Eugénie

Eugénie, texte et mise en scène de Côme de Bellescize

   Eugénie_répétition (2)Il y a deux ans, ce jeune auteur et metteur en scène avait créé Amédée (voir Le Théâtre du Blog) où il contait l’histoire tragique de Vincent Humbert,  ce jeune pompier qui, à la suite d’un accident de la route en 2000, était devenu tétraplégique et aveugle mais il était encore lucide et avait demandé à sa mère de lui injecter une dose de médicament mortel, avec l’aide du docteur Chaussoy. Ils avaient donc été poursuivis en justice. Avant un non-lieu en 2006.
  Eugénie est aussi un sujet de société  qui a trait à la vie et à la mort réelles et/ou fantasmées. Sarah et Sam ne peuvent avoir d’enfant. Après de vains essais, la jeune femme arrive à être enceinte grâce à une thérapie médicamenteuse. Mais le médecin qui suit la jeune femme prévient le couple que le bébé peut avoir de graves malformations.
Et cette petite Eugénie, tant désirée va les faire entrer dans un univers des plus fantasmatiques où Sam, vendeur de photocopieuses, voit tout d’un coup une machine défectueuse transformer des Mondrian en Pollock. Il y aura aussi un interrogatoire de police  et nombre de scènes qui  sont la traduction onirique de faits réels des plus angoissants. Avant la naissance d’une petite  Eugénie parfaitement normale…
“La question du handicap, dit Côme de Bellescize, me permet de travailler sur deux formes de violence. Une violence sociale, celle de la standardisation et de la force normative de notre société, et une violence primitive: la figure monstrueuse portant en elle une dimension tragique qui découvre des mécanismes impitoyables qui se dissimulent parfois derrière une violence exacerbée.”

  A la lecture de la pièce, on perçoit assez bien cet aller-et-retour permanent entre réel et fantasmé: l’accouchement, la douleur,  la mort. Mais,  sur le plateau, c’est moins évident et la pièce part un peu dans tous les sens; on se perd, un peu, beaucoup? dans cette construction mentale du rêve et de la réalité qui, sur le plan dramaturgique, a du mal à fonctionner.
 Mais Côme de Bellescize dirige très bien ses acteurs  qui arrivent sans difficulté à incarner une quinzaine de personnages. Tous impeccables: Jonathan Cohen (Sam), Eugénie (la mère et Eugénie)  Eléonore Joncquez (Sarah) qui était déjà remarquable dans Amédée,  et Philippe Bérodot  qui joue à la fois un client, le médecin, un flic et un enquêteur. A une écriture labyrinthique et complexe où Côme de Bellescize semble parfois se complaire, on est en droit de préférer sa mise en scène des plus précises, sans esbroufe, épurée, et bien servie par l’intelligente  scénographie de Sigolène de Chassy.
  Le public du beau théâtre de Rungis écoutait dans un grand silence et avec une rare attention, ce qui n’est pas si fréquent, cette pièce dont le thème, la stérilité, est ancien au théâtre mais dont la médecine et la chimie contemporaines ont bouleversé les donnes depuis une trentaine d’années.
 L’intimité de la petite salle du Rond-Point où le spectacle va se jouer du 13 novembre au 13 décembre devrait encore mieux mettre en valeur le jeu entre fantasme et réel  et les projections mentales de Sam et Sarah…

 Philippe du Vignal

Le spectacle a été créé le 4 novembre au théâtre de Rungis.
A noter: dans le hall du théâtre, une belle exposition de cent vingt marionnettes de la compagnie Emilie Valantin sur quelque quarante ans de créations. Jusqu’au 11 décembre.

  

 


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