Home de David Storey

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Home  de David Storey, traduction d’Hazel Karr, adaptation et mise en scène de Gérard Desarthe   

 On se  trouve aussitôt face à l’unique décor : un intérieur indéfini et gris qui pourrait se situer aussi sur un terrain vague; deux chaises, une table, quelques accessoires et des fleurs… Où sommes-nous ? Cette interrogation, tout comme ces deux brèves répliques: «Ah oui! », «Vraiment» qui reviennent en leitmotiv dans la bouche de Harry et Jack, paradoxalement en dit long sur cette pièce d’une grande densité où le metteur en scène met en lumière des espaces inarticulés et fugaces, enfouis dans le texte.
Le public, petit à petit, se laisse prendre au jeu et aux discours de ces cinq individus. Dans cette dramaturgie, ce sont des glissements de paroles ordinaires, fragiles et décalées sur  l’amour, la solitude,  la mort, la souffrance, et la folie …

Le spectacle commence avec un bruit d’hélicoptère, et ce n’est pas l’entrée remarquable de Harry (Gérard Desarthe) puis de Jack (Pierre Palmade), qui va éclaircir la conscience du spectateur! Suit en effet une  conversation anodine en apparence entre ces deux hommes, à la quarantaine bien avancée, mais qui nous installe progressivement dans un univers de dérision au rythme décalé, où résonne l’écriture de David Storey….
Ce choix dramaturgique du  metteur en scène,  intelligent et fidèle à l’univers de l’écrivain anglais, est bien mis en valeur par la scénographie pertinente et les costumes de Delphine Brouard, et les maquillages  très réussis de Suzanne Pisteur.

  Avec subtilité, cette création nous entraine dans un univers à la fois loufoque et glacé. Harry (Gérard Desarthe), Jack (Pierre Palmade), puis Kathleen (Carole Bouquet), Marjorie (Valérie Karsenti), Alfred (Vincent Deniard), une bande de mélancoliques désespérés, sont drôles et touchants.
Inadaptés ou trop lucides, entre clowns tristes et/ou beckettiens, comme venus de nul part, ils sont bien enfermés dans un asile psychiatrique. A eux seuls, comme pour résister à l’enfermement, à la solitude et à l’angoisse, ils vont créer leur monde, à l’intérieur même de ce monde hostile.
Gérard Desarthe qui a adapté cette pièce écrite en 1970, nous parle de ce milieu qui effraye toujours et encore, avec une humanité et un humour très british. Il l’a mis en scène de façon sensible et poétique, et le public sourit plus qu’il ne rit vraiment: ici, quelque chose de bouleversant  prend forme, de manière indicible…

 Elisabeth Naud

Spectacle créé au Théâtre Montansier de Versailles le 9 octobre ; actuellement au Théâtre de l’Oeuvre 55 rue de de Clichy 75009 Paris. T: 01 44 53 88 88  jusqu’au 20 décembre.

 

 

 

 


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