Ruy Blas

Ruy Blas, ou La Folie des moutons noirs, d’après Victor Hugo, mise en scène d’Axel Dhrey

 

8a097b_963211f861624480a41c786ff1b918f6Critique grognon, spectateur mécontent: si vous préférez assister à une représentation de Ruy Blas, non d’après, mais de Victor Hugo, plutôt qu’à cette «fantaisie», votre critique est disqualifiée, car vous n’êtes que des pédants sans humour! Les Moutons noir vous ont brouté l’herbe sous le pied, et il ne vous reste alors qu’une solution, quitter la salle!
 Ce que nous avons fait après trente-quatre minutes du spectacle… Sollicitations bruyantes du public, rires forcés, timides audaces qu’on nous présente comme «une expérience unique et originale» (sic) n’apportent rien au drame de Victor Hugo. Là, où l’on espérait un plus, on a un moins : équation négative! Hugo+ Louis de Funès+ Yves Montand + Les Moutons noirs (comédiens pourtant formés à bonne école) : on y perd, en charme, en émotion et en rire franc. Pire, on y perd aussi en respect : on se sent méprisé.
Trop bêtes pour supporter Victor Hugo ? Trop faibles pour son lyrisme et son culot ? On attend toujours une étincelle dans les scènes ajoutées pour «ouvrir en grand les portes de la comédie» (sic) aux personnages de Ruy Blas. Passons sur le décor, encombrant, malcommode et, pour tout dire, très laid.
Voilà, et rien ne laissait espérer que le reste du spectacle puisse retourner la situation en sa faveur. Et cela nous fait penser à une interprétation récemment entendue de l’expression «mouton noir» : ce ne serait pas la victime expiatoire, mais un animal dressé à conduire le reste du troupeau à l’abattoir… On n’en est pas là, mais attention  surtout à ne pas confondre populaire et populiste.
Le public a droit, et sans restriction aucune, à un théâtre «plus» : plus intelligent, plus étonnant, plus courageux, plus travaillé…

 Christine Friedel

 Théâtre 13, jusqu’au 13 décembre.

 

 


Archive pour 12 novembre, 2015

Les trois Moines

 

Les trois Moines par le Théâtre national d’art pour les enfants de Pékin

PEJ-3moinesC’est une des  pièces les plus connues du  répertoire du Théâtre national d’art pour les enfants qui, depuis près de soixante ans, transmet aux plus jeunes des pièces anciennes et modernes du théâtre chinois. Les Trois Moines, célèbre conte traditionnel transmis de génération en génération, traduit sous la forme d’une petite histoire, un proverbe qui montre avec ironie la tendance à vouloir se reposer sur les autres : «Un moine seul porte deux seaux d’eau, deux moines portent un seul seau et quand ils sont trois, ils manquent d’eau… »
Il y a eu une version (1980) dans un registre cocasse, réalisée par Ah Da, artiste du studio d’animation de Shanghai, mais cette lecture à la fois théâtrale et chorégraphique  montre toute la richesse et la subtilité de la culture chinoise.

Sans dialogue,  avec seulement  quatre interprètes, on nous  conte ici avec danses, musique, projection lumineuses et arts martiaux, l’arrivée successive de trois moines, un petit, un gros et un maigre, dans un monastère situé au sommet d’une montagne. L’approvisionnement en eau, qui oblige à descendre jusqu’à la rivière, finit par semer la zizanie entre eux, jusqu’au jour où un incendie se déclare, mettant tout le monde d’accord. Cette fable théâtralisée veut  dénoncer l’égoïsme, la paresse et l’hypocrisie de l’espèce humaine.
Sur scène, un grand paravent demi-circulaire, en fils blancs tendus, servira à la projection des images, quelques accessoires et, à cour, un discret percussionniste assis en tailleur avec tambourins, petits gongs pour rythmer les différents moment de cette pièce muette.
Concentration, sens de l’espace, gestuelle, danse costumes unité de jeu: ici, tout relève des plus anciennes traditions du spectacle chinois, et impeccable, (moins les graphismes contemporains projetés assez vulgaires dans la forme et l’expression), et cette représentation de théâtre pour enfants est du même niveau, très élevé, que celles pour adultes.
Seul ennui: peut-être avons-nous perdu notre âme d’enfant, mais la fable nous a paru assez peu claire… Sans doute est-elle suffisamment connue en Chine pour être, sans paroles,  comprise de tous mais en Occident?  Peut-être aurait-il fallu quelques mots de temps en temps, en voix off, pour nous guider. Que cela ne vous empêche pas de tenter l’expérience: ce n’est pas tous les jours que l’on peut voir à Paris du théâtre chinois pour enfants…

Philippe du Vignal

Théâtre des Abbesses  Paris du 11 au 14 novembre.

