Idem, création collective

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Idem, création collective des Sans Cou, mise en scène d’Igor Mendjinsky

 

Terrifiante lucidité des artistes : «Nous voulions que tout commence dans un théâtre », dit Igor Mendjinsky. Marqués par la prise d’otages catastrophique au théâtre de la Doubrovka à Moscou, en octobre 2002, et par l’assassinat de l’équipe de Charlie-Hebdo cette année, les Sans Cou en ont fait le point de départ de leur réflexion sur l’identité.
Ils ne croyaient pas être les prophètes d’une nouvelle horreur! Vendredi dernier à Paris, attentats meurtriers, prise d’otages et massacre au Bataclan ont eu lieu pendant qu’ils jouaient sans rien en savoir. Le match a continué, comme à Saint-Denis, et c’est bien qu’il ait continué dans la joie, la vivacité, la jeunesse : tout ce que les terroristes ont voulu abattre ce soir-là. Mais c‘est terrible : cet Idem, ce «même», annonce la répétition d’actes dont on s’était dit, en janvier dernier : «plus jamais ça».
Reprenons souffle, et parlons de ce théâtre qui parle si bien du monde, et que le monde oublie : avec de l’amour, et de l’espoir. Idem pose trois questions et suit quatre trajectoires : celle de l’identité individuelle, perdue par Julien Bernard, journaliste de télévision rescapé de la prise d’otages (d’un mystérieux pays de l’Est) mais amnésique et récupéré par le groupe terroriste, celle de l’identité de groupe, et celle de l’identité artistique.
Quel est ce groupe, que veut-il ? On ne sait rien de lui, sinon qu’il perd tout sens en s’enfonçant précisément dans son pur fonctionnement de groupe (Qui a trahi ? Qui mène ?) perdant de vue son objet, mais pas sa violence.

On suit, bien sûr la trajectoire de la femme venue chercher son mari, dans ce bout du monde où elle se perd, de la fille, beaucoup plus tard, qui en veut à son père de l’avoir «abandonnée», et celle de Gaspar, l’écrivain fantôme qui s’est emparé de l’histoire de Julien pour en faire un best-seller qui lui colle aux doigts.
On a, là, toute la richesse d’un drame, et la troupe ne se cache pas de faire référence à Victor Hugo, et même à William Shakespeare. De fait, même si l’écriture n’arrive pas à l’épaule de ces deux géants, la jubilation y est. Les cheminements s’entrecroisent, à toute vitesse, les images et les présences surréalistes s’invitent, entre autres sous la forme d’une danseuse-chat. Les questions graves-on sait à quel point, celle de l’identité a pourri la vie politique- ne sont jamais oubliées, mais mises en jeu.
Le public est interpellé, interrompu en plein suspense puis le spectacle reprend de plus belle: on se régale ainsi de la satire du faux écrivain, rebelle aux médias obstinés à lui faire dire quelque chose ; la récupération du show à l’américaine est tout aussi jouissive. Bref, les comédiens, vifs, précis, originaux et changeant de peau à vue, nous en font voir de toutes les couleurs.
L’actualité changera ces couleurs, pour ceux qui verront le spectacle. Car il faut aller voir cet exercice de la pensée par l’humour, le vrai (pas une petite dérision racoleuse) par la tendresse aussi, et l’attention aux êtres dans toutes les situations ; par la fantaisie et l’intuition poétique, en toute liberté. C’est cela qu’il faut défendre, qu’il faut vivre.

 Christine Friedel

 Théâtre de la Tempête. T : 01 43 28 36 36, jusqu’au 13 décembre.

 


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