Chaque jour un peu plus

 

Chaque jour un peu plus de Mahin Sadri, mise en scène d’Afsâneh Mâhian, en persan surtitré en français

 

© Reza Ghaziani

© Reza Ghaziani

 Vêtues de noir, tête couverte, trois femmes s’affairent, chacune dans sa cuisine. Mahnâz ramasse les noix répandues sur le sol échappées de son saladier. Ce faisant, elle nous raconte son histoire qui commence en 1981, quand éclate la guerre entre l’Iran et l’Irak. Son mari, pilote, y laissera sa peau, en martyr. Le récit de Mahnâz est entrecoupé par de timides interventions de Shahlâ, alors à l’école primaire, et de Leylâ, une collégienne.
Chacune évoque des anecdotes de l’époque: la maîtresse d’école qui demande aux enfants du riz pour les soldats, ou la directrice du collège qui psalmodie les sourates d’un gros Coran, pendant les alertes. Le bruit des bombardements retentit au loin, grâce à une bande-son omniprésente qui, au fur et à mesure des trois récits parallèles, reflètera les ambiances intérieures, feutrées, et portera les bruits et la fureur du dehors.
Mahin Sadri, remarquable actrice de Timeloss, au Théâtre de la Bastille (voir Le Théâtre du Blog) a écrit une pièce à trois voix, avec des récits qui se chevauchent Son titre persan, Acclimatation, contient l’idée d’adaptation mais, comme l’auteure n’a pas trouvé d’équivalent en français, elle a choisi une phrase «qui communique le chemin parcouru par ces femmes qui cherchent à adapter à ce qui leur arrive»: habilement, un mot de l’une appelant les paroles d’une autre. Leurs destins se tissent, côte à côte, pour former un écheveau triangulaire et raconter, à travers ces cas particuliers, et du point de vue des femmes, l’histoire de l’Iran contemporain, jusqu’en 2013.
Confinées dans leur espace domestique, Setareh Eskandari, Elham Korda et Baran Kosari racontent, avec sobriété, l’une, son culte d’un mari, héros national, qu’elle imagine toujours vivant; l’autre, sa passion de l’alpinisme qui l’arrache au conformisme traditionnel, et la dernière, son amour fatal pour un footballeur vedette qui la conduit au gibet.
Dans un espace dépouillé à l’extrême où règne ordre et propreté, la mise en scène conjugue une scénographie minimaliste et un jeu sans pathos : les actrices se contentent d’égrener, sans affect, leur vie intime où les hommes sont omniprésents. Tout aussi appliquées à la confection de leur plat, que précises et cliniques dans leurs paroles. Joie, tristesse ou colère sont contenues, ce qui n’empêche nullement le spectateur de s’émouvoir et de s’indigner. Derrière cette apparente froideur, cette dignité dans le malheur, sous ces habits et ces foulards sombres, transparaît le drame des femmes dans une société qui veut les effacer de la place publique. «J’étouffe»,  dit l’une d’elles.
Loin d’un théâtre documentaire ou psychologique, ce très beau spectacle dévoile des intimités résignées et témoigne de l’énergie qui anime ces êtres opprimés.
Un spectacle à voir.

 Mireille Davidovici

Théâtre des Abbesses jusqu’au 7 novembre. T: 01 42 74 22 77
www.theatredelaville-paris.com

 

 


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