POP UP garden

POP UP Garden, direction artistique de Davide Venturini et Francesco Gandi, chorégraphie de Stefano Questorio et Valentina Consoli

 

POP UP Garden 03@Ilaria CostanzoLa compagnie T.P.O. est bien connue pour avoir créé un théâtre d’images d’une haute technologie, chorégraphié et plutôt destiné au jeune public. POP UP Garden relève d’une relation singulière et ludique  avec les arts visuels, et se vit donc comme le fruit d’une expérimentation sur les nouveaux langages digitaux, associés à la danse, la musique et la poésie. Le concept de ce théâtre  se caractérise par un espace qui interagit avec le public.
  Avec une installation scénique bi-frontale dotée d’un tapis de danse sensible, équipé de capteurs à pression et d’une technologie sophistiquée, cette création rafraîchissante a pour thème, universellement proche et réconfortant, la nature et des jardins. Inspirée des livres de Gilles Clément, paysagiste, botaniste et écrivain (Traité succinct de l’art involontaire, 1997…).
  Nous assistons ici à une rencontre inédite entre Nature et Science qui, foncièrement technique et manipulatrice, touche à la Nature, élément irréductible et non manipulable, en l’associant au théâtre et à la danse. POPUP garden est un spectacle vivant qui flirte de façon  insistante, avec la technologie. Il suffit d’un rien comme le pas léger de Stefano Questorio ou la danse charmante et poétique de Valentina Consoli sur un tapis dessiné, pour qu’agisse la magie et qu’apparaissent alors des images solaires ou lunaires, terrestres ou célestes, arides ou gorgées de vie, avec feuilles vertes sur leurs tiges élégantes, pétales de fleurs épanouies, et oiseaux délicats d’estampes japonaises.
Les enfants confiants et facétieux déposent un pied léger sur la scène, de manière imaginaire depuis la salle, puis physiquement, à la fin du spectacle. C’est un drôle de sol qui bouge sous nos pieds, et dont on ne maîtrise rien. Aussitôt surgissent, glissent et s’échappent des images vidéo, admirables autant qu’inaccessibles, mirages entrevus et envolés aussitôt, avec des nuages blancs dans le ciel bleu, ou des pivoines rouges et charnues, qui semblent fuir la terre même.
Aux couleurs chaudes et chatoyantes de l’automne, succède le grand hiver sec et rude qui investit l’espace, entre fumées et étrangetés insaisissables. Après la mort, la vie renaît, victorieuse, faisant fi du passé et tendant le doigt vers les horizons futurs. Cette forme visuelle et sonore, mouvante et immersive, donne à voir  images, sons et couleurs d’une haute technologie. Mouvements, sons et voix sont repris par des caméras et micros invisibles, et jouent avec les déplacements des interprètes.
Parler de la planète est d’une actualité brûlante : terre, plantes et fleurs, l’homme est un jardinier qui observe et entretient ce que la Nature lui procure: une matière aidée par le vent, la pluie et le soleil  mais aussi meurtrie par le froid et le gel.  Ces mouvements volatils et transparents sont recueillis par les êtres attentifs à ce trésor collectif qui cultivent leur jardin pour leur survie.

 Énergie, vents et tempêtes, courants d’air et flux d’eau, la terre ne cesse jamais une danse que l’homme suit avec plus ou moins de bonheur. Cette leçon artistique envoûtante est aussi un hommage subtil rendu à la Terre et à l’enfance inventive.

Véronique Hotte

Théâtre National de Chaillot, du 5 au 14 novembre. Tél : 01 53 65 30 00. Bonlieu-scène nationale Annecy, du 5 au 7 janvier. Cluses, le 9 janvier. Maison des arts du Léman, Thonon-Evian-Publier, les 15 et 16 janvier. Lux-Scène nationale de Valence, du 20 au 22 janvier. Espace Malraux-Scène nationale Chambéry-Savoie, du 8 au 12 février.

 

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