les 10 et 11 mars.

 

 

 

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