Bella Figura

Bella-Figura

Bella Figura de Yasmina Reza, traduction de Thomas Ostermeier et Florian Borchmeyer, mise en scène de Thomas Ostermeier (en allemand surtitré)

 Yasmina Reza s’était fait connaître avec Conversations après un enterrement, il y a presque trente ans à Paris, puis avec Art en 1994, et ses pièces sont jouées aussi par le Royal Shakespeare Theatre, le Berliner Ensemble, la Schaubühne (comme  Bella Figura, le Burgtheater de Vienne ou le Théâtre dramatique royal de Stockholm. On a eu aussi droit à La Traversée de l’hiver, L’Homme du hasard, Trois versions de la vie, Une pièce espagnole, Le Dieu du carnage qu’elle a mise elle-même en scène et, l’an passé, Comment vous racontez la partie au Théâtre du Rond-Point (voir Le Théâtre du Blog).
Yasmina Reza a obtenu deux Laurence Olivier Award, et deux Tony Award pour Art et pour Le Dieu du Carnage. Et cette auteure de théâtre mais aussi de quelques romans et essais, est solidement installée dans le théâtre français: nombre d’excellents acteurs en France comme Jean-Paul Roussillon, Isabelle Huppert, André Marcon, André Dussolier… comme à l’étranger, ont joué ses pièces.

 Et Bella Figura créée à Berlin, cela donne quoi ? Sur le parc de stationnement d’un restaurant, une petite voiture noire Peugeot, d’où descendent Andréa, très séductrice, en mini-robe et chemisier blanc, mère célibataire d’une petite fille de neuf ans, et qui travaille comme préparatrice dans une pharmacie. Lui, Boris, son amant depuis quelques années, est marié à Patricia que l’on ne verra jamais mais dont on parle souvent.
 Boris dirige une entreprise de miroiterie qu’il a récemment orientée vers la construction de vérandas. Mais sans succès, et il est tout proche du dépôt de bilan suivi d’un plan de redressement. Ambiance ! La soirée commence par une belle gaffe d’Andréa qui précise qu’il a choisi ce restaurant sur les conseils de son épouse. Il récidivera plus tard en faisant remarquer à André que le repas qu’il lui offre dans ce restaurant est cher ! Puis Boris, au volant de sa voiture, renverse légèrement Yvonne, la mère très âgée d’Eric Blum, venue fêter là son anniversaire avec son fils et sa femme Françoise.
 Boris connaît Françoise (une amie de sa femme Patricia!) et Eric qui lui donne quelques conseils solides pour essayer de sauver son entreprise. Mais Françoise ne supporte pas la présence de la belle Andréa, et le lui fait savoir. Yvonne, obsédée en permanence par le vol possible de son sac à main, sympathise avec elle, et lui demande conseil sur plusieurs de ses médicaments.
Boris semble en avoir assez de cette soirée qui semble bien mal tourner. Ce qui ne l’empêchera pas de rejoindre Andréa aux toilettes où il lui fera l’amour. Scène que verra Yvonne, assez abasourdie, qui fait tomber dans la cuvette des dites toilettes, son précieux carnet couvert de peau d’autruche. Carnet que récupère et fait sécher la belle Andréa. Vous avez dit passionnant ?
  Puis les deux couples et la vieille dame se retrouveront sur les canapés du salon du restaurant. Mais Françoise est de plus en plus agacée par Andréa dont, pourtant, elle finira par se rapprocher. Yvonne, elle, est toujours obsédée par le risque de perdre son sac, et recommence à demander conseil à Andréa sur les médicaments qu’elle doit prendre. Bref, la soirée part en quenouille. Andréa et Boris semblent encore amoureux, malgré comme vous l’aurez bien compris, ces épreuves insoutenables !!!  Comme la coexistence forcée, le temps d’une soirée, avec l’autre couple, (Eric drague sans scrupules une Andréa déjà assez imbibée et lui propose une ballade en hélicoptère). Et la la vieille dame finit par exaspérer son fils qui va quand même l’entraîner avec Françoise vers son dîner d’anniversaire!  Tout cela a évidemment un petit goût d’amertume pour André et Boris.
 C’est Thomas Ostermeier qui a passé commande (on se demande pourquoi !) de ce chef-d’œuvre à notre grande dramaturge et qui le met en scène  de façon assez curieuse. Avec son plateau tournant fétiche mais dont on voit mal ici la nécessité, avec aussi de la vapeur d’eau généreusement dispensée, sans doute pour montrer comme le dit Yasmina Reza, que «la pièce se déroule presque entièrement à ciel ouvert dans un jour déclinant», avec  enfin des intermèdes/vidéos d’oiseaux blancs sur fond noir, puis de sauterelles en gros, voire très gros plan obscène au sens étymologique du terme, pendant que les accessoiristes changent (souvent) les éléments de décor cités plus haut…
 Tout se passe en fait comme si on assistait à une parodie d’une mise en scène de Thomas Ostermeier. Et quand on lui demande pourquoi il  monté ce texte, il répond laconiquement: « Pourquoi pas? ». Donc on n’en saura pas plus! Il y a bien quelques courts moments où on a l’impression que la pièce va enfin décoller mais non rien à faire ! Ces petites scènes entre quarantenaires qui s’ennuient, continuent à faire du sur-place. Yasmina Reza a bien du sang russe mais pas celui d’Anton Tchekhov, et c’est nous qui commençons à nous ennuyer sec…
  Que peut-on sauver de cette toute petite histoire qui dure quand même presque deux heures, (on a l’impression que Yasmina Reza va souvent à la ligne!) et que l’on oubliera très vite ! Pas grand chose, sinon la direction de Thomas Ostermeier, et ses acteurs tous remarquables, dès qu’ils entrent en scène: Nina Hoos surtout, et Mark Wasschke  (Andréa et Boris), Stéphanie Eidt et Renato Schuch (François et Eric), et Lore Stafanek qui campe une incroyable et pittoresque Yvonne. C’est grâce à ces interprètes que cette piécette arrive quand même-mais par très courts moments-à prendre vie…
  Nous ne pouvons que nous répéter: même si les notes d‘intention la concernant nous  disent souvent:  « Les œuvres théâtrales de Yasmina Reza sont adaptées dans plus de trente-cinq langues… et jouées à travers le monde », elles  nous intéressent peu, et cette Bella Figura ne nous fera pas changer d’avis… En fait, tout se passe comme si le nouveau boulevard était arrivé, un peu drôle mais quand même dans la noirceur (il faut bien faire illusion!). Yasmina Reza nous convie, une fois de plus, à voir de très bons comédiens interpréter un semblant de texte, plein de stéréotypes à effet-miroir où un certain public peut se reconnaître, comme la belle-mère que l’on supporte mal, les histoires de couples, l’entreprise qu’on a du mal à sauver, la difficulté à gérer  uen situation de cris, etc.).
Ses dialogues, à la pseudo-élégance française, avec quelques mots d’auteur, ont quelque chose d’une sorte de sous Sacha Guitry qui restent décidément inodores et sans saveur.
Donc, à vous de décider mais on n’a guère de raisons de vous faire aller jusqu’à Sceaux. A moins de n’être vraiment pas difficile, ou d’avoir envie de voir comment les formidables comédiens allemands de la Schaubühne, très applaudis, arrivent quand même à rendre crédibles leurs personnages, ce n’est pas la peine de perdre une soirée… Les temps sont déjà assez rudes comme cela.

