La fameuse tragédie du Juif de Malte

La fameuse tragédie du Juif de Malte, de Christopher Marlowe, mise en scène de Bernard Sobel

 

  w_FamTrag3-67 Qui sont les méchants ? À l’aube des «temps modernes» qui sont encore les nôtres, Christopher Marlowe, le contemporain un peu voyou de William Shakespeare, vous répondra : tous et chacun d’entre nous. Et ceux qui ne le sont pas, sont crétins ou morts. Est-il juste de confisquer tous les biens du riche Barabas, parce qu’il a rechigné à en donner la moitié pour payer la dette de Malte aux Turcs ? Non, mais c’est utile au gouverneur de l’île, et il a le pouvoir de le faire. Donc, toute autre considération serait superflue.
 On est prévenu, la pièce commence avec le personnage de Machevil, autrement dit Machiavel. Barabas va-t-il pleurer et se résigner ? Non, il va jouer la comédie de la défaite et se venger en choisissant d’être le méchant que les Chrétiens voient en lui, et en tuant ou faisant tuer tous ceux qui lui font obstacle. Car jeux et retournements d’alliances privées et politiques fournissent de merveilleux outils au manipulateur qui on le verra, est même capable de manipuler sa propre mort.
Quant à l’argent, c’est juste une activité : à peine disparu, il est déjà de retour!(la Bourse connaît de ces surprises) et une jouissance, une puissance qui efface toutes les autres. Barabas n’est pas Shylock : il aime sa fille mais seulement quand elle sert ses desseins, et ne revendique pas son humanité. Diable et miroir du monde, il se fait la marionnette de lui-même, et de ce que les autres attendent de lui.
Cette fameuse tragédie est aussi en effet une furieuse comédie, que Bernard Sobel mène au grand galop. Barabas y prend même des airs de Picsou et d’Iznogoud, entouré de silhouettes réduites à quelques traits. L’excellent Bruno Blairet, Barabas monté sur ressorts, hâbleur de première, sert la rouerie du personnage en surjouant également tous ses moments et retournements : vrai, pas vrai, qu’importe.

En face de lui, en Fernèze, gouverneur de l’île, Jean-Claude Jay, en retrait, peut suggérer le vide d’un pouvoir tournant à tous les vents. Mais c’est laissé à l’imagination et à la réflexion du spectateur.
  Bernard Sobel, (photo) qui nous avait habitués à un théâtre de l’analyse, accentue ici la brutalité du texte et ses cassures. La scénographie, servie par la belle salle en pierre du théâtre de l’Epée de bois, est archi-simple : un échafaud affiche d’emblée sa double fonction : théâtre et de lieu du supplice final attendu.
  Passons sur des costumes mal réalisés. Le jeu même des comédiens est réduit à l’emporte-pièce, comme pour faire apparaître à nu les valeurs d’un cynisme du «tout contre tous»  où nous vivons aujourd’hui. Un parti pris intéressant en lui-même, mais qui nous prive des grands plaisirs que pourrait donner une direction d’acteurs plus fouillée, plus complexe. Question : la beauté, l’émotion  au théâtre sont-elles des leurres qui masqueraient les enjeux de la pièce, et qu’il faudrait donc écarter ? Il y a là pour le théâtre quelque chose à creuser, une force que certains plasticiens ont trouvée.
 Mais après tout, en ne fignolant pas autant de pistes d’interprétation que dans  ses deux premières mises en scène de la pièce en 76 puis en 99, Bernard Sobel, avec Michèle Raoul-Davis, secoue le spectateur et lui rappelle que c’est aussi à lui, de faire le travail.

 Christine Friedel

 Théâtre de l’Epée de bois, T : 01 48 08 39 74, jusqu’au 29 novembre.

 

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