Philippe du Vignal

Les Gémeaux/Scène nationale de  Sceaux. T: 01 46 60 05 64 jusqu’au 29 novembre.


Archive pour 20 novembre, 2015

My rock

My Rock, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta, textes de Claude-Henri Buffard et Jean-Claude Gallotta

  My-Rock-Guy-Delahaye-septembre-2015-9-2000x1333Trente ans, c’est le temps que Jean-Claude Gallotta aura passé à diriger le Centre chorégraphique national de Grenoble, patron de ce Cargo qui a participé à l’aventure de la nouvelle danse française dès les années 80. C’est aussi l’âge de sa compagnie avec laquelle il a créé une soixantaine de pièces, dont certaines ont fait date. Une si longue carrière ne va pas sans trous noirs, et il y eut des moments difficiles où il semblait avoir épuisé son talent.
  Mais sa sensibilité au monde contemporain, son esprit curieux, prompt à saisir l’air du temps, l’ont toujours poussé vers de nouvelles expériences et il rebondit encore une fois avec My Rock. Après l’avoir déjà pensé et initié il y a quelques années, il en donne aujourd’hui une version énergique, sentimentale mais sans nostalgie, servie par de jeunes interprètes pleins d’ardeur.
  Duos et danses de groupe se succèdent au rythme des figures incontournables du rock and roll et vedettes des sixties: Elvis Presley, les Beatles, les Stones, les Who, Bob Dylan, Leonard Cohen, Lou Reed, jusqu’à Patty Smith, l’unique voix féminine.
On pourrait lui reprocher d’avoir omis l’héritage noir de Chuck Berry dont Elvis Presley héritera, ou d’autres voix féminines comme plus tard, Marianne Faithfull, mais Jean-Claude Gallotta précise bien qu’il est question de ses souvenirs d’adolescent et qu’il s’agit d’une histoire du rock tout à fait personnelle.
Il accompagne d’ailleurs le spectacle, lui conférant ainsi son unité. Sa longue silhouette brune qui le fait ressembler à un sympathique burratino napolitain, apparait plusieurs fois sur scène. Visage en partie caché sous le chapeau de son père, il raconte au public de petites anecdotes, tout en arpentant le plateau. Pour ceux qui l’ont connu à ses débuts, le bonheur de retrouver ses petits gestes à peine esquissés, ses envolées rieuses, ses arrêts brusques, est intact.
Les interprètes, les garçons surtout, rendent parfaitement le style Gallotta. 
Mais ce n’est pas tellement dans sa gestuelle-assez succincte et répétitive-que réside le charme de ce spectacle, mais plutôt dans l’humour et la légèreté. Il n’y a aucune prétention ici, juste l’envie de partager un moment agréable avec le public, presque entre amis. Cette convivialité est particulièrement bienvenue par les temps qui courent !

 Sonia Schoonejans

 Théâtre du Rond-Point, Paris, jusqu’au 6 décembre.

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